Et j’entends siffler le train

Et j’entends siffler le train
Stéphanie Demasse-Pottier, Lucie David
Sarbacane, 2024

Remède contre l’ennui

Par Anne-Marie Mercier

Si le titre évoque une chanson mélancolique issue la country américaine (« 500 Miles »), interprétée en français (1962) par Richard Anthony et par Hugues Aufray, le train de cet album nous emporte pour notre plus grand bonheur loin de la grisaille de l’ennui dans lequel est plongé la narratrice.
À sa fenêtre, elle imagine un train qui passe, qui pourrait être aussi bien un vieux train à vapeur qu’un train moderne. Elle se voit à bord, avec différentes identités et différents costumes, tous fantaisistes et colorés, ou bien en restant elle-même, rêveuse.
Les paysages défilent, de toutes sortes. Elle dessine ce qu’elle « voit » pour envoyer ensuite ses images par la poste à ses amis : mise en abyme, voyage imaginaire de la narratrice et voyage réel – fictivement – des images… on s’envole avec elle dans ces belles peintures à l’allure enfantine.

 

 

14-18. Une minute de silence à nos arrières-grands-pères courageux

14-18. Une minute de silence à nos arrières-grands-pères courageux
Thierry Dedieu
Seuil, 2024

La Guerre

Par Anne-Marie Mercier

En 2014, il y a 10 ans, Thierry Dedieu accomplissait la prouesse d’introduire de la nouveauté sur le sujet tout en disant les mêmes choses essentielles : cette guerre a été une souffrance inouïe pour plusieurs générations de français et de françaises. Elle aurait dû être la dernière, la der des der… et pourtant il faut sans cesse répéter aux jeunes générations ce qu’elle est : le fléau absolu, un gâchis.
Dix ans plus tard, le temps de la commémoration passé, nous voilà face à l’actualité. La nouvelle couverture qui a mis en surimpression les chiffres des dates sur l’image nous rappelle encore une fois que cette « grande guerre » s’inscrit dans une série.
Les mots ne suffisent pas et les leçons semblent parfois inaudibles : restent les images. L’auteur a choisi d’en produire des nouvelles avec des anciennes. Anciennes, elles imitent de vielles photos, aux tons sépia. Nouvelles, elles le sont par leur format exceptionnellement grand. S’étalant en double page, dans un format plus grand que la moyenne, elles sont d’une présence frappante. Images du front, de tranchées, explosions, attentes, assauts, mais aussi gros plans sur des animaux (un lièvre, un pou). Les portraits de gueules cassées contrastent avec la photo d’un jeune homme souriant (Gustave ?), posant en uniforme chez un photographe. Le réalisme est brisé ponctuellement par l’image d’un squelette en uniforme participant à une attaque, mais le reste est tellement cruel que cette rupture pourrait passer inaperçue.
Ce serait un album sans texte s’il n’y avait une lettre brève de Gustave à sa femme : « Hélas ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis » en toute première page, et une longue lettre d’Adèle à la fin, pleine d’amour et de compassion. Gustave est-il revenu vivant ? Des indices dans l’album pourraient fournir une réponse.

J’ai chroniqué cet album il y a dix ans, une éternité tant j’en dis autre chose à présent.

 

Fille du destin, t. 1 : Les émeutes de la nuit sans lune

Fille du destin, t. 1 : Les émeutes de la nuit sans lune
Kika Hatzopoulou
Traduit (États-Unis) par Thomas Leclere
La Martinière jeunesse (fictions), 2024

Hybridation générale

Par Anne-Marie Mercier

Est-ce un polar, un roman fantastique, de la SF, un roman sentimental, une variation mythologique, une dystopie ? La réponse est oui, de tout un peu et la réunion de tous ces éléments fait de la narration un ensemble original à plusieurs titres.
Le décor est particulier : on se situe après une grande catastrophe qui a inondé les bas quartiers où vivent les pauvres et les déclassés tandis que les riches se sont installés sur la colline (plus tard on comprendra qu’il s’agit de l’acropole d’Athènes). On se déplace en passant par les toits (les héros ne font pas partie des classes favorisées) et sur de fragiles passerelles parfois contrôlées par des gangs. Chaque déplacement est une aventure.
Après une catastrophe majeure (la lune a explosé en plusieurs lunes), des guerres, etc. l’humanité s’est mise à changer : des « nés autrement » sont apparus, porteurs de pouvoirs à la fois nouveaux et très anciens : ils sont apparemment des héritiers des dieux anciens : les nés-horus peuvent soigner les malades et les blessés, les nés-dioscures, les Muses, etc. ont d’autres pouvoirs. L’héroïne, Io, en fait partie : elle est née à l’image des Moires (ou Parques) comme ses deux sœurs. Étant la troisième, elle est celle qui a le pouvoir de couper des fils, fils de vie (provoquant la mort) ou fil d’attachement (provoquant le désintérêt pour ce qu’on a aimé).
La société s’en méfie, les nés-autrement sont mis à l’écart. Pour vivre, Io fait le métier de détective privé : voir les fils permet de retrouver des personnes disparues, savoir à qui ou à quoi elles sont attachées. Elle a aussi  heureusement un sens éthique très fort. Ceci provoque en elle des tourments liés à de nombreux dilemmes insolubles que le lecteur partage avec elle puisque le roman, bien qu’à la troisième personne, suit constamment son point de vue.
L’intrigue commence avec un événement qui lui fait affronter une femme sanguinaire et monstrueuse, au fil de vie déjà sectionné, qu’elle doit tuer.  D’autres « damnées » suivront. Elles semblent viser particulièrement un certain type de personnes, liées à une période violente (les émeutes évoquées par le titre) dont personne ne veut parler. Io enquête, mandatée par la « reine » du quartier, patronne de la pègre locale, en compagnie d’un de ses hommes. Il se trouve que celui-ci est lié à Io par un fil de destin, il est son « promis », en quelque sorte, promis qu’elle avait choisi d’ignorer, et qui, n’ayant pas ses pouvoirs, l’ignore.
Dans cet imbroglio, il y a aussi ses amis (l’une est entrée au service de la police qui traque sa nouvelle patronne), ses deux sœurs (l’une est l’amante de sa patronne, l’autre est fiancée avec le futur maire de la ville qui veut la débarrasser de la pègre…).
Vous suivez ? oui, c’est compliqué. L’auteure n’a pas ménagé ses effets et n’économise pas ses trouvailles pour plus tard. Est-ce bien raisonnable? Un peu de retenue ou davantage de place donnée à l’installation du cadre n’aurait sans doute pas fait de mal. En d’autres termes on pourrait dire que l’univers inventé et l’intrigue sont aussi riches d’invention l’un que l’autre et qu’ils font naviguer le lecteur d’une émotion forte à une autre : montagnes russes garanties, suspense permanent, et surprises à tous les chapitres. C’est un premier tome, les suivants seront sans doute encore plus explosifs…

 

 

Le Détour

Le Détour
Rozenn Brécard
La Partie, 2022

École buissonnière ou classe de mer?

Par Anne-Marie Mercier

Les enfants qui vivent loin de l’école se lèvent tôt pour attraper le bus scolaire. Certains le ratent parfois, comme les deux personnages, sans doute un garçon et une fille, frère et sœur donc. Ils errent jusqu’au soir dans ce « détour » en attendant de pouvoir revenir décemment à la maison à l’heure normale. Ainsi, l’album se clôt avec un « Alors, les enfants, ce lundi ? – Comme d’hab. »
Mais entretemps, que d’aventures : après avoir pensé rejoindre l’école à pied mais s’être laissés distraire par la beauté de l’aube, les enfants jouent aux pirates, s’enfuient en empruntant une barque pour échapper à un gendarme qui a repéré les échappés, adoptent un chien, se baignent dans l’océan tout proche, trouvent un trésor, le perdent… et perdent leurs cartables aussi.
Les images font alterner de grandes aquarelles de paysages larges de nuit ou de vert, et des silhouettes colorées esquissées sur fond blanc. Celles-ci montrent plusieurs moments d’action sur la même page, ce qui donne un dynamisme merveilleux à l’ensemble. Crayons de couleur, aquarelles, encres de Chine… tracent un univers à explorer, et font de ce lundi un temps de vie intense…
L’école prive-t-elle les enfants de cette vie ? En un sens oui, bien sûr. Mas cette aventure ne serait jamais arrivée sans l’obligation de se lever à l’aube et l’idée d’occuper tout le jour clandestinement : école = liberté (à condition de faire l’école buissonnière…)

Les Enfants Boxcar, Les Hardy Boys.

Les Enfants Boxcar, t. 2 et 3 : L’Ile Mystère et le mystère de la maison jaune
Gertrude Chandler Warner
Novel, 2023

Les Hardy Boys. Le Mystère du vieux moulin
Fanklin W. Dixon
Novel, 2023

Ancêtres du Club des cinq ?

Par Anne-Marie Mercier

Comme Enid Blyton, Gertrude Chandler Warner a été une pionnière dans l’élaboration du roman d’aventure et policier pour enfants. Le premier volume de sa série montrait des orphelins en fuite et survivant seuls dans les bois. Le deuxième et le troisième reprennent ces mêmes enfants, ici assistés par le grand-père qu’ils fuyaient dans le premier tome et les met à nouveau dans un cadre naturel et aventureux, cette fois choisi, avec un mystère à résoudre dans chaque volume : quel est ce jeune homme qui vit seul dans l’île ? Où a disparu le mari de leur vieille gouvernante qui n’en a pas eu de nouvelle depuis des lustres ?
Chaque enfant a un rôle, les ainés comme les plus jeunes (le dernier, Benny, est le spécialiste des remarques naïves qui font sourire), le chien est là aussi (mais pas dans le troisième : il ferait chavirer le canoë encore plus vite), un peu comme dans le Club des Cinq. Mais le principal charme de ces livres réside encore une fois, plus que dans le suspense et l’aventure fort bien menés, dans la description des plaisirs de la vie au grand air, des joies de l’installation du campement, des pique-nique, de la découverte des tâches et jeux qui y sont liés : aller chercher de l’eau ou du bois, construire une étagère pour les assiettes, faire la vaisselle (très important !), faire une tarte, apprendre à pêcher, naviguer en canoë… et apprendre à survivre quand les provisions sont tombées à l’eau et qu’on est à plusieurs jours de marche de la première habitation.
L’autre particularité de ces romans est que le mystère n’est pas le but ultime des histoires : chacune d’elles permet aux enfants de combler un vide dans le tissu familial. Ces énigmes conduisent à une entreprise de réparation de pertes ; ils reconstruisent la famille et l’entourage de leur grand-père et remplissent progressivement sa maison d’êtres perdus et retrouvés, tout comme eux l’ont été.
Les éditions Novel publient également une série culte des années 1950, celle des Hardy Boys. Le deuxième volume a paru récemment,présentant encore un mystère pour de jeunes détectives. Mais ici les héros sont plus âgés, plus professionnels aussi : leur père est détective et ils l’aident dans ses enquêtes, en contact avec la police locale. Dans Le Mystère du vieux moulin, un trafic de faux billet croise une entreprise de sabotage d’usines importantes pour le pays… dangers, agressions, rebondissements multiples, poursuites, il y a tous les ingrédients d’un thriller.

 

Fermez la porte !

Fermez la porte !
Koen Van Biesen
Traduit (néerlandais) par Catherine Tron-Mulder
Obriart, 2023

Allégorie de la lecture (œuvre ouverte)

Par Anne-Marie Mercier

Deux chiens sont assis à l’intérieur d’une brasserie, chacun sur une chaise, l’un tenant un journal (Niche-Matin), l’autre s’affairant derrière l’écran levé de ce qui ressemble à un Mac. Un courant d’air fait voler le rideau, puis entrer des feuilles, puis la pluie. Progressivement, l’espace est envahi d’intrus (certains venus d’un zoo), le chaos s’installe tandis que le plus grand des chiens hurle son agacement et cherche le coupable : qui a ouvert la porte, qui ?
Le petit chien lui donne la réponse en chuchotant. Il nous fixe, nous, lecteur : « toi ? »
« Tu entres sans te gêner et tu oublies de refermer la porte de ce livre ? … Cette histoire est terminée. Maintenant c’est FERMÉ. »
La surprise est évidemment grande, et le lien entre la matérialité du livre et la narration est décoiffante… comme ce courant d’air. Les dessins sont cocasses, le décor en perpétuelle révolution. Les titres du journal changent, comme la typographie et la disposition du texte rapportant les propos des personnages. Enfin, on a dans cette scène statique (les personnages ne bougent pas de leur chaise) beaucoup de vie et dans cet album beaucoup d’originalité.
Oui, hypocrite lecteur, la lecture est une bouffée d’air frais. Elle dérange parfois, et fait entrer tout un monde dans un petit espace.

Sur la pointe des pieds

Sur la pointe des pieds
Suzanne Lebeau
Éditions Théâtrales, jeunesse, 2023

Abécédaire : lettres, mots, images, poésie

Par Anne-Marie Mercier

Dans cette pièce à trois personnages, on décline l’alphabet : Lucie a étalé 26 feuilles blanches et elle doit illustrer chacune des lettres, sans doute pour le compte d’un éditeur.
« Soyez claire et précise […]
il faut que les enfants sachent
en regardant le dessin »,
dit-elle, répétant ce que lui a dit celui qu’elle appelle son « patron ».
Alors Lucie aborde chaque lettre, dans l’ordre, en cherchant l’inspiration, et elle convoque Lulu, son double enfantin : « Lulu, ma petite Lulu… qui ne me quitte jamais… fidèle critique
dis-moi ce que tu vois ».
Lulu met un peu de désordre dans la convention. Si elle tombe finalement d’accord pour le « A comme avion », après un détour, ses propositions pour les autres lettres introduisent une critique implicite des imagiers pour enfants : ils présentent trop souvent des objets ridicules (le concombre en prend pour son grade) et des animaux peu familiers (l’iguane pour la lettre i)… Ce sont surtout des rêveries et des souvenirs, tendres ou cruels, qui sont suscités par cette recherche de correspondances entre lettres et sons, mots et sens. La forme poétique (le texte est souvent en vers blancs, des hexasyllabes que viennent bousculer d’autres mètres) souligne ce va-et-vient entre convention et invention.
Ainsi l’artiste fait parler l’enfant qui est en elle, parfois pour la réprimander, puis, de plus en plus au fil du texte, pour se libérer grâce à elle et suivre son inspiration. Elle nous conduit vers des apprentissages plus profonds dans lesquels les lettres et les mots prennent vie.
Ce sont d’ailleurs plutôt trois voix que trois personnages qui occupent la scène, puisque l’une, Lulu, est l’autre (Lucie) enfant, et le troisième est « la voix », personne en particulier :
« la voix de l’intérieur ou de l’extérieur, le témoin…
conteur, conteuse…
la petite distance que nous sommes capables de garder face à nous-mêmes
en faisant, pensant, vivant »
Ainsi, loin de la dimension linéaire, suivant le fil convenu et conventionnel de l’alphabet, ces trois voix nous entrainent dans un « jeu ». Le Je adulte et le Je enfant explorent le langage sous toutes ses formes, et le monde, et le temps, de A à Z.
C’est un texte drôle, poétique, sensible. On a envie de le relire dès qu’on l’a fini. Et en plus ça sert à apprendre les lettres !

Voir le carnet artistique et pédagogique rédigé par Mélodie Cosquer, metteuse en scène et comédienne, à destination des élèves de cycle 2/cycle 3 et au-delà

La Promenade du chat

La Promenade du chat
Sara Lundberg
Traduit (suédois) par Jean-Baptiste Coursaud
Seuil jeunesse, 2023

Qui est le maitre ?

Par Anne-Marie Mercier

Il est rare qu’un chat soit emmené en promenade à pied par son maitre, sans laisse qui plus est. Le narrateur a l’habitude de sortir ainsi avec le sien, un parcours décidé par le maître, habituel, rituel, sans surprise. C’est beau, cependant, grâce au talent de coloriste de l’auteure, son art pour créer des volumes urbains à partir d’à-plats et d’effets de superpositions et de transparences.
Un jour, à la suite d’un petit conflit, le chat décide que c’est à lui de prendre l’initiative. Les étapes de ce débat sont attendrissantes et drôles, mouvementées. À l’issue de cette négociation c’est l’animal qui fait découvrir au narrateur la vie sauvage proche de la ville et la beauté du monde et lui enseigne pour cela le lâcher-prise. Perdant ses repères, et même son équilibre, il se met à la merci du chat et finit par découvrir ce qu’il n’avait jamais vu jusque-là : l’immensité du ciel étoilé.
C’est une belle relation, de beaux dialogues (le chat parle, bien sûr) et de magnifiques images, dans un album qui prend le temps de nous emmener à aventure vers la beauté.

 

 

 

C’est grand comment l’amour ?

C’est grand comment l’amour ?
Zeno Sworder
Traduit (anglais, Australie) par Céline Delavaux
Seuil jeunesse, 2023

Hymne à l’amour parental

Par Anne-Marie Mercier

À la question du titre, l’album répond de manière assez conventionnelle : l’amour, ici celui des parents pour leur enfant, est infini. Mais la manière de traiter le sujet est originale, aussi bien par le texte que par les images qui le prennent au pied de la lettre. Le titre original résume mieux l’intrigue qui soutient cette question : « My Strange shrinking parents ».
Au centre de l’histoire, il y a la notion d’un écart entre la pauvreté financière et la richesse de l’amour. Pour illustrer cela, l’auteur-illustrateur utilise une métaphore : les parents de l’enfant rétrécissent au fur et à mesure qu’il grandit, afin de pouvoir satisfaire ses besoins. Ils donnent un peu de leur taille au boulanger pour le gâteau d’anniversaire, au directeur d’école (huit centimètres par an), etc., ce qui les amène progressivement à une taille minuscule. Claude Ponti avait déjà utilisé ce procédé pour illustrer la vie difficile de certains parents (Schmélele ou l’Eugénie des larmes), usés par le travail au point de rétrécir puis disparaitre.
Les images montrent ce processus, lent d’abord, puis de plus en plus visible, de manière adoucie. L’estompage des couleurs, les points de vue variés, le rythme qui mêle petites vignettes carrées et grandes doubles pages, séparant ainsi étapes principales et répétition du même processus, la beauté du dessin et des personnages, toujours souriants ou presque, illustre leur courage et leur stoïcisme. L’attention aux objets, aux décors et la présence de la nature en toutes saisons en font aussi un bel espace de contemplation. L’auteur rend hommage à ses modèles : Hokusai et Hiroshige, Oscar Wilde, Sheil Silverstein [L’Arbre généreux] et Stan Sakai [Usagi Yojimbo ]  : « au cours de ma vie, leurs images et leurs mots m’ont aidé à me perdre et à me retrouver » – on aimerait ajouter Chris van Allsburg.
Le ton de la narration est tendre, parfois amusé : il y a des avantages à avoir des parents petits ; quand ils sont vieux on peut les installer dans une maison de poupée. Mais il est parfois cruel ; l’enfant est moqué par ses camarades et pour cela, sa mère doit lui répéter qu’ils sont comme les autres parents, que leur amour est tout aussi grand.
Cet album est un superbe hommage aux parents immigrés qui prennent tous les risques et sont prêts à tous les sacrifices pour faire vivre leur enfant dans un monde où il pourra grandir et étudier. Les pages de garde présentant des modèles de théières issus de différentes cultures comme le texte final ouvrent la perspective à tous les immigrés, de tous les continents. C’est aussi un beau regard sur la vie de ces enfants incarnés par le narrateur et l’évolution des rapports familiaux. Et surtout c’est un superbe album, par son texte et par ses images aussi bien que par l’interaction entre les deux éléments.

 

 

 

 

La Petite Musaraigne

La Petite Musaraigne
Akiko Miyakoshi
Traduit (japonais) par Nadia Porcar
Syros, 2023

Une Vie simple

Par Anne-Marie Mercier

En trois chapitres, nous découvrons la vie de la petite musaraigne. Son quotidien, avec le réveil à 6 heures, le trajet en train et à pied jusqu’au bureau où elle travaille avec des collègues humains. L’un d’eux, un peu moins bien organisés qu’elle, déjeune en bavardant avec elle. A 5 heures, elle rentre chez elle, fait quelques courses, écoute la radio joue avec son Rubik’s cube et s’endort. On trouve un tout petit plus de fantaisie dans les chapitres suivants, avec ses rêves de pays lointains, son rendez-vous annuel avec des amis.

Perfection des petits moments, attention aux choses, émerveillement devant la vie… les dessins sont charmants, avec un petit animal qui vit dans un appartement meublé à son échelle, des couleurs et ombres estompées, aquarelles, fusain ou pastel gras.
On trouve une tonalité passible qui fait un peu penser à Hulul de Arnold Lebel, mais ce serait un Hulul plus inséré dans le réel, moins fantaisiste.