Milo et le loup

Milo et le loup
Anne Pym, Francesco Pittau
L’école de loisirs (Pastel), 2021

Au loup !

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve les trois amis (présents dans Milo et la neige) : Milo le petit cochon, Boris l’ourson et Théa qui ressemble à une belette. Tous trois sont très anthropomorphisés, vêtus, avec des motifs simples (carreaux bleus pour l’un, rayures rouges pour l’autre, pois jaunes pour la troisième – les pois sont réservés aux filles, ça se confirme).

Comme des enfants après la pluie ils vont se promener dans la forêt. Petite originalité : c’est Théa, la « fille » qui a décidé de partir à l’aventure et qui prend la tête de l’expédition. Milo a peur. Ils tombent sur une forme inquiétante : un loup ? La suite montre comment ils sont en panique, se rassurent, font les braves : on voit ici tous les degrés de la peur.
La fin est originale et surprenante ; le terrifiant devient familier, puis plus familier encore, pour un retour à l’abri avec un bon goûter. Le scénario est un peu mince mais efficace ; les dessins de Pittau lui donnent bien du charme à cette petite histoire d’une grosse peur.

Josette au bout de l’eau

Josette au bout de l’eau
Alec Cousseau – Illustration de Csil
A pas de loups 2022

Heureux qui comme Josette a fait un beau voyage…

Par Michel Driol

Petite fille curieuse, Josette voudrait bien savoir ce qu’il y a « au bout de l’eau ». Partant sur son bateau, elle en rencontre un plus gros, part explorer le fond de la mer, puis s’en va vers le nord, là où l’eau se transforme en glace. De retour chez elle, elle soulève une nouvelle question, « qu’y a-t-il au bout du ciel ? »

L’album évoque la curiosité enfantine, la nécessité de voir pour savoir, dans un récit merveilleux qui fait la part belle à l’imaginaire pour poser des questions sérieuses. Les questions sérieuses, ce sont celles des limites, des bornes, du passage d’un état à l’autre, de l’infini… toutes les questions que l’on se pose devant la ligne d’horizon. Ces questions sérieuses, métaphysiques, ou simplement humaines, sont traitées ici sans aucune austérité, mais avec poésie et légèreté. Évacuons-les tout de suite, et laissons à chaque lecteur le soin de se les poser pour nous concentrer sur l’originalité de cet album. D’abord son héroïne dont l’illustratrice montre les yeux grands ouverts et l’abondante chevelure rousse. C’est une aventurière ! Ensuite le recours à l’imaginaire et au merveilleux, qui conduisent l’héroïne à la rencontre de personnages fantastiques, comme la sirène, de guides hors du commun, comme l’étoile de mer, ou d’animaux parlant et pleins de sagesse, comme l’ours blanc. C’est aussi à une distorsion du temps et de l’espace que conduit cet album. Cet immense voyage… ne dure qu’une journée puisque Josette rentre le soir sur la plage où elle retrouve ses amis. Cet album ne manque pas d’humour, non plus. La découverte de Josette, c’est qu’il y a au bout de l’eau « un ours ronchon et de gros glaçons ».  Fallait-il entreprendre une telle odyssée pour en retirer cette connaissance-là, cette sagesse que M. Prudhomme ne renierait pas, qui dit, en filigrane, qu’on est bien là où on est ? Ce serait passer à coup sûr à côté de l’album, de sa loufoquerie apparente, et du contraste entre le texte, volontairement minimaliste, et l’illustration luxuriante. En effet, on a d’un côté un texte qui fait la part belle au dialogue, à des questions dans des formes souvent poétiques, et de l’autre des illustrations qui montrent la diversité du monde, des plantes, des animaux… Des illustrations qui ne cherchent pas à avoir un côté documentaire (la même double page fait se côtoyer un flamant rose et un ours polaire), mais invitent à ouvrir les yeux et à explorer la variété du monde avec le regard naïf de Josette. C’est drôle, bien sûr, rythmé, avec un accord parfait entre la mise en texte et les images, entre l’esprit de sérieux de la démarche d’exploration et la fantaisie de l’auteur et de ses personnages.

Un album dans lequel on prend plaisir à suivre une héroïne de conte, vive, enthousiaste, passionnée dans sa quête des frontières et des limites, dans sa soif de dépasser les limites de son savoir, dépeinte avec humour par un auteur et une illustratrice qui nous invitent à réfléchir sur les limites mêmes de ces quêtes illimitées.

Faire la paix

Faire la paix
Philippe Godard illustrations de Barroux
Saltimbanque 2022

La paix n’est pas une utopie…

Par Michel Driol

En ce jour, triste anniversaire de l’invasion par la Russie de l’Ukraine, n’hésitons pas à lire et faire lire cet ouvrage particulièrement documenté de Philippe Godard, paru il y a déjà un an, bien avant le début de ce conflit. Faire la paix, un texte engagé, superbement mis en image par Barroux fait la liste de tous les domaines où les efforts sont nécessaires pour la construire durablement. Parcourir le sommaire est éclairant pour mieux comprendre la démarche suivie par cet ouvrage, qui se veut une véritable encyclopédie. Faire la justice pour faire la paix, faire la paix  avec les différences, faire la paix entre les religions, faire la paix avec l’ennemi, faire la paix en refusant la violence, faire la paix avec sa conscience, faire la paix avec le vivant.

C’est un essai qui ne tombe pas dans le simplisme, ou les simplifications abusives ou idéologiques. Il ne cherche pas non plus à manipuler les lecteurs, mais leur ouvre des espaces de réflexion à partir de détails concrets, de faits historiques ou de leur vécu. Le livre est écrit dans une langue accessible à tous, autour de paragraphes relativement concis, consacrés à un sujet bien précis, et vise à permettre la construction d’un monde plus harmonieux où chacun pourrait vivre en paix avec lui-même, avec les autres, avec le vivant. Il ne cherche pas à éluder certains points (celui de la religion, celui des communautés, celui du nombre d’armes en circulation), mais il les explicite, les remet à leur juste place dans un ensemble bien ordonné. Quelques figures historiques sont convoquées, de Martin Luther King à Jean Giono ou Greta Thunberg, en passant par d’autres moins connues comme Sébastien Castellion, voire des anonymes de l’âge des lecteurs, dont on n’aura que les prénoms. Façon de dire que ces réflexions, ces actions, ces engagements sont à la portée de toutes et de tous, et que chacun peut concrètement apporter sa pierre à la construction de la paix.

On saluera l’originalité – et la nécessité – de l’ouvrage à l’heure où de nombreux textes de littérature jeunesse évoquent les conflits, les guerres : il s’agit de montrer aux adolescents qu’on peut se battre pour quelque chose et non contre, que la paix est l’affaire de toutes et de tous, et qu’elle est en relation avec de nombreuses valeurs à défendre.

Signalons enfin que cet ouvrage est parrainé par Amnesty International qui le qualifie de « puissant plaidoyer pour une monde de paix et de justice, un monde où les droits de chacune et de chacun soient respectés.« 

Ce jour-là

Ce jour-là
Pierre Emmanuel Lyet
Seuil Jeunesse 2022

Se souvenir des belles choses

Par Michel Driol

Beaucoup de gens à la maison, pour la plupart inconnus du narrateur, un petit garçon. Un grand père qui n’a pas l’air là. Une grand-mère absente. Tout est dit, en quelques mots, en quelques images, de cette atmosphère particulière du deuil. De son silence. Le petit garçon part alors dans la montagne, sous une fine neige. Et il se souvient des cheveux, des robes à fleur, des chevilles enflées… Survient alors le grand-père, qui vient le rechercher. C’est le retour, tous les trois, dit le texte, alors que l’image ne montre que deux personnages…

Ce n’est certes pas le premier album à évoquer la question du deuil, de la mort d’un grand parent, mais c’est l’un des rares à savoir le faire avec douceur, simplicité, et, je crois, un vrai regard d’enfant. Un enfant un peu égaré dans cette réception feutrée comme le sont les veillées, les retrouvailles familiales autour d’un absent. Quelques mots suffisent, associés à la force des images qui montrent un enfant perdu, minuscule, au milieu des adultes, images qui soutiennent le texte (ces jambes comme une forêt enneigée) autant qu’elles s’en éloignent en proposant des couleurs primaires là où le texte parle de noir et blanc. Subtil décalage qui dit le mal être de l’enfant. Somptueuses compositions aussi qui évoquent la complicité et qui disent l’absence, comme cette double page où s’opposent l’enfant et le fauteuil vide de la grand-mère. Il y a une grande justesse et une grande force d’évocation dans ces premières pages, si touchantes pour suggérer plus que pour dire la mort. Puis c’est la promenade solitaire dans la montagne, où tout est là pour rappeler la grand-mère par de subtiles correspondances, entre la neige qui tombe et les cheveux blancs, entre la pomme de pin et le chignon, entre les feuilles mortes et les dessins sur la robe… Tout, dans la nature, est un écho à la grand-mère, à travers une série de « je me souviens » qui tiennent autant de Perec pour la forme que de l’expérience propre à chacun. Ce sont des petits faits, des sensations, des souvenirs ou des oublis qui culminent avec la main de l’enfant dans celle de la grand-mère, lors de la dernière rencontre, dans une position symbolique, la main de l’aïeule en haut, comme « au ciel », celle de l’enfant en bas, comme « sur terre ». Tout se termine sur une fin qui tient du rêve, avec cette dissonance déjà évoquée entre le texte et l’image, entre le vécu de l’enfant, ses désirs, sa perception des choses et la réalité, mais tout se termine dans la même atmosphère colorée que celle qui accompagne tout l’album qui réussit le tour de force d’être lumineux, vivant, et non pas lugubre. Pour autant, c’est une atmosphère douce-amère, entre gaité et nostalgie, qui s’en dégage pour célébrer le souvenir de ceux qu’on a aimés.

Gentillesse de la grand-mère, qualité de la relation avec son petit fils, sentiments confus de l’enfant, voilà un album touchant et subtil pour parler de la disparition des êtres chers, et de la façon dont tout ce qui nous entoure rappelle leur souvenir.

Note : on retrouvera les illustrations de Pierre-Emmanuel Lyet dans un autre ouvrage qui évoque la mort avec un angle très différent, Quand les escargots vont au ciel.

Hagrildur le valeureux et la brigade du renne

Hagrildur le valeureux et la brigade du renne
Sandrine Bonini
Grasset jeunesse, 2022

 

« toute notre vie n’est qu’une suite de quiproquos
plus ou moins héroïques »

Par Anne-Marie Mercier

Il manquait peut-être au roman héroïco médiéval pour la jeunesse une équipe de bras cassés dans le style des Poulets grillés de Sophie Hénaff, ou de la série Slow Horses. C’est une belle compagnie qui se constitue dans ce roman, sans doute pour faire également série, autour d’un balourd, amateur de bière, rêveur, passablement stupide et vaniteux, Hagrildur, qui un beau matin décide de s’appeler Hagrildur le valeureux. Il se fait passer pour un chevalier afin de rencontrer la confrérie des chevaliers et de sauver au passage la belle comtesse Hulda. Chemin faisant, il recrute deux jeunes gens assez benêts et entêtés de leur collection d’autographes, tombe sur la confrérie des voleurs, etc. et si les aventures progressent c’est rarement grâce à lui ; mais tout cela avance dans un bon train et l’ensemble est réjouissant.
C’est aussi un joli petit livre à couverture cartonnée. Les illustrations en orange et gris sur fond blanc pastichant légèrement la veine médiévalo-viking sont de l’auteure dont on avait admiré l’imagination et le trait de plume dans Le Grand Tour (Thierry Magnier)

Martine ne sait rien faire

Martine ne sait rien faire
Dominique Périchon
Rouergue, 2021

L’amitié donne des ailes

Par Anne-Marie Mercier

Dominique Périchon donne vie à cette petite Martine, élève effacée de primaire qui n’excelle en rien : ses dessins sont ratés, la musique n’en parlons pas, le sport pareil, quant au reste, autant l‘oublier. Elle n’est pas non plus la vedette de la classe, la cancre… Elle est plutôt solitaire et ne demande qu’une chose : qu’on la laisse en paix. Tout cela n’est pas dit sur un ton doloriste pour une énième histoire d’enfant malheureux à l’école : la petite fille s’accepte comme elle est, et trouve que rien de tout cela n’est grave.
Le ton est donné, celui de la légèreté et de l’humour, et cette petite Martine est très attachante ; on passerait volontiers du temps à ne rien faire avec elle pendant ces vacances d’été.
Mais il faut bien un peu d’événements dans un roman et c’est l’arrivée d’une « nouvelle » dans sa classe qui déclenchera toutes les aventures des deux fillettes. La mystérieuse Isadora Santos-Dupont, qui vient d’un pays lointain a décidé de faire voler sa bicyclette (on aura reconnu la parenté de nom avec Santos-Dumont, le pionnier de l’aviation).
Isadora l’équipe d’ailes, mais la première tentative est un échec, malgré l’aide bienveillante de Martine. Les fillettes ajouteront une hélice, un moteur… Toutes les astuces seront bonnes pour récupérer ce dont elles ont besoin chez les uns et les autres… Tout cela est joyeusement drôle et le bonheur de Martine d’avoir une amie et de compter pour quelque choses est merveilleusement bien décrit.
La suite est plus grave, dévoilant le secret d’Isadora, mais toujours lumineuse.

La Ruelle d’hiver

La Ruelle d’hiver
Céline Comtois – Illustrations de Geneviève Després
D’eux 2022

Et ces hivers enneigés / À construire des igloos / Et rentrer les pieds g’lés / Juste à temps pour Passe-Partout

Par Michel Driol

C’est l’hiver. Elodie attend sagement la permission d’aller jouer dehors, dans la neige. Elle escalade une montagne de neige, est rejointe par une amie, puis d’autres, et ensemble ils renforcent les murs de leur fort de neige, le décorent de fanions… Et au moment où le soleil va se coucher commence la grande bataille contre leurs adversaires, une multitude de bonhommes de neige, coincés « entre les murs des hangars et les maisons tricotées serrées »…

Un seul regret en lisant cet album, c’est de ne pas avoir à l’oreille l’accent du Québec… On retrouve Élodie, celle de l’album précédent, La Ruelle, dans un hiver montréalais propice à faire naitre la chaleur des amitiés dans les jeux et les rires des enfants. Dans la neige blanche se détachent les frimousses roses ou bronzées des enfants du quartier, prompts à se lancer des boules de neige sans aucune agressivité. Ce n’est qu’un jeu. Au-delà de cette histoire d’amitié, on voit des enfants envahir sans peur un espace public, celui de la rue, une rue où l’on se sent en sécurité puisqu’on connait tous les voisins. C’est cet espace de liberté qui parait sans prix dans cet album, comme une ode à une certaine façon de vive son enfance, entre soi, à partager le même imaginaire et les mêmes plaisirs… On songe à ces « copains de perrons aujourd’hui dispersés aux quatre vents » de la chanson Frédéric, de Claude Léveillé… Pour le lecteur français, c’est un réel dépaysement de trouver des enfants jouant librement, en plein hiver, dans un espace urbanisé, jouant comme Don Quichotte à se battre contre une armée immense – non pas de géants – mais de bonhommes de neige… Quoi de plus pacifique ? C’est Elodie la narratrice, qui, dans une langue simple, se montre sensible à l’opposition entre le calme du paysage endormi par l’hiver et l’agitation des enfants et qui chronique cet après-midi d’hiver, à la fois si ordinaire et si extraordinaire. L’album est magnifiquement illustré par Geneviève Després, dans un format à l’italienne qui élargit l’espace, et qui demande parfois de retourner le livre pour deux illustrations verticales qui  ouvrent l’espace vers le ciel ou le resserrent entre les deux côtés de la ruelle. On prend plaisir à voir, au milieu des boules de neige qui volent, les bouilles des enfants, et cette joyeuse complicité si bien mise en image.

Un album plein de petits détails qui laissent entrevoir la magie de l’hiver dans les villes du Québec… Rafraichissant et chaleureux en ces temps de dérèglement climatique !

Le Lion aux yeux d’or

Le Lion aux yeux d’or
Géraldine Elschner, Anaïs Brunet
avec la voix de Michel Vuillermoz et la musique de Beethoven
L’élan vert, 2022

Bonheur, musique et peinture

Par Anne-Marie Mercier

L’album nous invite chez la marraine de Léonie, Rosa. Elle vit dans un château avec de nombreux animaux, et parmi eux un lion : est-on dans une aventure du type de Narnia ? Pas du tout, c’est presque un album documentaire. Cette marraine un peu fée est Rosa Bonheur, peintre peu connue jusqu’à la grande exposition qui lui a été consacrée à Paris, au musée d’Orsay, en 2022. À la fin de l’album, quelques paragraphes donnent des informations sur sa vie et expliquent la part de vérité (forte) de ce qu’on peut voir dans l’album.
Un orage met un peu de mouvement dans cette découverte un peu tranquille. C’est aussi l’occasion de placer la Pastorale de Beethoven : en effet l’album est un livre musical : un QR code donne accès au son, avec le texte lu d’une belle voix claire par Michel Vuillermoz et des extraits de compositions de Beethoven.

Les images d’Anaïs Brunet, des gouaches à fond perdu, sont belles et nous font effectivement visiter le parc et le château. Le portrait du lion (qui se trouve au Prado) ouvre la partie documentaire et donne une bonne idée de l’art du peintre dont les compositions figurent de façon stylisée dans le décor. Voilà une très jolie façon de faire du documentaire.

Les Chiffres font leur numéro

Les Chiffres font leur numéro
Sylvie Misslin – Steffi Brocoli
Amaterra 2022

Quel cirque !

Par Michel Driol

L’album nous emmène dans l’univers du cirque, où les circassiens sont des chiffres. L’un est dompteur, l’autre écuyère, ou encore cracheur de feu, différentes disciplines sont évoquées dans des doubles pages colorées, et pleines de détails à observer.

 Ces détails sont l’objet de questions, posées sur des rabats à soulever pour y trouver un indice, et qui conduisent à diverses observations. Il peut s’agir de simplement identifier les chiffres par leur forme. Il peut s’agit aussi de dénombrer. Il peut s’agir de comparer des grandeurs, des tailles. Ce sont donc les premiers apprentissages mathématiques qui sont en jeu ici. En jeu, justement, car tout est ludique dans ce cirque en folie, plein de fantaisie sympathique et bienveillante, où même les nuages ont des yeux et un sourire… De quoi réconcilier les jeunes enfants avec les mathématiques ! Et, en prime, comme dans Où est Charlie ?, une petite souris s’est cachée dans chacune des pages…

Un livre jeu, un livre pour compter, dans lequel l’expression faire son numéro est prise au pied de la lettre !

Comprendre la littérature de jeunesse.

Comprendre la littérature de jeunesse. Le livre du MOOC de l’Université de Liège,
Valérie Centi, Vincianne d’Anna, Daniel Delbrassine, Björn-Olav Dozo
L’école des loisirs (Pastel), 2022

Merci le MOOC !

Par Anne-Marie Mercier

Le MOOC (massive open online course) de l’Université de Liège sur la littérature de jeunesse a connu un grand succès ; ce livre lui donne une nouvelle vie, tout en conservant son aspect pédagogique (on trouve à la fin de chaque chapitre un quizz de vérification des connaissances ou apprentissages) et en donnant de très nombreuses illustrations en couleurs de qualité.
Les trois premiers chapitres sont dirigés par Daniel Delbrassine, avec la collaboration des autres signataires et de Michel Defourny, spécialiste bien connu de l’image dans les livres pour enfants : on y aborde la littérature de jeunesse (définition, réception et censure), l’album, le roman pour adolescents. Dans chaque domaine, l’ouvrage est précis, juste et clair, donnant aussi bien des éléments historiques que des études d’ouvrages contemporains. Sur l’album, des éléments d’analyses du lien texte image, du rythme, de la double page… sont proposés ainsi que des liens avec le théâtre, le design, la question du livre objet, de l’album pour les tout-petits ou pour les adolescents. Même chose pour le roman pour adolescents, pour lequel on examine aussi bien son histoire que les influences étrangères et les différents genres, en s’attachant à l’analyse d’un exemple, celui du roman d’initiation, sujet dont Daniel Delbrassine est un  spécialiste.
Valérie Centi, avec la collaboration de Vincianne d’Anna, présente le monde de l’édition ; elle donne la parole à des auteurs et des éditeurs bien connus dans le domaine français, et met en avant les exemples de L’école des loisirs, Gallimard et Talents hauts.
Le cinquième chapitre, sur le numérique, est la partie la plus novatrice de cet excellent ouvrage : Vincianne d’Anna présente les réseaux et communautés autour du livre de jeunesse qui réunissent les lecteurs et parfois les auteurs et les éditeurs : la blogosphère, les booktubeurs/euses, blogueurs/euses et chroniqueurs/euses… Elle développe sa réflexion jusqu’à Instagram, Tik Tok et Twitch avant d’aborder la question de l’édition numérique.
Le sixième chapitre, dirigé par Björn-Olav Dozo assisté de Fanny Barnabé et Dick Tomasovic, s’intéresse à « la fiction hors du livre » : films et BD, produits dérivés, etc. montrent que la littérature de jeunesse est au cœur de toute une industrie qui dépasse largement les frontières matérielles du livre, s’appuyant sur des « univers fictionnels » aux ramifications multiples.

Voilà un livre bien fait, joli, facile d’accès. Il est parfait pour tous ceux qui s’intéressent à ce sujet et notamment pour les futurs enseignants (ou les actuels) qui n’ont pas eu de formation à la littérature de jeunesse : quand les MOOC de Belgique suppléent à la formation des maîtres, on ne peut que leur en être grandement reconnaissants, ainsi qu’aux auteurs et à l’éditeur. (desciptif ici)