Dans la petite maison verte

Dans la petite maison verte
Marie-France Painset, Marie Mahler
Didier Jeunesse, 2010

 Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour toi

par Christine Moulin

marie-france painset,marie malher,didier jeunesse,album répétitif,enchâssement,comptine,nursery rhyme,maison,couleurs,animaux,christine moulinLes auteurs nous offrent une très jolie variation sur les albums et poèmes répétitifs fondés sur l’enchâssement, à l’image du célèbre poème d’Eluard, « Dans Paris ». La couverture, découpée, ouvre une fenêtre en forme de cœur sur l’image d’une maison, fil directeur de cette comptine. Comptine ? Non, pas vraiment, et on se prend à le regretter car le nombre des habitants aurait pu augmenter ou diminuer au fil de l’album. Mais peut-être cela aurait-il été trop évident, trop « instructif ». Seuls les couleurs sont au rendez-vous et les animaux et peuvent donc, avec les tout-petits, faire l’objet de découvertes. Et ce qui est vraiment très amusant, c’est de repérer les différents procédés utilisés dans l’illustration pour insérer les maisons les unes dans les autres. La chute de cette « nursery rhyme », reste dans la tradition  mais la réinterprète subtilement, en usant de la magie des répétitions. Cet ouvrage est la preuve que le petit bruit discret d’un cœur qui bat peut grandement réjouir les lecteurs.

L’effaceur de couleurs

L’effaceur de couleurs
Guy Coda
Editions du Mont Jeunesse, 2010

 Une fable shadockienne

par Christine Moulin

guy coda,editions du mont,fable,écologie,couleursAu début il y a une planète, Aïeaïeaïe. Comme elle s’est livrée sans frein aux excès de la consommation, elle est très vite menacée par un méchant nuage qui lui enlève ses couleurs. Ses dirigeants vont voir ceux de la planète Oulàlà, leur voisine. Mais celle-ci n’est pas « aideuse », c’est là son moindre défaut.

Je vous laisse découvrir la suite. Vous le voyez, le scénario n’est pas renversant. Mais les illustrations (des photos d’êtres étranges fabriqués en papier et en ferraille) sont surprenantes, le style assez enlevé, même si l’ironie est parfois un peu facile (« Heureusement, le Président des Douillets était un homme intelligent, sinon on ne l’aurait pas nommé président, c’est sûr ! »).

Bref, une initiation contemporaine au genre de la fable.

Max et son art

Max et son art
David Wiesner

Circonflexe, 2011

Arthur, c’est quoi, l’art? Arthur?

par Christine Moulin

Avec David Wiesner, on peut toujours s’attendre à une forme de magnificence visuelle généreuse et débordante, fondée aussi sur la précision du trait et l’abondance des détails: on n’est pas déçu! Les deux « monstres » protagonistes de l’histoire, préhistoriques caméléons, ont des attitudes, des expressions particulièrement éloquentes. Tous les registres de l’émotion se lisent dans leurs yeux et leurs mimiques. Toutes les mises en pages sont convoquées. Les doubles pages sont particulièrement efficaces mais laissent parfois la place à des vignettes empruntées à la bande dessinée. Les couleurs, qui sont aussi le thème de l’histoire, sont subtiles et signifiantes (regardez donc l’épisode de la colère, de la rage d’Arthur, mais aussi le bleu délicat de son absence…)

La richesse du propos n’est pas en reste: on peut lire dans cet album une fable sur les rapports parents-enfants, père-fils, en particulier. Certes, Max n’est sans doute pas le fils d’Arthur mais c’est en tout cas son fils spirituel. Il veut faire comme lui: peindre. Mais la transmission est difficile, laborieuse, elle demande du temps et de la patience, qualité dont Arthur, un peu égocentrique (voire vaniteux) n’est guère pourvu, pas plus que Max, bouillant, fougueux, dérangeant, maladroit, étourdi. Un gosse, quoi… Arthur devra s’effacer, au sens strict du terme, pour que Max puisse trouver sa place, sans prendre celle de son père, sans le faire disparaître, sans le tuer, comme il l’a d’abord fait, par une maladresse oedipienne.

Mais, bien sûr, le livre parle aussi de la création: le travail qu’elle requiert (peut-être ne faut-il pas vouloir tout de suite peindre; peut-être faut-il passer par l’étape plus ardue mais plus féconde du dessin), la part du hasard qu’elle recèle, l’humilité qu’elle exige (Arthur est un peintre « arrivé », on le voit bien mais n’a-t-il pas perdu son âme et n’a-t-il pas besoin qu’on le « secoue » un peu pour qu’il renouvelle son inspiration et ose des « gestes » bien proches de ceux de l’art contemporain?), les liens entre le réel et l’art (faut-il faire « ressemblant »? peut-on ne peindre que dans le cadre étroit de la toile?). Le rôle du langage et des ses ambiguïtés est également souligné: car au fond, ce qui est l’élément déclencheur, c’est l’erreur féconde de Max, encore englué dans le réel, sur l’expression « tu pourrais me peindre ».

Une question non résolue (parmi d’autres): pourquoi voit-on la couverture du disque des Pink Floyd, Atom Heart Mother,  dès la première page? Simple hommage? Manière de laisser à penser que ce qui va être dit de l’art pictural concerne tous les arts?

Peu importe: comme tous les chefs d’oeuvre, cet album renouvelle à chaque lecture les questions qu’il nous pose.