Le Grand Tour

Le Grand Tour
Sandrine Bonini
Thierry Magnier, 2021

Grand voyage en terres imaginaires

Par Anne-Marie Mercier

C’est d’abord un très joli livre que le premier volume de cette saga de Sandrine Bonini, avec sa couverture d’un très beau bleu (bleu persan ?) sur laquelle se dessine en or les contours de la carte du pays où se déroulent les quêtes, un pays d’archipels et de continents, de bois et de montagnes. L’intérieur du livre poursuit cet enchantement avec de nombreux dessins imprimés en bleu, toujours de l’auteure, et avec des pages de texte imprimées en blanc sur fond bleu.

Nous voilà conditionnés à « embarquer », au propre comme au figuré : le lecteur suit trois personnages partis pour un périple maritime, l’un voulu, l’autre imposé et le troisième improvisé. Le jeune prince Arto est parti pour le « Grand tour » traditionnel qu’accomplissent les fils de famille haut placées pour voir le monde (comme les jeunes anglais le faisaient en Europe, au XVIIIe siècle) et faire briller le prestige du Duc et de leur propre famille. Mais en chemin, il opte pour un itinéraire plus aventureux et entraine dans les tempêtes tout l’équipage, dans un parcours qui l’amène vers les terres ennemies des Sinistres (c’est le nom donné au peuple de la rive opposée qui se tient prêt à en découdre avec les troupes du Duc). Siebel, la jeune fille qu’il aime, a été promise à son frère ainé et vogue avec celui-ci et son père, le Régent, dans un voyage d’ambassade, jusqu’au moment où tout bascule et où elle est envoyée seule vers le pays ennemi, sans bien savoir si elle joue un rôle d’otage, d’ambassadrice ou d’espionne. Aglaé, rompue aux exercices militaires, dirige un détachement de soldats, tous des garçons, qui acceptent mal son autorité. Ils sont envoyés enquêter sur une révolte dans l’une des mines du Duc. Elle découvrira l’envers de ce régime qu’elle soutenait et croyait jusque-là dévoué au bien de ses sujets ; enfin, elle partagera l’errance de révoltés, en trouvant refuge au pays des Sinistres.

De nombreuses aventures, des personnages aux parcours et aux caractères très différents (Arto n’a rien du prince idéal, il incarne un personnage imprévisible et « destructeur », Siebel est un peu naïve et « altruiste », Aglaé très volontaire, issue d’une famille déclassée, est une « idéaliste »), le cocktail est parfait pour tenir en haleine le lecteur Mais l’intérêt se double d’une présentation détaillée de coutumes des deux peuples qui vont, on le devine, s’affronter, dans leurs manœuvres politiques, diplomatiques et militaires, dans la volonté (ou non) d’accaparer les ressources naturelles du voisin et dans la réflexion sur ce que produit l’exploitation de ces ressources sur le plan humain, écologique et politique. Que les grandes familles, comme les intermédiaires, se voient signifier leur pouvoir par la possession d’un « bourgeon », pierre taillée qui indique leur rang, montre bien l’intrication de tous ces domaines.

C’est un premier volume parfaitement réussi qui met en place aussi bien le décor que les enjeux et lance les trois personnages dans des trajectoires convergentes… la suite au prochain volume (déjà paru) !

 

La Conquête du cosmos

La Conquête du cosmos
Alexandre Fontaine Rousseau, Francis Desharnais
Pow Pow, 2021

Et tout là-haut… un estifi de gros dépotoir

Par Anne-Marie Mercier

D’octobre 1957 (le premier Spoutnik) au 22 juillet 1969 (suite des réactions sur terre à l’annonce des premiers pas d’un homme sur la lune, en passant par la chienne Leika, Gagarine, Kennedy, et Michael Collins (le troisième homme du vol Apollo 11), les deux auteurs nous racontent les grands moments de la conquête spatiale. Grand sujet, mais  il la traitent par son petit côté et avec drôlerie : a-t-on demandé son avis à la chienne Leika ? Et Gagarine : par quels arguments a-t-il été convaincu ? à quoi pensait-il lors du défilé triomphal à Moscou ? Tout cela n’a-t-il été que des images truquées ?
Tout est extrêmement drôle, aussi bien par les dessins, montrant avec talent et peu d’effets l’attente, la perplexité, l’immensité, que par le texte ; il est aussi très drôle d’entendre tous les protagonistes parler avec des mots et des expressions québécoises.
Mais il y a aussi un peu de sérieux et les questions de la recherche scientifique, du rôle de la politique, et de la réception des nouvelles sont légèrement posées.

Voir quelques pages sur le site de l’éditeur.
Au passage, vous pouvez visiter l’article de Benoit Mélançon consacré au spatio-joual.

 

Un Palais d’épines et de roses

Un Palais d’épines et de roses
Sarah J. Maas
traduit (USA) par Anne-Judith Descombey

De la Martinière jeunesse, 2017

Épines nombreuses, roses en sucre

Par Anne-Marie Mercier

A priori, il y avait une belle idée – que l’on ne découvre qu’en lisant les premiers chapitres (plagiat inavoué, ou bien les futurs lectrices sont elles censés être incultes ?) : réécrire La Belle et la Bête en version fantasy pour jeunes adultes.
La famille est ruinée. La mère est morte. La plus jeune des trois filles se bat pour faire vivre la famille qui se trouve dans une misère noire, affamée et privée de tout. Elle chasse pendant que les deux autres se prélassent et que le père rêvasse. Pas très crédible, le conte l’était davantage. En chassant pour les nourrir, elle tue un énorme loup, qui s’avère être un « immortel » (?) métamorphosé. Elle doit en payer le prix et se livrer aux ennemis des humains, les Grands Fae. L’un d’eux, un très grand seigneur qui a pris l’allure d’une horrible bête, l’enlève et l’accueille dans son palais.
On devine très vite le jeu d’attraction – répulsion auquel l’auteure se livre. Des mystères, des monstres qui rôdent… Mais rien de tout cela n’est bien original et rien ne permet d’éviter les écueils d’une écriture lâche, bavarde et souvent niaise – et l’infortunée traductrice qui a fait ce qu’elle peut n’y est pour rien – : certes, c’est un roman écrit à la première personne, mais on aimerait  accorder davantage de crédit au personnage, qui ne cesse de préciser quelle expression elle prend, quel soupir elle pousse, quel ton elle adopte : c’est au mieux un scénario pour un film qui se permettra bien des longueurs.
C’est le premier tome d’une trilogie. L’auteure a publié auparavant Keleana, série en 5 volumes, traduite en 23 langues).

Pour revisiter le conte de La Belle et la Bête version ado ou même jeunes adultes, mieux vaut revenir à la très belle trilogie de La Passe-Miroir de Christelle Dabos.

Mes Comptines, 1, 2, 3 Mes Berceuses jazz

Mes Comptines, 1, 2, 3

Mes Berceuses jazz
Elsa Fouquier
Gallimard jeunesse (Mes imagiers sonores), 2021

Musique et gestes pour les petits

Par Anne-Marie Mercier

Ces deux nouveautés d’une collection qui plait beaucoup aux enfants, proche de la collection de Didier, propose l’un certains grands classiques de la culture d’enfance, l’autre des titres moins connus de ce public. Les deux livres sont des rééditions de 2016 et 2017.
Les comptines rassemblent, entre autres, « un petit pouce qui danse », « quand trois poules vont aux champs », « un petit cochon pendu au plafond », tous très présents dans le répertoire des crèches et écoles maternelles. Les chansons sont interprétées par des enfants, accompagnés de façon simple (guitare, banjo, xylophone…).
Les berceuses rassemblent des voix d’artistes connus : Ella Fitzgerald, Bing Crosby, Sarah Vaughan, Billie Holiday, Ann Richards et des berceuses célèbres, bien sûr toutes en anglais.
Selon le principe de ces collections, une pastille facilement repérable permet d’actionner le son ; les livres sont en carton fort, conçus pour résister à de nombreuses manipulations.

 

 

 

 

 

Collection Mon petit livre sonore

Le Phare aux oiseaux

Le Phare aux oiseaux
Michael Morpurgo, Benji Davis (ill.)
Gallimard jeunesse, 2021

Grand petit roman

Par Anne-Marie Mercier

Le Phare aux oiseaux est un vrai roman, avec des personnages forts et tourmentés, du suspens, des rebondissements, des actes héroïques, des voyages, des naufrages, des retrouvailles. Comme dans beaucoup de romans de Morpurgo il se passe pendant la guerre à laquelle le héros devenu grand, doit participer, sans enthousiasme. Il en revient plein de tristesse : nombre de ses amis sont morts et tout cela semble être vain (« je ne suis pas sûr qu’on gagne jamais une guerre, dit-il »).
Mais c’est surtout un beau roman d’initiation qui montre le parcours d’un jeune garçon et son amitié pour un vieux gardien de phare illettré. Dans son enfance, le jeune garçon et sa mère ont été sauvés d’un naufrage par cet homme; il tente de le retrouver, puis de se faire accepter par ce solitaire bourru qui ne trouve de joie que dans le dessin et la compagnie des oiseaux. Il y parvient en partageant les passions de son ami,  le dessin et le soin d’un macareux blessé.
Le livre est plein de ressorts captivants pour les jeunes lecteurs (et pour les autres) : des histoires de destins croisés, la vie d’un enfant orphelin de père, proche du Petit Lord, un élève pensionnaire malheureux, un soldat désabusé, puis un jeune homme sûr de lui et de sa place dans le monde.
Les aquarelles de Benji Davis sont magnifiques, tantôt rugueuses, tantôt suaves, et rythment le récit tantôt en vignettes, tantôt en pleine page ou même en double page à fond perdu, nous plongeant dans un univers de vent et de fraicheur.
Cet album a été écrit à la mémoire de Allen Lane, le fondateur des éditions Penguin, et des collections Pelican (pour les essais) et Puffin (alias macareux) pour les enfants.

 

Le Livre des Étoiles

Le Livre des Étoiles, tome IV : La Boussole des trois Mondes
Jimmy Blin, ill. Vincent Brunot (Cartes) et Jean-Philippe Chabot (carnet de Guillemot)
Gallimard jeunesse (Grands formats), 2022

Le Livre des Étoiles, l’intégrale,
Erik L’Homme
Gallimard jeunesse (Grands formats), 2022

Fan fictions : des intégrales sans fin

Par Anne-Marie Mercier

Quand il a préféré faire disparaitre son héros, à l’issue du tome 3, Erik L’Homme imaginait sans doute la réaction de ses lecteurs, la même que celle des lecteurs de Conan Doyle, l’auteur des Sherlock Holmes, à la parution du volume qui présentait la mort de son personnage : les lettres de protestation ont été si nombreuses qui s’est senti obligé de faire ressusciter le détective. Erik L’Homme ignorait sans doute qu’un lecteur nourri de son œuvre, Jimmy Blin, reprendrait le flambeau et que son éditeur répondrait encore plus à la demande en publiant Jimmy Blin et en organisant un concours de fan fictions autour d’autres suites possible de l’ouvrage. Les nouvelles sont à envoyer pour mai 2022, et des classes sont invitées à participer. Les trois premiers gagnants du concours doivent voir leur texte publié sur le site de Gallimard jeunesse.
Dans le même temps, Gallimard jeunesse a publié l’intégrale de la trilogie (parue initialement en grand format puis chez Folio junior), Le grand intérêt du roman de Jimmy Blin, outre le fait d’être la suite très attendue de la trilogie d’Erik L’Homme, est qu’il est un exemple convaincant de ce que les fan fictions peuvent apporter aux séries.
Pour rappel, la série Le Livre des étoiles est une belle réussite française dans le domaine de la fantasy, qui combine bien des ingrédients d’œuvres célèbres de littérature de jeunesse : orphelin, en quête du père (puis de la mère), qui voudrait devenir chevalier et qui devient apprenti sorcier, Guillemot de Troïl est le dernier rempart contre la monstrueuse Ombre qui menace le pays d’Ys. À l’issue du dernier tome de la trilogie, bien des questions se posent : qu’est devenu Guillemot de Troïl ? Pourquoi a-t-il disparu ? pourquoi la magie des étoiles est-elle inopérante pour le retrouver ? est-il mort (bien sûr que non !), se cache-t-il, a-t-il été enlevé, et par qui ? Et que deviennent ses amis, et les couples qui étaient sur le point de se former ?
Jimmy Blin a parfaitement repris l’univers de la série : fidélité aux personnages, rythme endiablé des événements, espace varié qui recouvre plusieurs mondes (y compris le monde réel que nous connaissons), épreuves et combats, amour, amitié et courage, magie difficile à mettre en œuvre…
Trois groupes partent à la recherche de Guillemot, un dans chaque monde, pour trouver les éléments d’une boussole qui, une fois réunis, permettront de retrouver leur ami, fils, ou élève. Cette recherche d’objets fait penser un peu à celle des horcruxes dans Harry Potter (t. 6), le problème se corsant par le fait qu’on ne sait pas à quoi ressemble ce qu’on cherche et l’aventure devenant la reconstitution d’un puzzle. Le récit se fait en mode alterné, donnant tour à tour les aventures de chaque groupe, avec un suspens garanti. Et la fin est un feu d’artifice d’inventivité, d’action et d’émotions, avec un dénouement proche de celui de «La reine des neiges».
Bravo le fan ! et on attend la suite de la suite…

La Petite Boîte

La Petite Boîte
Yuichi Kasano
L’école des loisirs (« Loulou et Cie »), 2021

Une place pour chacun

Par Anne-Marie Mercier

On connait bien le conte de « La Moufle » dans lequel plusieurs animaux se réfugient dans un gant de laine pour se protéger du froid, gant qui finit par céder. Ici il s’agit d’une caisse en bois bien solide. Un renard y entre par jeu, puis un élan, puis trois canards. Jusqu’ici tout va bien.
Arrive un ours qui demande à les rejoindre et qui malgré leur refus arrive à y mettre les pieds, sans que la caisse cède, au grand plaisir de tous.
Histoire simple, à la chute surprenante par son inexistence, et où tout le monde est content, finalement. Les images ont un grand dynamisme dans leur enchainement, et une grande sobriété, aucun décor ne se superposant à la simplicité de l’action, elle-même réduite. Tout cela est léger, simple  et joli.

 

Le Cauchemar du Thylacine

Le Cauchemar du Thylacine
Davide Calì, Claudia Palmarucci
Traduit (italien) par Béatrice Didiot
La Partie, 2021

Sur l’île des animaux disparus

Par Anne-Marie Mercier

Si ce qui frappe au premier abord dans cet album ce sont les superbes images de Claudia Palmarucci, l’extrême lisibilité et la mise en page, soignée et variée, l’histoire elle-même mérite aussi qu’on s’y arrête encore plus.
Le docteur Wallaby exerce dans la « forêt sans nom », « entre le marais des désirs et la cascade du temps perdu ». C’est un kangourou ; il soigne les animaux tourmentés par de mauvais rêves. Arrive un Thylacine (appelé aussi loup marsupial, loup de Tasmanie ou encore tigre de Tasmanie), dont le rêve n’appartient à aucune des catégories connues par le docteur, pourtant spécialiste de la question. Après quelques tâtonnements, le Wallaby découvre que ce rêve appartient à ceux des fantômes des animaux disparus et emmène le Thylacine (dont la disparition a été constatée en 1936) sur l’île des ombres où il retrouvera les âmes de ses pareils.
Ce récit qui pourrait être funèbre est au contraire plein de vie : la description et la classification des rêves est très inventive, détaillée. Elle est mise en image de façon souvent cocasse, toujours belle, et les clins d’œil ne manquent pas, depuis les personnages étranges inspirés de Jérôme Bosch (Le jugement dernier, fin XVe-début XVIe s.) aux paysages symbolistes comme celui d’Arnold Böcklin (l’île des morts, 1880).
Réflexion sur les rêves et superbe tentative pour saisir l’insaisissable, c’est aussi un plaidoyer pour la protection des espèces en danger : plusieurs pages, à la fin de l’album, les montrent dans toute leur diversité, de l’éléphant à l’insecte, du gecko de Chine  à l’ours brun des Apennins en Italie, en passant par le zèbre de Grévy, au Kenya.

La Partie est une jeune maison d’édition, créée en 2021, qui propose des « livres illustrés pour tous les âges ». La profession de foi inscrite sur leur site est prometteuse :
« La Partie propose à ses lecteur·rice·s de l’étonnement, du réconfort et parfois même du trouble. Convaincues par les vertus du merveilleux et de la rigueur, nous souhaitons donner à lire des textes et des images qui questionnent et offrent à rêver, pour contribuer à la construction de lecteur·rice·s émancipé·e·s. » (https://www.lapartie.fr/la-maison)
Promesse pleinement réalisée par cet album ; on voit également sur leur site https://www.lapartie.fr/ que de nombreux albums, inventifs sans être superficiels, engagés sans être donneurs de leçons, sont déjà publiés.
Bienvenue à La Partie !

 

 

Les Histoires du soir de la famille souris

Les Histoires du soir de la famille souris
Kazuo Iwamura
l’école des loisirs, par Moulin rôti, 2021

Souris du soir

Par Anne-Marie Mercier

Une nouvelle maison, le petit déjeuner, la lessive, le pique-nique, le coucher : cinq histoires phares de la fameuse série de Kazuo Iwamura sont proposées dans la version de Moulin rôti, qui offre une version moderne de la lanterne magique, garantie sans danger d’incendie: c’est une mini lampe torche dans laquelle une rainure permet d’insérer des mini disques en plastique avec des images miniatures présentant les principales étapes de l’histoire.
Il me semble que cet objet est surtout utile pour ceux qui connaissent un peu l’histoire racontée, afin de pouvoir broder sur les images : c’est l’occasion de se replonger dans Les 4 Saisons de la famille souris.
On retrouve projetés au mur le charme des contes d’Iwamura, la délicatesse des couleurs et la caractérisation fine des personnages, la simplicité des histoires.

Souviens-toi de Septembre

Souviens-toi de Septembre
Marie-Aude et Lorris Murail
L’école des loisirs (Médium +), 2021

« oui , vraiment, demain est incertain »

Par Anne-Marie Mercier

Le duo Marie-Aude et Lorris, de la fratrie Murail, avait déjà publié un volume de cette série consacrée au couple de complices que sont la très jeune Angie (12 ans) et Augustin Maupetit, la trentaine, capitaine à la brigade des stupéfiants du Havre. Ce tandem déséquilibré peut rappeler celui de leur série Golem où le rôle de l’adulte immature était tenu cette fois par un professeur. Un animal le complète : le chien Capitaine, qui ne parle qu’anglais.
Dans ce volume, ils sont tous les trois embarqués dans une enquête qui les conduit jusqu’à des événements de 1944. On y croise un châtelain et sa famille, un centenaire, des orphelins mystérieux, des secrétaires bizarres, une artiste un peu dingue, des amoureux hésitants, un prêtre motard, une tante qui manie le pendule, un fantôme, une infirmière épuisée par les soins à donner en période d’épidémie de Covid… Et tout cela entre mer et campagne, quartiers défavorisées et yachts.
Il y a un peu de l’Agatha Christie dans la manière de mêler histoire ancienne et moderne, vengeances anciennes et identités masquées, et surtout dans le dévoilement final, lors d’une scène qui rassemble tous les protagonistes (ou presque : certains sont morts en cours de route) pour le dévoilement de la vérité. C’est complexe à souhait, c’est drôle, parfois tragique. En somme un beau moment de lecture.
On devine que les deux auteurs, natifs du Havre, se sont bien amusés en l’écrivant. Mais cet amusement était sans doute teinté lui aussi de tragique : Lorris Murail est mort en aout 2021 et l’on devine que la dernière phrase du roman est une façon d’évoquer cette disparition ou son éventualité (l’ouvrage a été imprimé en septembre), avec une admirable pudeur :

« Y aura-t-il un troisième épisode ? Elle l’ignore, nous l’ignorons, car oui, vraiment, demain est incertain »