Stéphane

U4. Stéphane
Vincent Willeminot

Nathan/Syros, 2015

U4 – La filière lyonnaise

Par Anne-Marie Mercier

Quatrième et dernière chronique à propos de U4.

Stéphane est à la fois le plus « ado » (au sens de dur, violent) et le plus enfantin de la série : ce paradoxe s’explique en partie par le fait que la narratrice et héroïne, Stéphane, n’a pas perdu toute sa famille dans l’épidémie, contrairement aux autres personnages et est même persuadée que tous sont en vie, quelque part : le père tout puissant aura réussi à les sauver. Ce père est un scientifique, un médecin qui travaillait au fameux laboratoire « P4 » de Lyon, chargé de la recherche sur les virus hautement dangereux ; il voyageait beaucoup, allait en « mission humanitaire », et transmettait à sa fille quand il la voyait (pas très souvent…) son savoir. La naïveté de Stéphane dure longtemps, comme son espoir de retrouver son père, forcément (selon elle) pas au courant de ce qui se passe, pas d’accord avec les violences de l’armée, et capable de tout arranger dès qu’elle l’aura retrouvé. La première partie du roman est fait de contrastes forts, entre la rencontre avec un garçon qu’elle aimera et avec qui elle essaie de sauver les animaux du parc de la Tête d’Or et le massacre qui les détruira, lui et les bêtes qu’il voulait sauver, et entre l’implication de Stéphane dans le travail de réorganisation voulue par les officiels et sa révolte et sa fuite avec Yannis et Jules.

On pourrait ajouter que la naïveté du roman découle du traitement du personnage  de Stéphane : du fait de sa filiation, elle est considérée comme savante, capable de travailler dans les hôpitaux de fortune. Il est vrai que, tous ceux qui étaient âgés de plus de dix-huit ans étant morts, ceux-ci sont dirigés par gens à peine plus qualifiés qu’elle, des étudiants de médecine de première année pour la plupart (on se demande comment tous les blessés ne sont pas morts et les talents de Stéphane, capable de réaliser une amputation laissent perplexe, mais bon, l’intérêt du livre n’est pas là – on attendait un peu plus de vraisemblance cependant).

L’intérêt du roman tient à la personnalité de l’adolescente, capable de dureté extrême, confiante dans l’autorité et pétrie des préjugés et illusions de sa classe, et à son détachement progressif de ses certitudes (sa rencontre avec Yannis, adolescent du quartier du Panier à Marseille, l’y aide).

Le trajet de Lyon à Paris reprend les éléments donnés par les trois autres romans, mais à travers son point de vue, assez différent de celui des autres du fait de sa situation particulière, que l’on a évoquée plus haut. La violence de Stéphane, physique et verbale, le rapport très distant avec le jeu Warriors of time qui réunit les protagonistes, la rencontre avec son père et le retour au réel qui s’ensuit le mettent un peu à part. Mais chacun de ces romans n’est-il pas d’une manière ou d’une autre « à part » des autres ? C’est la réussite de l’entreprise de U4.

Sang-de-Lune

Sang-de-lune
Charlotte Bousquet
Gulf Stream éditeur 2016 – Collection Electrogène

Sombre futur…

Par Michel Driol

A Alta, les femelles, les Sang-de-Lune, sont soumises à l’autorité implacable des Fils-du-Soleil. Elles doivent leur obéir, épouser l’homme que leur père leur a choisi, et porter ses enfants. A la moindre incartade, c’est la condamnation à mort par lapidation. Dans cet univers, Gia est attachée à sa petite sœur Arienn, qui découvre une carte d’un monde inconnu. Pour échapper au mariage promis avec l’homme brutal responsable  de la mort de sa cousine Dana, elle part avec Arienn, qui trouve la mort dans la fuite. Elle se retrouve alors avec les rebelles, dans un monde encore plus souterrain, tentant à la fois d’affronter son propre passé et de  comprendre comment l’humanité en est arrivée là.

Le monde dépeint par Charlotte Bousquet est un univers de science-fiction post apocalyptique. Des champignons fluorescents éclairent les cavernes. Des restes de galeries, mines, tunnels, systèmes d’éclairage subsistent, mais on vit de l’élevage des moutons et de la cueillette. La force de ce roman est d’y dépeindre une idéologie complexe et simple, dans laquelle les ténèbres – féminines pour l’essentiel –  sont source d’angoisse et de menace pour la lumière, incarnée par les hommes.  Cette idéologie s’y impose à tous, à toutes devrait-on dire, car les femmes, les mères, sont les premières à vouloir garantir l’ordre social qu’elle organise, à de rares exceptions près.

Le monde souterrain, celui des rebelles, des Noctes, n’est pas plus optimiste : conflits pour prendre le pouvoir, violence, suspicion, et dangers courus de toutes parts entre lesquels Gia tente de survivre avec l’aide d’une ancienne amie d’Alta, qu’elle retrouve par hasard.

L’intérêt de ce roman vient à la fois de l’imaginaire de son auteure, un imaginaire à la fois sombre et violent, mais aussi de sa complexité : complexité du récit, qui mêle l’histoire de Gia avec des extraits de contes d’Alta, de textes de lois d’Alta, mais aussi les découvertes faites par une érudite, Rovina, relativement à l’origine d’Alta. Complexité de l’arrière-plan social et philosophique, qui illustre la condition de la femme dans certains pays aujourd’hui, mais aussi plus largement, et montre comment la force des idéologies est de faire endosser par les victimes le souhait de ne pas changer leur condition, même si elles en souffrent.

Un seul regret : la fin un peu rapide et elliptique de ce roman – qui fait pourtant plus de 300 pages. On y devine comment Alta est née d’une utopie, d’une volonté de vivre en paix, qui a mal tourné, à l’issue d’une catastrophe, mais c’est peut-être là aussi que l’on aimerait en savoir plus sur les mécanismes qui ont fait basculer l’histoire dans ce qui deviendra une  tragédie pour les femmes.

Des personnages attachants, complexes au service d’un roman qui parle des relations hommes femmes dans notre monde, de la soif de liberté et de la révolte contre ce qui apparait insupportable. A lire d’urgence…

 

 

L’Ours qui n’était pas là

L’Ours qui n’était pas là
Oren Lavie, Wolf Erlbuch (ill.)

La Joie de lire, 2015

Qui suis-je ?

Par Anne-Marie Mercier

Conte philosophique, parcours cocasse entre le nonsense et la vérité brute, images à la simplicité conceptuelle qui s’enrichissent au fur et à mesure que la fiction « prend » et que le personnage acquiert de l’épaisseur, de l’existence, une identité, cet album est tout cela.

Le personnage naît d’un geste, d’une sensation : on n’est pas loin du cogito cartésien… Qui suis-je en dehors de ce que je pense et perçois ? Le gratouillis engendre l’ours et celui-ci cherche ensuite à construire son identité, à s’adjoindre des qualificatifs (« gentil », « heureux », « beau »), grâce aux rencontres qu’il fait en chemin, jusqu’à la maison qui est la sienne et qui le rassure sur la place qu’il occupe dans le monde.

Texte circonspect, drôle et juste, images sobres et riches : une petite merveille, dans laquelle on retrouve tout l’esprit des ouvrages de Wolf Erlbuch, qui n’est ici pourtant « que » (si l’on peut dire) l’illustrateur, esprit porté par le texte d’Oren Lavie (pseudonyme ou pas, quel beau nom !), chanteur-compositeur et interprète, dramaturge et metteur en scène, dont c’est le premier album. Une de ses chansons, « On the opposite side of the sea », a obtenu pour le texte le prix de l’ASCAP (American Society of Composers, Authors, and Publishers)

 

Zapland

Zapland
Marie-Aude Murail, Frédéric Joos (ill.)

L’école des loisirs (Mouche), 2016

De l’apprentissage de la lecture,
ou Naissance d’une écrivatrice

Par Anne-Marie Mercier

 

Tanee vit dans un monde futuriste, en 2054, avec des télé-transports, du télé-travail, des professeurs de plus de 80 ans, des voitures volantes, de la nourriture synthétique… Comme elle a huit ans, elle doit apprendre à lire mais ne sait pas bien à quoi cela peut servir : elle dicte tout ce qu’elle veut à un phonoscript, et toutes les informations nécessaires sont données vocalement ou à l’aide d’images. Elle fréquente donc, en s’ennuyant beaucoup, le cours de madame Poincom. Elle travaille sur écran avec le jeu (« débile ») de la forêt enchantée de Zapland dans lequel elle doit trouver et exterminer des A, des O…, enfin toutes les lettres de l’alphabet : enseignement « ludique » qui l’ennuie profondément car il est dénué de sens.

On comprend vite que ce qui est visé là c’est l’enseignement de la lecture par le « code » (le B. A., BA ou méthode syllabique, qui fait son grand retour depuis quelques temps via les nostalgiques de l’école à l’ancienne). Lorsque cet apprentissage n’est pas couplé avec celui du sens et ne correspond pas à un désir, même a minima celui de faire plaisir à son entourage, ou du moins à une curiosité de l’enfant, il est voué à l’échec : lire ce n’est pas décoder, mais c’est comprendre, pour reprendre les termes d’E. Charmeux. On comprend aussi pourquoi ce texte est dédié à Jean Delas, fondateur de l’Ecole des loisirs : cette maison d’édition s’est définie par la volonté de proposer de vrais textes, bien écrits, inventifs, touchants, des textes qui donnent envie de lire et qui donnent du sens à cet apprentissage difficile et laborieux pour la plupart des enfants.

Mais ce petit roman drôle et prenant n’est pas un manifeste : on suit les aventures de Tanee qui, avec son amie C@ro, s’aventure dans Lequartier, une zone en ruine, interdite. Elle y découvre un livre illustré, sans bien savoir ce qu’elle a dans les mains (cela donne un très joli passage) et, avec l’aide de sa grand-mère, entre dans la magie de l’histoire que celle-ci lui lit, et comprend qu’autrefois il y avait des écrivains (« écrivatrice » au féminin ? la grand-mère ne sait plus). Cela lui donne envie de la lire elle-même, puis d’en écrire d’autres, et enfin de les illustrer… à la main, avec d’autres antiquités rarissimes : des crayons de couleur.

C’est un autre mérite de ce petit roman : il évoque la perte que constitue l’abandon de l’écriture manuscrite et plus généralement de l’habileté graphique au profit de réalisations faites par des machines. Ce n’est pas uniquement un problème pour l’enseignement primaire (dans certaines écoles d’Amérique du Nord on n’enseigne plus l’écriture des lettres, tout écrit se faisant en lettres bâtons ou en traitement de texte), mais il concerne toute la société : être capable de faire un croquis et d’écrire rapidement et lisiblement à la main sont des talents qui deviennent rares.

Ces idées fortes ne sont pas assénées, elles restent en arrière-plan, dans une vraie histoire, de vrais personnages, et une vraie aventure : du beau travail d’écrivatrice !

Renommer

Renommer
Sophie Chérer, Philippe Dumas (ill.)

L’école des loisirs (Medium), 2016

La vérité des mots, la force du langage

Par Anne-Marie Mercier

Saviez-vous que Avion était non seulement un dérivé d’avis (oiseau, en latin) mais un acronyme pour Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel ? Que Freud avait commencé en s’intéressant à la Séduction (dans sa dimension fréquente d’inceste) avant de forger sa théorie de l’Œdipe ? Que le mot bulldozer a désigné à l’origine un groupe de racistes américains ?

Sophie Chérer a pu constater l’enthousiasme des enfants et adolescents (mais aussi de plus grands) devant les origines des mots, le sens caché suggéré par l’étymologie, les familles qu’elle fait deviner, l’extrême richesse de cette « science ». Les guillemets sont là pour exprimer une certaine réserve, non face à ce livre, bien fait et bien écrit, utile et passionnant, mais face au principe qui le sous-tend : les étymologies sont souvent hasardeuses et on ne peut – depuis les excès de certains aux XVII et XVIIIe siècles –  que les prendre avec prudence car la « Vérité » qu’elles proposent est fluctuante et les conclusions qu’on en tire … personnelles – ce qui fait leur charme.

Mais la prudence n’exclut pas la découverte; la jubilation qui parcourt ce livre est contagieuse et efficace : chaque mot donne lieu à une interrogation qui va au-delà de la question des origines et nous amène à notre temps présent. Ainsi, dans la partie intitulée « Nature », les mots « bio », « couleur » conduisent à une réflexion contemporaine… Dans la partie consacrée aux noms propres on découvre non seulement quel personnage a donné son nom à un mot, mais aussi on tire des leçons de la vie de cette personne et des circonstances de cette nomination (Eiffel, Séquoia, Espiègle, Boycot…) La partie consacrée aux sentiments fait l’histoire de l’un (curiosité), propose un mot nouveau pour un autre (mellonalgie), médite encore sur le dévoiement d’autres (religion, psy).

D’autres rubriques (Economie, Langage, Société, Technique), parcourent notre monde avec les mots, pestent contre le « ludique » et ses avatars (je suis bien d’accord, ce mot envahit le langage des jeunes enseignants à tout propos), s’interrogent sur l’évolution du sens du mot laïcité, sur le refus de la morale au profit de l’éthique, sur le fait que la plupart des insultes désignaient au départ des êtres disgraciés par la nature, pauvres, malchanceux…

Instructif… dans tous les sens du mot !

Histoires naturelles

Histoires naturelles
Jules Renard, Jean-François Martin
Grasset jeunesse, 2016

L’animal en beauté

Par Anne-Marie Mercier

On oublie souvent, quand on s’intéresse à la littérature patrimoniale accessible à la jeunesse, les Histoires naturelles de Jules Renard. L’un de ses textes sur les fourmis est bien connu (« Chacune d’entre elles ressemble au chiffre 3. Et il y en a ! Il en a ! Il y a en 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3… jusqu’à l’infini (etc.) »), mais les 10 autres choisis dans cette anthologie sont tout aussi savoureux et extrêmement divers : petit récit en forme de fable, rencontre vécue par un narrateur au regard d’enfant, description minutieuse et poétique, tous proposent une rencontre paisible, qui cherche à rompre le rapport prédateur-proie (le cerf, le goujon, la cage sans oiseau) et joue avec les clichés. Comme l’indique la postface, mettre « Histoires naturelle » au pluriel est significatif.

La poule, « l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille », quant au chat, le texte qui lui est consacré ferait un bon pendant à la lecture du Journal d’un chat assassin d’Anne Fine :

« I. Le mien ne mange pas les souris, il n’aime pas ça. Il n’en attrape que pour jouer avec. Quand il a bien joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l’innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.
Mais à cause de ses griffes, la souris est morte.

II. On lui dit : « prends les souris, laisse les oiseaux ! »
C’est bien subtil et le chat le plus fin quelquefois se trompe.»

Les images de Jean-François Martin, réalisées suivant le principe de « La Collection » avec une palette limitée de 3 ou 4 couleurs, sont de petites merveilles, tant dans leur aspect que dans leur fidélité à l’esprit du texte : humour, mystère, jeu…

« La Collection », est vraiment une belle collection, à suivre!

 

Hector et les pétrifieurs de temps

Hector et les pétrifieurs de temps
Danny Wallace
Traduit (anglais ) par Marie Leymarie, illustré par Jamie Littler
Gallimard jeunesse, 2015

La guerre des montres

Par Anne-Marie Mercier

Ce roman presque graphique est abondamment illustré et de nombreux dialogues sont composés avec une typographie particulière, indiquant des cris, une voix aigre, etc. il est donc très imagé à tous les sens du terme.

L’aventure d’Hector se déroule dans une bourgade où il est dit qu’il ne se passe jamais rien en dehors des petits tracas habituels, notamment ceux d’un écolier tourmenté par des camarades plus forts et plus agressifs. Il demeure que le père du héros a disparu dans des circonstances mystérieuses, comme d’autres adultes du village, que certains adultes autrefois aimables sont devenus très désagréables, et que Hector fait l’expérience d’un temps arrêté pour tous mais non pour lui. Passée l’exaltation de voir qu’il peut pendant quelques minutes faire tout ce qu’il veut sans sanction, il découvre que des monstres envahissent la ville durant ces pauses, que ce sont eux qui sont à l’origine de tous les événements bizarres, et que d’autres enfants du même âge que lui se sont ligués pour les anéantir et retrouver leurs parents. Ce n’est que le début d’une future série – que je ne lirai sans doute pas.

Le récit est trépidant, les personnages nombreux et caricaturaux ; l’utilisation fréquente de situations grotesques et peu originales (avec des incursions dans le scatologique ou le dégoûtant monstrueux) mettant en scène aussi bien des enfants que des adultes (receveuse des postes, marchande de bonbons, enseignants…) sont autant d’ingrédients visant de manière ciblée des lecteurs pré-adolescents qui ne rechercheraient pas la finesse. Mais la question du temps et de sa mesure est vue avec une certaine habileté.

Histoire du loup qui dévorait des histoires

Histoire du loup qui dévorait des histoires
Anne Jonas, Brunella Baldi
Éditions de l’édune, 2015

 

L’origine de la violence et Le Chaperon rouge

« Dévorer » un livre, la formule est prise au pied de la lettre par Anne Jonas et Brunella Baldi : un loup, comme beaucoup de loups modernes, n’aime pas manger les bêtes et les gens, c’est donc un loup-gentil, ce qui est devenu assez banal. Première originalité, il se nourrit des histoires qu’il entend en guettant sous les fenêtres. Deuxième originalité : les auteurs poussent la logique jusqu’au bout : qu’arrive-t-il lorsque ce loup entend l’histoire du Chaperon rouge ? Le processus identificatoire jouera-t-il ? L’indignation devant l’injustice qui lui est faite le poussera-t-elle à changer d’attitude ?

On trouve de,multiples clins d’œil, aussi bien dans le texte que dans les images, à de nombreux contes. Mais on peut voir aussi dans cet album un conte étiologique qui imagine l’origine de toutes les histoires de loup, un « commencement » aux fictions qui font peur, à travers l’histoire de celui qui était  » peut-être le premier loup ».

Fable philosophique, vertigineuse comme la question de savoir qui est premier, de l’œuf ou de la poule. La violence existe-t-elle pour le petit d’homme avant qu’on la lui raconte ? Les images, très expressives, offrent une vision biaisée par les émotions, entre réalisme et schématisme, accentuant les effets de peur et le mystère.

Le garçon qui courait plus vite que ses rêves

Le garçon qui courait plus vite que ses rêves
E
lizabeth Laird
Flammarion Tribal 2016.

Courir

par Bérengère Avril-Chapuis

Solomon a onze ans et vit dans un village reculé d’Ethiopie.

Solomon rêve de courir. D’ailleurs, dès qu’il le peut, il court…

Un beau jour, son grand-père -homme étrange et silencieux- décide de l’emmener voir la ville. L’homme est âgé et l’on s’inquiète : pourra-t-il vraiment conduire son petit-fils dans les rues poussiéreuses d’Addis Abeba où il n’est pas retourné depuis longtemps ?

L’on s’inquiète mais l’on respecte la voix du vieil homme plein d’autorité. Il emmènera Solomon parce que le temps est venu…

C’est ainsi que commence ce beau roman très dépaysant sur la relation d’un jeune garçon et son grand-père détenteur d’un secret hors du commun. Quête de soi, identité, transmission sont les thèmes majeurs que le lecteur explore dans ce beau voyage.

Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie
Béatrice Ruffié Lacas – Zaü
Utopique 2016

Éteignez vos écrans…

par Michel Driol

Un soir, Louis demande à son père, à sa mère, à sa grande sœur quel était le plus beau jour de leur vie. Chacun lui répond rapidement, avant de replonger qui dans son émission de cuisine (le père), qui sur son ordinateur (la mère), qui sur son téléphone (la sœur).  Le soir, à table, pendant le repas silencieux,  Louis lâche que c’était le jour de la tempête. Étonnement général, jusqu’à ce que Louis évoque cette soirée, où toute la famille était réunie dans le salon. Alors, on décide de jouer tous ensemble, et d’éteindre les écrans.

Voilà un album sensible qui aborde le thème de la vie familiale détricotée par les écrans, le travail à la maison, l’omniprésence du téléphone. Chacun vit sa vie, dans son coin, dans sa bulle. La quête de Louis le conduit de pièce en pièce, d’univers en univers, jusqu’aux retrouvailles finales.  Le texte, d’une grande limpidité, fait la place belle aux dialogues, campant ainsi les personnages, leurs relations à eux-mêmes, confrontés à leur passé et à leur présent,  et aux autres. Les illustrations de Zaü, toutes en doubles pages, rendent bien ces univers particuliers, commençant par des plans moyens pour finir sur les gros plans de la famille réunie, dans un clair-obscur évocateur du bonheur d’être ensemble.

Un album à offrir en même temps qu’une tablette ou un téléphone portable…