La Nuit
Olivier Charpentier,
Seuil (Clac book), 2011
Dormir, c’est rêver un peu
par Christine Moulin
Dans la même collection que l’album de Philippe-Henri Turin, la collection « Clac book », voilà un ouvrage bien plus abouti. Il raconte, par le seul truchement de l’image, gaie, dansante, fantasque et colorée (ce qui est un comble puisque tout se passe la nuit !) le voyage d’un petit loup dans ses propres rêves. Il est accompagné d’un doudou lapin (rouge), qui le rassure, ce qui est la moindre des choses pour un doudou, mais va également gagner du galon et devenir un personnage à part entière.
On pouvait a priori douter que le fantastique pût se décliner pour les tout-petits : et pourtant… A la fin de son périple, le héros rapporte des contrées qu’il a visitées, présentées comme imaginaires, une rose, bien réelle, elle (tel le grelot de Boréal Express, de Chris Van Allsburg), qu’il offre, petit prince plein de tendresse, à sa maman.
Deux ans après sa parution, le très beau conte illustré de Kitty Crowther est réédité en livre de poche. La puissance des images semble intacte dans ce format, qui présente l’intérêt, outre le changement de prix qu’il induit, d’être léger et emportable. Nul doute, concernant l’histoire merveilleuse et réaliste à sa manière de cette Annie aussi posée que mélancolique, qui paraît à chaque page plus belle malgré son nez réputé très grand, et dont le parcours semble comme réinventer les plus beaux motifs des contes les plus anciens – quête de l’amour et du conjoint, légendes des lacs et des forêts –…nul doute donc que des lecteurs variés trouveront à se réjouir de rencontrer et pouvoir emporter avec eux un livre aussi petit et aussi sensuel à la fois.
Amos McGee est un grand homme soigneux et ponctuel qui semble peut-être plus âgé qu’il n’est vraiment ; il vit une vie toute réglée dans une petite maison très simple, nichée parmi les immeubles d’une grande ville. Mais chaque jour, il se rend à un travail haut en évènements, semé de rendez-vous précieux et immanquables avec l’éléphant, la tortue, le manchot, le rhinocéros et le hibou qui vivent derrière les grilles qu’Amos franchit deux fois par jour dans son costume vert d’eau. C’est l’histoire fantaisiste, familière et peut-être instructive, d’un gardien de zoo qui trouve aussi le temps d’être l’ami des bêtes dont il s’occupe, bêtes qui le lui rendent bien. A sick day for Amos McGee (titre original) est un de ces albums comme intemporels, au texte et au dessin aussi sobres et attachants que les personnages à qui ils prêtent vie.

Quoi ? Vous ne connaissez pas Frout-Frout le cochon, Chtok-Chtok le chameau ou Badaboum le lion, encore moins Hop le mouton, Toc la poule ou Couic le pingouin ? Heureusement, la ménagerie d’animaux tous plus étonnants les uns que les autres, toujours curieux et drôles, vient de se doter d’un nouvel arrivant : Ouille ouille ouille le zèbre.
Emile Jadoul précise au début de cet album qu’il a été créé d’après une idée de son fils Edouard et on veut bien le croire tant les enfants et les parents (les papas, certes, mais aussi les mamans !) se retrouvent dans les personnages et les situations proposés. Comme dans le cas de toutes les réussites littéraires, il suffit de peu et si on résumait l’histoire qui nous est contée, cela pourrait donner : un papa toujours pressé ne prend jamais le temps de câliner son fils jusqu’au jour où ce dernier lui impose ce tendre moment.
Tine Mortier évoque avec une grande sensibilité les rapports entre Marie et sa grand-mère. Une complicité sans faille les lie. Elles se racontent des histoires, partagent leur amour des gâteaux et de la vie, les mille et une choses du quotidien. Le temps qui apporte décrépitude n’aura pasde prise sur ce lien qui les unit…. Marie sera toujours aux côtés de sa grand-mère, même quand elle aura perdu la parole, le goût de la nourriture, de la vie…
La couverture est attirante et son illustration, représentant une petite fille (reconnaissable uniquement à la barrette qu’elle a dans les cheveux !) qui court toute nue avec une culotte à petites fleurs rouges dans les mains, fait très envie ! Mais, par la suite, les hypothèses faites par les différents animaux qui trouvent cette culotte (bonnet pour lapin, couverture pour oisillons ou drapeau pour queue de souris), si elles font sourire dans un premier temps, n’empêchent pas l’impression de déjà vu.
Pauline Kalioujny emporte le jeune lecteur dans une promenade lumineuse au sein de couleurs luxuriantes, chacune étant associée à un nouvel animal (poissons bleus, lapins verts et poussins jaunes) qui est l’occasion d’une rencontre pour Lupus, qui s’ennuie dans son monde tout blanc, mise en abîme de la page, lieu de vie de cet animal de papier. Grâce à une technique d’illustrations originale associant la lino-gravure aux encres colorées, l’auteur illustratrice crée un monde à effets surprenants. En effet, le monde blanc ennuyeux du jeune chien ou loup (son nom nous fait douter !), héros de ce conte initiatique s’enrichit de couleurs grâce à la synesthésie qui mêle les sensations, sentiments, odeurs et couleurs. L’ensemble, avec peu de texte mais dense, est très réussi.