Captain Mexico

Captain Mexico
Guillaume Guéraud
Rouergue (« dacodac »), 2018

Viva Zapata !

Par Anne-Marie Mercier

Paco vit au sud du Rio Grande, donc du « mauvais » côté de la frontière. Son père et beaucoup d’autres tentent de la franchir mais se heurtent à de nombreuses difficultés, notamment au mur érigé par le président des USA, Donald Trompette. Les enfants jouent à la révolution, jeu dans lequel invariablement les révolutionnaires conduits par Zapata triomphent du dictateur Huerta, contrairement à la vérité historique dont les enfants se moquent bien. Les filles, elles ne jurent que par les super héros américains modernes et se moquent d’eux.
Paco joue et réfléchit à ce qui se passe dans son pays : il n’y a aucun espoir pour ceux qui restent car les usines appartiennent aux américains, qui payent mal leurs ouvriers mexicains. Qu’aurait fait Zapata ? Pendant qu’il s’interroge et en vient à la conclusion « la révolution », un sombrero tombe du ciel. C’est un sombrero magique qui lui donne des supers pouvoirs, grâce auxquels il va aider les syndicalistes à prendre le contrôle de l’usine de jouets (Tiny Toys), résister à l’armée mexicaine, à l’armée américaine… La liste des pouvoirs qu’il découvre (ou ne trouve pas à sa grande déception) et la manière dont il les utilise est comique et ôte au récit ce qu’il pourrait avoir de trop guerrier.
Cette histoire mêlant loufoquerie et questions sérieuses est rondement menée, à la fois drôle et émouvante, et le combat entre héros historiques et super héros est très intéressant…

Antigone

Antigone
Yann Liotard, Marie-Claire Redon
La Ville brûle, 2017

Celle qui a dit non

Par Anne-Marie Mercier

« Il était une fois dans un pays lointain, une jeune fille. Elle s’appelait Antigone.

C’était une fille qui ne se laissait pas faire.
Elle osait, dans un monde d’hommes,
être elle-même et marcher le front haut.
Elle avait le courage de penser,
le verbe qui mord, la beauté rebelle. »

Enfin, elle était une jeune fille comme les autres, « sauf qu’elle était princesse. Une princesse compliquée née dans une famille compliquée. Une princesse maudite qui vécut malheureuse et n’eut jamais d’enfant. »

Ainsi, l’auteur du texte, Yann Liotard, professeur de lettres classique qui connait les dififcultés des élèves pour aborder ce mythe, choisit d’entrer dans le mythe par la voie du conte, et la révolte du personnage par son actualisation (ici, féministe). La tragédie revient avec l’évocation du destin familial, et l’enchainement inexorable des événements, de l’abandon d’Œdipe par ses parents au meurtre de Laïos, son père, à son mariage avec sa mère Jocaste et la naissance de la fratrie maudite – à laquelle appartient Antigone. On la voit guidant Œdipe aveugle hors de la ville, puis tentant d’offrir une sépulture à son frère, mort en affrontant son autre frère, on assiste à sa condamnation, au suicide de Hémon, etc.
Le chœur accompagne ces événements ; il est composé de quatre à cinq rats des champs,  justes crayonnés sur fond rouge; ils portent une parole de commentaire, ou d’apitoiement. Les dessins de Marie-Claire Redon (dont c’est le premier ouvrage) font alterner l’histoire d’Antigone (en crayonnés ou en aplats de sombre indigo) avec les pages rouges dédiées au chœur. Ils donnent une touche fantastique à cette histoire : Antigone a une apparence de frêle jeune fille, hors les petites oreilles de chat qui émergent de sa chevelure, les corbeaux, les rats et la mort sont partout (celle-ci est représentée par des poupées qui jonchent le sol), et le pouvoir de Créon apparait sous une forme monstrueuse.

Le chœur livre la morale de l’histoire : « Il en faut des pas pour être soi. Pas fermer les yeux. Pas faiblir. Pas se sauver. Pas trahir. Pas plier. De petits pas en petits pas, Antigone sait pourquoi. Pourquoi elle a vécu et pourquoi elle s’est battue. » Voilà Antigone ramenée à son nom, celui de celle qui dit « non ». Cette version moderne offre aux adolescents une figure qui leur ressemble et des problématiques qui leur sont familières, dans un superbe album, poétique et tragique.

 

13 Martin à Noël

13 Martin à Noël
Sophie Marvaud
Poulpe fictions, 2019

Noël au château (vide)

Par Anne-Marie Mercier

Nous découvrons une nouvelle maison d’édition, au slogan attirant : « Poulpe Fictions, le label venu des profondeurs pour chatouiller les lecteurs ! ». Le chatouillis est bien la marque de cette maison rattachée à Edi8 qui privilégie l’humour et propose des œuvres de différents genres (espionnage, fantasy, aventures, roman réaliste…) bousculant les stéréotypes par l’humour et les décalages.
13 Martin à Noël illustre en tout cas cette pente : l’idée de départ est originale et joue sur la banalité du nom de Martin, qui serait, dit-on, le nom de famille le plus porté en France.
Sébastien Martin reçoit une lettre d’une inconnue nommée Marie-Adélaïde de Bellevue qui l’invite à venir dans son château de Bellevue pour Noël, avec sa femme, ses deux enfants (dont la narratrice, Joy) et son père, qu’elle semble connaitre (celui-ci, en voyage au loin, ne peut les renseigner).  Une fois arrivés, ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls invités : il y a treize familles (52 personnes) conviées par la même lettre, treize familles dont le père est nommé Sébastien Martin. Quant à Adélaïde, elle reste introuvable, même si elle leur a laissé des indications, des victuailles et la promesse qu’elle arrivera avant minuit… Les Martin s’organisent et montrent une belle solidarité pour faire malgré tout une fête avec les provisions laissées par la châtelaine, de l’imagination et le talent de chacun.
Les mystères sont dévoilés au fur et à mesure, tandis que d’autres apparaissent. Joy se lance, avec son frère et sa nouvelle amie dans plusieurs aventures nocturnes dans le château qui semble abandonné, mais pas tout à fait (frissons garantis), et dans le grand parc envahi de ronces…

 Le site de Pouple fictions est très bien fait, on y découvre de nouveaux auteurs mais aussi d’autres plus connus (Clémentine Beauvais, Geneviève Brisac, Alice Brière-Haquet, Charlotte Bousquet…). Les enseignants ont leur « coin », avec des présentations d’ouvrages, des vidéos et des fiches – pardon, des « contenus », la distinction est intéressante – pédagogiques (le document que j’ai consulté sur La Revanche des princesses est bien fait, orienté vers l’égalité filles-garçons, comme d’autres titres mettant en scène des filles : Le Poulpe semble s’adresser surtout à des lectrices).

 

Les Faits et gestes de la famille Papillon, t. 1

Les Faits et gestes de la famille Papillon, t. 1, Les Exploits de grand-papa Robert
Florence Hinckel
Casterman, 2019

 

Par Anne-Marie Mercier

Difficile (impossible ?) de classer ou de résumer ce nouveau roman de Florence Hinckel.
Essayons : il y a la famille Papillon, qui a le talent d’arranger les choses et a permis d’éviter de nombreuses catastrophes. Et puis, il y a la famille Avalanche, qui a le pouvoir inverse. L’histoire de l’humanité, avec ses progrès, ses découvertes, ses désastres et ses tragédies est revisitée par l’histoire de ces familles et l’on devine que l’héroïne va bouleverser la donne. Comme dans bien des familles, tout n’est pas aussi simple : les uns peuvent s’avérer être les autres, ça se croise, se mêle… On ne va pas vous faire un dessin.

C’est d’autant plus inutile que Florence Hinckel truffe son récit d’images, issues de la collection de Jean-Marie Donat, collection de photos anonymes, souvent anciennes, sur lesquelles l’auteure s’appuie pour donner corps à ses fantaisies, ajouter un brin de loufoquerie (les images sont souvent dans ce ton), brouiller les pistes comme un récit d’aïeul qui perd parfois le fil ou cherche à taire des secrets. Le regard sur la littérature de jeunesse qui aime imaginer les « pouvoirs » de ses héros depuis Harry Potter est gentiment brocardée à travers le livre de madame Feuillette ((Histoire des pouvoirs familiaux de l’Antiquité à nos jours).

L’ensemble est surprenant et souvent drôle, par exemple ce portrait d’écrivain :
« J’ai rencontré de nombreux écrivains et de nombreuses écrivaines dans ma vie et je n’ai jamais rencontré d’êtres plus tourmentés. L’air traqué et le sommeil perturbé, ils sont tour à tour hantés ou en transe. Quand on leur demande pourquoi ils ne font pas quelque chose de plus paisible, comme veilleur de nuit, fleuriste, professeur d’université ou ambassadrice de l’archipel des Tuvalu, leurs eux lancent des éclairs et ils rétorquent, pleins de fougue, qu’ils n’ont pas choisi, que c’est comme ça, que l’écriture c’est la vie et que leur ôter l’écriture ce serait leur ôter la vie. Eric Blair était un spécimen tout à fait ordinaire d’écrivain…

Camping sauvage

Camping sauvage
Julia Woignier
Seuil jeunesse, 2019

Jeux et couleurs d’été

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve avec plaisir l’univers particulier de Julia Woignier  (auteure de La Clé chez Memo, en 2016). Comme dans cet album, plusieurs animaux font une « expérience », au sens le plus noble d’expérimentation, de découverte, de présence au monde et de relation à l’autre.  Au premier jour de l’été, un sanglier, une belette, un chat, un ou deux lapins, un écureuil, un renard, et d’autres… partent faire une randonnée en montagne. Marche fatigante et belle, pique-nique au sommet, installation de la tente dans un lieu enchanteur ; les amis ne voient pas les taches colorées qui signalent un animal bizarre, un peu… sauvage, qui les épie. La pluie qui inonde la vallée et les fait se réfugier dans l’arbre provoque leur rencontre avec le « fauve ».
Suit un temps de jeux dans ce nouveau monde lacustre où il est plus question de naviguer d’île en île, jouer, de dormir dans les branchages ou dans des hamacs suspendus à l’arbre, que sous la tente: c’est bien du camping très « sauvage ». Les formes ébauchées, les contrastes de couleurs, les belles aquarelles, font du graphisme en apparence simple et enfantin un support très riche et joyeux pour une belle escapade qui s’attache aux plaisirs de camarades en liberté.

Le Monde de Nedarra, t. 1 : celle qui reste

Le Monde de Nedarra, t. 1 : celle qui reste
Katherine Appelgate
Seuil jeunesse, 2019

Diversités en danger

Par Anne-Marie Mercier

Les héros de cette nouvelle série sont originaux : la narratrice, Byx, est une dairne, une chienne douée de parole et d’intelligence, de culture, d’un certain savoir, la seule survivante de son espèce après le massacre de sa tribu qui se déroule dans le début de l’ouvrage. Elle est accompagnée pas toujours volontairement, d’un wobbyk (sorte de lapin) à qui elle a sauvé la vie et qui se fait un devoir de la sauver à son tour s’il le peut, d’un jeune garçon qui s’avère être une fille, dotée d’une épée légendaire, descendante d’une lignée vaincue par le tyran du moment, d’un felivet, sorte de panthère, un étudiant et enfin un jeune voleur.
C’est tout d’abord une fuite, puis un rapt, puis une quête : recherche d’autre survivants de son espèce tout d’abord, puis lutte pour empêcher l’espèce humaine d’anéantir les autres espèces intelligentes.
Tout cela se déroule dans de beaux décors sauvages, ou des villes grouillantes, des ports animés, des landes. On suit les héros dans de multiples péripéties et on voit comment leurs liens se tissent peu à peu entre eux et entre leurs histoires. De nombreux personnages secondaires bien amenés complètent la liste, bref, on ne s’ennuie pas un instant et le désespoir et la solitude de Byx.
Le seul regret est que l’on oublie très vite que les personnages ne sont pas tous des humains, ou sont des humains d’un autre âge, tant l’auteur a négligé de leur donner une parcelle d’étrangeté. Elle avait fait mieux avec les Animorphs, la série qui l’a fat connaitre, lorsqu’elle essayait de transcrire les sensations, pensées et émotions de divers animaux dans les quels les héros s’incarnaient.

L’Explorateur

L’Explorateur
Katherine Rundell
Gallimard jeunesse, 2019

Petit (?) chef-d’œuvre en forme de robinsonnade

Par Anne-Marie Mercier

Ce livre n’est pas petit, d’abord par son volume (372 pages, très aérées, avec une belle typographie très lisible et de nombreuses illustrations), ni par les thèmes qu’il aborde : le courage, la solidarité, la construction patiente d’une amitié véritable, la difficile estime de soi, la hiérarchie sociale, la justice et le secret, la question de la forêt amazonienne, l’avenir des découvertes… Un peu à la façon des Derniers Géants de François Place, les explorateurs sont vus sinon négativement, du moins comme responsables de bien des désastres par leur irresponsabilité.
Le scenario est une sorte de robinsonnade, mais plus proche du Royaume de Kensuke de Michael Morpurgo que de grandes vacances exotiques : quatre enfants sont rescapés d’un accident d’avion dans la forêt amazonienne. Le pilote est mort, ils sont seuls et perdus, et au lieu de s’épauler s’opposent sur tout dans un premier temps. Ils sont affamés, assoiffés, et terrifiés, surtout lorsqu’ils découvrent qu’il y a quelqu’un, tout proche. Il leur faut un certain temps pour le rencontrer, cet explorateur qui vit en ermite et qui refuse de les aider dans un premier temps, puis leur apprend les règles de la survie.
Les petits (pas si petits que ça tant ils sont courageux d’un vrai courage) héros ont chacun un caractère, une origine, des rêves de retour parfois très illusoires, des relations complexes entre eux et avec la famille qu’ils espèrent retrouver. L’histoire de l’explorateur est belle et tragique et les uns et les autres s’apprivoisent très progressivement. La poésie de la forêt et de la vie rude en pleine nature finit par les prendre. S’ils ne sont pas sur une île, c’est tout comme : le fleuve est comme la mer, immense, changeant, dangereux et infranchissable.
Chacun grandit, difficilement, douloureusement. Mais ils forment un beau groupe. La traduction est belle et précise, le texte envoûtant. Katherine Rundell montre avec talent comment réinventer un (grand) mythe.

Le Meilleur loup de l’année

Le Meilleur loup de l’année
Géraldine Maincent, Roland Garigue
Flammarion, Père Castor, 2018

Loup y es-tu?

Par Anne-Marie Mercier

Les amateurs d’histoires de loups et de contes détournée seront servis : il y a dans cet album non pas un loup mais plusieurs, avec les contes qui leur sont associés. D’où l’impression bizarre qui fait que « Le » loup se trouve tout à coup multiplié en différents individus : le mythe en prend un coup, mais c’est devenu une habitude dans les albums d’aujourd’hui, et ici encore le loup est ridiculisé.
Un concours est organisé pour élire le loup le plus méchant de l’année ; sera-ce celui des petits cochons, celui du chaperon rouge, ou bien des sept chevreaux ? Non car on sait que tous ont failli d’une manière ou d’une autre (celui du chaperon est disqualifié parce qu’il a agi par ruse, intéressant !). Le gagnant est le Loup timide, celui de la comptine « loup y es-tu » …, si timide qu’il disparait à la fin de l’histoire avant de touher sa récompense.
Voila de quoi rassurer les bambins qui auraient auparavant frémi devant les illustrations horrifiques où le rouge et le noir dominent. Les figures de loups sont terribles avant d’être ridicules.

Le Royaume de Pierre d’Angle, t. 2 : les filles de mai

Le Royaume de Pierre d’Angle, t. 2 : les filles de mai
Pascale Quiviger
Rouergue, 2019

Heurs et malheurs enchanteurs

Par Anne-Marie Mercier

On avait laissé à la fin du premier tome le roi Thibault prisonnier de la Forêt de la Catastrophe, malgré les efforts de ses gardes et des habitants venus à son secours. Sur les 195 personnes présentes à l’orée la forêt, les 189 qui ont tenté d’y pénétrer ont été blessées, parfois grièvement par les arbres et les ronces lui ont mené une sévère défense : on voit que la forêt de La Belle au bois dormant est ici prise au pied de la lettre, comme beaucoup d’autres éléments de contes célèbres repris ici : on y verra une reine enceinte faisant perler son sang dans un paysage de neige, une sorcière se pencher sur le berceau d’une petite princesse, et bien d’autres figures fugitives. C’est tout l’art de ce cycle : il sait reprendre des éléments qui relèvent du mythe sans en faire de purs objets citationnels, mais pour introduire un élément supplémentaire de poésie. Ainsi, c’est le prince et non une belle endormie qui est prisonnier et c’est une reine déterminée qui l’en fait sortir, non sans payer le prix fort par une terrible promesse. La sorcière, censée incarner le mal est celle qui lui fait échec.

Si le premier tome était fait de voyages sur mer et sur terre, celui-ci est plus centré sur le château, où Thibault, revenu fou de la forêt, retrouve peu à peu ses esprits. Toute son énergie est dirigée vers le ravitaillement du royaume affamé, paralysé d’abord par un hiver terrible puis asséché par un printemps torride. On trouve dans ce livre un souci de la matérialité intéressant : que mange-t-on en temps de disette, comment se chauffe-t-on ? comment gouverne-t-on ? Lorsqu’un bateau contaminé bloque le port, comment fait-on face au risque d’épidémie sans abandonner totalement ses marins à leur sort ?  Comment se passe un accouchement (dont l’un est plus que difficile) dans une civilisation qui ressemble au moyen-âge ? Quelles qualités faut-il pour être médecin, ou pour soigner et dresser les animaux ?

Quant à l’aventure, elle va de plus belle : la malédiction des « filles de mai » se précise, tant pour le futur de l’histoire que dans son passé, les intrigues de cour vont bon train avec leurs complots, manipulations, et tentatives de meurtres. Mais on y trouve aussi de belles haltes paisibles : des amours patientes commencent très lentement à se nouer (on passe du temps à faire sa cour dans ce roman et les hommes y sont bien courtois), des pauses au bord de la mer ou dans les rivières rafraichissent l’été et des havres chaleureux l’hiver. Les tonalités sont tranchées et donnent une couleur propre à chaque moitié du roman : le noir et le blanc, avec la tache rouge du manteau du roi poursuivent ce qui s’était installé de givre dans la fin du premier volume, l’apothéose du printemps et des ses couleurs et chants laisse prévoir une chute plus dure à l’équinoxe maudite (au prochain volume, donc). L’écriture toujours aussi belle donne un grand plaisir de lecture.

 

Ma Vie d’artiste

Ma Vie d’artiste
Marie Desplechin
L’école des loisirs, 2019

L’art, l’amour, la vie

Par Anne-Marie Mercier

Publié en 2003 chez Bayard, voici ce petit roman repris à L’école des loisirs. Il est assez classique dans la situation qu’il développe : une jeune fille, élève de troisième, déménage avec sa mère et se sent seule, ne connaissant personne dans la ville où elle s’installe. Mais il est original par la solution qu’il propose à son problème : en attendant le retour de sa mère après sa journée au collège, elle trouve refuge tous les après-midis  chez le voisin, un peintre un peu bohême, qui peint des corps morts, des gisants, ce qui choque profondément sa mère : Anne cache donc ces rencontres, et le secret devient de plus en plus gênant tandis que la relation s’alourdit de sous-entendus, du moins du côté de la jeune fille fascinée par l’artiste…
Mais on est dans un livre pour enfants : tout ce qui pourrait tendre, dans un autre contexte, vers une histoire compliquée s’illumine ici : tous les adultes sont bienveillants ; l’art pratiqué par le peintre n’a rien de provocateur, mais est relié à une émotion forte, et tout finit bien… Anne trouve un ami de son âge et découvre le plaisir de participer à un projet, le peintre convainc sa mère de l’intérêt de son travail, et tout s’achève par un beau vernissage.