Mongol

Mongol
Karin Serres

l’Ecole des Loisirs (Théâtre), 2011

Transformation réussie

par Sophie Genin

différence ; école    « Cette histoire a d’abord existé sous forme d’un roman (…). Je l’ai entièrement réécrite pour le théâtre à l’invitation de Pascale Daniel-Lacombe, du Théâtre du Rivage, qui l’a créée à l’Atrium de Dax le 24 mars 2011 » (Karin Serres). Nous pouvons remercier la metteur en scène car, si je n’ai pas lu Mongol sous forme de roman (édité en 2003), la pièce a tout des qualités de ce qui fait un texte marquant.

En effet, l’idée de départ, un quiproquo du héros, Ludovic, traité de « mongol » par Fabrice, caïd de sa classe, permet à l’auteur de nous emmener en voyage sur les traces des véritables Mongols, en particulier de celles de Gengis Khan. Jamais la visée de cette pièce n’est didactique ou moralisatrice car le jeune garçon trouve un sens à son existence dans la découverte de la langue et des traditions d’un peuple souvent méconnu. En refermant l’ouvrage, une seule envie : continuer à en découvrir plus !

On retrouve dans cette pièce au rythme rapide et dense, suivant celui de Ludovic au sein de sa famille et à l’école, par épisodes, la qualité d’une pièce pour plus jeunes : Le Petit Bonhomme vert (et le rouge!), publié aux éditions du Bonhomme Vert en 2008. En effet, l’adresse aux enfants est juste, sans non-dits, directe mais attentive. On peut alors suivre Karin Serres où bon il lui semblera de nous conduire. On se laisse emporter, suivant Ludovic, pas si « différent » que ça.

J’ai 17 pour toujours

J’ai 17 pour toujours
Jacques Descorde

l’Ecole des Loisirs (Théâtre), 2011

Coup de poing à l’estomac

par Sophie Genin

adolescence ; banlieueDeux amies sur un toit. Des séquences brèves. Très brèves. 22 en tout. Un univers noir qui espère toujours, à la Olivier Adam. Des adolescentes écorchées par la vie avant même d’avoir atteint 17 ans. Un texte difficile à suivre car basé sur les associations d’idées, voire les obsessions (comme compter le nombre de fenêtres allumées à différentes heures de la nuit, perchée sur le toit d’un immeuble-tour immense), des deux filles paumées et désabusées. Parfois les prénoms, Stella et Adèle, se brouillent et semblent s’inverser. Ce qui reste, comme goût amer, à la fin, c’est la mort mais aussi la vie.

L’écriture lapidaire, comme un uppercut, s’accompagne d’une bande-son actuelle (Portishead, Télépopmusik, Nirvana) qui la transforme en road-movie oppressant et fascinant.

Mongol

Mongol
Karin Serres
L’école des loisirs (Théâtre),

Moi ?   Différent ?….

Par Chantal Magne-Ville

mongoltheatre.aspx.gifmongolroman.gifDans cette adaptation théâtrale du roman éponyme, Karine Serres met en scène Ludovic, un enfant différent qui se fait souvent insulter par ses camarades de classe. Un jour ils le traitent de « mongol ». Le dictionnaire lui apprend qu’il s’agit d’un peuple d’Asie, et il n’a alors de cesse de trouver des informations sur ces hommes dont il découvre la culture. Il en apprend les expressions, la géographie, et rêve sur leurs noms de lieux. En s’identifiant à ces guerriers, et en tentant maladroitement d’en adopter les coutumes, il se singularise et génère l’incompréhension autour de lui. Seul le spectateur perçoit la logique de ses nouveaux comportements, ce qui fait ressortir l’inadaptation des réponses de l’entourage. Cependant Ludovic acquiert progressivement de l’assurance et parvient à tenir tête à ses persécuteurs. Les échanges sont nerveux et très percutants, mimétiques de la montée de la force intérieure du héros, dont nous partageons les conquêtes par le  point de vue interne qui prend souvent la forme de monologues décoiffants où l’humour est souvent présent ainsi que la poésie. Une œuvre attachante, pleine d’humanité, qui sait toucher tout spectateur, quel que soit son âge. La découverte de l’altérité se fait avec une très grande justesse psychologique, sans misérabilisme, délivrant un message résolument optimiste.

Même pas mort !

Même pas mort ! 
Audren
L’école des loisirs (théâtre), 2011

Dommage !

Par Michel Dieuaide

Même pas mort.gif Parler de la mort aux jeunes spectateurs avec le langage théâtral est un choix courageux. Dans une pièce intitulée « Même pas mort ! », l’auteur se risque à aborder une thématique qui engage beaucoup, quand on sait combien les adultes restent souvent sans voix devant les interrogations des enfants à ce sujet.

Audren met en jeu ses personnages dans une situation unique : l’attente des familiers d’un mort autour d’une tombe ouverte avant l’arrivée du  cercueil. Peine, frustrations, humour s’égrènent pour supporter ce sursis à l’adieu définitif, en présence de deux importuns, autoproclamés « conservateurs de bonheur », qui vont s’immiscer dans la conversation des proches du disparu.

Très vite, malheureusement, les dialogues s’évertuent à dédramatiser la situation de base et la pièce s’engouffre dans une légèreté décalée qui fait disparaître toute tension émotionnelle. Qui plus est, le mort n’est même pas mort et sa réapparition renforce la sensation que, décidément, vouloir parler de la mort ne suffit pas si l’écriture s’emploie à l’esquiver. Tous les personnages – à l’exception de Bérénice (la femme de ménage du mort) – s’échinent à prendre de la distance, perdant ainsi toute épaisseur. Ernest et Maya, les pseudo-poètes du bonheur de vivre, ressemblent à des baudruches langagières et contribuent principalement à retirer à l’écriture toute la densité que le choix initial de contenu pouvait laisser espérer. Dommage ! « Même pas mort ! » tient de la supercherie…même pas drôle !

J’ai tué mon prof !

J’ai tué mon prof !
Patrick Mosconi
Syros (mini syros), 2010

Cervelle tueuse

par Caroline Scandale

Patrick Mosconi, Syros (mini syros,Caroline Scandale,professeur,collège,)Qui n’a jamais rêvé de tuer un professeur exécré? La force de l’esprit peut-elle aider en pareilles circonstances à bouleverser le destin? Visiblement, oui… Puisque la seule volonté de Julien parvient à dégommer Lambert, dit Moustache, son prof de dessin. Oui mais voilà, le jeune garçonnet vit très mal son nouveau statut d’assassin. Il se sent infiniment coupable et part donc à la rencontre de la famille du mort pour s’excuser. Quand soudain il fait une terrifiante découverte… Et si Lambert n’était pas vraiment mort?

“Théâtrales Jeunesse” a dix ans

A l’occasion des 10 ans
de la collection “Théâtrales Jeunesse”,

jojo.gif   Les Editions théâtrales ont réalisé 17 entretiens filmés avec leurs auteurs.Deux entretiens seront mis en ligne  par semaine (le mardi et le vendredi) sur le blog des éditions et sur viméo :

 1er novembre : Françoise du Chaxel + Marine Auriol

8 novembre : Hervé Blutsch +  Dominique Paquet

15 novembre : Karin Serres + Sylvain Levey

23 novembre : Roland Shön + Yves Lebeau

30 novembre : Jean-Pierre Cannet + Françoise Pillet

7 décembre : Dominique Richard + Henri Bornstein

14 décembre : Stéphane Jaubertie + Jean Cagnard

21 décembre : Bruno Castan + Michel Marc Bouchard

28 décembre : Suzanne Lebeau

 Les entretiens avec Françoise du Chaxel et avec Marine Auriol sont en ligne sur Channel viméo : http://vimeo.com/channels/theatralesjeunessea10ans.

 Tout un programme consacre les 10 ans de “Théâtrales Jeunnesse” : des manifestations  au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil avec une programmation spéciale « 10 ans », des happenings poétiques dans les bibliothèques, des évènements en librairie, une fête-anniversaire au Théâtre Berthelot…

contact

Les Aventures du livre de géographie… le théâtre des livres

Les Aventures du livre de géographie qui voulait voyager avant de s’endormir
Cathy Ytak

Syros (mini Syros-théâtre à jouer), 2011

Une nuit à la bibliothèque : théâtre

Par Anne-Marie Mercier

livre,cathy ytak,syros (mini syros-théâtre à jouer),migrant,bibliothèque,anne-marie mercier   On songe à la pièce de Jean-Christophe Bailly, Une Nuit à la bibliothèque, dans laquelle comme dans ce petit texte, les livres, la nuit, sortent de leurs rayons et se racontent des histoires. Ici l’intrigue est simple, et le titre dit tout : le livre de géographie veut voyager. Il rencontre d’autres ouvrages plus ou moins favorables à son projet : encyclopédie et dictionnaire, livre d’histoire, livre de la police de l’air et des frontières, livre de souvenirs, livre de la petite musique de nuit, manuscrit…

Les dialogues sont simples et vifs, souvent drôles (le « livre des insultes et des gros mots » plaira beaucoup aux enfants), parfois profonds. Ils sont aussi orientés politiquement (le livre de la police de l’air et des frontières arrache des pages à un album, on vous laisse découvrir pourquoi). En somme c’est un très joli moment de théâtre imaginaire a proposer à de jeunes acteurs et de jeunes ou moins jeunes spectateurs (prévu pour une dizaine d’acteurs et plus).

Chevalier d’Eon agent secret du roi. T.1 : Le Masque

Chevalier d’Eon agent secret du roi. T.1 : Le Masque
Anne-Sophie Silvestre
Flammarion, 2011

L’Histoire idéale

Par Anne-Marie Mercier

Chevalier d’Eon.gifLe chevalier d’Eon n’en finit pas de faire rêver ; ce nouveau roman d’Anne-Sophie Silvestre est à la hauteur du mythe : quiproquos, déguisements, voyages, dangers, mystères… on ne s’ennuie pas. Le personnage est hautement romanesque et ce premier volume amorce une série prometteuse. On y relate la jeunesse de celui que plus tard on appellera « la chevalière », ses débuts dans le monde, ses premiers pas comme travesti involontaire, puis espion du roi.
Pour commencer et se débarrasser vite de l’esprit de sérieux, on peut objecter que, certes, la réalité, même passée, n’est pas le mythe. L’auteur prend des libertés avec ce que des recherches récentes ont dévoilé de la véritable histoire du chevalier. C’est plutôt en habit de capitaine de dragons qu’en costume de femme qu’il se plaisait à être et il ne finit par revêtir celui-ci que parce que c’était la condition édictée par Louis XVI pour son retour en France en 1777. Il n’a pas, contrairement au héros de ce livre, bénéficié de leçons de maintien féminin (les contemporains se sont moqués des manières militaires et hommasses de la « chevalière »). Il n’a sans doute pas fait ce voyage précoce en Russie ni rencontré la tsarine : les travaux d’Alexandre Stroev ont dissipé la légende répandue par le chevalier lui-même, dans les mémoires très fantasmés qu’il a rédigées sous une identité féminine à Londres, à la fin de sa vie.
Mais qu’importe ! une  vérité est tout de même là. C’est celle du personnage et non des faits, une vérité romanesque, donc. Comme le chevalier de l’Histoire, celui du roman a un corps d’homme peu marqué par la masculinité. Il est un jeune homme doté de multiples talents et portant de grandes ambitions. Il est « féministe » avant l’heure aussi, en découvrant  ce que c’est qu’être une femme, que vivre avec ces habits gênants et être une perpétuelle proie pour les hommes. Cette modernité n’est pas un anachronisme absolu : d’Eon a fait plus tard dans sa vie « réelle » des déclarations très modernes sur la condition féminine et s’est dit fier de sa féminité. Lui attribuer ces idées plus tôt est un arrangement, mais pas du tout un contresens.
Anne-Sophie Silvestre avait déjà exploré le dix-huitième siècle avec un récit de la jeunesse de Marie-Antoinette et elle nous promène dans ce temps comme dans son jardin. Elle a l’intelligence de ne pas chercher à imiter au plus près la langue du dix-huitième siècle, mais en donne bien le goût (juste deux ou trois  passages gênants avec du langage familier ou un juron trop marqués de notre temps). On va au bal, on s’habille (pas facile pour le chevalier) on roule sur des routes défoncées, on fait antichambre…  on s’inquiète aussi de la politique étrangère du temps, et des alliances européennes.  On est dans l’esprit du temps et les aventures d’Eon font parcourir un dix-huitième siècle charmant et facile.
Le ton est allègre et le rythme enlevé. Le jeune homme d’Anne-Sophie Silvestre est terriblement sympathique, compréhensif avec les femmes, sincère et amical, un peu étourdi, maladroit. Il ressemble somme toute à un jeune homme dont beaucoup d’adolescents des deux sexes se sentiront proches.

Hôtel des voyageurs

Hôtel des voyageurs
Marie-Vermande-Lherme

Flammarion Jeunesse, 2011

Découvertes en cascades

                                                                                                             par Maryse Vuillermet

  La narratrice a quatorze ans en 45. Elle est envoyée  par ses parents aider son oncle et sa tante qui tiennent  l’Hôtel des Voyageurs à Frayssac dans le Lot. Elle participe au ménage, au service  avec sa cousine Jacky et s’occupe  du petit Marceau, 5 ans.  Mais très vite, sous les apparences, elle découvre un autre monde, celui de la seconde guerre,  toute proche. Marceau est en fait le fils de deux disparus, Jackie  quitte sa chambre la nuit, le jeune homme qu’elle rencontre au village est traité par les autres de « collabo ». Elle apprend  que d’autres jeunes du village sont portés disparus, dénoncés par un traître. Les haines, les rancœurs, les douleurs  sont tout autour d’elle.

Peu à peu, elle arrive à démêler l’écheveau. Dans ce village, comme tant d’autres, les Français ont montré parfois un visage double. « Il y a de sales gens ici », lui confie sa cousine. Et la vérité éclate enfin avec le retour d’un disparu, un beau coup de théâtre.

J’ai bien aimé ce roman, on s’attache à ces jeunes, on se laisse embarquer par de nombreux coups de théâtre et révélations.  

Et le point de vue est intéressant :en toile de fond,  la guerre, l’Occupation, la collaboration,ses arrestations ses dénonciationssont vus, supportéset jugéspar des personnages jeunes de cette époque.

Les derniers jeux de Pompéi

Les derniers jeux de Pompéi
Anne Pouget
Casterman, 2011

Pompéi comme si vous y étiez….

Par Chantal Magne-Ville

Les derniers jeux de Pompéi .jpgOn peut dire que la « transportation » dans l’Italie des années 79 est totalement réussie car Anne Pouget, en historienne érudite sait multiplier les effets de réel transformant parfois ce roman en véritable cours d’histoire. Le lecteur participe ainsi de près à la vie quotidienne des foulonniers ou des gladiateurs et découvre ce qu’on mangeait à l’époque, ou l’état de la chirurgie. Aucun aspect n’est négligé, en passant des élections à la religion et à l’habitat au risque de digressions un peu longues parfois. Les commerçants de Pompéi nous deviennent quasi familiers. Mais nous ne saurons presque rien de l’éruption du Vésuve qui n’intervient qu’à la fin, créant cependant une tension permanente.

Qu’en est-il alors de l’intrigue ? Il faut reconnaître que son intérêt tient pour beaucoup à la personnalité de Lucius, le jeune héros dont le métier est de collecter les urines utilisées pour blanchir le linge. Il a en charge Beryllus, un grand frère un peu simplet dont les bêtises sont source de péripéties multiples qui conduiront Lucius à Ostie où un riche patricien lui donnera les moyens de dessiner et d’apprendre le grec, la langue des savants.

L’étonnement provient de la modernité des sentiments de Lucius qui s’insurge notamment contre le sort fait aux esclaves en qui il voit des hommes, tout comme Sénèque avant lui, ainsi que le lui apprend un homme politique. Il n’hésitera pas à donner son sang pour sauver un gladiateur noir devenu son ami. Le ton demeure cependant plutôt léger et les bons sentiments triomphent toujours, à l’image de la fin où toutes les tensions se résolvent.