Une Chanson d’ours

Une Chanson d’ours
Benjamin Chaud
Helium, 2011

par Laura Imbert (master MESFC, Lyon1)

Cet album  fait partie des ouvrages sélectionnés pour l’opération « Premières pages », une « action de sensibilisation à la lecture par la découverte partagée d’un livre et d’une histoire, un lien privilégié entre enfants et parents. » Ce qui ressort surtout de cette opération est la notion de partage et de plaisir de la lecture, vue comme une activité que l’on peut partager en famille ; elle peut aider à recréer cette complicité entre parents et enfants, parfois difficile à retrouver dans les tracas quotidien de la vie moderne.

L’album est de taille conséquente. Les grandes et belles illustrations de Benjamin Chaud sont un réel plaisir pour les yeux grâce aux couleurs et au foisonnement des détails de chaque image. On aime passer du temps à contempler chaque page pour y analyser longuement les différents personnages hauts en couleur du dessinateur.

 L’histoire est simple toutefois : Un petit ours, une nuit, entend passer une abeille à côté de son terrier et se décide à la suivre; du coup, papa ours part à la recherche de son petit ourson.

Benjamin Chaud, au fur et à mesure des pages nous invite à chercher petit ours et cette abeille si convoitée à travers différentes questions. Cette activité de recherche peut aisément se faire à deux (parent et enfant, par exemple) car il est quelque fois difficile de retrouver les deux protagonistes, tant les images sont foisonnantes de détails. L’auteur se fait en effet un réel plaisir de corser la difficulté de page en page, en mettant même quelque fois le lecteur sur de fausses pistes…

L’auteur met en scène  de nombreuses scènes comiques où l’ours est en permanente contradiction avec son milieu. Son regard est également très touchant sur le monde moderne, et on ne peut que sourire de le voir faisant immersion dans la loge des danseuses, au beau milieu de l’opéra, et les confondant avec des volatiles.

Un album que je recommande pour ses  belles images et ses scènes cocasses.

 

Prix littéraire des lycéens et apprentis rhônalpins 2012

Prix littéraire des lycéens et apprentis rhônalpins 2012
800 jeunes ont choisi cette année Blandine Le Callet pour La Ballade de Lila K (Stock), dans la catégorie roman, ainsi que Olivier Jouvray et Fred Salsedo pour Nous ne serons jamais des héros (Le Lombard), dans la catégorie bande dessinée.

Les prix ont été décernés au cours d’une après-midi festive à la Maison de la danse, à Lyon, avec les élèves des 25 lycées participants. Organisé et soutenu par la Région Rhône-Alpes, avec le concours de l’Arald, le Prix littéraire des lycéens et apprentis permet à ces jeunes de découvrir la littérature et la bande dessinée contemporaines, mais aussi de s’investir dans une multiplicité de projets pédagogiques autour des quatre romans et des quatre bandes dessinées en compétition.
Plus d’information sur le site de la Région Rhône-Alpes

Maurice Sendak: Deuil à la Maison blanche et ailleurs

Maurice Sendak, l’auteur du mythique album Max et les maximonstres (Where the Wild Things Are), récemment adapté au cinéma, est mort mardi, à 83 ans, à l’hôpital de Danbury, dans le Connecticut.

Selon le New York Times, il aura « libéré les livres illustrés du monde aseptisé et rassurant de la garderie d’enfants pour les plonger dans les recoins sombres, effrayants et magnifiques de la psyché humaine ».
« Chaque parent doit être un peu en deuil aujourd’hui et, pour chaque enfant ayant grandi avec ce livre, Max et les Maximonstres, c’est un triste jour », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche.

Ces dernières années, Maurice Sendak  avait travaillé comme créateur de costumes et de décors pour l’opéra et le ballet au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Pour télécharger le numéro spécial de L’école des lettres consacré à Maurice Sendak et ses maximonstres
( Extrait du communiqué de son éditeur français,  l’école des loisirs, photo : Barack Obama lit Max et les maximonstres ).

On peut lire aussi la version du Guardian

Incroyable mais vrai

Incroyable mais vrai
Éva Janikovsky – Illustrations Laszlo Reber
La Joie de Lire, 2011

Un album de et pour la famille

Par Djamilla Eschmann
(M2 MESFC)

« Incroyable, mais vrai : tous les adultes ont été un jour des enfants, il n’y a pas si longtemps, il y a longtemps, et il y a très longtemps ». Réédition d’un album jeunesse de 1966, écrit par la poétesse hongroise Eva Janikovsky et illustré par le graphiste et caricaturiste Laszlo Reber , « Incroyable, mais vrai » traite avec modernité d’un thème d’actualité constante, à savoir le temps qui passe.

Au travers d’une généalogie familiale expliquée didactiquement par un petit garçon à sa sœur cadette, se construit cette notion abstraite, pour laquelle les enfants éprouvent des difficultés de compréhension, notamment lorsqu’ils doivent se situer eux-mêmes dans le temps : « Imaginer que quelque chose ait pu se passer avant ma naissance est terriblement difficile ». Face à l’incrédulité de sa plus jeune sœur, l’enfant a recours aux photos de famille en noir & blanc et sépia, témoignages intangibles d’autres époques, qui viennent s’intercaler avec bonheur aux personnages de fiction vivement colorés. Cette intrusion du réel dans la narration, avec ces photographies de personnes ayant véritablement vécu, rapprochées aux personnages crayonnés à gros traits et rendus assez génériques (caricatures de papis et mamies à lunettes et cheveux gris…) appuie le propos de l’album : c’est difficile à croire, mais c’est bien la réalité !

Les enfants à partir de 6 ans s’identifieront sans difficulté à ces petits personnages gais et solliciteront à n’en pas douter leurs parents, pour que leur soit à leur tour illustrée, albums de famille à l’appui, leur propre histoire familiale.

La vie cachée des poupées

La vie cachée des poupées
Gisèle Bienne
L’école des loisirs (Médium), 2012

Petits larcins et thérapie

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce très joli roman, porté par la poésie des poupées mises au rebut et par la voix de l’héroïne, légère d’abord puis qui s’affole, on voit naître et se développer une pulsion étrange.

Dans un premier temps, on découvre une enfant qui « adopte » des poupées mal aimées. D’abord une, puis une autre… Chipées au passage dans des lieux où elles semblent être abandonnées puis prises de façons plus problématiques. Elle les cache dans le grenier, s’inquiète de ce que pourront dire les autres devant ses mensonges et ses vols : ses parents, ses amies…

Dans un deuxième temps, on s’interroge, comme elle, sur la logique de ces « emprunts » : chaque poupée est différente, et pourtant toutes ont un point commun. Celui-ci conduit à la découverte d’un secret…

Tes Mots sur mes mots

Tes Mots sur mes mots
François David
MØtus, 2011

La poésie par tout et pour tous

Par Anne-Marie Mercier

Ce n’est pas un livre, ce n’est pas un texte… Ce serait un bloc-notes : de petites feuilles carrées banches empilées dans un étui carré à rabat, noir. Et puis non, ce n’est pas cela : on voit, imprimé en gris très pâle, sur ces feuilles apparemment vierges des mots. Inscrits sur quatre lignes, ils en couvrent l’espace. Ils invitent à écrire, à penser à l’autre ou à soi, à mieux lire, à peser ses mots. Ils proposent de griffonner en poète au jour le jour comme on inscrit sur des coins de pages des idées, des rendez-vous, ou plus. Le bloc anonyme se fait voix, invite. Et voilà réalisé, le désir de la beauté en toutes choses, à s’offrir ou à offrir, du bonheur au quotidien à portée de la main.

Les mots
sombres
illuminent
parfois

Ecris-toi
à toi aussi
parfois ou
souventes fois

il y a lire
et lire
les mots n’en
reviennent pas

Pour en savoir plus sur François David, grand poète d’enfance, voir son site.

 

Aventuriers malgré eux, t. 1 (1 Yack, 2 yétis, 3 explorateurs)

Aventuriers malgré eux, t. 1 (1 Yack, 2 yétis, 3 explorateurs)
C. Alexander London
traduit (américain) par Valérie Le Plouhinec
Les Grandes personnes, 2012

Aventures en vrac

Par Anne-Marie Mercier

Comme le titre l’indique, les héros (frère et sœur jumeaux) n’ont pas le goût de l’aventure. Ils aiment surtout (et exclusivement) la télévision, essentiellement les séries ou à la rigueur les documentaires animaliers ou les jeux. Pour leur malheur, leurs parents sont des explorateurs. Et pour leur malheur encore plus grand, leur mère a disparu et ils sont contraints de partir à sa recherche au Tibet, à la poursuite de Shangri-La et des tablettes de la Bibliothèque d’Alexandrie… Ils doivent vivre les aventures les plus extravagantes que leurs séries les plus décoiffées n’auraient pas imaginées:  yétis, sorcières empoisonneuses, moines et lama les attendent au-dela d’une cascade gigantesque…

Chaque chapitre offre une situation nouvelle, un obstacle inattendu, des rencontres qui sont la plupart du temps des retrouvailles avec les méchants qui sont à leurs trousses. L’humour domine à travers les échanges entre les jumeaux. Ils restent eux-mêmes quelles que soient les circonstances et traînent des pieds autant qu’ils peuvent ; c’est d’ailleurs souvent en faisant référence à un épisode d’une de leurs séries télé qu’ils trouvent des solutions aux situations les plus désespérées. Enfin, l’ensemble ressemble à un jeu où l’on saute de case en case, revient sur ses pas, retrouve les mêmes personnes sous d’autres apparences… un genre de série humoristico-aventureuse (les Orphelins Baudelaire en plus agité). Ce côté décousu et forcément répétitif gênera certains lecteurs et plaira aux lecteurs moins habiles sur les histoires au long cours.

C’est, évidemment le premier tome d’une série : à la fin du premier volume, les jumeaux se retrouvent liés par contrat à leur pire ennemi, on frémit d’avance…

Capitaine Massacrabord

Capitaine Massacrabord
Mervyn Peake
Traduit (anglais) par Patrick Gyger
La Joie de lire, 2011

Comprenne qui pourra

Par Matthieu Freyheit

Le Capitaine Massacrabord aime les îles roses et les créatures grotesques. Ça tombe bien, moi aussi. Quant à vous expliquer pourquoi, c’est une autre paire de manches. Commençons par l’auteur. Mervin Peake n’est pas un inconnu. Décédé en 1968, atteint de la maladie de Parkinson, Peake a livré un héritage graphique important. Connu pour la série des Titus – une trilogie romanesque –, il a également illustré de nombreux classiques, de L’Île au trésor à Alice au Pays des Merveilles. C’est entre fantastique et absurde que se situe le Capitaine Massacrabord, un conte de pirate hors genre.

L’histoire ? Le Black Tiger, un sacré bateau pirate commandé par le très féroce Capitaine Massacrabord, navigue en des eaux mystérieuses. Lorsque l’équipage découvre une île rose peuplée de créatures extravagantes, le capitaine n’y résiste pas et ordonne à ses hommes de capturer l’une d’elles. Celle-ci ne portera d’autre nom que la Créature Jaune, je vous laisse deviner pourquoi. Une fois amenée à bord, le Capitaine noue avec cette dernière une relation de plus en plus étroite. Car n’en croyez rien : avant d’être un conte de pirate, Capitaine Massacrabord est avant tout une bien étrange histoire d’amour et, après quelques danses, c’est en jupette et chapeau à plume que la Créature Jaune prépare le repas sous l’œil un tantinet lubrique du Capitaine.

Ce n’est pourtant pas cette histoire somme toute discrète qui me fait me poser la question suivante : est-ce bien un album pour enfants ? L’éditeur propose une lecture dès 6 ans. Soit. Je ne garantis pas que je garde un souvenir parfait de mes facultés à cet âge-là, mais il me semble bien que je n’y aurais rien compris. Je n’ai même aucun doute là-dessus. Mais d’ailleurs : y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ? Une lecture accompagnée me paraît elle-même difficile. D’autant plus que, malheureusement, le parti pris du style narratif ne retient pas longtemps l’attention, et le récit nous laisse finalement sur notre faim. C’est fort dommage, car l’album est d’une belle facture et les illustrations d’une grande qualité. La palette simple souligne un trait discontinu et souple, pour un ensemble de planches gracieux. Mais là encore, l’intérêt graphique, si grand soit-il, ne retiendra pas nécessairement l’attention des enfants. Ce qui n’empêche pas, après tout, d’en faire un très bel album pour nous, les plus grands. Et pour tous les amateurs de créatures jaunes en jupette, évidemment.

C’est un petit livre

C’est un petit livre
Lane Smith
Gallimard jeunesse, 2012

Livre, mode d’emploi

Par Anne-Marie Mercier

Même si cet objet sur lequel on s’interroge, carré, cartonné, n’est pas recommandé avant trois ans, il s’adresse à de tout jeunes lecteurs. Dans un dialogue entre un petit âne et un jeune singe, statique et répétitif, l’un pose des questions (« ça se mâchouille ? », « on peut s’asseoir dessus ? »…) en manipulant un objet qui ressemble à celui que l’on tient en main ;  tandis que dans un ouvrage précédent  (C’est un livre) il cherchait une prise ou une souris pour le faire fonctionner. L’autre répond invariablement « non », jusqu’à la dernière réplique qui reprend le titre : « ça se lit, c’est un livre, petit âne ». Entretemps, le petit âne aura pu expérimenter de multiples possibles. Bel éloge du livre qui rappelle un vieux titre du Père Castor (Mes livres) : ça se lit, mais on peut faire aussi des tas d’autres choses avec.

Le Premier Défi de Mathieu Hidalf

Le Premier Défi de Mathieu Hidalf
Christophe Mauri
Gallimard jeunesse, 2011

Sale gosse

Par Anne-Marie Mercier

Un peu  de magie, un peu d’intrigues de palais, un peu de suspens, pourquoi pas, bravo. Mais le personnage du héros est franchement agaçant et semble une offrande démesurée au narcissisme enfantin. Mathieu Hidalf déteste son père (soit) et fait tout pour le mettre en difficulté, même auprès du roi (cet enfant est-il totalement stupide ?). Mentir, tricher, trahir, tout cela n’est rien quand il faut satisfaire son caprice et son but suprême : réaliser une autre grosse bêtise qui attirera l’attention de tous sur lui. Voilà qui flatte l’infantilisme au point de faire oublier d’autres enjeux présents dans le livre (intégrer une école de chevaliers d’élite, lutter contre des monstres…) et quelques pages en forme de cauchemar assez réussies.