En scène

En scène  
Tatiana Werner
Gallimard Jeunsse, 2013

Génial !

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

en scène imageGénial ! Complet ! Intelligent ! Sérieux et drôle ! Instructif mais jamais ennuyeux Une multitude de conseils destinés à des enfants qui veulent monter  un spectacle chez eux.

Des pages documentaires sur le théâtre, ses différentes formes y compris les plus modernes, sur son origine, ses grands noms, ses bâtiments,  ses coutumes, ses professions…

Des exercices sur le corps, la voix, la relaxation,  des idées d’improvisation,  de reproduction,  d’écriture…

Des activités pratiques pour fabriquer un décor, un micro, des costumes, des maquillages, des marionnettes,  des  astuces  pour éclairer avec une frontale, délimiter une scène avec un fil à linge…

Le tout est agrémenté de dessins, schémas drôles et très pédagogiques, de photos belles et documentaires.

Bref, c’est complet et touchant car on sent chez l’auteur l’amour  et la connaissance des enfants et du théâtre.  A mettre entre toutes les mains,  y compris les enseignants qui veulent faire faire du théâtre à leurs élèves.

Cinq minutes de prison

Cinq minutes de prison    
Jean-Hugues Oppel
Syros, Souris noire  2013

 Suspens sur la glace !

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

cvt_Cinq-minutes-de-prison_5517 imageUn polar sportif, comme le dit  la fiche  de présentation, en effet,  l’intrigue se déroule  entièrement au cours d’un  match de hockey sur glace, L’un des joueurs  veut se venger d’un autre pour une histoire amoureuse et devient fou.  Il  cherche à  frapper son ennemi avec la crosse de hockey,  ce qui peut être dangereux voire mortel.  Seul Willy s’en aperçoit, et  va tout faire pour l’en empêcher.  La partie est serrée,  pas seulement en raison du score mais parce qu’elle peut devenir le moment et le  lieu du crime.

Pour moi, le roman est un peu ennuyeux, il n’y a rien d’autre que la partie de hockey, une description technique très minutieuse des différents gestes, des différentes phases du jeu et des enjeux.  Ça ne peut plaire qu’à des jeunes qui s’intéressent au hockey ou au sport. Mais pourquoi pas !

Cependant,  J .H. Oppel nous a  habitués à plus de profondeur, qu’est-il allé faire sur la glace ?

De l’autre côté de l’île

De l’autre côté de l’île
Allegra Goodman
Traduit (anglais- USA) par Jean Esch
Thierry Magnier (grands romans), 2013

Cauchemar météorologique

Par Anne-Marie Mercier

DelautrecotedelileAprès une catastrophe, un déluge, l’humanité s’est réfugiée dans une enceinte dirigée par « la Compagnie », sous les ordres de la Mère nourricière. Les enfants sont endoctrinés, les parents surveillés, les actes et les pensées contrôlés.

Le principal intérêt de cette dystopie, par ailleurs bien faite et pleine de trouvailles, réside dans le comportement de la jeune héroïne, Honor. Lassée d’être toujours mise en difficulté par le comportement déviant de ses parents, elle tente d’être « normale » et même parfaite dans l’acceptation de toutes les règles pour se faire accepter par ses maîtres comme par ses camarades. Frôlant parfois la trahison des siens, elle ne se révolte que lorsque ses parents sont enlevés par la Compagnie, et elle reléguée dans le quartier des orphelins, ce qui ruine toutes ses tentatives de normalité.

Les aventures sont mêlées à des réflexions sur la résistance, l’espoir, le destin de l’humanité… et la peur du cataclysme dans une nature déchaînée.

Comme deux gouttes

Comme deux gouttes
Olivier Douzou
Rouergue, 2013

Créer à vue

Par Dominique Perrin

commeInterpréter les contours a priori insignifiants, à tout le moins abstraits, de formes colorées dûes au hasard est un plaisir esthétique fondateur. Olivier Douzou isole ici, afin de la rendre lisible par de tout jeunes yeux, une constellation formée de deux « gouttes » bleues, trois noires, une orange, joliment étirées d’est en ouest à la manière des nuages. De cette forme initiale s’extraient et se redéploient l’ensemble des éléments jusqu’à évoquer un visage. Chaque étape de ce jeu est posément mise en mot, consacrant le tropisme naturel des formes vers le monde du symbole. Le commentaire final : « tu lui ressembles comme deux gouttes » renvoie à la fois à l’expérience du saisissement figuratif, et à une vision scientifiquement fondée de la ressemblance entre les êtres, au sein de l’espèce humaine comme au sein des familles.

Le roi et le joueur de doudouk (français-arménien oriental)

Le roi et le joueur de doudouk (français-arménien oriental)
France Verrier, Thomas Anglaret, Christine Dinounts
L’Harmattan, 2013

Défis logiques et poésie narrative

Par Dominique Perrin

doudDans un « pays de montagnes et de terres brunes » – l’Arménie -, des hommes tentent de défier l’orgueil du roi : celui-ci a cru bon de promettre la moitié de son royaume à qui parviendrait à lui faire croire un mensonge. Les deux premiers champions galéjeurs ont du charme : le berger évoque un bâton à remuer les étoiles, le tailleur sa tâche de rapiéceur de nuages. La version présentée ici, conformément à l’esprit de la collection, est concise : arrive donc promptement le joueur de doudouk, qui attaque le monarque au défaut de la cuirasse, en affirmant sans ambages que celui-ci lui doit une jarre d’or. A partir de là s’enclenche un casse-tête logique qui peut évoquer celui de Minos roi des menteurs…

L’extraordinaire abécédaire de Balthazar

L’extraordinaire abécédaire de Balthazar
Marie-Hélène Place, Caroline Fontaine-Riquier
Hatier, 2013

Dans la forêt des lettres et des sons…

Par Dominique Perrin

abéVoici un abécédaire qui mérite son qualificatif d’« extraordinaire », au sens où il suggère le caractère à la fois merveilleux et fondateur de la découverte du système de la langue écrite. L’univers imagé y est engageant et cohérent, les textes associés à chaque lettre brefs et chantants. On peut cependant s’interroger sur la mise en œuvre des principes pédagogiques présentés en page de garde à destination du lecteur médiateur. Contrairement à ce que supposent ces préconisations préalables, certaines lettres-sons simples sont parfois présentes ici bien ailleurs qu’à l’initiale des mots du texte (voir « i ») ; et surtout, certaines lettres sont quasiment absentes du texte censé leur être dédié, au profit d’autres graphies du son auquel qu’elles rendent (voir la curieuse page « è »). 

Notre nom est une île

Notre nom est une île
Jeanne Benameur
Bruno Doucey, 2011

Poèmes à fleur de parole

Par Dominique Perrin

notre Publier de la poésie au début du 21e siècle suppose une vision forte de sa capacité d’insertion dans l’existence réelle des contemporains. Bruno Doucey rappelle ici, en préambule à une nouvelle collection baptisée « Embrasures », le parcours de Jeanne Benameur de la poésie au roman – à la poésie. Les mots sont passés ici à un tamis à la fois si large – ce sont essentiellement des mots et une syntaxe « communs » qu’il met au jour – et si exigeant, qu’il est bon que leur succède, à l’autre extrémité du recueil, un poème-essai assumé comme tel sous le titre « L’exil est un lien ». Entre ces deux bords, les poèmes de Jeanne Benameur sont à la fois galets francs à la main et éclats miroitants. Droiture, solitude et ouverture en actes, son souffle d’écrivaine est là. C’est l’une des indéfiniment possibles formes de la limite nommée poésie, volontiers écrite au « nous », arpentée sur les hauts plateaux blancs de pages qui semblent immenses au-delà de leur petit format.

Big Nate, star de la BD

 

Big Nate , star de la BD
Lincoln Peirce (trad. Jean-François Ménard)
Gallimard Jeunesse, 2013 

Original et drôle !    

Par Maryse Vuillermet

 

 big nate star de la bd imageVoici le tome 4 de la série Big Nate.  Le héros, Big Nate,   donc, dessinateur  de BD en herbe,  raconte la naissance et la vie de son club de BD, appelé Les dessineux,  au collège 38.

 C’est original parce qu’il insère dans son texte toutes les planches ou les croquis qui lui passent par la tête et qu’il produit très facilement.

C’est drôle parce que le héros,  Nate se moque de ses professeurs, de leurs tics er défauts, de ses parents, de ses copains aussi. Mais il se moque  tout autant  de lui-même, les punitions que lui valent sa passion du dessin, sa peur des filles et la difficulté qu’il a à faire entrer une fille au club, sa peur des grandes terreurs du collège Jefferson,  leur rival en tout. Le texte est amusant et les dessins tout autant.

Le sommet dramatique de l’histoire se situe lors d’un concours de sculpture sur neige qu’a imaginé Nate pour vaincre,  avec ses copains du club,  une seule fois,  dans un domaine où la créativité est nécessaire,  les méchants du collège huppé  Jefferson.  En effet,  ces derniers  sont meilleurs en tout, ils les méprisent et les terrorisent mais les petits du collège 38 vont trouver leur talon d’Achille.

Le Passage des lumières, vol. 1 : Espoirs ; vol 2 Révoltes

Le Passage des lumières, vol. 1 : Espoirs ; vol 2 Révoltes
Catherine Cuenca
Gulf stream, 2012

Révolution et romance

Par Anne-Marie Mercier

PassagedeslumieresLe roman historique pour la jeunesse a souvent le défaut de proposer un héros – qui est souvent une héroïne – anachronique, qui raisonne comme un-e adolescent-e d’aujourd’hui, avec les mêmes revendications, les mêmes révoltes et les mêmes goûts et dégoûts (voir le passage obligé sur les mauvaises odeurs). Catherine Cuenca a trouvé un moyen imparable pour offrir un personnage proche du jeune lecteur et auquel il peut s’identifier sans trop heurter la vraisemblance historique : le voyage dans le temps.

Ainsi, la jeune Zélie, collégienne à Basmont-en-Argonne, se trouve propulsée dans le Basmont du 18e siècle. Se faisant passer pour la nièce du curé qui l’héberge, elle assiste aux débuts de la révolution de 1789, avec la convocation des Etats généraux et le recueil des cahiers de doléances. On trouve certes quelques passages obligés : la condition des femmes, les robes et chaussures si peu pratiques (voilà d’où viennent les baskets aperçues dans Marie-Antoinette, le film de Sofia Coppola), la médecine déplorable… Mais ces touches sont intégrées dans un ensemble cohérent et réussi : Zélie reconnaît les lieux sans les reconnaître, comprend que le dessous des choses lui échappe un peu ; les dialogues avec le curé qui la trouve bien mal élevée sont savoureux, et le village prend vie avec ses riches et ses pauvres, ses jeunes et ses vieux et le beau Léandre ! Mais le réel reprend ses droits en fin de volume. Le deuxième volume la ramène à Basmont en 1791 – heureusement Léandre l’a attendue – et l’on continue à vivre avec elle les épisodes importants de la révolution (4 volumes sont parus).