Une Histoire d’amour

Une Histoire d’amour
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, 2017

Le roman du gant Mapa

Par Anne-Marie Mercier

Georges et Josette se rencontrent à la piscine, dansent ensemble, regardent le feu d’artifice du 14 juillet, s’embrassent, se marient, ils ont des enfants, puis des petits-enfants, ils tombent malades, se disputent ; l’un meurt, l’autre reste et raconte leur histoire… C’est la vie ordinaire de bien des gens qui est racontée là, et ce qui est peu ordinaire, c’est la manière de le mettre en images.

Un peu comme dans Mon chat le plus bête du monde, le décalage entre la platitude du texte et l’originalité des dessins crée la drôlerie et l’intérêt. Les personnages sont des gants en caoutchouc. L’homme est jaune, la femme rose, mais leur caractère nait aussi de leurs postures, de leurs accessoires, de leurs actions. La piscine où ils se rencontrent est un évier de cuisine, Venise est une gondole-souvenir posée sur une étagère du salon, le chien offert par Georges à Josette, « scottish terrier à poils durs », est une brosse à ongles, Georges pêche dans l’aquarium, leur mobilier est fait d’objets quotidiens à leur échelle. Chaque page est un régal de détails comiques ou charmants.

La femme à barbapapa

La femme à barbapapa
Renaud Perrin
Rouergue, 2014

En piste, messieurs, mesdames!

par Christine Moulin

barbapapa1-480x640Cet album ne fait pas dans le « joli »: les illustrations, fondées sur les trois couleurs primaires, sont un peu « rugueuses » (le trait est celui de la linogravure, parfois les couleurs « dépassent », comme diraient les mômes). Mais il suffit d’entrer dans l’ouvrage pour se laisser prendre par son entrée en matière pyrotechnique. Dès le départ, nous sommes prévenus: ce que nous tenons entre les mains, c’est, ni plus ni moins, le livre de la destinée de Rosa, vendeuse de barbapapa, livre dont une voyante tourne les pages, sans rien révéler, bien sûr. Cette mise en abyme initiale se complique d’un jeu de miroirs aussi redoutable que les labyrinthes des fêtes foraines, dont l’atmosphère à la fois joyeuse et légèrement inquiétante imprègne toute l’histoire: multiples sens du mot « clef », double sens du mot « numéro », refrain du perroquet Okay (!), qui se reflète dans la boule de cristal de la voyante et répète deux fois le mots « doouble, dooouble », C’est ce volatile qui accompagnera notre lecture de ses interventions agaçantes et signifiantes.
Rosa rencontre donc Barbe Bleue, le mécano, et s’installe avec lui. En accéléré, le couple vit ce que vivent bien des couples: l’émerveillement, la lassitude, la rupture, les regrets. Mais heureusement, une petite fille veille et guide Barbe Bleue, qui retrouve Rosa, si bien que tout se termine sur le grand huit (à quatre…).
Nous avons donc affaire à une sorte de conte moderne et vieillot à la fois (la voiture de Rosa est une Ami 6, c’est dire!), joyeux et amer parfois, mais toujours riche en jeux de mots (à commencer par celui du titre) et de clins d’oeil (les hommes sandwichs s’appellent Moutarde et Mayo!…; les numéros des pages, à la manière des codes-barres de Ponti, font partie intégrante de l’illustration et de l’histoire: ils sont à l’envers quand les deux héros tombent amoureux, par exemple; quand Rosa disparaît, telle Alice, dans une porte dérobée, ils signalent la page où le couple sera de nouveau réuni, etc.). Sans doute cet album plaira-t-il aux adultes mais peut-être peut-il amuser les enfants. Comme le cirque, comme les fêtes foraines.