Dansez vieux géants !

Dansez vieux géants !
Gérard Moncomble, Sarah Mercier
Didier Jean et Olivier Payrat (musique)
Utopiques (une histoire en musique), 2015

Carnaval des géants

Par Anne-Marie Mercier

dansez-vieux-geants-9791091081160_0L’album présente la tradition des géants du nord à travers une fiction (pas très convaincante à mon avis) : ces géants se sentent fatigués, il sont vieux… mais les supplications de la foule leur donnent une énergie nouvelle. Les illustrations, assez spectaculaires, font l’intérêt de l’album.

Un CD est joint, qui propose la lecture du texte avec un fond musical intéressant, mêlant claviers et Oud.

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit
Val Teal, Robert Lawson
Traduit (anlais, USA) par Camille Gautier
Autrement (Vintage), 2015

Vive le son,  vive le son !

Par Anne-Marie Mercier

Histoire de la petite damePublié en mars 2015, cet album est sans doute le dernier de la collection Vintage d’Autrement : cet éditeur a arrêté son secteur jeunesse depuis.

Et c’est bien dommage, notamment pour cette collection qui avait fait reparaître Livre de Mc Cain et Alcorn et qui donne à la petite dame qui aimait le bruit, publié pour la première fois en 1943, une nouvelle jeunesse.

En deux mots, une dame quitte la ville pour s’installer dans une ferme. Le bruit lui manque : elle fait venir successivement une vache, un chien, un chat, des poules, des oies, etc, jusqu’à un tacot pétaradant qui la ramène en ville où elle découvre une autre source de bruit qui lui manque encore : des enfants ! Hop, elle en enlève deux et son bonheur est parfait et sa tranquillité nulle.

Chaque page présente la nouvelles acquisitions dans un beau dessin à l’encre et quelques zones de couleurs (jaune, rouge, rose, noir). Dans le texte, sur la page de gauche, les onomatopées s’accumulent en lettres rouges, la lisibilité et l’esthétique sont parfaites, l’histoire réjouissante, une belle leçon pour les anti-bruits !

Le livre sans images

Le livre sans images
B.J. Novak
L’Ecole des Loisirs 2015

Le livre le plus dingo du monde ?

Par Michel Driol

livre-sans-images-novakUn album sans images dans un monde où nous sommes envahis par les images ? D’apparence sérieux (sage couverture élégante, titre en noir, auteur en bleu), ce livre part du postulat qu’il y a un adulte lecteur et un enfant auditeur  et met en scène cette situation particulière de lecture par un adulte à un enfant. Et le texte joue de ce postulat, obligeant l’adulte à dire des choses insensées, à chanter, et à faire des bruits rigolos… Toutefois, même si l’adulte-lecteur résiste, se rebelle, le pacte de lecture (tous les mots doivent être dits à haute voix par la personne qui fait la lecture) l’entraine toujours plus loin… jusqu’à demander à l’enfant-auditeur de choisir, la prochaine fois, un livre avec des images…

Cet album met en évidence le plaisir du texte, du texte seul, qu’il construit comme unique source de jubilation quand il entraine le couple lecteur-auditeur dans les voies insolites proposées par la mise en abyme.  De la sorte, le livre entraine dans l’aventure de la lecture, une aventure qui transforme nos relations avec les autres, nous conduit à jouer des rôles, bouleverse ce que nous sommes pour notre plus grand plaisir. L’adulte-lecteur se retrouve bien malgré lui coincé entre le livre prescripteur et l’enfant-auditeur tyran, qui veut bien sûr avoir la suite… Toutes les ressources de la typographie (couleurs, lettrages, corps, polices…) animent les pages avec fantaisie, tandis que la voix de l’adulte-lecteur reste prisonnière d’une petite police sans-Serif. Le rire – très carnavalesque – est mis ici au service du rabaissement et de la déconstruction de l’adulte-sérieux au profit d’une complicité avec l’enfant-auditeur.

Un livre jubilatoire sur le pouvoir et le plaisir des mots…dans la lignée de Rabelais et de Lewis-Caroll.

Un Eté à Montréal

Un Eté à Montréal
Marie-Louise Gay et David Homel
Traduit (anglais) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
L’école des loisirs (neuf), 2014

L’aventure à deux pas

Par Anne-Marie Mercier

Un Eté à MontréalLe titre est un peu trompeur pour des lecteurs français : il s’agit d’un été où l’on reste chez soi tout en étant à Montréal car le narrateur et son infernal petit frère vivent dans cette ville. Mais l’aventure est bien là, au coin de la rue ou même dans le jardin (où l’on dort sous la tente), à travers les rencontres, les catastrophes naturelles (une énorme inondation, sauvetage par les pompiers, etc. ).

Chaque épisode forme une courte histoire, c’est parfait pour endormir les kids, après les avoir convaincus qu’il n’est pas besoin d’aller loin pour vivre des choses formidables.

Le Fils

Messager
Le Fils

Lois Lowry
Traduit (Etats-Unis) par Frédérique Pressmann
L’école des loisirs (Medium), 2014

Après Le Passeur

Par Anne-Marie Mercier

le passeurTout le monde (ou presque) connaît Le Passeur (1993), immense succès, œuvre neuve et dérangeante à l’époque : il construisait une parfaite dystopie, avant que la mode n’en envahisse les étagères des sections pour adolescents ; autre nouveauté de l’époque, il ne proposait pas de véritable happy end : on pouvait imaginer différentes fins, heureuses ou malheureuses. Et il y a même un article wikipedia sur ce qu’il présente comme une tétralogie : elle se serait poursuivie avec L’Elue (2001). Mais pour moi L’Elue n’est pas la suite du Passeur, c’est une dystopie indépendante, Le passeur ouvrait donc une trilogie.

Paru en 2005 et republié en 2013, Messager proposait une suite heureuse dans la mesure ou l’on y retrouvait Jonas, le mssagerhéros qui avait donc survécu, mais une autre fin malheureuse puisqu’un autre adolescent mourait à la fin de ce volume.

Mais qu’était devenu le bébé que Jonas avait sauvé ? On a la réponse dans Fils, qui retrace la vie de Gaby et donne une suite à Messager en montrant le retour, puis la défaite, du mal qui avait frappé la communauté dans le volume précédent. Mais l’originalité de cette fin de trilogie tient à ce qu’elle commence au même moment que l’intrigue du premier volume. Dans Fils, on est à nouveau dans la communauté des gens « satisfaits » dans laquelle se déroule le début du  Passeur, « où le fait de ne pas ressentir d’amour prévient de beaucoup Le Fils Lois Lowryde maux ». Pour Claire, l’héroïne, mère porteuse sélectionnée à 12 ans et mise dans le circuit à 14, cela ne se passe pas comme prévu et elle ne réagit pas comme prévu : l’accouchement, ses tentatives pour retrouver son « produit », le numéro trente-six, sa fuite après celle de Jonas et Gaby, son arrivée de naufragée  amnésique sur le village du bord de mer, son entrainement et son escalade de la falaise qui la sépare du village de Jonas et Gaby, le prix qu’elle doit payer pour passer, tout cela est passionnant. Ensuite, dans les chapitres qui suivent, on est dans un autre genre, une parabole moralisatrice, et c’est moins saisissant.

Un film, intitulé Giver, en a été tiré : quelqu’un parmi vous l’aurait-il vu ?

une critique sur Lirado, et une bande annonce pour voir?

Marcel et Giselle

Marcel et Giselle
Natali Fortier
Le Rouergue 2015

La légende de la cabane à sucre

Par Michel Driol

marcel-et-giselle-413x600C’est l’histoire d’Eustache, un bucheron désœuvré, car il n’y a plus d’arbre à couper. C’est l’histoire de ses deux enfants, Giselle et Marcel. C’est l’histoire d’une vétérinaire, Marguerite, et c’est enfin celle d’une ogresse-cantatrice-chanteuse de blues, Armande. Giselle et Marcel s’enfuient dans la forêt pour échapper à une vie avec Marguerite, au milieu des serpents… Au cœur de la forêt, tout en semant leurs petits cailloux blancs, ils découvrent des arbres et des fleurs en sucre puis la maison d’Armande, cantatrice dont la voix s’était arrêtée et qui recherchait le remède miracle à partir de la sève sucrée des arbres. Mais Armande est ogresse, et prépare à l’aide de Giselle la bain de sève pour Marcel tandis qu’Eustache et Marguerite suivent les traces des fugitifs… jusqu’au moment où le gui avale l’ogresse, avant de la recracher, adoucie… Dès lors la maison devient cabane à sucre, où tous les personnages s’installent tandis qu’Armande y chante le blues à vous fendre l’âme.

On aura, bien sûr, reconnu le Petit Poucet ainsi qu’Hansel et Gretel dans une version polyphonique aux accents – et aux mots – du Québec. Chaque personnage raconte une partie de l’histoire, dans cet album qui se présente comme un échange entre le père et ses enfants, dans une forme très proche d’un théâtre qui ferait alterner de longues répliques. Le vocabulaire et la syntaxe – orale – du Québec sont bien présents, sans toutefois gêner la compréhension d’un enfant non-Québécois. La langue se veut très musicale, et semble appeler la mise en voix.

Les illustrations collent au texte, et elles renforcent l’étrangeté des lieux : la forêt, d’abord magique, devient vite le lieu du cauchemar, avant d’être celui du rêve sucré. Les pages sont peuplées de créatures et d’animaux : souris, insectes, oiseaux étranges. Même les arbres prennent des visages humains, avant une dernière double-page montrant hommes et nature réconciliés tandis que tombe la neige. Le pays est devenu de Cocagne…

Bel objet hybride entre l’album et la pièce de théâtre qui propose une savoureuse réécriture de contes à l’accent du Québec

On se fâche, Ce sera une fille, On dort

On se fâche, Ce sera une fille, On dort
Malika Doray

L’école des loisirs, « Loulou et compagnie », 2011

Des livres marionnettes

Par Sophie Genin

9782211207591_1_mUn crocodile aux sourcils froncés, une sorte de chat blanc qui regarde son ventre sur lequel on peut lire « ce sera une fille » et un ourson les yeux fermés au recto, tous de dos au verso, trois petits livres cartonnés proposent très courts récits à chute.

On reconnaît immédiatement les illustrations de Malika Doray matérialisées par des personnages-animaux cartonnés, comme des marionnettes, faciles à manipuler pour de très jeunes enfants. L’auteure illustratrice a réussi à trouver des chutes qui feront sourire les parents puis, petit à petit, les enfants, grâce à des fins surprenantes !

Encore une belle création de cette auteure prolixe et si efficace avec de très jeunes lecteurs !

Dada

Dada
Germano Zullo, Albertine
La Joie de lire, 2013

La plus belle conquête du cheval

Par Anne-Marie Mercier

 

dadaVoici les aventures de deux amis-collègues, Roger Canasson, jockey, et son cheval, nommé tout simplement Dada. Ils vivent en parfaite harmonie, prennent le thé ensemble dans leur salon, et on peut croire « qu’ils ne constituent qu’une seule et même personne ». Quand Dada le champion manque les obstacles, que faire ? Lui faire passer toute sorte de scanners, lui faire prendre des vitamines, l’emmener chez un psy, au repos à la mer ?

Les illustrations sont loufoques à souhait comme le tire peut le faire penser, colorées, inventives, dans le style d’Albertine qui forme une paire gagnante avec Germano Zullo depuis longtemps.

Les Aventures de la petite souris

Les Aventures de la petite souris
D’après Sara Cone Bryant, Simone Ohl (ill.)
MeMo, 2014

Eternelle souricette

Par Anne-Marie Mercier

Les Aventures de la petite sourisSara Cone Bryant, pédagogue américaine, a publié en 1905 Comment raconter des histoires à nos enfants, ouvrage sur les contes adaptés à l’enfance et proposé quelques récits, dont celui-ci, publié par Nathan entre 1946 et 1948, dans la série des Belles images, belles histoires ». Son histoire de Souricette est effectivement un conte qui a fait ses preuves et est devenu un classique, comme la Petite Poule Rousse ou les Trois petits cochons qu’elle a adaptés, ou comme Poucette, à laquelle elle emprunte des épisodes.

Courant après une noisette, Souricette part dans un souterrain et se retrouve prisonnière d’un lutin qui enles aventures petite souris1 fait sa domestique, jusqu’à ce qu’elle s’échappe enfin. Les dessins de l’illustratrice bien connue Simone Ohl ont un parfum d’enfance etd veiux souvenirs, tout en réservant bien des surprises au regard exercé. La réalisation est superbe : on voit rarement des rouges aussi éclatants et chauds, des ombres aussi subtiles, une impression proche de la qualité d’un original.

Le site legende et conte propose des texte du même auteur

 

Le Japon d’Anno

Le Japon d’Anno
Mitsumasa Anno
Traduit (japonais) par Jean-Christian Bouvier
L’école des loisirs, 2014

Le Japon en « énergie basse »

Par Anne-Marie Mercier

Le Japon d’AnnoL’école des loisirs a publié en 2010 un album de Mitsumasa Anno inspiré par un rouleau de peinture sur soie « Jour de Qingming au bord de la rivière », qui proposait une vision de la Chine « éternelle ». On retrouve la même esthétique de dessin aquarellé, des images sans texte mais avec quelques explications en fin de volume et une carte géographique qui permet de situer les lieux.

ici, c’est une vision datée avec précision, même si certaines images semblent hors du temps : Anno a représenté le Japon de son enfance, celui de l’après guerre. Un texte en fin d’album explique le propos et le situe dans le contexte du « grand tremblement de terre de l’est du Japon », dit aussi « catastrophe du 11 mars (2011) », ou catastrophe de Fukushima. Si les images ont un charme qui dit le silence, l’espace paisible (beaucoup de scènes sont en vue plongeante), les réjouissances (fêtes, danses, spectacles) et l’espace traversé (routes, rivières, navires…), avec nostalgie le texte est un plaidoyer pour un arrêt des énergies nucléaires et pour que l’on se prépare à se passer de toute cette électricité, quoi qu’il en coûte, comme au temps de l’enfance d’Anno.