Les enfants sont méchants

Les Enfants sont méchants
Vincent Cuvellier – Aurélie Guillerey
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2012

Les parents sont gentils…

Par Charlotte Furnon master MESFC Saint-Etienne

Les enfants sont méchants ! Telle est I ‘entrée en matière provocatrice de cet album qui invite le lecteur à faire preuve d’humour et d’autodérision. Le ton est donné, cet ouvrage s’annonce cinglant et s’avèrera sarcastique et délectable.

La prise en main de cet album est agréable et attirante, de par sa couverture rigide et ses couleurs pastels, mais également  grâce à l’ironie portée par le titre qui s’expliquera au long de la lecture de l’œuvre…

Les Enfants sont méchants est un album de contrastes. Contraste entre les dessins au crayon  et les détails  colorés, entre le texte et l’image, entre le message adressé aux  enfants et celui adressé aux parents… En effet, cet ouvrage propose différents niveaux de lecture, ce qui le destine à des enfants de cinq à huit ans environ mais également aux parents. Le narrateur raconte les petites scènes qu’il semble avoir vécues… L’auteur serait-il  lui-même père ?

Chaque double-page présente une anecdote, la mise en scène d’une bêtise d’enfant que chaque parent a connue. Le texte occupe très peu de place sur le fond crème qui est très largement saturé d’images dont le genre varie d’une page à I‘autre. Empruntant parfois aux mangas ou aux dessins de Sempé, les illustrations sont très hétéroclites. Le texte et l’image sont tout à fait indissociables pour accéder à toute la portée humoristique de l’œuvre. Quand le texte décrit un enfant  jetant son assiette par terre, l’image présente un père au service de son rejeton puis pleurant le geste cruel de son enfant qui ne lui accorde aucun remerciement.

Le message est alors doublement  didactique, il s’adresse aux enfants afin de leur montrer qu’ils peuvent être blessants, mais également aux parents qui doivent être plus fermes. Les images complètent le texte en lui apportant du sens.

Le catalogue de bêtises proposé par Les enfants sont méchants fera rire tous ceux qui auront le bonheur de l’ouvrir et de découvrir les dessins d’Aurélie Guillerey qui relèvent toute la saveur des textes de Vincent Cuvellier.

Un album pour les enfants à lire avec leurs parents…

L’Affaire Matisse

L’Affaire Matisse
Georgia Bragg
L’école des loisirs (Neuf ), 2012

Réparer l’irréparable

Par Malvina Lair et Laura Limousin master MESFC Saint-Etienne

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le héros de ce roman n’est pas Henri Matisse mais un adolescent de onze ans qui se prénomme ainsi. Cependant, le célèbre peintre est bien à l’origine de son prénom. En effet, la mère du héros est passionnée d’art. C’est donc tout naturellement qu’elle a appelé ses enfants Matisse, Frida et Man Ray.

Elle est également  responsable de la sécurité dans un musée. Matisse qui aime ce lieu, tout autant que sa mère, y passe plusieurs heures par jour, à en copier les plus belles œuvres. En effet, le jeune garçon a beaucoup de talent et son rêve est d’avoir ses propres toiles exposées dans un musée. En attendant, il doit se contenter de la salle de séjour de sa propre maison, dans laquelle sa mère organise des expositions de ses tableaux. Un jour, il profite d’un dysfonctionnement des alarmes pour échanger sa copie du « Portrait de Pierre », l’œuvre d’Henri Matisse, avec l’original. « C’était juste pour voir… »

Mais, tout à coup les alarmes se remettent en marche, et c’est le début des ennuis pour notre jeune artiste. Et pour ne rien arranger, le vieux M. Snailby est remplacé par le plus redoutable des agents de sécurité du pays, celui qui a protégé « La Joconde » au Louvre : M. Bison, alias Gardzilla ! Avec l’aide de Toby,  son meilleur ami, il va tenter tout au long du livre de réparer son erreur. Hésitant sans cesse entre avouer son acte et se débrouiller seul, Matisse va découvrir, à travers son aventure, le véritable sens de l’art.

Les jeunes lecteurs pourront facilement s’identifier à la personnalité du héros en pleine adolescence, et vivront avec suspens ses péripéties et ses petits ennuis du quotidien : la célébrité du barbecue ambulant de son père, I’obsession de sa sœur pour le violet, I’humour désopilant de sa mère, sans oublier la peste de Lizzie, la sœur de Toby.

A travers ce roman, l’auteur offre à ses lecteurs une ouverture culturelle sur les musées et leur permet une réflexion sur l’art en général. La note de l’auteur clôt le livre avec une brève présentation de la vie de Henri Matisse. Elle termine enfin en racontant le vol de « La Joconde » en 1911 et invite ainsi le lecteur à approfondir le sujet en éveillant sa curiosité.

Ce roman avec ses clins d’œil artistiques, ses personnages loufoques, et les péripéties de Matisse plaira aux jeunes comme aux plus grands.

 

Le Chat de Vallotton

Le Chat de Vallotton ; le peintre Félix Valloton et le groupe des Nabis
Jean Binder
Dossier documentaire de Christina Buley-Uribe
L’école des loisirs (Archimède), 2012

Nabi pour les petits

Par Yann Leblanc

Selon la formule de la collection, la fiction est un tremplin pour aller vers le savoir. Une histoire dont les images imitent l’esthétique des bois gravés montre une toute petite fille ramenant leur chat perdu aux Vallotton ; un dossier présente la vie du peintre et le groupe des Nabis. Tout cela est très bien fait, avec beaucoup de délicatesse.

Reste cependant une interrogation : l’âge de lecture du documentaire suppose un lectorat qui trouvera la fiction un peu enfantine.

Oh ! L’antiquité

Oh ! L’antiquité
Joe Fullman

Gallimard jeunesse (les yeux de la découverte), 2012

Ah! que d’images

par Anne-Marie Mercier

Toute l’antiquité.. enfin, celle qui s’enseigne en 6e, et c’est déjà beaucoup : de 8000 avant JC à 1550, Moyen-Orient, Afrique, Europe, Asie, Amérique et Espace du Pacifique.., une chronologie, un index, de belles photos en couleur, une maquette qui fait la part belle aux images, fidèle à l’esthétique des collections « découvertes » de Gallimard.

Mais c’est aussi une ouverture sur la modernité : on peut compléter la lecture et naviguer grâce aux liens internet proposés sur le site des éditions, télécharger des images, etc.

Paris. Petit Pop up panoramique

Paris. Petit Pop up panoramique
Sarah McMenemy
Casterman, 2012

Voir Paris…

par Anne-Marie Mercier

Traduction d’un ouvrage édité en anglais par Walker Books, imprimé en Chine, ce petit pop up offre une vision hyper touristique de Paris, la ville étant conçue comme une collection de monuments « à voir », disséminés dans un espace inexistant ou du moins très théorique : les vélos, vespas et piétons peuplent les rues davantage que les rares voitures, lesquelles ont des allures d’années 50 acidulées. C’est donc un Paris mythique d’aquarelle qui se déplie dans ce tout petit format, exceptionnel pour un pop up.

Cela dit, c’est une bonne introduction pour un jeune enfant à qui on montrerait la ville ; certains détails indispensables pour cet âge amateur de précisions seront précieux : la tour Eiffel fait 324 m et accueille 7 millions de visiteurs/an ; le sarcophage de Napoléon est en porphyre rouge ; Toulouse Lautrec et Modigliani ont fréquenté Montmartre, la flamme du soldat inconnu est ravivée chaque soir sous l’Arc de triomphe…

Tout le monde à dos

Tout le monde à dos
Annie Agopian, Claire Franek
Rouergue, 2012

 

Etre Ado : dur, dur

Par Anne-Marie Mercier

Qu’on soit homard, crotale ou têtard, la métamorphose est une étape difficile ; celle de l’adolescence est du même ordre, on le sait et  Françoise Dolto l’a expliqué. Mais une fois ce constat fait, comment aider les ados ?

Cet album prend le parti de la science et de l’humour, deux excellentes voies. La première est rapide (une double page), développant ce qui se passe chez les homards, crotales ou têtards qui semblent incarner différentes façons d’être ado. La seconde prend tout son temps, montrant des ados d’âge, de taille et de sexe divers confrontés à l’incompréhension voire l’aigreur de leur entourage et incapable de répondre aux questions qu’ils se posent et qu’on leur pose.

La solution proposée par l’album : Opposez-vous, et vous trouverez les réponses ou des débuts de réponses. C’est donc un album qui fait du bien, déculpabilisant et tonique, ne craignant pas de hérisser et d’user de la caricature (les humains représentés sont tous très moches, les ados juste un peu plus que les autres !).

Annie Agopian est psychologue de formation et a collaboré à plusieurs reprises avec Claire Franek, notamment pour l’excellent album Dans 3500 mercredis, belle interrogation sur ce que c’est que grandir, mais cette fois en allant de l’enfance à la vieillesse, vieillesse traitée avec humour mais sans masque aucun.

Veux-tu devenir bête ?

Veux-tu devenir bête ?
Pei Chun Shih, Géraldine Alibeu
Hongfei Cultures, 2012

Leçons de bêtes à l’usage des hommes

par Anne-Marie Mercier

Qu’est ce que posséder ? dans quelles conditions peut-on élever un enfant ? que désirer ? et surtout qui croire et que croire, voilà toutes sortes de questions qui sont évoquées dans ces rencontres-dialogues entre la Bête et un poisson, un homme, ses amis le lapin et la grenouille. Récits en apparence absurdes, mais plein de sagesse, entre Lewis Carrol et Arnold Lobel. Les dessins de Géraldine Alibeu sont parfaitement adaptés à ce style.

La Bête a reçu le prix 2007 de l’association de littérature de jeunesse de Taiwan (voir la chronique de Dominique Perrin sur son précédent ouvrage (NB : je ne l’avais pas relue, je vois qu’elle aussi a pensé à Lobel, pour Ranelot et Bufolet).

 

Madlenka star du foot

Madlenka star du foot
Peter Sis
Traduit (anglais) par Camille Paul
Grasset jeunesse, 2012

Allez les filles !

Par Yann Leblanc

Comme beaucoup d’enfants, Madlenka se rêve star, mais star du foot, c’est original et c’est un rappel salutaire au moment où en France les « Bleus » ne font pas trop briller le pays, tandis que les équipes féminines sont plus exemplaires tant par leurs résultats que par leur comportement.

Autre plaisir : l’auteur est celui des Trois clefs d’or de Prague, le lauréat (entre autres) du prix Andersen (foire de Bologne 2012) et de la médaille Caldecott. Madlenka a eu le prix Sorcières 2012… et c’est mérité : l’humour et la poésie s’allient au graphisme original qui porte la marque de fabrique de l’auteur. L’histoire est plus mince que dans ses autres albums, mais elle conviendra à de plus jeunes lecteurs (ou lectrices !).

De quelle couleur est le vent ?

De quelle couleur est le vent ?
Anne Herbauts
Casterman, 2011

 aux aveugles

par Anne-Marie Mercier

A cette question posée par un enfant aveugle, « De quelle couleur est le vent ? », Anne Herbauts répond en couleurs, en touchers et en poésie ; l’enfant de l’album part en quête d’une réponse et interroge un vieux chien, la montagne, le village, une fenêtre, une pomme… chacun réponde à partir de son point de vue : couleur du temps, du soleil, sève et grenadine… (on pense au dispositif de la grande question de Wolf Erbruch)

Les illustrations très colorées mêlent les techniques (papiers et tissus découpés, dessin, peinture… ) et offrent de discrets effets tactiles, du rugueux au lisse, vernis et embossages proposent tout un parcours de sensation.

Anne Herbauts a recueilli pour ce livre les conseils des Doigts qui rêvent (maison d’édition spécialisée dans les albums tactiles pour enfants mal voyants) et a bénéficié d’une bourse de l’association « les Enfants de Sylvie ».

Bric à brac

Bric à brac
Jean Gourounas

Rouergue, 2011

par Anne-Marie Mercier

On connaît un certain nombre d’albums qui délivrent ce message : « range ta chambre ! » avec plus ou moins de bonheur.

Ici, le bonheur est complet : l’enfant, sommé de donner tout-ce-qui-ne-sert-plus-à-rien, sort progressivement toutes sortes de collections improbables (celle du « jeu de société complet » fera sourire tous ceux qui ont eu un jour à ranger une chambre d’enfant).  Nostalgie du temps où tout fait merveille, poésie et beauté des images qui présentent un relief extraordinaire, humour du texte, jamais niais, tout cela est un régal.