Le cantique des elfes

Le cantique des elfes
Myriam Chirousse

Thierry Magnier, 2011

Y a-t-il un narrateur dans le roman ?

par Christine Moulin

cantique.jpgCréditons l’auteure d’avoir voulu brouiller les repères narratifs pour donner une idée de la désorientation des personnages. Peut-être, toutefois, en a-t-elle un peu trop fait…

Résumons: nous avons donc un premier chapitre en « tu » (la comparaison avec Contre Dieu, qui repose sur le même principe est cruelle…): « tu » étant Jessica, une adolescente de quatorze ans, rêveuse et romantique, qui préfère vivre, sous les traits de Lady Kerridwen, dans un château gothique sis dans les contrées virtuelles d’Ultramonde, plutôt que dans la plate réalité de son existence, pourtant douillette, au fond; nous avons aussi un deuxième chapitre écrit à la troisième personne, du point de vue d’Helena, l’amie de « tu », personnage moins facile à cerner puisqu’au début du roman, elle apparaît comme la copine sûre d’elle qui jette son dévolu sur le beau Sébastien Moret et arrive assez facilement à « sortir avec » lui tandis que par la suite, elle semble perdue au point de tomber dans les griffes d’une secte d’amazones, dans l’Ultramonde, qu’elle fréquente également ; nous avons un troisième chapitre sous forme d’un dialogue entre Lupus Negrus, l’elfe noir inquiétant qui a envoûté Lady Kerridwen, mais ce dialogue se déroule dans la vie réelle, puisque la « jonction » a eu lieu; enfin… bon, je n’en dirai pas plus; nous avons enfin un quatrième chapitre où Tom, un lycéen surdoué mais complètement déscolarisé, s’adresse à Jessica. Ouf…

Le Secret d’ Orbae (Le voyage de Cornelius, Le Voyage de Ziyara)

Le Secret d’ Orbae (Le voyage de Cornelius, Le Voyage de Ziyara)
François Place

Casterman, 2011

Coffre à trésors

par Anne-Marie Mercier

François Place,voyage,atlas  Casterman, Anne-Marie MercierLa nouvelle œuvre de François Place, Le Secret d’Orbae, n’est pas un livre, c’est  bien plus que cela : elle propose une nouvelle forme. C’est un coffret noir d’apparence mystérieuse dans lequel on trouve deux romans illustrés accompagnés par une carte de l’univers associé aux textes, et par des images illustrant certains de leurs épisodes, placées dans un portfolio cartonné et fermé par un lien. L’objet en lui-même est très beau.
Le contenu est lui aussi d’une grande qualité. L’ensemble renvoie à l’univers bien connu de l’Atlas imaginaire de François Place., auquel les deux héros des deux romans  appartiennent : Cornelius, l’homme du Nord, et Ziyara de Gandaa.

Le voyage de Cornelius imite les anciens récits de voyages ; le narrateur est un marchand et ses aventures sont reliées à sa quête d’un objet précieux – ici une étoffe, la « toile à nuage ». Plus que marchand, le protagoniste est un rêveur qui court après un idéal, recherche le défi et que l’amour même ne suffit pas à contenter.  La « toile à nuage » s’avère  proche de l’« étoffe dont sont faits les rêves » chère à William Shakespeare.
La quête de Cornelius lui fait sillonner le monde pour le plus grand bonheur du lecteur, qui retrouve les belles inventions de l’Atlas des géographes d’Orbae. De nombreuses rencontres, des dangers, des découvertes de civilisations étranges, tout cela rend le récit poétique et passionnant. Dans son périple il rencontre Ziyara ; il en tombe amoureux, mais la quitte cependant pour continuer sa quête.

Le deuxième roman, Le Voyage de Ziyara,  présente donc l’histoire de cette dernière, de sa naissance à sa nomination comme Grand Amiral, de sa gloire à son bannissement, de la rencontre avec Cornelius à sa recherche, au terme de sa disparition. Si les aventures de Cornelius sont essentiellement terrestres, celles de Ziyara sont essentiellement maritimes.
Ce roman est sans doute un peu moins réussi que celui de Cornelius et son intrigue plus décousue, pour deux raisons : le personnage principal en est moins complexe, et son moteur est la fuite, davantage que la quête. Néanmoins,  lire la même histoire racontée selon deux points de vue est très appréciable : l’un est masculin et l’autre féminin, l’un est terrestre et commercial, l’autre maritime et guerrier. Je conseille fortement de commencer par le voyage de Cornelius, cette première approche donnant à la seconde une ossature qui lui manque sans cela.

Les illustrations sont dans le style bien connu de François Place, tel qu’il s’est révélé dans l’Atlas : souvent proches de la miniature, d’une extrême précision avec des tonalités de coloris variées et toujours significatives, que ce soit sur un mode réaliste ou symbolique. Voir ces dessins en grand format dans les planches proposées par le portfolio est un plaisir nouveau. S’ils illustrent les épisodes des deux romans, ils donnent bien plus à voir encore. La lecture procède par va-et-vient entre les romans et les images, cartes ou illustrations : nouveau mode de parcours pour un nouvel objet, libre et foisonnant.

Cyclones: Six vertiges identitaires

Cyclones
Karim Berrouka, Bruno Leray, Philippe Aureille

Organic éditions ( Petite bulle d’univers n°7), 2011

Six vertiges identitaires

par Anne-Marie Mercier

karim berrouka,bruno leray,philippe aureille,folie,clone,identité,organic éditions ( petite bulle d’univers),anne-marie mercier  Cette nouvelle « nouvelle graphique » combine les qualités des précédentes « Petites bulles d’univers » d’Organic éditions : beau papier, mise en page originale et soignée, illustrations, ou plutôt peintures, superbes qui rapprochent ces beaux objets du livre d’artiste, textes courts mais denses. Comme les précédentes, elle s’inscrit dans un registre fantastique, ici très cohérent et très inquiétant.

On ne saura pas si Georges a réellement été le cobaye d’une expérience ou s’il est atteint de folie mais à chaque étape (il y en a six, comme autant de chapitres) Georges affronte ses doubles, ses  cinq clones (d’où le titre « cyclones ») et tente de s’en débarrasser, tantôt par la ruse, tantôt par la violence, développant dans chacune des tentatives des ressources logiques imparables. Chaque jour, à six heures du matin, Georges s’éveille pour une nouvelle aventure avec l’aide d’une âme soeur, chacune semblant le clone de l’autre, et chaque jour à six heures du soir, Georges est multiplié en six fois lui-même, doté d’un « super pouvoir à la con », tantôt divin tantôt amoureux, tantôt puissant, tantôt bien empêtré.

Le texte de Karim Berrouka s’inscrit face aux peintures de Bruno Leray, saisissantes, souvent angoissantes.  Pour tenter de les décrire, disons qu’elle s’approchent de variations sur « Le cri » de Munch qui aurait été traitées par un pinceau inspiré aussi bien par Bacon que par Rebeyrolle. L’ensemble alterne noirceur et couleurs, comme le texte passe du lyrique à l’humoristique en passant par le récit fantastique, frénétique ou policier.

Silence, on irradie

Silence, on irradie
Christophe Léon
Ed.  Thierry Magnier 2009

Terreur nucléaire

par Maryse Vuillermet

Le héros, Sven, un jeune garçon,  habite près d’une centrale nucléaire. Ses deux parents comme tous les gens du village y travaillent et sont en mauvaise santé. Lui, se baigne dans le lac et perd ses cheveux.
Un jour, une explosion anéantit la centrale et tous les villages alentour, les forêts, toute la nature. Sven survit et se cache. Il ne veut pas se rendre aux nettoyeurs qui l’effraient.  Il cherche sa petite sœur, la trouve dans une cave où elle a pu se mettre à l’abri et rencontre d’autres rescapés, enfants ou jeunes amoureux. Ensemble, ils survivent et se déplacent dans le no mans’ land.  Au-dessus, les hélicoptères de l’armée tournent, pour les sauver ou les éliminer ?
Entre horreur absolue et entraide, entre catastrophe totale et raison d’Etat, l’enfance et  la jeunesse, l’amour et la volonté de ne pas perdre un être cher, la fantaisie et l’innocence des jeunes rêveurs résistent un instant. Mais la fin ne laisse aucun espoir.
A ne pas mettre entre les  mains de jeunes angoissés !

Totale angoisse

Totale angoisse
Brigitte Aubert                                                                                        
Thierry Magnier (« Nouvelles ») 2009

Récits très noirs

par Maryse Vuillermet

Brigitte Aubert ne prend pas les jeunes  pour des enfants de chœur. Dans ces récits très noirs, les enfants sont victimes de tueurs, de passeurs malhonnêtes, d’accidents de la route, de psychopathes, de malades mentaux, de jardiniers pervers armés de grandes cisailles. Parfois, ils en réchappent  mais pas grâce aux adultes, grâce à d’autres enfants ou jeunes de leur âge. L’un d’eux s’en sort parce qu’il est loup-garou, adolescent. Le monde décrit par l’auteur est violent, d’une cruauté rare, et désespéré, plein de guerres, de fin du monde programmée… La seule fenêtre est l’humour, la fantaisie.  Mais c’est un humour assez macabre et délirant ; par exemple,  dans la nouvelle un conte défait, qui décrit un institut de réinsertion pour personnages de contes pour enfants, la Petite Sirène (en fauteuil roulant pour cacher sa queue de poisson)  et Pinocchio se rencontrent lors d’un casse de banque et deviennent amis pour travailler dans la  parade d’Euro Disney.  Les contes pour enfants sont-ils définitivement remisés aux oubliettes, remplacés ou recyclés par les nouvelles noires.  Brr !

Collection Mini Syros Soon

Collection Mini Syros Soon
Syros, 2010
Petite SF

par Anne-Marie Mercier

Les éditions Syros proposent une collection de petits (mini) récits d’anticipation sous le mot anglais « soon », bientôt. Trente à quarante pages très aérées, un format de nouvelle plutôt que de roman, un petit prix (2, 95 €) et des thématiques variées, il y en a pour tous les goûts : les mutants (A la poursuite des Humutes, L’enfaon), les robots (Robots mais pas trop), les manipulations génétiques (L’enfant satellite), les découvertes spatiales (Le très grand vaisseau), etc.

L’enfaon

L’enfaon
Eric Simard
Mini Syros

L’avenir de l’amour

par Christine  Moulin

« Ses yeux… Je me souviens qu’ils étaient larges, très larges,…». C’est sur ce portrait quasi verlainien (« Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore… », Mon rêve familier) que débute ce court roman, destiné aux plus jeunes. Deux atouts : c’est une histoire d’amour. C’est un livre de science-fiction. Ce qui fait de cet ouvrage une rareté, dans cette tranche d’âge (7-8 ans).

Leïla, donc, tombe amoureuse de l’enfaon, qui « conçu quelque part en France dans une couveuse artificielle », est un Humain Génétiquement Modifié, mélange d’enfant et de faon. L’enfaon, poète, a du mal à suivre en classe. Il subit les moqueries de ses camarades, ce qui brise le cœur de l’héroïne.

L’intrigue est mince et le dénouement rapide. Mais la lecture est facile et le propos, sans être très original, initie bien au genre. Ce roman constitue également un bon exemple d’histoire conçue à partir d’un mot-valise (d’ailleurs, la tante de Leïla ne s’occupe-t-elle pas d’un élevage de « chienchats », « chimères [qui ont] le devant du corps « chiens » et le l’arrière du corps « chats » ») ? Avis aux écrivains en herbe…

Le site d’Eric Simard : http://www.ericsimard.net/bio.htm

La princesse et l’assassin

La princesse et l’assassin
Magnus Nordin
Rouergue (doAdo Noir), 2010

Les amourettes suédoises…

par Michel Driol

Un beau début de roman noir : « Il avait plu toute la journée, une bruine désolante typique de l’automne, mais, peu après minuit, la pluie avait cessé. Même si Fredrick n’était que légèrement habillé, le froid était à cet instant le cadet de ses soucis ».

Mais, même si la quatrième de couv’ met l’accent sur le côté thriller (au deuxième assassinat, chacun va devoir abandonner ses mensonges et ses secrets) et souligne que ce roman, d’un auteur suédois reconnu de thrillers et de romans d’horreurs pour la jeunesse, a reçu pour ce roman le prix du meilleur thriller pour la jeunesse… le thriller et les frissons tardent à venir.

En fait ce roman hésite entre deux ou trois genres : le thriller, certes, mais en pointillés. Le roman sentimental pour ados. Le roman social.

Du thriller, on garde l’atmosphère et les constantes du genre (la nuit, la pluie,  le tueur qui rôde et menace les ados, l’enquête policière, la fausse piste), mais, au fond, ce n’est pas vraiment cela qui intéresse Nordin, ni peut fournir un moteur à la lecture. Le point de vue n’est pas vraiment ici celui de la victime potentielle, comme c’est le cas dans ce genre.

Ce qui se développe surtout, c’est le roman sentimental, plus proche des émois d’ »Hélène et les garçons », ou des séries télévisées ayant comme cadre un lycée (d’Australie ou d’ailleurs…) que du roman de Flaubert. Sexe, mensonge et tromperies façon lycéenne. Découverte de l’amour pour Nina, l’héroïne, pour le beau chanteur d’un groupe de musique en vogue, aimé aussi par Lenita. Et Markus, trop timide pour avouer son amour pour Nina, ou choisir entre l’amitié et l’amour… Chronique d’une année scolaire, une de plus… la dernière, en tous cas, puisqu’il s’agit de terminale !

Reste le côté critique sociale, qui me semble rester le parent pauvre de ce livre, comme une dimension  effleurée mais non aboutie, malheureusement. Le lycée que fréquentent tous les héros est caractérisé par sa mixité sociale, et l’auteur met en présence deux mondes, deux quartiers : un quartier populaire (celui de Markus et de Nina), et un milieu très huppé, celui de Lenita. Or, autant les descriptions des lieux mettent l’accent sur ces différences (maisons identiques d’un côté, superbe propriété de l’autre), autant les dimensions sociales et psychologiques sont peu traitées. Au fond, tous ces ados se ressemblent !

Et s’ils se ressemblent tant, c’est peut-être que leurs parents sont absents… Le père de Nina déménage sans cesse, traite sa fille de « Princesse » et cache un secret qu’on découvrira à la fin du roman. Les parents de Lenita sont absents du livre : leur fille  est ivre lors de sa fête… La mère de Nina est malade. Pas d’adulte positif dans ce livre (ni du côté parental, ni du côté professoral), sauf, peut-être, du côté policier. De fait, la micro société des ados fonctionne avec ses règles, ses codes, ses transgressions.

Un livre donc qui pose de sérieuses questions sur les limites de la littérature pour la jeunesse : à quelles conditions écrire un thriller pour les jeunes ? De quelles images du monde des adultes doit-elle être le reflet ? Quel public viser : celui de l’amateur de thriller ou celui du roman d’amour ?

Plaine obscure (Mécaniques infernales, t. 4)

Plaine obscure (Mécaniques infernales, t. 4)
Philip Reeve
Traduit (anglais) par Luc Rigoureau
Gallimard (folio junior), 2010

Villes mouvantes

par Anne-Marie Mercier

Quatrième volet d’un cycle commencé avec Mécaniques infernales (Mortal engines), Plaine obscure tient toutes les promesses du premier volume : les destins y sont scellés, les mystères résolus et un certain ordre rétabli. Il fallait bien quatre volumes pour cela, tant la situation de la planète (la Terre) et des individus était confuse et complexe.

Le couple londonien du premier volume a vieilli, a explosé. Tom et Hester se haïssent, ils sont devenus faibles, aigris et laids, du moins au début de ce volume (la situation s’arrangera sur certains points !). Hester a disparu. Les héros sont ceux de la génération suivante : leur fille Wren et un jeune africain, Theo. Ceux-ci se chercheront et se perdront pendant bien des pages, à la manière du roman antique. On retrouve également des personnages plus curieux, ressuscités ou maintenus en vie par des coups de théâtre, des morts ramenés à la vie artificielle dans un corps de métal et gardant des bribes de souvenirs des temps anciens, des gamins des rues prêts à tout, de vieux archéologues gardiens du temple, des pirates, des officiers prussiens et enfin un journaliste-explorateur-écrivain ridicule et opportuniste qui surgit à chaque étape comme un diable hors de sa boite et qui ajoute ainsi des traits d’humour et de distance à une trame assez sombre.

La planète Terre est livrée au « darwinisme municipal » : à la suite de catastrophes, les villes sont devenues mobiles et se chassent les unes les autres, les grosses se nourrissant des petites, à la manière de pirates des mers. Ce conflit permanent se double d’un autre, celui des locomopoles avec les « Assaillants verts », partisans d’un retour à la terre et à la sédentarisation, tout aussi violents et sans scrupules. Ecologises et tenants de la technologie sont ainsi mis à égalité : même sauvagerie, même intolérance, même méfiance à l’égard des paroles de paix de part et d’autre. Entre ces deux forces principales se jouent encore d’autres guerres, plus ou moins organisées, piraterie, trahisons, complots internes. Mais tous ces camps qui croient connaître et maîtriser leur destin sont aveugles devant la montée d’une autre puissance qui risque d’anéantir toute l’humanité et que l’on ne découvre qu’avec les héros, presque trop tard.

Ce monde dévasté et muni d’une technologie arriérée a besoin autant d’ingénieurs, d’archéologues pour dénicher des instruments du passé (le XXe siècle, en gros) qu’il pourra réutiliser que d’espions et d’hommes de main pour les voler aux autres villes. Londres a été détruite par la folie de sa Guilde des ingénieurs qui a cru pouvoir contrôler des armes trop puissantes pour elle. Mais la ville renaît dans ce volume, dominée cette fois par la Guilde des archéologues à laquelle appartenait Tom, le héros du premier volume. Les jeunes Théo et Wren servent d’intermédiaires entre les différents camps et sont des modèles de courage, de diplomatie et d’habileté stratégique, tout en restant très humains, pleins de doutes, de terreurs et de sentiment d’abandon, capables eux aussi de trahison et d’injustice. Malgré cela ils restent assez flous et n’ont pas une épaisseur remarquable.

Rebondissements multiples, mystères, alternance de points de vue et d’atmosphères font de cette série un modèle du genre qui arrive à combiner de nombreux thèmes de la SF : l’apocalypse, la destruction de la nature, le choc des empires, l’émergence de nouvelles religions, l’intelligence et les humains artificiels, les villes-mondes…

Grâce à ce cycle, Philip Reeve (également auteur de Arthur, l’autre légende) a gagné de nombreux prix, notamment pour Plaine obscure le Guardian Children’s Fiction Prize and the Los Angeles Times Book Award. Depuis, Philip Reeve est revenu à l’univers de Mortal engines avec Fever Crumb, suivi de A Web of air.

Ne jamais tomber amoureuse

Ne jamais tomber amoureuse
Melissa Marr
Traduit (anglais) par Blandine Longre
Albin Michel (Wiz)

Fées cruelles

par Anne-Marie Mercier

L’image de couverture comme le titre font croire à un roman sentimental, faussement : même si les affaires de cœur de l’héroïne sont au centre du roman (acceptera-t-elle de devenir la « fiancée » de Seth ? le trahira-t-elle en cédant au chantage de Keenan ?), ceux-ci ne sont qu’un arrière plan pour un tout autre projet, beaucoup plus original. Le titre anglais (Wiked lovely) indique bien cette double orientation.

Il s’agit d’un roman plein de fées, masculines ou féminines, de toutes les couleurs et de toutes les formes, certaines horribles et monstrueuses, d’autres extrêmement belles, mais toutes plutôt méchantes et farceuses, cruelles enfin. Elles sont invisibles aux humains ordinaires (comme Seth), mais Aislinn l’héroïne peut les voir, ce qui lui complique la vie. Elle est obligée de cacher ce don aussi bien aux fées qu’aux humains. Seule sa grand-mère, puis Seth connaissent la situation.

L’histoire se passe dans une ville américaine ordinaire, Huntsdale, pas très riche. La plupart des paysages sont des non lieux, terrains vagues, espaces abandonnés. Aislinn va au lycée (chez les sœurs), Seth a des piercings, crée des sculptures métalliques, écoute les Dresden dolls et Rachmaninov, boit des bières avec ses amis et vit dans un wagon désaffecté…  rien de glamour malgré ce que peut faire croire la couverture. Mais l’intrigue principale est digne d’un récit de légende : Keenan est un roi des fées. Roi de l’été, il cherche une nouvelle épouse qu’il doit trouver d’urgence pour éviter que le monde ne sombre dans un éternel hiver. Il a choisi Aislinn et la poursuit, mettant en jeu tous ses fidèles et toute sa force de conviction, quand ce n’est pas sa force et sa ruse : on sait très vite qu’Aislinn n’a aucune chance. Le suspens est donc permanent, la fin surprenante mais provisoire : c’est le premier tome d’une série de quatre volumes.

Destiné à la catégorie des jeunes adultes, Wicked lovely a été publié en 2007 aux Etats Unis et a connu un grand succès, figurant pendant plusieurs semaines dans les best sellers. Comme le dit une amatrice sur le site Bit-lit.com, « cela change un peu des vampires et des loup-garous ».

Un genre Twilight, donc, avec une nouvelle fois une relation triangulaire qui propose une fille entre deux hommes, l’un humain (pour l’instant !), l’autre pas… à suivre !