Intemporia Le Sceau de la reine

Intemporia Le Sceau de la reine
Claire-Lise Marguier
Rouergue 2014

Une victoire au gout d’amertume

Par Michel Driol

liv-6046-intemporia-t-1Dans la paisible communauté de la plaine, Yoran se marie avec Loda. Mais soudain un mal étrange frappe les habitants, que rien ne peut sauver. Même Loda est atteinte. Les anciens révèlent alors le secret : un bouclier protège la communauté contre la puissante et maléfique reine  Yéléna. Yoran décide de la rencontrer pour sauver Loda. En chemin, il fait la connaissance de Tadeck, chef des insoumis, qui va faire son éducation (épée, cheval). On traverse alors le royaume jusqu’au palais de la reine, qui propose à Yoran un pacte : sauver Loda contre l’Aïguaviata, caché sous le bouclier. Choix cornélien pour Yoran qui choisira de sauver sa communauté, de permettre à sa femme de vivre au détriment du reste du royaume, car ce produit va permettre à la reine d’accroitre ses pouvoirs magiques.

Voici un roman d’heroic-fantaisie de plus de 500 pages dont le récit épique progresse en suivant la quête du héros et son initiation. Au-delà de son monde clos et protecteur, il découvre un « gaste » royaume désolé, soumis à une reine cruelle, mais séduisante et manipulatrice. Le récit décrit avec précision les villes, leurs basfonds, au milieu d’une nature menaçante et souvent hostile (marécages, pierres tranchantes des chemins…), en un espace et un temps indéfinis. Deux personnages s’y rencontrent, construits en opposition : Tadeck, pur parmi les purs,  ami indéfectible doté de nombreuses qualités humaines, guide qui entend permettre à chacun d’exercer son libre-arbitre, et Yolan, qui, en l’espace d’un mois, découvre le mal, commet plusieurs meurtres et doit assumer, tant bien que mal, cette culpabilité. C’est là sans doute l’un des intérêts de ce roman, qui se concentre sur son héros, le montre hésitant, effectuant des choix que d’autres contestent, posant ainsi la question des valeurs qui animent les personnages.

Que fera Yoran dans le tome 2 ? Va-t-il rejoindre le groupe des insurgés ? Qui sera le roi légitime qu’on cherche encore… A suivre…

 

 

 

Que fais-tu, Sissi ?

Que fais-tu, Sissi
Xio Mao (texte) – Li Chunmiao et Zhang Yanhong (illustrations)
HongFei – 2015

Une petite fille immobile dans un monde en mouvement

Par Michel Driol

sissiDans un parc, des enfants jouent. Seule Sissi reste assise sur son banc, indifférente. Les autres s’interrogent sur son attitude : est-elle fâchée ? A-t-elle mal ? Ils l’appellent, mais elle ne bouge pas. La dernière page révèle le secret : Sissi pose pour un dessinateur qui réalise son portrait.

En double page, les illustrations très colorées,  pleines de vie et de tendresse montrent les jeux des enfants, les activités des adultes, en opposition à Sissi, seule sur son banc. Cet aspect- là est souligné par le texte, qui répète page après page Des enfants… ; seule Sissi reste assise. Et comme dans Où est Charlie, on cherche, page après page, la petite fille et sa robe bleue, car le cadrage se déplace pour montrer différents aspects du parc de jeu, où tout le monde cherche à se distraire. Sur chaque double page, une ou deux bulles attirent l’attention sur une mini saynète, illustrant les réactions des enfants face à Sissi. Le lecteur ne peut que s’attarder sur les illustrations, chercher à tout voir et imaginer qui sont ces personnages et leur propre histoire, car chacun d’eux, seul ou dans un petit groupe, fait quelque chose dans une pose très expressive.

Cet album  permet au lecteur français de découvrir les jeux et friandises chinois (à la fois représentés sur les doubles pages et expliqués dans les trois  pages documentaires finales).  Encore une fois, les éditions HongFei proposent un album de qualité, permettant de découvrir la culture chinoise, ainsi que des illustrateurs et auteurs chinois de talent.

La vie rêvée des grands

La vie rêvée des grands
Géraldine Barbe
Rouergue

Grandir ou ne pas grandir…

Par Michel Driol

viereveRose a dix ans, des tonnes de secrets, s’est inventé un frère imaginaire, et rêve d’avenir. Elle se sent à part. Elle vient de changer d’école, et évoque son ancienne maitresse, son maitre, les copines de la classe qu’elle a réussi à se faire, et le garçon qui lui plait. Elle évoque aussi ses rêves, ses réflexions, ses pensées, sa conception de la vie, les films qui l’ont marquée.  Elle raconte quelques scènes avec un réalisme (la scène finale de la première boum, avec les filles d’un côté et les garçons de l’autre, personne n’osant danser ou faire le premier pas, est une belle réussite).

Dans une suite de chapitres courts, chacun tournant autour d’un thème, c’est le portrait sensible d’une petite fille timide que dresse Géraldine Barbe (dont on avait apprécié un précédent roman, L’Invité surprise).  L’écriture est  assez proche de celle d’une fillette  d’une dizaine d’années : phrases courtes, marques d’oralité, et fait une place importante à l’imaginaire. Deux figures tutélaires parcourent l’auto-analyse psychologique  à laquelle se livre Rose : celle du sphinx, belle façon imagée d’évoquer la timidité et ses mystères, et celles des  canards – à l’image du vilain petit canard – figures doubles représentant le moi présent – réel – et le moi futur – encore transparent, en gestation, rêvé.  Ces deux figures aident Rose à se percevoir et à se questionner  autour de la question de grandir. 10 ans, c’est un peu un âge charnière. Qu’est-ce grandir ? Que perd-on et que gagne-t-on à devenir adulte ? Rose se voit encore enfant, alors que dans sa classe, d’autres filles sont déjà grandes… Faut-il se presser de franchir le pas ?

Ces questions, ce roman a le mérite de les poser dans une langue et à travers des situations accessibles à des enfants d’une dizaine d’années, qui y trouveront un écho à leurs propres interrogations.

 

La Fille et le cheval blanc

La Fille et le cheval blanc
Chun-Liang Yeh – Illustrations Minji Lee-Diebold
HongFei

Aux origines de la soie en Chine

Par Michel Driol

filleUne jeune orpheline, bien imprudente, promet  à son magnifique cheval blanc de l’épouser s’il lui ramène de la guerre son père vivant. Ce que fait le cheval. Mais la jeune fille ne tient pas promesse…

Chun-Liang Yeh adapte un conte étiologique du IVème siècle, où se mêlent l’amour (de la fille pour son père, du cheval pour l’héroïne) et la mort – (mort du cheval, mort de la jeune fille). Mais la peau du cheval et la jeune fille s’unissent pour se métamorphoser en un cocon, d’où nait le premier fil de soie. Le récit, écrit dans une langue volontairement très sobre,  touchera les jeunes lecteurs : promesse absurde et transgressée, réaction quasi humaine du cheval, qui attend sa récompense, violence de la fille dans sa façon de se moquer de la dépouille du cheval jusqu’à ce que la punition terrible s’abatte sur elle, punition qui semble venir de la nature elle-même.

Les illustrations – de superbes broderies aux couleurs vives – évoquent souvent  la Chine traditionnelle, mais savent aussi la transcender en étant parfois très proches de Chagall, dans les couleurs, ou dans la représentation de personnages du conte.

A la fin du livre, un petit dossier documentaire évoque les origines de la soie, et sa place dans le monde. On y explique en particulier les idéogrammes « fil » et « soie ».

Au delà d’un récit merveilleux sur les origines de la soie, ce conte cruel aborde, comme tous les contes traditionnels, la question des valeurs morales et du sens de la parole donnée et ouvre au lecteur un vaste champ d’interprétation et de rêve.

L’Apache aux yeux bleus

L’Apache aux yeux bleus
Christel Mouchard
Flammarion

Herman, ou la Vie Indienne

Par Michel Driol

lapache-aux-yeux-bleusEn 1870, au Texas, le jeune Herman – 11 ans – est enlevé par les Apaches. Considéré d’abord comme un esclave, il est ensuite jugé digne d’être un Indien, un guerrier,  sous le nom d’En Da, Garçon Blanc, en dépit de l’hostilité du chamane. Dans la seconde partie de l’histoire, on le retrouve 9 ans plus tard, en plein conflit contre les Texas Rangers, à l’époque où les Indiens sont  parqués dans des réserves. Finalement, les Apaches sont vaincus, et le chef comanche Quanah, d’origine blanche lui-aussi, le reconduit dans sa famille.

Le roman est tiré d’une histoire vraie, celle d’Herman Lehmann, qui a écrit sa propre autobiographie. Les personnages – celui d’Eti la jeune Apache, de Chiwat, du chef indien Carnoviste – sont tous bien réels. De facture très classique, ce roman d’aventure – western, roman de la frontière – épouse le point de vue d’Herman, véritable « tête de pioche », et montre comment il adopte une autre famille, une autre façon de penser tout en découvrant, grâce à l’amitié d’Eti et de Chiwat, les coutumes et la culture des Apaches, devenant à son tour adversaire des Visages Pâles.

L’un des intérêts de ce roman est sans doute qu’il ne cherche pas à donner de leçons et ne se veut pas manichéiste. Si les Indiens commettent un enlèvement, traitent Herman comme un esclave, sont voleurs de chevaux, se veulent guerriers, ils ne sont pourtant pas cruels, recherchent la paix et vivent à l’écoute de la nature, en harmonie avec elle, avec les esprits, accordant une grande place aux rêves. Les Blancs, avec leurs cultures et leurs sillons tirés au cordeau, leurs armes redoutables, leur volonté de parquer les Indiens dans des réserves, n’incarnent pas non plus que des valeurs positives (celle de l’amour maternel est partagée par les deux « mères » d’Herman). Même ambigüité du côté du personnage du Chamane, tout puissant, prompt à voir en Herman un bouc émissaire, et pourtant respecté par le clan. Les trois personnages principaux sont eux, au contraire, des héros positifs, par leur valeur, par leur courage, par leur amitié, par leur respect mutuel, par leur volonté de voir les autres s’en sortir – quitte à en souffrir. Subsiste à la fin l’espoir de voir en Herman un intermédiaire, un Blanc respectant et connaissant les Indiens, à une période où les Etats Unis cherchent à en finir avec eux.

Un roman qui montre comment un jeune garçon peut facilement changer de camp, mais qui plaide aussi pour une meilleure connaissance entre civilisations.

La Cerise sur le gâteau

La Cerise sur le gâteau – Histoires des Jean-Quelque-Chose
Jean-Philippe Arrou-Vignod
Gallimard Jeunesse

Back to the early seventies !

Par Michel Driol

ceriseAprès L’Omelette au sucre, Le Camembert Volant, La Soupe de poissons rouges et Des vacances en chocolat, voici le cinquième opus de la série des Jean-Quelque-Chose, une famille de six garçons, tous prénommés de Jean-A à Jean-F. Famille de médecin, à Toulon, en ce début des années 70 (date de sortie de Les diamants sont éternels), où on lit encore Spirou et le Club des Cinq, où on regarde Chapeau melon et bottes de cuir. Chronique familiale, sous la férule d’un père qui menace d’envoyer tout le monde aux enfants de troupe, tandis qu’arrive l’adolescence de l’ainé, et la rencontre des deux plus grands avec les filles. Car, à l’époque, la mixité fait juste son apparition dans notre système éducatif. Le narrateur – le second de la fratrie – observe non sans ironie le rêve de son grand frère de devenir idole des jeunes, alors que lui-même se voit en futur agent secret. Première guitare, pantalons patte d’eph, première boum, messe du dimanche et initiation sexuelle au restaurant… tout cela a un côté nostalgique et retro, permettant de mesurer à quel point la société a changé, en particulier sur le plan de la place et de la vision des femmes (par le père, en particulier)…

Cette chronique – dans laquelle on retrouve des éléments très autobiographiques – favorisera une lecture distanciée par jeunes lecteurs actuels, qui y trouveront, un peu comme dans Avant la télé, d’Yvan Pommaux, des traces d’un mode de vie qui n’est plus. Ils y apprécieront peut-être aussi, en particulier dans la dernière scène, ce qu’est une famille unie, loin des consoles de jeu qui individualisent, autour d’un baby-foot.

Familles nombreuses, je vous aime, même si c’est difficile d’y trouver sa place !

 

Broadway Limited – Tome 1 : Un diner avec Cary Grant

Broadway Limited – Tome 1 : Un diner avec Cary Grant
Malika Ferdjoukh
L’Ecole des loisirs

Un automne à New-York

Par Michel Driol

BroadwayJocelyn, petit français de 17 ans, débarque à New York pour y prendre des cours de musique avec comme seule adresse en poche la pension Giboulée… une pension pour jeunes filles. Mais, grâce à un potage aux asperges confectionné par sa mère, le voilà admis dans cet établissement où il rencontre six jeunes filles, qui rêvent de devenir comédiennes, danseuses, chanteuses, mais galèrent, pour l’instant, comme chorus-girls, taxi-girls, cigarette-girls ou vendeuses de donuts… On va le suivre, durant un trimestre, à sa découverte de l’Amérique, de Broadway, du monde du jazz, du théâtre et du cinéma, jusqu’au bal de son école et son premier amour avec sa jeune voisine, d’origine turque…

Voilà un livre ambitieux, par son volume, près de 600 pages, entre drame, romance et romanesque,  et qui tient ses promesses. Livre choral, car les personnages principaux (une bonne dizaine) y sont traités à égalité, avec leurs ambitions, leurs rêves, leurs problèmes, et, selon les chapitres, c’est l’histoire de chacun qui se révèle peu à peu, mais surtout celle de Hadley, dans le seul flashback, deux ans plus tôt, à bord du train Broadway Limited, qui donne son titre au roman. Chaque personnage semble porter sa part de mystère, plus ou moins dévoilée (ainsi ce personnage de dragon farouche qu’est l’une des deux propriétaires de la pension se révèle être une ancienne reine de beauté de New York !). C’est un roman fortement inscrit dans la période où il se situe, 1948.  On y retrouve donc la façon dont les personnages y vivent avec les séquelles de la seconde guerre mondiale (l’espoir de paix avec la construction du bâtiment de l’ONU, la bombe atomique récente), les souvenirs de la guerre, de l’exode, des privations et de l’aide apportée au Juifs en France, mais aussi, aux Etats Unis, s’y confrontent et s’opposent à la chasse aux communistes.  Le roman présente donc, sous forme de fresque, cette période, tout en permettant la rencontre des mouvements artistiques à New York (l’émergence de l’Actors Studio), et, à la façon d’un roman historique, met en scène la rencontre entre les personnages fictifs et des personnages historiques (le jeune Woody Allen, qui ne portait encore ce nom, Grace Kelly courant les auditions, Sarah Vaughan, Clark Gable…).  Le tout est traité avec humour et légèreté, à la façon de certaines comédies américaines (ce n’est pas pour rien qu’un des personnages porte le nom de Cosmo Brown,  comme dans Singing in the rain, qu’un des chapitres s’intitule  Moses supposes his toes are roses et  que l’illustration de couverture est tirée de Tous en scène).

On attend donc avec beaucoup d’impatience la suite !

 

Le Passager de l’orage

Le Passager de l’orage
Claire Gratias
Syros – Rat noir

Job d’été

Par Michel Driol

lepassagerDans un petit village sans doute anglais, Jonathan, 17 ans, vit entre ses parents et sa petite amie avec laquelle il envisage de rompre lorsqu’arrive Katharin Bets, célèbre auteure de polars, qui, par l’entremise d’un des propriétaires du salon thé, l’engage pour le mois de juillet comme secrétaire. Il emménage donc avec elle dans une grande maison, à la très mauvaise réputation. Et là, dans la chaleur épouvantable de l’été, chacun des deux va révéler à l’autre un terrible secret, et commettre un acte inoubliable,  à moins que tout cela ne soit une fiction, car Le Passager de l’orage est à la fois le titre du livre de Claire Gratias et de son personnage Katherine Bets.

Voilà un roman complexe, situé sous le double patronage de Moby Dick et de Des souris et des hommes. Si on frôle parfois le roman gothique (dans les décors, dans le motif du tableau aux pouvoirs maléfiques), on est plus proche d’un roman qui met en abyme l’écriture et l’art, jusque dans la pirouette finale. Qu’est ce qui est vrai ? Qu’est ce qui est faux ? Tout n’est-il que fiction ? De plus, le roman, miroir qu’on promène le long du chemin, montre une réalité sociale sombre : père alcoolique risquant d’être placardisé par un petit chef autoritariste, famille à la dérive, difficultés d’insertion d’un ado, pris entre sa famille, le couple de lesbiennes qui l’affectionne, sa petite amie et l’auteure à qui il sert de secrétaire.

Un bon thriller efficace, découpé en chapitres courts et percutants.

Hourra !

Hourra !
Juliette Binet
Rouergue

De passage en passage…

Par Michel Driol

couv_hourraUn explorateur, spéléologue d’abord, alpiniste ensuite, à la tenue quelque peu rétro, traverse une grotte. Celle-ci est figurée par les pages du livre, ajourées. Il va donc de passage en passage, tantôt assuré, tantôt en équilibre sur des rochers, tantôt rampant jusqu’à la sortie. « Hourra ! », s’exclame-t-il alors. Mais l’histoire n’est pas finie. Il s’engouffre, sur fond de ciel bleu, prenant appui sur des rochers flottant sur ce bleu, dans une forme blanche non ajourée. Vraie sortie ? Nuage ? Porte vers un au-delà différent…

Voici un album cartonné minimaliste et subtil, aux couleurs pastel gris et bleu, aux découpes étonnantes, qui ne manquera pas d’ouvrir la porte aux interprétations les plus variées.  Evocation de la naissance ? Evocation de la vie ? Parcours initiatique qui conduit de l’obscurité à la lumière, et du « réel » à « l’idéal » platonicien ? Ou métaphore du lecteur, plongeant dans le livre ?

Un album pour les tout-petits… mais aussi pour les plus grands, chacun y trouvant un plaisir différent, du plaisir physique de glisser son doigt dans les trous au plaisir intellectuel d’interpréter…

A bas les bisous

A bas les bisous
Thomas Gornet – Illustrations Aurore Petit
Rouergue

Embrassez qui vous voulez ?

Par Michel Driol

abasKaï, du haut de ses 9 ans, décide que, pour passer du côté des grands, il ne veut plus de bisous. Il va serrer des mains. Ses parents tentent de discuter avec lui. Rien n’y fait. Jusqu’à la rencontre d’un nouvel élève, Pascal, endeuillé par le décès de son grand-père.

Ce roman rythmé – à la fois roman familial et roman de cour d’école – aborde le thème de l’amour, de l’affection et de leurs manifestations à partir de la position extrême de Kaï. Pour lui, les bisous, c’est mouillé, et c’est peut-être bon pour consoler les bébés, pas les grands. Il pense pouvoir s’en passer. Il n’en voit pas tous les aspects : consolateurs, marques d’affection, rassurants, tant qu’il n’est pas confronté à la douleur de Pascal, à ses pleurs, et à sa recherche d’un baiser désormais impossible de son grand-père. Cette fin évite le cliché un peu convenu du premier amour qui donnerait le gout des baisers, et met en lumière, au contraire, le rôle de la tendresse et de la fraternité, même si elles s’expriment de façon pudique et maladroite, sans qu’il soit besoin de mots – difficiles à trouver à cet âge. Le héros-narrateur, attachant, confronté à des sentiments complexes, va ainsi comprendre que grandir, ce n’est pas renoncer à ce qu’on était avant.

Les illustrations soulignent avec discrétion le texte sans en prendre la place.

Un roman qui, avec une grande simplicité, montre un personnage touchant, pris entre jeux de cour de récré marqués par la science-fiction de pacotille  (pelleteuse nucléaire et ondes à haute tension) et sentiments humains, trop humains…