Les Aventures intersidérantes de l’Ourson Biloute : la baraque à frites de l’espace

Les Aventures inter-sidérantes de l’Ourson Biloute : la baraque à frites de l’espace
Julien Delmaire, Reno Delmaire
Grasset jeunesse, 2017

Toy story avec nounours

Par Anne-Marie Mercier

L’ourson Biloute – un ours en peluche – est le meilleur ami de Kévin, un petit garçon (trop) sage qui obéit à sa maman et accepte par exemple que son ours passe régulièrement à la machine à laver. Autant dire que, pour un ours aventureux comme Biloute, la vie est (trop) calme. Heureusement, il réalise son rêve en « se » perdant (ou se faisant perdre) lors d’une visite de Kevin à la « Ducasse » (fête foraine, dans le Nord) : il y retrouve les êtres qu’il a vus dans un film, la veille à la télévision – il la regarde en cachette pendant que Kevin dort sagement. Il affronte le terrible Blast Ador, le docteur Veggaline… mais heureusement il pourra compter sur l’aide du héros, lui aussi sorti de la « fiction » pour défendre l’humanité d’un terrible danger …

On pourrait reprocher aux auteurs de manquer de suite dans les idées car cet ours, qui est dit à plusieurs reprise ne pas pouvoir bouger ni parler, a bien des ressources, mais on ne leur reprochera pas de manquer d’énergie et d’imagination : le scenario, fait à l’arrache, va bien avec les illustrations au style un peu sauvage.

Biloute incarne un rêve d’enchâssement de l’imaginaire dans le réel, et met à jour les pouvoirs de la fiction tout en enrobant le propos dans une jouissance du quotidien et de son langage : le ch’ti en fait le sel (un glossaire est fourni en fin d’album). On ne saura pas à la fin si Kevin a fait exprès de perdre son ours pour lui inventer des aventures, mais on constatera qu’il sera ravi de le retrouver devant sa porte… pour de nouvelles aventures. ll y a plusieurs tomes dans ce genre « farfelu, rock-n-roll et déjanté » comme le dit bien Clarabel ).

Le Grand voyage de monsieur Tatou/ Je voulais te dire…

Le Grand voyage de monsieur Tatou/ Je voulais te dire…
Christine Beigel, Matieu Z.
Editions du Pourquoi pas (collection « faire société »), 2015

« Il n’y a pas d’âge pour entreprendre, ni pour s’émouvoir. » (éditions du Pourquoi pas)

Par Anne-Marie Mercier

Les Editions du Pourquoi pas, maison d’édition indépendante située dans les Vosges, ont un projet original et collaboratif intéressant : « Nées fin 2012, sous la forme d’une association à but non lucratif, les Éditions du Pourquoi pas sont le fruit d’une collaboration de plus en plus fructueuse entre l’École Supérieure d’Art de Lorraine – site d’Épinal et de la Ligue de l’Enseignement des Vosges » (site de l’éditeur). Eduquer au sens, au sensible, offrir à des étudiants la possibilité d’illustrer une œuvre écrite par un auteur reconnu (Y. Pinguilly, F. David…), proposer aux lecteurs des fictions qui les interrogent sur notre monde… Le nom de la collection, « faire société », est un programme à lui seul.

Après le très beau Mo, qui mettait en mots et en images le portrait d’un gardien d’immeuble et de son secret (l’illettrisme), ce volume propose deux histoires courtes, unies par un même thème, l’une sur le mode réaliste, l’autre plus fantaisiste.

Monsieur Tatou est un petit homme de papier, l’envie de voyager le prend, et ce qu’il voit ne lui plait pas : partout des bottes et des armes, point de paix, hormis dans le désert où il finit sa course. Cette petite fable conduit à une interrogation : « Doit-on appartenir à un pays, à un lieu, ou bien est-on libre de vivre où l’on veut, comme on veut, sans s’installer vraiment ?

Un homme écrit à son amour, restée au pays avec les enfants tandis que lui est parti plein d’espoir, un diplôme en poche pour d’imaginaires Eldorados. Il va de déceptions en défaites, jusqu’au moment où, sans papiers, il ne peut ni revenir ni donner de ses nouvelles tant le sentiment d’échec le paralyse.

Les questions tournent autour des sans-papiers : « qu’est-ce qui pousse une personne à quitter son pays et ceux qu’elle aime ? » qu’est-ce qu’avoir (ou ne pas avoir) une identité ? connais-tu des sans-papiers ? Questions simples, réponses qui devraient être simples mais ne le sont pas. Les dessins de Matieu Z. sont parfaits : ils disent le drame mais en ajoutant une touche d’absurde. Son personnage pourrait être chacun de nous et le monde qui l’entoure est à la fois beau, étrange et effrayant.

La Fille qui tomba sous Féérie et y mena les festoiements

La Fille qui tomba sous Féérie et y mena les festoiements
Catherynne M. Valente
Traduit (anglais, USA) par Laurent Philibert-Caillat
Balivernes, 2016

Régal féérique

Par Anne-Marie Mercier

Alice est passée de l’autre côté du miroir, et la « Fille qui… » , c’est-à-dire Septembre, est passée à l’envers des choses : sous féérie, là où le dessus est renversé, où les ombres ont pris le pouvoir. On trouve dans ce volume plusieurs échos d’Alice, des images de chute dans des trous, des rencontres, notamment celle d’un cavalier fatigué… Mais aussi des clins d’œil à l’univers du Magicien d’Oz, et le Nebraska de Septembre fait écho au Kansas de Dorothy. Cela ne signifie pas que Catherynne M. Valente manque d’imagination : elle invente toute sorte d’êtres ou de situations surprenantes : la sybille de la porte, un monstre que l’on nomme « l’ébauche », une aubergine voyageuse, une robe vivante, un minotaure…

On se souvient que Septembre avait dû céder son ombre, dans le tome précédent. Voilà que celle-ci a pris le pouvoir dans le monde de Féérie et n’a aucune intention de revenir à sa place, subalterne et obligée, mais bien plutôt d’asservir ou supprimer Septembre… et le monde du dessus (c’est-à-dire, on le comprend vite, le surmoi). On retrouve avec plaisir ses amis, ou plutôt leurs ombres, avant de voir qu’eux-aussi sont passés « de l’autre côté » et sont en rébellion. Les ombres n’ont plus qu’une idée : faire des festoiements jusqu’à point d’heure, enchainer les jeux et les banquets. De nombreux passages offrent un déploiement vertigineux de couleurs, de saveurs, de mélange de mets étranges ou connus : le lecteur lui-même se régale et voudrait que la fête de cette lecture n’ait pas de fin. La richesse des inventions et des émotions, celle de la langue, du style tantôt léger tantôt méditatif et le rythme souple de Catherynne M. Valente, avec la belle traduction de Laurent Philibert-Caillat, portent le lecteur et le font se délecter comme dans un festin – ou festoiement, ce qui est encore mieux.

A l’envers de féérie, on vit un rêve régressif, enfantin. On mène une vie de délices et d’excès sans se priver de rien, grâce à la magie… Mais cette magie est puisée quelque part, et ce qui profite aux uns manque cruellement aux autres : le monde d’en haut se meurt, en perdant son énergie, captée par celui d’en bas. Fable politique sur nos dépenses en produits issus d’un travail lointain ? sur notre irresponsabilité infantile, qui fait que nous ne nous soucions ni d’eux ni du lendemain ? Ces habitants de Féérie du dessous sont en tous cas une image de l’enfance déchainée assez jouissive et sympathique avant d’apparaitre cynique et cruelle.

La sensible Septembre joue quitte ou double et ne recule devant aucune épreuve pour réparer ce qu’elle croit être de sa responsabilité. « Voila ce qui arrive quand on a un cœur, même un cœur très jeune et très petit. Il ne cesse de vous attirer des ennuis, c’est comme ça » (p.253). La fin du roman est plus grave : on passe à travers une blessure et à travers le sang des souvenirs de Septembre, pour arriver au fond des choses, au fond de sa maison, face à l’ombre du père disparu… Et l’on voit se confirmer ce que l’on pressentait dès la fin du volume précédent : cette histoire pleine fantaisie tourne comme bien d’autres autour d’un secret, d’une absence et d’une souffrance.

L’émerveillement du premier tome se soutient dans le second, c’est vraiment un très beau livre, tonique inventif et sensible, à ranger parmi les futurs classiques de la fantasy.

Prix et sélections :
Grand Prix de l’Imaginaire 2017 Catégorie Roman Jeunesse Etranger : Lauréat.
Prix Jacques Chambon Traduction 2017 : Sélection.

Mind Games

Mind Games
Teri Terry
Traduit (anglais) par Maïca Sanconie
La Martinière jeunesse, 2017

« Mieux vaudrait un enfer intelligent qu’un paradis bête » (Victor Hugo)

Par Anne-Marie Mercier

Imaginez un monde hyper connecté grâce à des implants : par exemple, un groupe d’individus peut recevoir et échanger des informations de manière simultanée, sans se parler, à distance. Des classes virtuelles remplacent l’enseignement traditionnel, sauf pour quelques-uns qui, pour des raisons médicales ou religieuses refusent les implants. On se doute qu’ils n’iront pas loin, même si ce qui ressemble à notre actuelle ONU tente de protéger les minorités. Quant aux autres, ils quittent de plus en plus leur corps qui reste sur une « base » entourée de technologie, perdus dans des espaces virtuels où ils n’ont pas de besoins qu’ils ne puissent satisfaire, pas de douleurs, où tout est possible

Luna, héroïne et narratrice de ce roman, fait partie pour des raisons qu’elle ne s’explique pas très bien elle-même des sans implants. Sa mère, créatrice fameuse de jeux vidéo, est morte pour n’avoir pas rejoint sa base et s’être perdue dans une boucle virtuelle à la suite d’un pari qu’elle avait fait : mourir vraiment en cas d’échec dans une de ses créations.

Luna sait qu’elle échouera forcément aux tests qui sélectionnent les élèves les plus brillants, et notamment les génies de l’informatique que sont les hackeurs du collège, dont ses amis les plus proches. A son grand étonnement, elle les réussit. D’autres événements tout aussi étranges font qu’elle rejoint finalement et en partie contre son gré ces élèves triés sur le volet dans l’île où ils finissent leur formation. Elle y découvre le sort qui es attend, ce qui est vraiment arrivé à sa mère, et elle mène la lutte pour rétablir le règne du réel.

Son aventure est ponctuée de rebondissements, découvertes, trahisons. On ne sait jamais bien qui est fiable ou non. La mémoire est fractionnable, et peut être conservée dans des objets, comme les perles du collier de sa mère qui lui livrent ses derniers messages. Le rêve est un lieu de découvertes et d’irruption dans les mondes virtuels des autres, l’espace virtuel est un labyrinthe où l’on rencontre les autres si on le désire, où on leur échappe si on a le pouvoir que détient Luna… un « vide » angoissant er merveilleux à la fois.

Toutes les formes de virtuel sont évoquées dans ce roman, lui-même labyrinthique. Il pose bien les questions qui naissent du développement de ces univers, notamment celle de la place du corps – augmenté ou non – dans ce nouveau monde, et du rapport des amateurs de virtuel à ce corps, des dangers auxquels ils s’exposent. C’est tout à fait passionnant, inquiétant, et follement romanesque. Enfin, chaque partie débute avec une belle citation classique, de Flaubert, Hugo, Giordano Bruno… ce qui ne gâte rien et invite à donner une portée philosophique à ce roman d’anticipation qui parle aussi bien du présent et du futur possible que de cauchemars anciens.

Les mystères de Larispem, t. 1 : Le sang jamais n’oublie

Les Mystères de Larispem, t. 1 : Le sang jamais n’oublie
Lucie Pierrrat-Pajot
Gallimard Jeunesse, 2016

Mystères parisiens

Par Anne-Marie Mercier

Ce premier roman de Lucie Pierrat-Pajot a été sélectionné, comme l’an dernier La Passe-miroir de Christelle Dabos, par le jury du concours du premier roman organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama. Comme le précédent, il est le premier volume d’une série et est très original.

Il se situe dans le cadre d’une uchronie : la Commune de Paris a eu raison des Versaillais en 1871 et est devenue une cité-état indépendante. Elle a chassé les prêtres et les aristocrates, la profession la plus respectée est celle des bouchers qui ont mené l’insurrection ; leur argot, le louchebem a donné son nouveau nom à la ville. Ainsi, derrière ce titre imité des Mystères de Paris, on devine l’influence d’Eugène Sue et de fait le roman est rempli de ressorts du roman populaire (coïncidences, vertu malheureuse, complots, reconnaissances…). Jules Verne est lui aussi bien présent, comme personnage mais aussi dans la description des technologies de ce monde parallèle au nôtre, souvent inventives et charmantes.

Les mystères s’accumulent, une malédiction plane, l’Allemagne complote, les rues de Larispem sont sombres et pleines de dangers et nos héroïnes, bientôt rejointes dans l’action par un orphelin étrange, sont en danger…

 

La Passe-Miroir, t. 3 : la mémoire de Babel

La Passe-Miroir, t. 3 : la mémoire de Babel
Christelle Dabos
Gallimard jeunesse, 2017

Le labyrinthe des livres

Par Anne-Marie Mercier

Après l’enthousiasme provoqué par la lecture des deux premiers tomes (voir le 1 ou le 2), voilà une petite déception avec ce troisième volet. Tout d’abord parce qu’il n’est pas le dernier et que l’on espérait que tous les mystères seraient levés, ce qui n’est pas le cas. On a tout de même un début de réponse à la question « qui est Dieu ? », ce qui est important…

On retrouve aussi le talent de Christelle Dabos pour créer des espaces originaux, beaux, poétiques. La bibliothèque de Babel vue par elle est une petite merveille, une image de l’infini et la ville dans laquelle elle se situe prend corps nettement avec ses quartiers, ses monuments, ses moyens de déplacements, sa météorologie… L’école-pensionnat où Ophélie tente de gagner le droit d’entrer dans ce Mémorial est un micro univers sinistre à souhait, la compétition y est rude et ses efforts pour apprendre tout ce qu’elle ignore sont chaotiques.

Ophélie se bat aussi avec énergie pour retrouver Thorn et est longtemps déçue dans son attente, même lorsqu’elle le retrouve (la difficulté de communication entre ces deux-là va générer des volumes supplémentaires). Mais elle fait de nombreuses rencontres intéressantes, nous permet de méditer sur une civilisation où l’on veut gommer tout ce qui a trait aux guerres passées (thème curieusement assez fréquent dans les dystopies pour la jeunesse, voir par exemple Le Passeur de Lowry).

On devine enfin qu’au centre de tous les mystères il y a un livre pour enfant et que le « créateur » du monde des Arches (qui n’est pas ce Dieu là…) s’en est inspiré… Mais on n’en dira pas plus pour maintenir le suspens en attendant le(s) tome(s) suivant(s).

Dans la peau de Sam

Dans la peau de Sam
Camille Brissot
Syros (soon), 2017

Fille/garçon : échanges de corps, de rôles, de lieux

Par Anne-Marie Mercier

Prenez deux adolescents que tout oppose : fille/ garçon, Bien dans sa peau/ Mal à l’aise, populaire/ sans amis… Le versant positif, ou du moins favorable, est occupé par Charlie, jeune fille ordinaire, le versant moins favorisé par Sam, un garçon de sa classe dont elle se moque avec ses amies.

Tous deux se trouvent en même temps dans une fête foraine et entrent au même moment dans une machine qui provoque l’échange de leurs corps : chacun doit endosser la vie de l’autre, avec les aspects tragiques et comiques que l’on devine. Ils retrouvent l’inventeur de la machine et doivent attendre qu’il intervienne avant la durée fatidique des soixante-douze heures au-delà de laquelle la métamorphose sera irréversible…

Les relations entre garçons et filles, et plus précisément entre adolescents, sont un peu caricaturales mais néanmoins assez bien vues, comme leur vie scolaire et familiale, et la morale du récit est claire : se mettre dans la peau de l’autre permet de mieux le comprendre, de l’accepter ; chacun des deux apprend et le versant « positif » de l’histoire est bien remis en question.

Endgame, t.3 : les règles du jeu

Endgame, t.3 : les règles du jeu
James Frey et Nils Johnson-Shelton
Traduit (anglais, USA) par Jean Esch
Gallimard (Grand format), 2017

Jeux du cirque, le retour?

Par Anne-Marie Mercier

Une trilogie, le monde pour décor, un contexte pré-apocalyptique, un complot d’extra-terrestres cyniques contre l’humanité, des personnages jeunes, garçons et filles, de toutes les races, puissants et déterminés, engagés dans une compétition qui n’aura qu’un seul survivant, un rythme haletant, dû en grande partie à la technique des récits fragmentés et points de vue alternés… tous les ingrédients d’un Brest seller sont là.

On peut ajouter quelques ingrédients supplémentaires, comme une organisation proche d’un jeu de plate-forme, la liaison avec un vrai concours en ligne avec de l’argent à la clé qui devait s’achever en juillet 2017 si un lecteur avait trouvé la solution des énigmes…( je en sais pas si quelqu’un à gagné, le web étant discret sur ce point, peu importe).

Il n’est donc pas étonnant que la série ait eu du succès. Mais on se permettra quelques bémols. Tout d’abord, comme on vient de le dire, l’absence totale d’idée nouvelle, la nouveauté consistant à mixer des recettes existantes. Ensuite, le happy end facile, la morale sauve ( les joueurs tuent aveuglement des centaines de personnes mais se refusent à tuer une petite fille innocente  – ceux qui envisagent de le faire sont bien punis d’ailleurs) ; la terre est à moitié détruite mais la reconstruction est immédiate et l’amitié entre les peuples universelle (le lecteur dans ces dernières pages se demande : pour qui nous prend-on ?). Enfin, en lisant les aventures de ces jeunes gens rivés à leurs armes et trouvant une jouissance dans le sang et dans le combat, en s’interrogeant sur la nécessité qui pousse l’auteur à détailler la mort de chacune de leurs victimes et l’expression qu’elle a à son dernier souffle, on se dit que décidémment cette « littérature » rejoint un voyeurisme douteux et que, somme toute, entre ces héros proposés à l’identification et les sinistres assassins de masse dont les journaux nous parlent, la différence tient à peu de chose.

Chemins toxiques

Chemins toxiques
Louis Sachar
Traduit (anglais-Etat-Unis) par Diane Ménard
Gallimard jeunesse, 2016

 

Roman écolo-scolaire

Par Anne-Marie Mercier

Après avoir popularisé dans le fameux Le Passage un nouveau sous-genre romanesque, le roman scolaire en milieu de camp de travail, Louis Sachar propose ici un autre roman dont l’histoire est fortement ancrée dans un établissement scolaire et dont les protagonistes vivent des situations de danger dans un milieu sauvage. Ce collège prestigieux est situé au bord d’une forêt interdite d’accès – évidemment, des adolescents y cherchent paradoxalement refuge : on aura reconnu le thème fréquent de la forêt interdite, celle des contes, ou celle qui jouxte Poudlard, l’école des sorciers de Harry Potter.

Ici, le monstre est une mousse faite d’animalcules microscopiques créés par un savant à l’air très fou. L’intérêt du roman réside dans son suspens, ses récits, points de vue et temporalités alternés, mais aussi dans le portrait psychologique des trois adolescents et dans les profils scolaires que chacun incarne : la jeune fille effacée mais courageuse et altruiste, le garçon « normal » mais dans le fond assez lâche, et enfin le voyou qui terrorise et fascine tous ses camarades et cache une âme blessée.

Si ce roman n’est sans doute pas à la hauteur d’invention du Passage, il fonctionne bien et les passages qui se déroulent dans la forêt sont fascinants.

Scaraboy

Scaraboy
M. G Leonard
traduit (anglais) par Amélie Sarn
Seuil-jeunesse , 2016

Gros plan sur les coléoptères…

Par Marion Mas

Orphelin de mère, Darkus emménage chez son oncle Max après la mystérieuse disparition de son père, le directeur scientifique du Muséum d’Histoire naturelle de Londres. Il se fait rapidement trois amis : Bertold, Virginia et… un scarabée géant et étonnamment intelligent, qu’il baptise Baxter. Celui-ci semble adopter le garçon. En compagnie de ses nouveaux camarades, Darkus se met à la recherche de son père car, contrairement à la police, il est persuadé que celui-ci a été enlevé. La rencontre d’une femme étrange dans le département d’entomologie du muséum où son père faisait des recherches, la révélation que cette femme s’intéresse à la maison mitoyenne de celle de son oncle, la découverte, dans cette maison, d’une pièce remplie d’insectes mutants, achèvent de le convaincre.

L’intrigue, riche en rebondissements, se déploie sur fond de manipulations génétiques et de réflexion écologique. On peut regretter une écriture essentiellement composée de dialogues, qui, de surcroit, ne sonnent pas toujours juste. Mais l’originalité du récit tient au regard porté sur les insectes. Décrits avec une grande précision (un glossaire, en fin d’ouvrage, vient, le cas échéant, au secours du lecteur), dotés d’un rôle décisif dans l’intrigue, ils deviennent de véritables personnages, qui attirent la sympathie. Progressivement, en même temps que les jeunes héros, le lecteur apprend à se familiariser avec les coléoptères et à distinguer différentes espèces de scarabées. Et par-là, peut-être bien, qu’il apprend à regarder.