Contes de la Vallée – Bonjour Monsieur Froid

Contes de la Vallée – Bonjour Monsieur Froid
Carles Porta
Seuil Jeunesse 2018

Un album aux odeurs de mousse, de forêt et de pays des fées

par Michel Driol

Les Contes de la Vallée sont une nouvelle série, en quatre épisodes, de Carles Porta. Bonjour Monsieur Froid en est le second volume.  Monsieur Froid, passionné pour la musique mais rejeté par ses proches et la fanfare de la ville, trouve refuge dans une vallée secrète. La Vallée. Là, il est aidé par la petite ballerine à tête d’oignon, qui le recouvre de tant de vêtements chauds qu’il ressemble à un monstre informe. En chemin, il porte secours à la petite louve, Yula. Mais les autres animaux de la vallée croient que Yula a été kidnappée et se déguisent en ver de terre géant pour la libérer et, découvrant leur méprise, se montrent accueillants pour Monsieur Froid. Et l’on attend le printemps, et le prochain épisode.

L’histoire plonge le lecteur en pleine fantaisie farfelue. Les personnages sont excentriques : depuis Monsieur Froid, amateur d’une musique qui ne fait pas l’unanimité, TIN-BLIN-TUT, espèce de grand échalas dont le visage n’est jamais représenté, métamorphosé en géant sous ses nombreuses  couches de vêtements. Une petite ballerine à tête d’oignon, un peu magicienne sur les bords. Une louve coquette et musicienne, pour n’en citer que quelques-uns. Quiproquos et déguisements improbables se succèdent à un rythme endiablé.  Inversions également : si l’homme trouve refuge dans un tronc d’arbre, les animaux vivent dans de superbes maisons, avec tout le confort ! Les illustrations renforcent l’aspect non réaliste du livre : très expressives,  elles plongent dans des univers très différents. Monstres et fossiles au fond de la terre,  maisons en équilibre sur des branches d’arbre. A la façon de la bande dessinée, elles peuvent intégrer du dialogue, ou des musiques traitées de façon graphique. Certaines pages regorgent de détails qu’il sera intéressant d’explorer. D’autres au contraire se concentrent sur l’action et les réactions des personnages.

L’histoire paraitra peut-être difficile à suivre pour les plus jeunes, dans ses rebondissements inattendus. Mais ils entreront sans doute dans cet univers poétique et la conclusion les réjouira : l’accueil d’un nouvel ami, autour des jeux et de la musique, dans la chaleur de l’arbre creux, leur parlera certainement.

 

Il a neigé

Il a neigé
Richard Curtis – Rebecca Cobb
NordSud 2016

Folle journée d’hiver

Par Michel Driol

Par un jour de neige, seuls un élève et un professeur n’apprennent pas que l’école est fermée. Or ces deux-là se détestent : l’un est le plus sévère de l’école, l’autre le plus mauvais élève du pays. Avant la récréation, le professeur fait classe, comme à son habitude, avec un seul élève. Mais, lors de la récréation, il l’aide à fabriquer un bonhomme de neige, puis tous les deux jouent : patin à glace, skis… en détournant les objets pédagogiques. Le jour suivant, tout le monde revient en classe, et rien ne semble avoir changé. Mais, au lieu de la punition, le professeur montre à l’enfant un projet fantastique de ville en iglous, qu’ils réalisent lors de la chute de neige suivante.

Découvrir l’autre, avoir un projet commun, aller au-delà des stéréotypes dans lesquels on est enfermé et dans lesquels on enferme l’autre, vaincre les préjugés et la solitude : voilà ce dont parle cet album avec finesse et humour. Il semble suggérer qu’il faut, pour cela, bénéficier de circonstances particulières : la neige, qui fait retomber en enfance le vieux professeur et le rapproche alors de l’enfant, dans une complicité souriante que l’image montre très explicitement. L’album entraine le lecteur dans une folle journée, faisant alterner les doubles pages contemplatives montrant la ville, la neige qui tombe, et les pages découpées à la façon de la bande dessinée en strips verticaux qui multiplient les situations et donnent autant d’occasions de voir évoluer les relations entre les deux personnages.

Un livre plein de charme, drôle, aux illustrations sympathiques,  qui aborde des sujets sérieux avec légèreté.

Flamme

Flamme
Zhu Chengliang
HongFei 2017

Mère courage et ses enfants

Par Michel Driol

Flamme est une renarde qui vit dans une forêt avec ses deux petits, Moucheté et Petit Roux. La forêt est perturbée par le passage du chemin de fer, ce qui conduit à Flamme a chercher la tranquillité ailleurs. Malheureusement en chemin, Moucheté est pris dans un piège et enfermé dans une cage par des chasseurs. Flamme fait preuve de ruse et tente tout pour délivrer son petit, malgré l’agressivité de chiens et les dangers. A la fin, la solidarité et l’union entre les renards permettra de libérer Moucheté et de reconstituer la cellule familiale.

Les thèmes – l’amour maternel, la persévérance, le courage, la ténacité – ont été souvent abordés en littérature de jeunesse. L’originalité de l’album tient à leur traitement tant graphique que textuel.  Les teintes dominantes sont celles de l’automne, en harmonie avec le pelage roux des renards. Une fois la première image passée, on l’on voit la mère et les deux enfants au repos, tout ensuite est mouvement : fuite des renards, chute dans le piège,  coq et poule qui volètent,  course effrénée de la renarde pour échapper aux chiens. Le rythme graphique et textuel s’accélère, la page se découpe en trois. Le texte se raccourcit. Les plans se succèdent : plongée, travelling et donnent cette illusion de mouvement rapide pour arriver  au moment où tout s’inverse et où ce sont les chasseurs qui fuient devant l’armée des renards, dont la seule présence statique au sommet de la colline les effraye.  Le texte, avec discrétion, s’intègre dans l’image, la bruite parfois (tchou chou, ouah ouah…) et souligne avec concision les actions.

Cet album, résolument du côté des animaux, s’inscrit dans une nature dont l’homme dérange et détruit l’harmonie et la quiétude : c’est le train, ce sont les chasseurs qui sont les dangers. L’album dit aussi simplement qu’il ne faut pas avoir peur, et que l’union des petits fait la force s’ils sont déterminés à agir.

Une histoire touchante qui tiendra en haleine ses lecteurs.

L’étoile Molaire

L’étoile Molaire
Les Aventures inter-sidérantes de l’Ourson Biloute – L’étoile molaire
Julien Delmaire- Reno Delmaire
Grasset 2018

Biloute et le Kozmic Blue Band

Par Michel Driol

L’Ourson Biloute continue sa mission (Tome 1 et Tome 2) pour trouver un antidote à la redoutable sauce Z, il rejoint à bord du vaisseau spatial de la Résistance Janis et Lemmy.  L’analyse de l’échantillon démontrant que le seul antidote possible est la plume de dindon que l’on ne trouve plus que sur la planète Durillon 3, les voilà partis. Après quelques mésaventures sur cette planète, et un combat contre Bast Ador, voici l’Ourson de retour au foyer, avant d’apprendre que sa prochaine mission sera de contacter l’Enfant Electrique sur la planète Lady Land.

Dans une parodie d’aventures spatiales façon guerre des étoiles, les auteurs reprennent les procédés qui ont bien fonctionné dans les deux premiers épisodes : un peu de patois du Nord pour la langue, explicité par un sommaire. Un accompagnement musical très seventies et éclectique qui va de Janis à Jethro Tull en passant par Zappa et Dassin (représentés pour certains assez explicitement dans l’illustration et crédités sur le rabat de la 4ème de couverture). De ce fond hippie revient comme un refrain le slogan paix et amour. L’imaginaire est au pouvoir dans ce nouvel épisode qui prône la force mentale comme arme, où l’on croise des dindons mutants et un jardinier qui fait pousser ses plantes au son de la flute traversière. Cette série qui touche à la littérature populaire en se voulant aussi peu réaliste que Fantômas fait la part belle aux allusions psychédéliques et entraine le lecteur dans un univers de fantaisie encore plus que l’épisode précédent, l’ancrage dans la famille du Nord étant moins présent Quant au pauvre Biloute, il n’échappe pas au rituel passage par la machine à laver…

A suivre…

Les papillons de Risha

Les papillons de Risha
Amarnath Hosany – Minji Lee-Diebold
HongFei 2018

Petite fille du silence

Par Michel Driol

Risha, une petite fille muette, part souvent dans son imaginaire pour échapper au monde où tout n’est que bruit désaccordé et solitude. Dans sa famille, on vit côte à côte, connecté à son ordinateur ou à son téléphone. Un jour une panne de courant oblige à s’éclairer à la bougie. Risha propose des ombres chinoises : une chenille qui devient papillon. Mais la magie est de courte durée car l’électricité revient, avant de s’éteindre, à nouveau. Cette fois ci, les doigts de mamans rejoignent ceux de Risha et la famille se reconstitue autour de ce moment de grâce et de poésie.

Son handicap, son mutisme, Risha le compense par une sensibilité et une présence au monde qui lui permettent de percevoir les harmonies ou disharmonies du monde : les bruits désaccordés de la cour de récréation ou de la rue et qui la conduisent à chercher ailleurs la beauté et l’harmonie, dans les nuages dont les formes évocatrices l’entrainent dans un imaginaire plus chaleureux et riche que la réalité. On voit dans cet album comme une métaphore de ce qu’est la création ou la poésie : une façon de faire naitre un autre univers pour réparer le monde.  Mais cet imaginaire vaut d’autant plus qu’il peut être partagé et devenir re-créateur du lien familial détruit par les technologies contemporaines de l’hyper connectivité qui tuent la vraie communication. Comment retrouver le plaisir de jouer ensemble, de façon gratuite, de s’émerveiller de choses simples, alors qu’il suffit pour cela de la flamme d’une bougie pour retrouver des ombres qui dansent sur les murs. La dernière image, dans ses teintes ocre, nous connecte avec les dessins sur les parois des grottes.

Les illustrations de Minji Lee-Diebold sont particulièrement expressives, qu’il s’agisse de montrer  les bruits ou l’agressivité qui entourent Risha ou de pénétrer dans son imaginaire – presque Chagallien. Les teintes chaudes et les couleurs explosent dans la page, de façon magique, et expriment le pouvoir de l’imaginaire qui fait sortir l’ombre chinoise de son noir et blanc originel.

Un bel album pour parler de solitude, de communication, de lien familial… de créativité, d'imaginaire et d’art plus que jamais nécessaires dans le monde actuel. En cela, Risha est quelque part la descendante de Frédéric, de Leo Lionni, qui faisait provision de soleil pour raconter l’été au milieu de l’hiver.

Ma Mamie en poévie

Ma Mamie en poévie
François David et Elis Wilk
CotCotCot Editions 2018

Tout est affaire de regard…

Par Michel Driol

J’ai de la chance, ma mamie, elle est poète.[…] Une merveilleuse magicienne. Tels sont les premiers et les derniers  mots de l’album. Petit à petit, le lecteur  découvre que cette poésie de la mamie est de la confusion, de la transformation de mots, bref, une maladie, Alzheimer. Mais l’album ne parle jamais de maladie.  Ce portrait, tout en bienveillance de la petite fille, livre quelques trouvailles langagières de la mamie, évoque ses conversations avec son mari, décédé, les chansons dont elle se souvient, du Temps de cerises aux Roses blanches, le sirtaki, les voyages immobiles à Venise.

Dans une langue simple, une langue qui se veut enfantine, le texte dit la tendresse et l’émerveillement de la petite fille devant cette mamie, qui s’avère une extraordinaire jongleuse avec les mots. L’ouvrage dès lors confine au merveilleux : merveilleux du regard de l’enfant, merveilleux de la grand-mère qui ne perçoit plus tout à fait le monde dans sa réalité. Là où la doxa médicale ferait voir décrépitude et perte de repère, le texte ouvre à une autre dimension, faite d’empathie, d’accompagnement dans l’imaginaire, dans la beauté de cette relation privilégiée entre les générations. Tout est transfiguré, et on passe du salon à Venise, du passé au présent, des vivants aux morts dans une espère de continuum qui donne à voir différemment le monde : ce qui est le propre de la poésie. Au lieu d’enfermer la malade dans sa solitude, le texte se fait atelier d’écriture et invite le lecteur à jouer lui-aussi avec les mots et lui propose quelques phrases à transformer.

Les illustrations d’Elis Wilk – jeune illustratrice française - utilisent différentes techniques mixtes (collage d’éléments photographiques, aplats de couleurs) et renforcent ce côté merveilleux en allant vers le surréalisme. Les couleurs vives et les formes naïves et simplifiées sont en harmonie avec le regard enfantin.

Un livre qui est loin d’être un livre médicament pour aborder avec des enfants le thème de la maladie d’Alzheimer de façon positive.

Pour en savoir plus : https://mamamieblog.wordpress.com/

 

Au Temps des Cerises

Au Temps des Cerises
France Quatrome – Elsa Oriol
Utopique 2018

C’est de ce temps-là que je garde au coeur une plaie ouverte

Par Michel Driol

Autrefois, Clotilde et sa maman se promenaient, cueillaient des cerises, jouaient ensemble. C’était avant la maladie de maman, qui lui fait mal au sein et lui fait perdre ses cheveux. Passent l’automne et l’hiver, qui semble sans fin. Au printemps, le cerisier se recouvre de bourgeons, puis de fleurs. Maman reprend des forces, elle aussi, et, avec Clotilde, va enterrer les restes du monstre au cœur de pierre. Crachant les noyaux des cerises, elles imaginent la forêt de cerisiers qu’elles verront un jour…

On le voit, le thème est sérieux et lourd, comme souvent dans les ouvrages des éditions Utopique. Comment parler aux enfants de la maladie, du cancer qui touche leurs parents, sans dramatiser, mais aussi sans édulcorer ce qu’il y a de souffrance destructrice. Cet album  parvient à la faire avec tendresse et pudeur, sans hésiter à nommer ou montrer les choses (le cancer, la perte des cheveux, la perruque, la fatigue, le dégout qu’inspire la nourriture).  Le texte sait utiliser des formes poétiques pour parler du temps passé. L’anaphore « d’habitude » et l’imparfait qui ouvrent l’album disent, à eux-seuls, la rupture dans la vie introduite par quelque chose qu’on découvrira en son temps, lorsque le texte dira l’aujourd’hui de la maladie, dans un présent qui semble sans fin, et laisse parfois la place à un conditionnel  ou un futur  qui semblent bien hypothétiques. Puis aujourd’hui laisse la place à un futur plein de promesse. Le cerisier devient comme une métaphore de la maladie et de la guérison, dans un cycle où le temps s’écoule à son rythme. Et c’est l’un des grands mérites de cet album de rendre perceptible la durée. Autre grand mérite, montrer la famille unie dans des saynètes pleines d’émotion autour de la nourriture, des attitudes du père envers la mère, de la complicité des choses qu’on peut encore faire ensemble (le yoga ou la route vers l’école).

Les illustrations en double page accompagnent à merveille ce texte : les couleurs chaudes du début, évoquant les moments passés et le bonheur, laissent place à des couleurs plus froides qui se réchaufferont à la fin. On suivra en particulier la façon dont une touche rouge dans chaque image, rappelle ce motif des cerises, tandis que la mère est presque toujours vêtue de bleu. Rien de trop dans ces images, qui suggèrent parfois plus qu’elles ne montrent, et  s’attachent sur les liens familiaux portés par les corps, les attitudes et surtout les visages pleins d’expressivité.

Un album qui est loin d’être un médicament, et qui, au travers de la parabole du cerisier, dit, avec beaucoup de retenue, dans une langue poétique, le lent chemin à parcourir vers la guérison tant espérée.

Une drôle de famille

Une drôle de famille
Piret Raud
Rouergue 2018

Loufoques Caractères

Par Michel Driol

Adam présente les membres de sa famille, dans une série de 26 portraits. Cela va de tante Sylvie au prince Pierre,  du général Charles à sa sœur Mia. Des disparus comme l’arrière-grand-père Edouard à ceux qui sont à naitre, comme le fils d’Adam. On croise des objets quasi magiques, un médaillon, le sac à main de maman… et des animaux, une mouche, un chien… Chacun de ces personnages présente une particularité qui le fait sortir de la norme : Lena, qui pour devenir championne, ne mange que des carottes e transforme en lapin. Tante Sylvie qui garde son cœur au congélateur. Papa qui devient le portrait craché de sa chienne Polla. L’oncle Cochon qui a une petite fente sur la tête. L’arbre généalogique d’Adam est moins un arbre qu’un mille pattes… qui partirait dans tous les sens.

Dans ce nouveau recueil de Piret Raud, on retrouve sa facture : une galerie de portraits, avec des personnages qui sont tous particuliers, à la limite du fantastique, et un lien particulier entre les humains et les animaux, sans que cela ait quoi que ce soit d’extraordinaire aux yeux du narrateur enfant. Il accepte sans s’étonner toutes ces différences qui font la richesse d’une famille nombreuse, les dépeint pour le plus grand plaisir du lecteur. Cet univers de pure fantaisie n’est pourtant pas dépourvu de morale, et nombre de portraits se terminent par une petite phrase qui est une leçon de vie : accepter les différences, certes, mais surtout s’accepter soi-même sans chercher à devenir autre, et découvrir à quel point certains peuvent être altruistes.

Un recueil remplir de portraits saugrenus, drôles, mais présentés avec beaucoup de tendresse et de bienveillance : de quoi donner envie d’entrer dans cette famille où, si l’on peut rire les uns des autres, c’est sans méchanceté aucune.

Le Garçon et l’Ours

 

Le Garçon et l'Ours
Tracey Corderoy - Sarah Massini - Traduction Rose Marie Vassallo
Père Castor 2018

Improbable amitié

Par Michel Driol

Un petit garçon tout seul cherche un ami avec lequel jouer.Ours, quant à lui, st trop timide pour même dire bonjour. Un jour, arrive un message porté par un bateau en papier. Le garçon répond et découvre que c’était Ours qui l’avait envoyé. Mais, si  Ours n’est pas très doué pour les jeux humains, en revanche il sait construire une cabane pour le Garçon et lui. Jusqu’au jour où Ours disparait… Le Garçon l’attend tout l’hiver. Et, bien sûr, Ours revient au printemps.

Ouvert par « Il était une fois », cet album a toutdu conte : les personnages n’ont de nom que générique,  et n’existent qu’au travers de quelquestraits : la solitude, la timidité, la quête de l’autre. Ils n’ont pas defamille et n’entretiennent aucun lien social. C’est là ce qui rend l’albumuniversel, car chacun pourra s’y reconnaitre dans cette quête difficile d’unautre pour rompre la solitude. Une fois cet autre rencontré, aussi improbablefût-il, une amitié peut naitre d’un projet commun : c’est là le beausymbole de la cabane dans les arbres, construite à deux, refuge, abri, cachettedont tous les enfants rêvent. L’album dit aussi le lien à tisser avec la natureet les animaux, aussi sauvages soient-ils. La traduction de Rose-Marie Vassalloest faite dans une langue simple, pleine de douceur.  Les illustrations introduisent dans un universqui tient aussi du conte : les éléments naturels, comme la forêt, la prairieétonnamment fleurie,  et l’étang.  L’ours n’a rien de l’animal sauvage : sa couleur bleue, portant, comme legarçon, sa sacoche en bandoulière en font un nounours très sympathique.

Un album subtil et plein de tendresse qui réussit à illustrer la solitude et la quête de l’autre

Happa No Ko Le Peuple de feuilles

Happa No Ko Le Peuple de feuilles
Karin Serres
Rouergue 2018

Dystopie et main verte

Par Michel Driol

Dans un futur où les hommes n’ont qu’à jouer, où les machines contrôlent tout, où la ville est omniprésente, Madeleine, du quartier France 45-67, découvre que ses mains sont devenues vertes. Au Japon, Ken fait la même découverte. Les mains vertes donnent le pouvoir de voyager dans l’espace (ainsi Ken peut venir en France et Madeleine aller au Japon) ou dans le temps (ainsi on pourra retrouver le grand-père de Ken qui avait aussi les mains vertes). Ils découvrent d’où vient le sentiment de bonheur de leur monde : de l’exploitation à outrance des Happa no ko, le peuple de feuilles, créatures constituées d’énergie, communiquant par télépathie, capables de se transformer, et de se rendre visibles sous une sorte de pelage fait de feuilles.

Comme nombre de romans de science-fiction actuels, celui-ci confronte le lecteur à une dystopie : un univers urbain, d’où la nature est absente, et où l’on croise des machines-docteurs, des machines-police, des machines-repas. Bien sûr, et c’est l’un des ressorts des dystopies, il est nécessaire que des individus, d’une façon ou d’une autre, prennent conscience de la réalité du monde sous ses apparences et tentent de changer quelque chose. Dans cet univers totalitaire, on n’a plus besoin de travailler : l’école survit, mais c’est une école où on apprend à jouer. Gare aux dissidents : un couvre-feu est instauré, les machines-police surveillent tout car les moindres faits et gestes sont enregistrés. Loin de cet univers, les deux ados découvrent un autre monde, celui du passé, et cette relation particulière avec la nature, sous la forme du peuple de feuilles, capable de redonner de l’énergie, un bonheur non artificiel. Le roman conduit donc à s’interroger sur notre futur : est-ce vers un monde de plus en plus virtuel, artificiel, dans lequel le jeu devient une aliénation, la seule obsession des individus que nous souhaitons aller ? On ne révèlera pas bien sûr la fin du livre : on dira simplement qu’elle est forte et qu’elle reste heureusement ouverte.

Une fable poétique, inspirée de la culture japonaise, à la fois légère et grave, pour retrouver le plaisir d’une promenade en forêt et l’odeur des champignons dans un monde qui tend, de plus en plus, à les oublier.