Zita la fille de l’Espace, t. 2 et 3

Zita la fille de l’Espace, t. 2 et 3
Ben Hatke
Rue de Sèvres, 2016 et 2017

Série spatiale

Par Anne-Marie Mercier

Encore de l’espace!

Zita est une fille comme les autres… mais depuis qu’elle a sauvé la planète Scriptorius (de scriptor, l’écrivain), pas question de la laisser rentrer chez elle : elle doit aller sauver d’autres mondes en péril. Pour échapper à la cohorte de ses admirateurs et à des obligations de super héroïne, elle laisse imprudemment sa place à un robot qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau… et qui part sauver une autre planète à se place. Traquant l’imposteur, elle se met au ban de la société spatiale et est désignée comme « la terreur de l’espace ». En fuite, arrêtée, emprisonnée, contrainte aux travaux forcés… elle rencontre aussi bien de nouveaux amis que des anciens.

Les deux volumes sont aussi inventifs que le premier, plein d’humour; les formes de vie rencontrées par Zita défient les lois de l’univers connu aussi bien de de la sage SF… Les retrouvailles avec Joseph dans le troisième volume sont pleines de surprises, comme leur retour (provisoire !) sur terre, chez leurs parents. Zita, « fille de l’espace », « terreur de l’espace », « aventurière de l’espace » est l’héroïne d’une vraie série qui ajoute d’épisode en épisode, de nouvelles complexités à son monde et de la profondeur à ses personnages, sans trop se prendre au sérieux. Les adultes se régaleront eux-aussi.

BZRK, 2 ( Révolution)

BZRK, 2 ( Révolution)
Michael Grant
Traduit (anglais, États-Unis) par Julien Ramel
Gallimard Jeunesse, 2013

Entomorphose

Par Matthieu Freyheit

BZRK, 2 ( Révolution)Le premier tome contenait quelques longueurs et pouvait faire redouter l’expansion de l’intrigue sur deux autres gros volumes. Il pêchait, aussi, par certains excès de langage – certains clichés – qui pouvaient alourdir l’ensemble, tandis que d’aucuns pouvaient être rebutés par la représentation dérangeante de ‘la viande’ dans laquelle descendent les héros. Malgré tout, le roman fonctionnait très bien, et la réflexion bio-technologique proposée par l’auteur mérite de l’attention, d’autant qu’elle demeure, parfois, relativement complexe pour des adolescents comme pour des adultes.

Le deuxième tome balaie nos appréhensions. L’intrigue lancée, ce volume se permet d’avancer sans relâche, nourri du talent de l’auteur pour créer des personnages parallèles, et parfois s’en débarrasser aussitôt. Complexe sans être compliqué, BZRK Révolution délivre avec une langue claire les motifs d’une pensée riche sur les usages technologiques, mais également sur le devenir de l’humain et le posthumain. Qu’est-ce qu’être humain ? Comment définir l’individu quand l’individu semble, a priori, se diviser en son propre sein ? Car Keats et Plath apprennent à se servir de leurs biobots respectifs, alter-egos entomorphés dont la perte les entraînerait dans une folie profonde.

Michael Grant échappe par ailleurs à bien des stéréotypes : l’intégration technologique ne signe peut-être pas un adieu au corps, mais trouve au contraire la voie d’un renouvellement de notre indivisibilité. L’axiologie, en revanche, est davantage marquée que dans le premier volume : les bons et les méchants se distinguent (parfois trop nettement pour les seconds), malgré quelques doutes et quelques hésitations qu’on aurait souhaités plus nombreux. Les jumeaux Armstrong, certes hideux dans le premier tome, deviennent franchement monstrueux. Quant au couple de héros, Sadie et Noah, alias Plath et Keats, ils prennent leur importance respective, tout en nageant dans la confusion de leur relation. Car dans cet univers de contrôle et de maillage des esprits, rien ne semble digne d’un total crédit : qui/que croire ? Les sentiments ressentis ont-ils été ‘préparés’ ? Se battre pour le libre arbitre, certes, mais le libre-arbitre existe-t-il seulement encore, ou le combat vient-il trop tard ?

L’aventure, quoique surreprésentée, n’arrive pas à son terme. Quelques revanches (espérées) sont prises, et la balance s’équilibre entre BZRK et Nexus Humanus, tandis que le nœud se resserre continuellement. Le posthumain, visiblement, n’a pas de repos. Et c’est tant mieux pour nous, lecteurs encore humains (pour le moment).