Maurice Sendak: Deuil à la Maison blanche et ailleurs

Maurice Sendak, l’auteur du mythique album Max et les maximonstres (Where the Wild Things Are), récemment adapté au cinéma, est mort mardi, à 83 ans, à l’hôpital de Danbury, dans le Connecticut.

Selon le New York Times, il aura « libéré les livres illustrés du monde aseptisé et rassurant de la garderie d’enfants pour les plonger dans les recoins sombres, effrayants et magnifiques de la psyché humaine ».
« Chaque parent doit être un peu en deuil aujourd’hui et, pour chaque enfant ayant grandi avec ce livre, Max et les Maximonstres, c’est un triste jour », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche.

Ces dernières années, Maurice Sendak  avait travaillé comme créateur de costumes et de décors pour l’opéra et le ballet au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Pour télécharger le numéro spécial de L’école des lettres consacré à Maurice Sendak et ses maximonstres
( Extrait du communiqué de son éditeur français,  l’école des loisirs, photo : Barack Obama lit Max et les maximonstres ).

On peut lire aussi la version du Guardian

Incroyable mais vrai

Incroyable mais vrai
Éva Janikovsky – Illustrations Laszlo Reber
La Joie de Lire, 2011

Un album de et pour la famille

Par Djamilla Eschmann
(M2 MESFC)

« Incroyable, mais vrai : tous les adultes ont été un jour des enfants, il n’y a pas si longtemps, il y a longtemps, et il y a très longtemps ». Réédition d’un album jeunesse de 1966, écrit par la poétesse hongroise Eva Janikovsky et illustré par le graphiste et caricaturiste Laszlo Reber , « Incroyable, mais vrai » traite avec modernité d’un thème d’actualité constante, à savoir le temps qui passe.

Au travers d’une généalogie familiale expliquée didactiquement par un petit garçon à sa sœur cadette, se construit cette notion abstraite, pour laquelle les enfants éprouvent des difficultés de compréhension, notamment lorsqu’ils doivent se situer eux-mêmes dans le temps : « Imaginer que quelque chose ait pu se passer avant ma naissance est terriblement difficile ». Face à l’incrédulité de sa plus jeune sœur, l’enfant a recours aux photos de famille en noir & blanc et sépia, témoignages intangibles d’autres époques, qui viennent s’intercaler avec bonheur aux personnages de fiction vivement colorés. Cette intrusion du réel dans la narration, avec ces photographies de personnes ayant véritablement vécu, rapprochées aux personnages crayonnés à gros traits et rendus assez génériques (caricatures de papis et mamies à lunettes et cheveux gris…) appuie le propos de l’album : c’est difficile à croire, mais c’est bien la réalité !

Les enfants à partir de 6 ans s’identifieront sans difficulté à ces petits personnages gais et solliciteront à n’en pas douter leurs parents, pour que leur soit à leur tour illustrée, albums de famille à l’appui, leur propre histoire familiale.

La vie cachée des poupées

La vie cachée des poupées
Gisèle Bienne
L’école des loisirs (Médium), 2012

Petits larcins et thérapie

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce très joli roman, porté par la poésie des poupées mises au rebut et par la voix de l’héroïne, légère d’abord puis qui s’affole, on voit naître et se développer une pulsion étrange.

Dans un premier temps, on découvre une enfant qui « adopte » des poupées mal aimées. D’abord une, puis une autre… Chipées au passage dans des lieux où elles semblent être abandonnées puis prises de façons plus problématiques. Elle les cache dans le grenier, s’inquiète de ce que pourront dire les autres devant ses mensonges et ses vols : ses parents, ses amies…

Dans un deuxième temps, on s’interroge, comme elle, sur la logique de ces « emprunts » : chaque poupée est différente, et pourtant toutes ont un point commun. Celui-ci conduit à la découverte d’un secret…

Mon bébé

Mon bébé
Jeanette Winter
Gallimard jeunesse, 2012

La tradition ancestrale du bogolan

Par Caroline Scandale

Mon bébé est un album souple au format poche. Coloré et festif, il nous fait découvrir la tradition du bogolan malien, étoffe graphique peinte de boue et réalisée ici pour préparer la naissance de bébé. Nous y découvrons Nakunté enfant puis femme. Assise sous un calebassier, elle raconte au petit être qui pousse en elle, tout ce qu’elle peint sur le bogolan : le roulement des tam-tams, le petit serpent blanc, la moucheture du léopard, le scorpion qui pique, le ruisseau à sec, le sifflement de l’iguane, la maman crocodile, le caméléon, la douceur de la fleur de calebassier… Quand arrive la saison des pluies, le bogolan est fini juste à temps pour la naissance de son bébé. Enveloppé dans l’étoffe réalisée avec amour, l’enfant s’imprègne des merveilles du monde qui l’entourent…
Cette jolie histoire nous fait voyager au cœur de l’Afrique. Les couleurs chatoyantes évoquent la luminosité et les contrastes de ce continent. Publié dans la collection « L’heure des histoires », ce récit se raconte, s’écoute, se partage avec son enfant et élargit son horizon.

Tes Mots sur mes mots

Tes Mots sur mes mots
François David
MØtus, 2011

La poésie par tout et pour tous

Par Anne-Marie Mercier

Ce n’est pas un livre, ce n’est pas un texte… Ce serait un bloc-notes : de petites feuilles carrées banches empilées dans un étui carré à rabat, noir. Et puis non, ce n’est pas cela : on voit, imprimé en gris très pâle, sur ces feuilles apparemment vierges des mots. Inscrits sur quatre lignes, ils en couvrent l’espace. Ils invitent à écrire, à penser à l’autre ou à soi, à mieux lire, à peser ses mots. Ils proposent de griffonner en poète au jour le jour comme on inscrit sur des coins de pages des idées, des rendez-vous, ou plus. Le bloc anonyme se fait voix, invite. Et voilà réalisé, le désir de la beauté en toutes choses, à s’offrir ou à offrir, du bonheur au quotidien à portée de la main.

Les mots
sombres
illuminent
parfois

Ecris-toi
à toi aussi
parfois ou
souventes fois

il y a lire
et lire
les mots n’en
reviennent pas

Pour en savoir plus sur François David, grand poète d’enfance, voir son site.

 

Aventuriers malgré eux, t. 1 (1 Yack, 2 yétis, 3 explorateurs)

Aventuriers malgré eux, t. 1 (1 Yack, 2 yétis, 3 explorateurs)
C. Alexander London
traduit (américain) par Valérie Le Plouhinec
Les Grandes personnes, 2012

Aventures en vrac

Par Anne-Marie Mercier

Comme le titre l’indique, les héros (frère et sœur jumeaux) n’ont pas le goût de l’aventure. Ils aiment surtout (et exclusivement) la télévision, essentiellement les séries ou à la rigueur les documentaires animaliers ou les jeux. Pour leur malheur, leurs parents sont des explorateurs. Et pour leur malheur encore plus grand, leur mère a disparu et ils sont contraints de partir à sa recherche au Tibet, à la poursuite de Shangri-La et des tablettes de la Bibliothèque d’Alexandrie… Ils doivent vivre les aventures les plus extravagantes que leurs séries les plus décoiffées n’auraient pas imaginées:  yétis, sorcières empoisonneuses, moines et lama les attendent au-dela d’une cascade gigantesque…

Chaque chapitre offre une situation nouvelle, un obstacle inattendu, des rencontres qui sont la plupart du temps des retrouvailles avec les méchants qui sont à leurs trousses. L’humour domine à travers les échanges entre les jumeaux. Ils restent eux-mêmes quelles que soient les circonstances et traînent des pieds autant qu’ils peuvent ; c’est d’ailleurs souvent en faisant référence à un épisode d’une de leurs séries télé qu’ils trouvent des solutions aux situations les plus désespérées. Enfin, l’ensemble ressemble à un jeu où l’on saute de case en case, revient sur ses pas, retrouve les mêmes personnes sous d’autres apparences… un genre de série humoristico-aventureuse (les Orphelins Baudelaire en plus agité). Ce côté décousu et forcément répétitif gênera certains lecteurs et plaira aux lecteurs moins habiles sur les histoires au long cours.

C’est, évidemment le premier tome d’une série : à la fin du premier volume, les jumeaux se retrouvent liés par contrat à leur pire ennemi, on frémit d’avance…

Capitaine Massacrabord

Capitaine Massacrabord
Mervyn Peake
Traduit (anglais) par Patrick Gyger
La Joie de lire, 2011

Comprenne qui pourra

Par Matthieu Freyheit

Le Capitaine Massacrabord aime les îles roses et les créatures grotesques. Ça tombe bien, moi aussi. Quant à vous expliquer pourquoi, c’est une autre paire de manches. Commençons par l’auteur. Mervin Peake n’est pas un inconnu. Décédé en 1968, atteint de la maladie de Parkinson, Peake a livré un héritage graphique important. Connu pour la série des Titus – une trilogie romanesque –, il a également illustré de nombreux classiques, de L’Île au trésor à Alice au Pays des Merveilles. C’est entre fantastique et absurde que se situe le Capitaine Massacrabord, un conte de pirate hors genre.

L’histoire ? Le Black Tiger, un sacré bateau pirate commandé par le très féroce Capitaine Massacrabord, navigue en des eaux mystérieuses. Lorsque l’équipage découvre une île rose peuplée de créatures extravagantes, le capitaine n’y résiste pas et ordonne à ses hommes de capturer l’une d’elles. Celle-ci ne portera d’autre nom que la Créature Jaune, je vous laisse deviner pourquoi. Une fois amenée à bord, le Capitaine noue avec cette dernière une relation de plus en plus étroite. Car n’en croyez rien : avant d’être un conte de pirate, Capitaine Massacrabord est avant tout une bien étrange histoire d’amour et, après quelques danses, c’est en jupette et chapeau à plume que la Créature Jaune prépare le repas sous l’œil un tantinet lubrique du Capitaine.

Ce n’est pourtant pas cette histoire somme toute discrète qui me fait me poser la question suivante : est-ce bien un album pour enfants ? L’éditeur propose une lecture dès 6 ans. Soit. Je ne garantis pas que je garde un souvenir parfait de mes facultés à cet âge-là, mais il me semble bien que je n’y aurais rien compris. Je n’ai même aucun doute là-dessus. Mais d’ailleurs : y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ? Une lecture accompagnée me paraît elle-même difficile. D’autant plus que, malheureusement, le parti pris du style narratif ne retient pas longtemps l’attention, et le récit nous laisse finalement sur notre faim. C’est fort dommage, car l’album est d’une belle facture et les illustrations d’une grande qualité. La palette simple souligne un trait discontinu et souple, pour un ensemble de planches gracieux. Mais là encore, l’intérêt graphique, si grand soit-il, ne retiendra pas nécessairement l’attention des enfants. Ce qui n’empêche pas, après tout, d’en faire un très bel album pour nous, les plus grands. Et pour tous les amateurs de créatures jaunes en jupette, évidemment.

C’est un petit livre

C’est un petit livre
Lane Smith
Gallimard jeunesse, 2012

Livre, mode d’emploi

Par Anne-Marie Mercier

Même si cet objet sur lequel on s’interroge, carré, cartonné, n’est pas recommandé avant trois ans, il s’adresse à de tout jeunes lecteurs. Dans un dialogue entre un petit âne et un jeune singe, statique et répétitif, l’un pose des questions (« ça se mâchouille ? », « on peut s’asseoir dessus ? »…) en manipulant un objet qui ressemble à celui que l’on tient en main ;  tandis que dans un ouvrage précédent  (C’est un livre) il cherchait une prise ou une souris pour le faire fonctionner. L’autre répond invariablement « non », jusqu’à la dernière réplique qui reprend le titre : « ça se lit, c’est un livre, petit âne ». Entretemps, le petit âne aura pu expérimenter de multiples possibles. Bel éloge du livre qui rappelle un vieux titre du Père Castor (Mes livres) : ça se lit, mais on peut faire aussi des tas d’autres choses avec.

Le Premier Défi de Mathieu Hidalf

Le Premier Défi de Mathieu Hidalf
Christophe Mauri
Gallimard jeunesse, 2011

Sale gosse

Par Anne-Marie Mercier

Un peu  de magie, un peu d’intrigues de palais, un peu de suspens, pourquoi pas, bravo. Mais le personnage du héros est franchement agaçant et semble une offrande démesurée au narcissisme enfantin. Mathieu Hidalf déteste son père (soit) et fait tout pour le mettre en difficulté, même auprès du roi (cet enfant est-il totalement stupide ?). Mentir, tricher, trahir, tout cela n’est rien quand il faut satisfaire son caprice et son but suprême : réaliser une autre grosse bêtise qui attirera l’attention de tous sur lui. Voilà qui flatte l’infantilisme au point de faire oublier d’autres enjeux présents dans le livre (intégrer une école de chevaliers d’élite, lutter contre des monstres…) et quelques pages en forme de cauchemar assez réussies.

Enfants de la forêt

Enfants de la forêt
Béatrice Masini
La joie de lire (encrage), 2012

 Le livre des enfants perdus

par Anne-Marie Mercier

Le thème de la robinsonnade est ici renouvelé par l’univers du conte et de la science-fiction. Dans un monde post-apocalyptique, des enfants ayant survécu à la catastrophe et d’autres issus d’éprouvettes sont parqués à l’air libre autour d’un centre où vivent quelques adultes qui les surveillent plus qu’il ne les aident. Malgré l’abrutissement provoqué par le médicament qu’on leur distribue pour les empêcher de se souvenir, un groupe d’enfants résiste. L’un d’eux a trouvé un livre et, après l’avoir longtemps caché, le partage avec les autres. Ils s’enfuient dans la forêt, guidés par des contes traditionnels. Par eux ils savent par avance que jamais les adultes ne secourent les enfants perdus, donc qu’ils doivent se sauver eux-mêmes et pour cela se trouver un lieu pour vivre – qu’ils ne trouveront pas, du moins pas comme ils l’imaginent.

Si la fin est un peu abrupte et décevante par son réalisme, la plus grande part du roman est d’une grande poésie. On y trouve de très belles idées : celle qui consiste à mélanger des enfants « normaux » et d’autres qui, issus d’un laboratoire, n’ont pas connu d’enfance ; celle des bribes de souvenirs, les « tessons », lumineux et douloureux ; celle d’enfants qui redécouvrent à travers un livre un langage plus riche, des sentiments nouveaux, qui construisent entre eux des relations autres que de domination/soumission ; celle des contes traditionnels comme modèles à suivre (pour le pire et le meilleur).

Enfin le cadre de la science-fiction propose un contre-point à l’univers du conte : deux adultes du centre suivent le groupe à l’aide d’une caméra, s’inquiètent pour eux, voient venir le drame, proposent un reflet au lecteur-voyeur. Ainsi, ce roman plein de références directes aux contes renouvelle la thématique de l’enfant perdu, du Petit Poucet, et surtout de l’ogre : au-delà de la forêt, il y a un peuple dont on a peur…