La Princesse des Ménines

La Princesse des Ménines
Sophie de la Villefromoit

Seuil jeunesse (« Quand le tableau s’anime »), 2011

Où est l’art ?

par Anne-Marie Mercier

Le parti pris de la  collection, « Quand le tableau s’anime » inaugurée par ce titre est intéressant : raconter une histoire à partir d’un tableau. Ici, il s’agit des Ménines de Velasquez. L’histoire racontée l’est moins : la jeune princesse dont on fait le portrait est jalouse de son frère qui, bien que plus jeune qu’elle, succédera à leur père… tout s’arrange à la fin et l’harmonie familiale est restaurée.

Le tableau ne joue qu’un rôle secondaire, la famille royale a des allures bien bourgeoises, enfin les éléments culturels sont davantage des prétextes que des sujets d’intérêt.

Jeu de loup

Jeu de loup
Philippe Jalbert
Thierry Magnier, 2012

Le jeu de la peur

par Anne-Marie Mercier

Un loup court. Sur plusieurs doubles pages, il court, comme faisant du sur place avant l’assaut final. On ne dira pas la chute, charmante, qui désamorce l’angoisse de façon radicale, le jeu remplaçant le drame. Mais il faut signaler de très belles pages rouges qui font voir ce que peut être une faim de loup, « faim de lapins, faim de moutons, faim d’enfants… ».

En peu de mots et peu de pages, c’est toute une gamme d’émotions que livre Philippe Jalbert.

Le chevalier à la courte cervelle

Le chevalier à la courte cervelle
Anne Jonas, Bérangère Delaporte
Milan, 2012

Conte à l’envers

par Anne-Marie Mercier

Les chevaliers n’ont décidément pas bonne presse aujourd’hui : on traque les stéréotypes partout et l’on pastiche à tour de bras. D’où cette histoire comique d’un chevalier qui part vers son destin et rate la princesse, le trésor, mais pas le dragon (qui, lui, ne le rate pas). C’est assez léger, pas inoubliable. Mais les étapes du conte traditionnel sont bien mises en valeur.

L’Histoire en vert de mon grand-père

L’Histoire en vert de mon grand-père
Lane Smith

Gallimard jeunesse, 2012

par Anne-Marie Mercier

Auteur de C’est un livre et C’est un petit livre, Lane Smith sort de l’univers de l’imprimé pour se rendre au jardin. Dans ce jardin du grand-père, l’enfant voit figurés les événements de sa vie, ceux d’un temps ancien, différent de notre monde, sans beaucoup d’objets mais avec des ruptures (la guerre), des bobos (la varicelle), des rencontres… L’espace du jardin se fait temps, voyage… et le jardin garde la mémoire de celui qui la perd petit à petit.

Rien n’est asséné : à chacun de lire ce qu’il veut dans ce parcours… tout en vert.

Les enfants sont méchants

Les Enfants sont méchants
Vincent Cuvellier – Aurélie Guillerey
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2012

Les parents sont gentils…

Par Charlotte Furnon master MESFC Saint-Etienne

Les enfants sont méchants ! Telle est I ‘entrée en matière provocatrice de cet album qui invite le lecteur à faire preuve d’humour et d’autodérision. Le ton est donné, cet ouvrage s’annonce cinglant et s’avèrera sarcastique et délectable.

La prise en main de cet album est agréable et attirante, de par sa couverture rigide et ses couleurs pastels, mais également  grâce à l’ironie portée par le titre qui s’expliquera au long de la lecture de l’œuvre…

Les Enfants sont méchants est un album de contrastes. Contraste entre les dessins au crayon  et les détails  colorés, entre le texte et l’image, entre le message adressé aux  enfants et celui adressé aux parents… En effet, cet ouvrage propose différents niveaux de lecture, ce qui le destine à des enfants de cinq à huit ans environ mais également aux parents. Le narrateur raconte les petites scènes qu’il semble avoir vécues… L’auteur serait-il  lui-même père ?

Chaque double-page présente une anecdote, la mise en scène d’une bêtise d’enfant que chaque parent a connue. Le texte occupe très peu de place sur le fond crème qui est très largement saturé d’images dont le genre varie d’une page à I‘autre. Empruntant parfois aux mangas ou aux dessins de Sempé, les illustrations sont très hétéroclites. Le texte et l’image sont tout à fait indissociables pour accéder à toute la portée humoristique de l’œuvre. Quand le texte décrit un enfant  jetant son assiette par terre, l’image présente un père au service de son rejeton puis pleurant le geste cruel de son enfant qui ne lui accorde aucun remerciement.

Le message est alors doublement  didactique, il s’adresse aux enfants afin de leur montrer qu’ils peuvent être blessants, mais également aux parents qui doivent être plus fermes. Les images complètent le texte en lui apportant du sens.

Le catalogue de bêtises proposé par Les enfants sont méchants fera rire tous ceux qui auront le bonheur de l’ouvrir et de découvrir les dessins d’Aurélie Guillerey qui relèvent toute la saveur des textes de Vincent Cuvellier.

Un album pour les enfants à lire avec leurs parents…

Le Chat de Vallotton

Le Chat de Vallotton ; le peintre Félix Valloton et le groupe des Nabis
Jean Binder
Dossier documentaire de Christina Buley-Uribe
L’école des loisirs (Archimède), 2012

Nabi pour les petits

Par Yann Leblanc

Selon la formule de la collection, la fiction est un tremplin pour aller vers le savoir. Une histoire dont les images imitent l’esthétique des bois gravés montre une toute petite fille ramenant leur chat perdu aux Vallotton ; un dossier présente la vie du peintre et le groupe des Nabis. Tout cela est très bien fait, avec beaucoup de délicatesse.

Reste cependant une interrogation : l’âge de lecture du documentaire suppose un lectorat qui trouvera la fiction un peu enfantine.

Tout le monde à dos

Tout le monde à dos
Annie Agopian, Claire Franek
Rouergue, 2012

 

Etre Ado : dur, dur

Par Anne-Marie Mercier

Qu’on soit homard, crotale ou têtard, la métamorphose est une étape difficile ; celle de l’adolescence est du même ordre, on le sait et  Françoise Dolto l’a expliqué. Mais une fois ce constat fait, comment aider les ados ?

Cet album prend le parti de la science et de l’humour, deux excellentes voies. La première est rapide (une double page), développant ce qui se passe chez les homards, crotales ou têtards qui semblent incarner différentes façons d’être ado. La seconde prend tout son temps, montrant des ados d’âge, de taille et de sexe divers confrontés à l’incompréhension voire l’aigreur de leur entourage et incapable de répondre aux questions qu’ils se posent et qu’on leur pose.

La solution proposée par l’album : Opposez-vous, et vous trouverez les réponses ou des débuts de réponses. C’est donc un album qui fait du bien, déculpabilisant et tonique, ne craignant pas de hérisser et d’user de la caricature (les humains représentés sont tous très moches, les ados juste un peu plus que les autres !).

Annie Agopian est psychologue de formation et a collaboré à plusieurs reprises avec Claire Franek, notamment pour l’excellent album Dans 3500 mercredis, belle interrogation sur ce que c’est que grandir, mais cette fois en allant de l’enfance à la vieillesse, vieillesse traitée avec humour mais sans masque aucun.

Veux-tu devenir bête ?

Veux-tu devenir bête ?
Pei Chun Shih, Géraldine Alibeu
Hongfei Cultures, 2012

Leçons de bêtes à l’usage des hommes

par Anne-Marie Mercier

Qu’est ce que posséder ? dans quelles conditions peut-on élever un enfant ? que désirer ? et surtout qui croire et que croire, voilà toutes sortes de questions qui sont évoquées dans ces rencontres-dialogues entre la Bête et un poisson, un homme, ses amis le lapin et la grenouille. Récits en apparence absurdes, mais plein de sagesse, entre Lewis Carrol et Arnold Lobel. Les dessins de Géraldine Alibeu sont parfaitement adaptés à ce style.

La Bête a reçu le prix 2007 de l’association de littérature de jeunesse de Taiwan (voir la chronique de Dominique Perrin sur son précédent ouvrage (NB : je ne l’avais pas relue, je vois qu’elle aussi a pensé à Lobel, pour Ranelot et Bufolet).

 

Madlenka star du foot

Madlenka star du foot
Peter Sis
Traduit (anglais) par Camille Paul
Grasset jeunesse, 2012

Allez les filles !

Par Yann Leblanc

Comme beaucoup d’enfants, Madlenka se rêve star, mais star du foot, c’est original et c’est un rappel salutaire au moment où en France les « Bleus » ne font pas trop briller le pays, tandis que les équipes féminines sont plus exemplaires tant par leurs résultats que par leur comportement.

Autre plaisir : l’auteur est celui des Trois clefs d’or de Prague, le lauréat (entre autres) du prix Andersen (foire de Bologne 2012) et de la médaille Caldecott. Madlenka a eu le prix Sorcières 2012… et c’est mérité : l’humour et la poésie s’allient au graphisme original qui porte la marque de fabrique de l’auteur. L’histoire est plus mince que dans ses autres albums, mais elle conviendra à de plus jeunes lecteurs (ou lectrices !).

De quelle couleur est le vent ?

De quelle couleur est le vent ?
Anne Herbauts
Casterman, 2011

 aux aveugles

par Anne-Marie Mercier

A cette question posée par un enfant aveugle, « De quelle couleur est le vent ? », Anne Herbauts répond en couleurs, en touchers et en poésie ; l’enfant de l’album part en quête d’une réponse et interroge un vieux chien, la montagne, le village, une fenêtre, une pomme… chacun réponde à partir de son point de vue : couleur du temps, du soleil, sève et grenadine… (on pense au dispositif de la grande question de Wolf Erbruch)

Les illustrations très colorées mêlent les techniques (papiers et tissus découpés, dessin, peinture… ) et offrent de discrets effets tactiles, du rugueux au lisse, vernis et embossages proposent tout un parcours de sensation.

Anne Herbauts a recueilli pour ce livre les conseils des Doigts qui rêvent (maison d’édition spécialisée dans les albums tactiles pour enfants mal voyants) et a bénéficié d’une bourse de l’association « les Enfants de Sylvie ».