Les Faits et gestes de la famille Papillon, t. 1

Les Faits et gestes de la famille Papillon, t. 1, Les Exploits de grand-papa Robert
Florence Hinckel
Casterman, 2019

 

Par Anne-Marie Mercier

Difficile (impossible ?) de classer ou de résumer ce nouveau roman de Florence Hinckel.
Essayons : il y a la famille Papillon, qui a le talent d’arranger les choses et a permis d’éviter de nombreuses catastrophes. Et puis, il y a la famille Avalanche, qui a le pouvoir inverse. L’histoire de l’humanité, avec ses progrès, ses découvertes, ses désastres et ses tragédies est revisitée par l’histoire de ces familles et l’on devine que l’héroïne va bouleverser la donne. Comme dans bien des familles, tout n’est pas aussi simple : les uns peuvent s’avérer être les autres, ça se croise, se mêle… On ne va pas vous faire un dessin.

C’est d’autant plus inutile que Florence Hinckel truffe son récit d’images, issues de la collection de Jean-Marie Donat, collection de photos anonymes, souvent anciennes, sur lesquelles l’auteure s’appuie pour donner corps à ses fantaisies, ajouter un brin de loufoquerie (les images sont souvent dans ce ton), brouiller les pistes comme un récit d’aïeul qui perd parfois le fil ou cherche à taire des secrets. Le regard sur la littérature de jeunesse qui aime imaginer les « pouvoirs » de ses héros depuis Harry Potter est gentiment brocardée à travers le livre de madame Feuillette ((Histoire des pouvoirs familiaux de l’Antiquité à nos jours).

L’ensemble est surprenant et souvent drôle, par exemple ce portrait d’écrivain :
« J’ai rencontré de nombreux écrivains et de nombreuses écrivaines dans ma vie et je n’ai jamais rencontré d’êtres plus tourmentés. L’air traqué et le sommeil perturbé, ils sont tour à tour hantés ou en transe. Quand on leur demande pourquoi ils ne font pas quelque chose de plus paisible, comme veilleur de nuit, fleuriste, professeur d’université ou ambassadrice de l’archipel des Tuvalu, leurs eux lancent des éclairs et ils rétorquent, pleins de fougue, qu’ils n’ont pas choisi, que c’est comme ça, que l’écriture c’est la vie et que leur ôter l’écriture ce serait leur ôter la vie. Eric Blair était un spécimen tout à fait ordinaire d’écrivain…

Goélands et salicornes

Goélands et salicornes
Nicolette Humbert

La Joie de lire (tout-petits photos), 2014

 Sur la plage abandonnée…

Par Anne-Marie Mercier

goelands_salicorne_RVB_c_500Il y a de plus en plus d’ « imagiers » cartonnés sous la forme de recueils de photos, et c’est heureux. Ici, l’exploration proposée est celle d’une plage et de ses alentours, des plans larges aux plans rapprochés : plage, falaise, phare… puis phoque, crabe, galets… en passant par les balanes, patelles et salicornes : autant dire que les adultes eux-mêmes apprendront quelque chose.

Ils apprendront également, avec les tout petits, à regarder de près les animaux aquatiques (l’œil vif et méfiant du crabe), les plantes (la flottaison paresseuse de l’algue), et à s’émerveiller devant la qualité de ces photos et de leur reproduction : comme pour les grands !

Et dans deux jours, un autre imagier, encore meilleur…

J’aime J’aime pas

J’aime J’aime pas
Séverine Thevenet
Rouergue, 2013

Tout est aimable

Par Anne-Marie Mercier

jaimejaimepasL’exercice des petits riens (façon Ph. Delerm) ou des j’aime/déteste (E. Brami) est bien connu et a suscité de nombreux titres (sinon des œuvres) en littérature de jeunesse. L’exercice est bellement renouvelé ici par Séverine Thevenet. Tout d’abord grâce à la technique photographique qui met face à face l’objet du désamour à gauche, sur fond blanc, et celui du plaisir en pleine page à droite, tous deux traités de façon à la fois réaliste (détails, précision, ombres) et poétique.

Chaque chose désagréable pour les petits (ranger, se laver les cheveux, manger ceci ou cela…) est associée à son pendant, afin de montrer que rien n’est désagréable en soi et que tout peut avoir un bon côté, à condition d’y penser : exercice beau et utile.

 

1. 2. 3… images

1. 2. 3… images
Catherine Chaine, Marc Riboud
Les trois ourses, Gallimard jeunesse, 2011

 

Photo-Abécédaire des chiffres

Par Anne-Marie Mercier

Les belles photos de Marc Riboud, en noir et blanc superbes, bien reproduites, sont classées de façon inhabituelle : non pas selon le lieu (Amérique, Europe, Russie, Chine, Ghana…), ni le sujet (beaucoup de photos de groupes, mais aussi d’objets, d’activités, de moments d’histoire ou de société), ni la date (des années 50 aux années 2000), mais le nombre – et le chiffre qui lui correspond : un promeneur, deux danseurs, quatre téléphones, onze couvercles de poubelle…

On n’apprendra peut-être pas à compter (à mon avis les images sont trop petites et difficiles à lire pour convenir à de très jeunes enfants), mais on aiguisera son sens esthétique, on s’amusera à chercher ce qui fonde la série et on sera curieux d’imaginer les histoires qui peuvent sous-tendre ces scènes ou bien l’on inventera une trame qui en réunisse quelques unes.