Bruit blanc

Bruit blanc
David A. Carter
Gallimard jeunesse, 2010

L’Art du Pop Up

Par Anne-Marie Mercier

Bruit blanc.gifSous une couverture cartonnée sobre, rouge, couverte en partie par des découpes blanches de carton ondulé, se cache une explosion de couleurs et  de formes. Ce livre est un Pop up tout à fait particulier et maîtrisé, l’art du Pop Up.

Au lieu de raconter une histoire et de proposer des constructions reconnaissables et plus ou moins réalistes, il joue librement sur les formes, les couleurs… et les sons. Car Bruit blanc est un livre qui émet des sons, non pas de ces vilains bruits enregistrés qu’on trouve ici ou là (du type « appuyez sur la touche », et voici un bruit de vache ou de moteur), mais de vrais bruits émis par des matériaux claqués, frottés, dépliés, ceux que font des languettes de papier lorsqu’on tourne des pages, actionne des leviers de carton, gratte des calques…

Chaque ouverture de page fait naître une structure proche du mobile de Calder par sa justesse et son côté aérien ou de la sculpture de Tinguely par sa fantaisie et ses couleurs. Sur les fonds monochromes de couleurs primaires ou blancs ou noirs s’élèvent des architectures dans lesquelles on reconnaît (ou croit reconnaître ?) des structures multicolores (toujours des couleurs primaires, ou noir et blanc), comme ici un chevalet, là une lettre… ou des formes de cônes, de cylindres… ou des empilements joyeux et aériens, des bulles d’arc en ciel. Au dos de l’album, une dédicace à Kerouac et Monk ouvre sur d’autres arts et y ajoute le nom de Massahiro Chatani, créateur d’« origamic architectures » (http://www.evermore.com/oa/exit.php3).

Un sommet de l’art du Pop Up.

On trouve sur le site de D. A. Carter toute une série de ressources pour créer ses propres pop up, de l’élément papier à imprimer et découper, au film indiquant la méthode de collage et de fabrication : http://www.popupbooks.com/surprise.html

Monstres et Dragons

Monstres et Dragons
Matthiew Reinhart, Robert Sabuda

Seuil 2011

pop-up monstre !

Par Anne-Marie Mercier

Monstres et Dragons.gifL’édition française de ce pop-up justement qualifié de « spectaculaire » en quatrième de couverture a été rapide puisqu’il a été publié la même année en Grande-Bretagne, et c’est tant mieux. On a rarement vu un pop-up aussi généreux, à tous points de vue : l’inventivité des montages la variété des papiers, l’humour, la présence d’images annexes dans les marges, cachés sous des rabats et enfin la quantité  et la qualité des textes.
Le livre convoque plusieurs mythologies, européennes ou asiatiques, anciennes et modernes. Dans ses pages sages au format carré, il propose de frémir devant le surgissement du calmar géant, l’éveil du vampire, le saut du yéti, et de réfléchir aux origines des croyances et à leur impact sur les civilisations. Ainsi, à propos du Dragon, se côtoient une légende, une réflexion sur le kung-fu et une évocation des fêtes du nouvel an chinois.

New York en pyjamarama

New York en pyjamarama
Michaël Leblond, Frédérique Bertrand
Rouergue, 2011

Images magiques

Par Anne-Marie Mercier

 New York en pyjamarama.gifUn livre gris… et magique !

Un enfant en pyjama se couche et rêve de New York ; il s’y promène comme on vole. Il y a un peu de la Cuisine de nuit de Maurice Sendak, à ceci près que le pyjama reste en place… Avec l’enfant, on s’émerveille devant la foule, les gratte-ciel, le trafic, le vent dans les arbres, les lumières. Et aussi à ceci près que rien n’est statique. Tout bouge : les lumières clignotent, les roues tournent, les voitures circulent, les gens passent et les feuilles volètent.

Tout cela, grâce à la grille rayée (comme le pyjama!) que l’on peut passer devant les images pour les faire s’animer: une merveille d’astuce graphique (l’ombro-cinéma), sans batterie, sans souris, qui illustre un pouvoir inattendu – et pourtant ancien – du livre.

Le prochain ouvrage de la collection, Luna Park en pyjamarama sera certainement décoiffant !

démonstration sur You tube :

Le Buffon choisi

Le Buffon choisi
Benjamin Rabier

Ciconflexe, 2010

A lire aux enfants pour se faire plaisir (et instruire en s’amusant !)

Par Anne-Marie Mercier

buffon,benjamin rabier,anne-marie mercier,animaux ciconflexeRéédition de l’album de 2009 (Circonflexe), lui-même repris de l’édition du même titre de 1924 (Garnier), cet album est une anthologie de textes et d’images tirés du Buffon de Benjamin Rabier commandé au dessinateur par la maison Garnier et paru en 1913.

La sélection a bien évidemment ôté les textes qui choqueraient les lecteurs des 20e et 21e siècles (notamment sur les races et la place des femmes) et choisi principalement des animaux connus, domestiques ou familiers (la brebis, le cochon d’inde…) ou exotiques (le tigre, le singe…). On ne trouvera donc pas le cycloptère ventru, ni le tcha-chert-bé.

La nomenclature de Buffon étant pour l’essentiel encore actuelle, elle est ici simplifiée et il n’y a rien de démodé : l’on peut apprendre un début de classement (gallinacées/ échassiers… poissons cartilagineux/poissons osseux…).

Les illustrations sont sages et visent au réalisme. Les planches en couleur hors textes sont attachantes et rappelleront au lecteur adulte des lectures chez les grands parents et offriront aux plus jeune une vision de l’image documentaire plus poétique qu’à l’ordinaire (le singe se regardant dans la glace, l’éléphant se saisissant du chasseur, le paon devant un palais oriental, les lapins sous la lune…)

Enfin, la langue de Buffon, toujours belle et claire est maintenue, et c’est un délice de lecture. Un bémol toutefois : le texte est autant expurgé qu’abrégé. Pour en donner une idée, voici quelques unes des phrases qui ont été ôtées à la description du cochon d’Inde (sans que la coupe soit signalée) : « Ces animaux sont d’un tempérament si précoce et si chaud, qu’ils se recherchent et s’accouplent  cinq ou six semaines après leur naissance ; » […] « ils n’ont de sentiment bien distinct que celui de  l’amour, ils sont alors susceptibles de colère, ils se battent cruellement, ils se tuent même quelquefois  entre eux lorsqu’il s’agit de se satisfaire et d’avoir la femelle. »

La fin est presque intégralement maintenue, et l’on y entend le rythme de la phrase de Buffon :

« naturellement doux et privés, ils ne font aucun mal, mais ils sont également incapables de bien, ils ne  s’attachent point : [ils sont] doux par tempérament, dociles par faiblesse, presque insensibles à tout ». Il manque la suite, qui montre le regard de Buffon : « ils ont l’air  d’automates montés pour la propagation, faits seulement pour figurer une espèce. »

Pour les passionnés – ou pour le devenir, plusieurs idées : aller acheter chez les bouquinistes l’édition complète avec des planches, s’offrir une édition courante (moins cher), ou bien (gratuit) voir le texte de Buffon en ligne (http://www.buffon.cnrs.fr/).

Pour tous : offrir d’urgence cet album aux petits enfants sages, afin de se faire plaisir à dire ce beau style en leur faisant la lecture. Et demain, on découvrira sur le site les nouveaux volumes des Sciences naturelles de Tatsu Nagata : le pou et le cheval, en albums.

Gargouilis

Gargouilis
Nina Blychert Wisnia
Rouergue, 2010

« Tout, tout, tout, vous saurez tout … »

par Anne-Marie Mercier

Gargouilis.gifL’estomac, cet être étrange, n’aura plus de secrets pour nous : à quoi il sert, ce qui en sort (scato rieur), ses différentes formes, combien il y en a dans un ventre de girafe, comment il fonctionne ou dysfonctionne (superbe jeu du labyrinthe faisant passer par différents aliments pour provoquer diarrhée, constipation ou bonne santé…).

C’est un excellent documentaire doublé d’un album très drôle aux illustrations souvent loufoques qui imite les dessins scientifiques (dessins en coupe, légendes…).

A conseiller vivement à tous, et notamment à ceux qui veulent faire comprendre ce genre de texte de façon amusante ou réfléchir sur les usages de la littérature de jeunesse dans tous les domaines – les conseils du loup sont hilarants, et sa digestion du Chaperon rouge est un morceau d’anthologie !

Je veux pas aller à l’école (en Lutin Poche)

Je veux pas aller à l’école
Stephanie Blake
Ecole des loisirs (Lutin Poche), 2011 (première édition, 2007)

Simon fait encore des siennes !

par Sophie Genin

9782211093071.gifSimon est sorti en Lutin Poche ! Il faut en profiter ! Certes, cet opus n’est pas au niveau de Caca Boudin, définitivement inégalable, mais c’est toujours un plaisir de retrouver ce héros grognon ! Cette fois-ci le lapin blanc refuse tout net d’aller à l’école : « ça va pas, non ! »
Lire ce petit album, c’est l’occasion de retrouver de vieilles émotions enfouies très loin, oui, ce fameux jour où on vous a dit : « Demain, c’est ton premier jour d’école ! », histoire de dédramatiser par le rire la rentrée du petit dernier ou du premier ! Et la chute me demanderez-vous ? Eh, bien vous la connaissez si, un jour, ce premier fameux jour d’école en maternelle, vous avez été le/la méchant(e) qui a voulu arracher l’enfant à sa toute nouvelle classe chérie : « ça va pas, non ! »

Cou-ci, cou-ça

Cou-ci, cou-ça
Anne Louchard
Minedition, 2010

Eh oui, au fait…

par Christine Moulin

anne louchard,minedition,girafeParfois, on se pose des questions absurdes. Généralement, le soir, avant de s’endormir, dans la brume du premier sommeil. Voici un album qui va favoriser ce phénomène chez les tout jeunes enfants, en leur soumettant le problème suivant : « Comment les girafes font-elles pour dormir avec ce cou interminable planté sur leurs épaules ? ».

La réponse, mignonne à souhait, est donnée à la fin de cet ouvrage à rabat, comme l’exige le sujet traité. Le chemin qui y mène est celui d’un album répétitif classique, mais amusant, dans la lignée du vénérable Il ne faut pas habiller les animaux. C’est dire que le texte sert surtout à introduire l’illustration mais il le fait très bien en variant les formules et en titillant la curiosité.

Une réussite charmante, même si elle n’est pas bouleversante.

Non, pas le pot !

Non, pas le pot !
Stephanie Blake
Ecole des Loisirs, 2011

Après celles de Simon, une nouvelle aventure de Gaspard !

par Sophie Genin

9782211205160.gifSimon, le célèbre lapin blanc de Stephanie Blake, a un petit frère, Gaspard, qui a hérité de la tête de cochon de son aîné : le difficile apprentissage de la propreté fait irruption dans sa vie sans crier gare, en pleine partie de billes fraternelle ! Simon s’écrie : « Pouah ! Beurk ! ça shnouf ! » en se bouchant le nez, ameutant toute la maisonnée ! Papa et maman font alors comprendre à leur petit dernier qu’il est temps pour lui « d’aller sur le pot ». Mais la route qui conduira Gaspard, le « bébé Cadum qui fait dans sa couche » (dixit son frère !), à devenir un grand garçon fier de montrer son pot à toute la famille à l’heure du petit déjeuner sera longue et semée d’aventures palpitantes, pour le plus grand plaisir du jeune lecteur hilare !

Une fois encore, sur un sujet « peau de banane », Stephanie Blake s’en tire avec les honneurs, même si trouver systématiquement « une chute rigolote », comme chanterait Renaud, est de moins en moins facile (mais comment égaler celle du célèbre et inégalable Caca Boudin?!)…

Plouf

Plouf
Emile Jadoul

Casterman, 2011

Narratologie pour les 2-3 ans

par Christine Moulin

plouf.jpgVoilà un mignon petit livre cartonné qui raconte ce qui peut bien se passer dans une baignoire. Au début, on pense que ce sera un album à compter comme les autres, sauf que dès la deuxième péripétie, ce sont deux animaux, et non pas un seul, qui se présentent pour faire trempette. Ensuite, on pense à Eléphant bleu, (Hirotaka Nakano, Flammarion, Père Castor) et puis … non. Et du coup, on se voit initié à la notion de « chute », mine de rien. Et puis, surtout, on rit ou on sourit, selon l’âge et c’est tout ce qui compte !

La reine des glaces

La reine des glaces
Marie Diaz, illustré par Miss Clara
Gautier Languereau, 2010

Neiges de papier

par Anne-Marie Mercier

reine des glaces.gifLibrement adapté » du conte d’Andersen « la reine des neiges », lit-on en page de titre.  On se demande quel besoin s’est fait sentir : le texte est certes un peu plus long que celui des autres contes (est-ce pour cette raison qu’il figure rarement dans le anthologies ? ou bien l’histoire de la fille du roi des brigands fait-elle peur ?).

Le résultat est tout de même réussi. Il conserve la saveur de ce conte, l’un des plus beaux et des plus poétiques d’Andersen et il est merveilleusement illustré par Miss Clara, avec des scènes composées de petits personnages en papier, des décors qui évoquent d’ancienne gravures (voir le joli site de l’artiste : http://missclara.free.fr/)