Petit – Un cahier de poésie

Petit – Un cahier de poésie
Julien Baer – Illustrations de Camille de Cussac
Mouche de l’Ecole des loisirs 2018

Pas si petit…

Par Michel Driol

Le recueil se déploie entre un poème d’ouverture (Petit) et un poème de (presque) clôture (Anti-Petit) qui en est l’exact négatif. Qui est ce « je » dont on va découvrir les gouts, les passions, la vision du monde, à travers quelques poèmes dont les titres évoquent tantôt des animaux (le tapir), des lieux (l’appartement, au restaurant), des choses (nuages, le pamplemousse, la voiture), des sentiments (l’amour) ou des qualités (intelligent, sportif) ? Tout est concert dans ce recueil à la première personne et dit la vision du monde d’un enfant. Il s’ennuie au restaurant ou l’été quand tout le monde est parti, trouve immense son appartement, et surtout imagine… Il prend un tapir à la terrasse d’un café comme potentiel ami, rêve devant la forme des nuages, invente une histoire d’amour qui finit mal entre un éléphant et une fourmi… Quant au poème de clôture, entre la ville et l’ile, il évoque cette double tentation de l’ile exotique, de la liberté, des jeux perpétuels et du plaisir sans limite et de la ville, où l’on peut se sentir à l’étroit, mais où on risque moins de s’ennuyer.

Petit, c’est le recueil qui sait se mettre à hauteur d’enfant dans un entre-deux entre réel et imaginaire,  entre sérieux et jeu, entre petit et grand, entre désir de se faire remarquer et celui d’être comme les autres. Ecrit dans une langue simple, accessible à tous, le recueil laisse place à quelques jeux avec la langue que les plus âgés remarqueront.

Cet ouvrage fait partie de la sélection du Prix Poésie des Lecteurs Lire et Faire Lire

La Femme à sa fenêtre

La Femme à sa fenêtre
Maram al-Masri – illustrations de Sonia Maria Luce Possentini
Bruno Doucey – Collection Poés’histoires 2019

Pour redonner le sourire aux enfants de Syrie et d’ailleurs…

Par Michel Driol

La fenêtre : un topos fréquent en poésie, comme le lieu où s’articulent le dedans et le dehors, l’intime et l’extérieur, le protégé et le dangereux. La femme qui regarde par la fenêtre de Maram al-Masri est à la fois celle dont parle le poème et celle qui parle dans le poème, tantôt (par trois fois) troisième personne, tantôt, le plus souvent, première personne.

Elle observe la vie au dehors.  Elle se souvient du bébé qu’elle a porté dans son ventre, qui a grandi, qui n’est plus là. Puis sa rêverie s’étend à tous les enfants, et plus particulièrement aux enfants de Syrie. Ne restent qu’un nounours et un cheval de bois. Le propos devient alors la lettre d’une mère arabe à son fils, lettre qui est une ode à la liberté. Tristesse et espoir se mêlent avant l’apothéose du souhait d’un monde meilleur, naïf et sincère comme ce poème.

La voix de Maram al-Masri, poétesse syrienne vivant en France depuis les années 80, est à la fois singulière et universelle. Il est question de l’amour d’une mère pour son enfant, d’un enfant arraché à ses bras, et d’un monde à réparer. Elle emprunte la voie du concret, des images physiques pour parler en termes simples des choses et des sentiments : le concret des jouets qui révèlent l’absence de l’enfant, le concret de la bave aux lèvres du nouveau-né, le concret de l’enfant qui se dandine comme un canard. La mort surgit avec la Syrie, avec cette image terrible et terrifiante des enfants
emmaillotés dans leurs linceuls
comme des bonbons enveloppés…

Ces images très concrètes n’empêchent pas le propos d’aborder et de nommer quelques concepts fondamentaux : la liberté, le mensonge, la paix, et de proposer quelques métaphores  qui ouvrent à un autre monde, celui du rêve et du désir :
faire tomber sur les enfants
un déluge de joie
et des papillons de baisers

Maram al-Masri qui dit ici un monde désespérant ne veut pas perdre l’espoir. Prise entre le elle et le je, entre la ville en paix et la ville en guerre, entre la joie et la tristesse elle dit l’étroite voie de l’écriture, à la manière d’Eluard dans Liberté, elle dit aussi la difficulté à trouver sa place en tant que femme. De la fenêtre, elle regarde le monde, les guerres, l’absence des enfants, et n’a que la force des mots pour préparer un monde plus fraternel. On songe encore à Eluard : le poète est celui qui donne à voir.

Le recueil est magnifiquement illustré par Sonia Maria Luce Possentine, dans un style très réaliste, proche de la photographie en sépia.  Sur la couverture, un beau visage de femme, encadré par des rideaux, les yeux tournés vers le ciel. Et sur la quatrième de couv’, loin au-dessus de rideaux, comme dans l’axe du regard de la femme, un oiseau dans le ciel. Images de calme, de paix, de rêverie… Sept doubles pages rythment le recueil, où revient, comme un leitmotiv, le rideau. Des images qui tantôt montrent la femme dans différents contextes : près de ses rideaux, enceinte,  puis elles laissent la place à des enfants dans des décors de villes bombardées,  avant de ne montrer qu’une ville détruite, des jouets abandonnés… Et enfin des enfants qui sourient, des jouets dans leurs mains, des oiseaux qui envahissent le ciel. On le voit, à leur façon, les illustrations accompagnent le mouvement du recueil avec leur propre poésie, et font naitre l’espoir.

Un beau recueil qui dit l’amour, la douleur, et la liberté, et qui désire  que le monde retrouve la paix, la liberté et la fraternité. Un texte fort, militant, d’une femme sincère dans sa recherche de la liberté et de la concorde.

 

Les poètes maudits

Les poètes maudits
Textes choisis et dossier Jean-François Frackowiak
Gallimard,  Folio  collège, 2019.

Pépites  et douleurs poétiques

  Maryse Vuillermet

Ces poètes sont maudits  parce qu’exilés, prisonniers, pauvres, rebelles, fous, marginaux, obsédés par la gloire,  mélancoliques,   mais ils ont en commun de tirer de cette malédiction des chants d’une humanité et d’une beauté très émouvantes. Les exilés sont Hugo, Chénier, les marginaux,  Rimbaud, Deudel, les hallucinés,  Antonin Arthaud,  Nerval, Rimbaud, Germain Nouveau, les obsédés par une tache noire,  Nerval,  les incompris et malheureux,  tous. Leurs poèmes reflètent détresse et mélancolie,  révolte et cri.

Mais le choix pertinent des textes, et le dossier pédagogique  qui les replace dans leur contexte, mettent en valeur leur modernité. Cette anthologie me semble bien faite et pensée  pour gagner  l’empathie de lecteurs adolescents,  en crise ou en recherche eux-mêmes.

La Bouche en papier

La Bouche en papier
Thierry Cazals / Jihan Dehon, Camille Coucaud, Pauline Morel, Mona Hackel
Editions du Pourquoi pas 2019

Freak poète ?

Par Michel Driol

Tom nait avec une bouche en papier. Honte pour ses parents. Souffre-douleur des enfants de l’école, il ne peut articuler le moindre mot. Mais, un jour, ses lèvres se couvrent de lettres : de longs poèmes laissant le monde sans voix. Cette écriture dérange les beaux parleurs, et Tom, suite à une agression, décide de rester muet. Ses parents l’envoient alors gagner sa vie dans un cirque. La fin reste ouverte, avec quatre propositions de chutes différentes quant à ce que devient Tom…

Ce conte poétique se prête à différents niveaux de lecture. D’abord, bien sûr, il y est question de handicap, la bouche en papier du héros signifiant son mutisme, sa fragilité et sa grande sensibilité.  Incompris, rejeté par tous, Tom va se révéler aux yeux des autres comme un extraordinaire poète.  La bouche en papier devient alors symbole de l’écriture poétique, qui dit le vrai, au risque de déplaire aux puissants, et Tom la métaphore du poète, à la fois inadapté et hypersensible, condamné par la société à subir la brutalité des autres, au silence ou au cirque. Les quatre fins possibles  laissent à penser la place que nous réservons  aux poètes et aux écrivains :inutiles et gelés sur la banquise, ou au service des autres et permettant d’apprendre à écouter les couleurs du silence, consolant ceux qui fuient la guerre, ou rencontrant enfin  l’âme sœur, aux oreilles en papier, dans un amour partagé. Le texte est écrit en vers libres et ne cherche pas les effets faciles de style, il se permet tout au plus quelques comparaisons. C’est dans le rythme, les reprises que la langue poétique fait entendre sa respiration, une langue faite pour l’oralisation.

Une fois n’est pas coutume, quatre illustratrices aux styles fort différents accompagnent le texte, en quatre cahiers qui l’encadrent. Cela ouvre à une belle réflexion sur le rapport texte/image, à ce que c’est qu’illustrer un texte comme une forme d’interprétation dans un univers graphique qui tout à la fois en respecte les grandes lignes mais exprime aussi l’imaginaire propre à chaque illustratrice. Papiers découpés et rayures seyes en clin d’œil chez Jihan Coucad, dans des couleurs jaunes dominantes. Grisaille du personnage confronté aux autres en couleurs agressives chez Camille Coucaud. Papiers découpés encore chez Pauline Morel, ainsi que carte à gratter dans une bichromie dominante bleue et rouge et une abondance de papillons comme issus des lèvres de Tom. Personnage croqué dans un univers où figurent des mots écrits chez Mona Hackel dans des dominantes de noir et de jaune.

Un album militant comme définition de la poésie et ode à la liberté d’oser écrire et d’oser interpréter.

C’en est trop, Herman Hesse

C’en est trop, Poèmes 1892-1962
Herman Hesse, Edition bilingue Allemand Français, Trad. François Mathieu
Editions Bruno Doucey, 2019

Une poésie intemporelle

Maryse Vuillermet

Herman Hesse, auteur révolté,  connu pour ses positions pacifistes a écrit des romans qui l’ont rendu célèbre comme Le loup des steppes et il a obtenu le Nobel En 46.
Or, ce qu’on sait moins, c’est qu’il a écrit toute sa vie de la poésie. Et c’est très heureux que les éditions Bruno Doucey nous proposent une édition bilingue des poèmes d’une vie  » soixante-dix ans d’écriture, des emportements de la jeunesse aux chants du crépuscule.  »
Ces poèmes sont très accessibles, ils décrivent le quotidien, ses joies, ses peines, ses révoltes, ses amours dans un langage poétique universel. Certains de ces poèmes sont de purs cris de révolte et des condensés d’émotion dans lesquels les jeunes se reconnaîtront.

« Je jette mes vieux bâtons de randonnée
Dans l’herbe mouillée
C’est à crever, j’en ai les larmes aux yeux
De nouveau, il faut que je parte
(…)
Je crache en silence dans un buisson
Vous tous qu’il faut servir, c’en est trop,
Ministres, excellences, généraux
Que le diable vous emporte ! »

Dis-moi ma vie Pierre Seghers

Dis-moi ma vie 
Pierre Seghers
Editions Bruno Doucey, coll. Résistances, 2019

Un bilan en images fiévreuses

Par Maryse Vuillermet

Bruno Doucey décide de republier un court recueil du fondateur des fameuses éditions  Poètes d’aujourd’hui.
Ces pages sont un bilan, un travail d’introspection qu’adresse le poète, dans un dédoublement onirique,  à sa propre vie. Il  y retrace,  à travers des images somptueuses,  une vie dévouée à la poésie et aux poètes mais aussi une vie de découvertes et d’émerveillements.

 

« Dis-moi, ma vie, t’aurais-je traversée en songe comme un nuage
Survolé de haut, toujours trop pressé pour te voir
Ou bien toi-même aurais-tu dérivé comme ces îles imaginaires
Ces Orénoques arrachées avec leurs arbres pleins d’oiseaux ?

Nous sommes-nous jamais rencontrés ? Dis-moi, ma vie
T’ai-je rêvée de temps en temps, t’ai-je tenue dans mes mains d’homme
A travers les saisons qui nous regardaient passer, toi et moi »

« Nous buvions le vin dans de grands verres
Embués, jamais vides, notre vin permanent
Et, dans nos mains, d’autres poitrines
Se laissaient caresser pour éblouir le vent. »

Mes Amis de partout

Mes Amis de partout
Thomas Scotto, Isabelle Simon
L’Initiale, 2016

Lire et dire l’image

Par Anne-Marie Mercier

Isabelle Simon est bien connue en littérature de jeunesse pour ses figurines en terre et ses photos (voir La Mouche qui lit, Les Petits Bonshommes sur le carreau…) ; Thomas Scotto pour ses poésies et ses textes poignants (Sables émouvants, Une guerre pour moi) et drôles (La Dentriste). La rencontre de ces deux sensibilités donne un album atypique, dans lequel le regard du lecteur est inviter à chercher au-delà des formes, à créer lui-même : Isabelle Simon propose des images dans lesquelles on peut imaginer un visage, surfaces rouillées ou usées, écorces, pierres peintes… Thomas Scotto leur donne un nom, une histoire, à travers quelques lignes denses et poétiques : à nous de poursuivre…

 

Le Soir on se dit des poèmes

Le Soir on se dit des poèmes
Thierry Radière, ill. de José Mangano
Soc & Foc, 2016

Confidences pour confidences

Par Anne-Marie Mercier

La phrase de Jean Cocteau citée en exergue au recueil dit bien où se situe sa source : « Plus un poète chante dans son arbre généalogique, plus il chante juste ». Thierry Radière regarde non vers les racines mais vers le haut des branches, où se tient une toute petite fille, la sienne.
Il y est question d’ogres, de maitresses, de manèges, de trottinettes, et de tout ce qui peut peupler le quotidien d’une enfant d’aujourd’hui. Mais aussi de ce qu’on peut faire ou non  – et pourquoi – des tempêtes dans le bain, des plaisirs qu’on voudrait répéter jusqu’à plus soif, d’une chambre pas rangée quand vient la nuit, du lien avec les parents, et de ceux-ci, de leurs émotions, sourires, craintes. Les illustrations ajoutent un peu de « peps », acidité du choix des couleurs, rapidité du crayonné fantaisie, et le tout fait un bel ensemble.
C’est un recueil qui s’adresse aussi bien aux parents qu’aux enfants.  Il parle aux uns (il y a un « je » qui s’adresse à un « tu ») et fait entendre un  parent à la place duquel on se met facilement, tant sa parole est tendre et vraie. Le prologue et l’épilogue encadrent d’inquiétude ces visions heureuses, le dernier étant comme un manifeste sur ce qu’on choisit de dire aux enfants en poésie.

voir une « page arrachée » sur le site de l’auteur

Une histoire grande comme la main

Une histoire grande comme la main
Anne Herbauts
Casterman 2017

L’Enfant Branche et Grand-mère Ecorce

Par Michel Driol

De l’enfant, on ne connait que l’initiale, Y. D’où son surnom, l’Enfant Branche. Il habite en lisière d’une forêt qu’une marée remonte toutes les nuits, marée qui laisse un matin des bottes qu’il enfile avant de s’endormir. Il rêve alors qu’il marche, accompagné de Tigre, jusqu’à la maison de Grand-mère Ecorce et son Chat. Grand-mère Ecorce raconte alors cinq histoires.  Puis c’est le matin.

Sur un modèle bien connu – récit enchâssant, récits enchâssés – Anne Herbauts propose un tissage original par l’univers évoqué, le travail sur la langue et l’unité thématique autour de la main. Une histoire grande comme la main, cela fait cinq histoires décrète l’enfant. Mais tout dépend comment on compte, répond le Tigre. D’emblée est posé l’entre deux : entre certitude et incertitude, réalité et rêve. Le récit enchâssant  tient du conte, par ses personnages (l’enfant, la grand-mère), par ses lieux (la forêt enchantée où l’on se perd, au cœur de laquelle se trouve la maison habitée par une vieille femme), la perte des repères habituels (la marée de la forêt qui mêle le végétal et l’aquatique dans une sorte de symbiose merveilleuse). Les récits enchâssés tiennent d’avantage du récit initiatique dont la thématique commune est grandir, trouver sa place dans le monde quand on croit ne savoir encore rien faire ou être inutile. Ces histoires conjuguent des figures du minuscule et du géant, de l’inutile et de l’utile, sous des formes variées : végétales (arbres, graines…), aquatiques (rivière et océan).Toutes ces histoires sont enfin reliées par la thématique – ou la symbolique – de la main qui parcourt le livre : du Y initiale de l’enfant – comme la figuration du pouce opposé aux autres doigts à la main griffée par le Chat, de la petite graine qui roule dans la main aux mains qui peignent, écrivent ou parlent… Quelque part, l’album est un hommage rendu au pouvoir de faire des mains –l’étymologie grecque du mot poésie signifie faire, créer…

L’album est écrit dans une prose poétique essentiellement rythmée soit par la ponctuation, qui isole des segments de phrase, soit par le retour à la ligne. Cette langue fait la part belle aux énumérations, comme s’il s’agissait de dire le monde par les mots dans sa totalité, sa diversité. Les illustrations jouent du clair et de l’obscur, du simple et dépouillé ou du complexe, sans chercher à en dire plus que le texte.

Un album qui propose une certaine vision de la poésie qui, tout en plongeant dans l’imaginaire, le rêve, aborde une problématique universelle : prendre place au monde. Il fait partie de la sélection 2018-2019 pour le Prix de la Poésie Lire et Faire Lire.

La Vie ne me fait pas peur

La Vie ne me fait pas peur
Maya Angelou – Géraldine Alibeu
Seghers jeunesse bilingue 2018

Résister et surmonter ses peurs

Par Michel Driol

Maya Angelou est peu connue en France dans les grandes figures de l’émancipation des femmes afro-américaines. Née dans une famille très pauvre du Missouri, élevée par sa grand-mère, elle parvient à entrer à l’université puis à devenir chanteuse et danseuse, poétesse et conteuse qui se bat aux côtés de Malcolm X et de Martin Luther King. Elle est décédée en 2014.

Revient, comme un refrain, le vers qui donne son titre à l’ouvrage, essentiellement en fin de tercets dont les deux premiers vers sont des évocations de choses qui pourraient faire peur. Peurs enfantines pour l’essentiel : liées à des choses concrètes comme les ombres, les bruits, les chiens, ceux qui tirent sur [sa] tignasse,  ou à des choses plus imaginaires comme les dragons, Mère l’Oie, les spectres. D’autres strophes  sortent de cette liste pour évoquer la résistance de l’enfant : rire, sourire, faire bouh, mettre un sort de magie dans sa manche. S’il y a bien des peurs, elles ne sont qu’en rêves. Le poème délivre alors une leçon de vie dans laquelle courage, rêve et imaginaire deviennent ainsi des armes pour lutter contre les terreurs.

L’album présente le poème de Maya Angelou en le découpant soit par vers, soit par strophes, cette adaptation imposant au lecteur un certain rythme de lecture et de respiration. Les illustrations envahissent les doubles pages, et donnent à voir une petite fille afro-américaine – à l’image de l’auteure. Les couleurs passent du gris et du sombre, au début,  aux couleurs  plus éclatantes de la fin. Elles accompagnent le texte, quitte peut-être à trop le commenter, ou à rajouter des détails (la petite fille qui danse, ou qui est montée sur des échasses). Certes, ces détails respectent le ton et l’intention du texte, mais imposent peut-être trop une certaine vision d’un monde relativement édulcoré aux lecteurs. On pourra les opposer aux illustrations proposées par Basquiat pour une édition américaine, dans un style beaucoup plus expressionniste, contemporain et violent

L’édition bilingue associe bien sûr le texte original à sa traduction et permettra d’évoquer la figure de l’auteure, dont la biographie est heureusement présente en fin d’ouvrage. Cet ouvrage fait partie de la sélection 2018-2019 pour le Prix de la Poésie Lire et Faire Lire.