Les Moustiques

Les Moustiques
Maram al Masri
Editions du Centre de Créations pour l’Enfance de Tinqueux – Collection Petit Va ! 2015

Métaphoriques moustiques

C’est une histoire simple : une narratrice qui n’arrive pas à se débarrasser d’un moustique, malgré les produits chimiques. Que faire lorsque d’autres moustiques, plus gros, plus nombreux, arrivent ?

Les onomatopées pichipchip pourront amuser le jeune enfant, et la situation, banale et exaspérante, évoquer pour les plus grands des nuits d’insomnie. Pourtant l’ouvrage est plus inquiétant.  Des  triangles noirs, de plus en plus nombreux, envahissent la page de gauche, tandis que le texte occupe la page de droite. Poésie en prose, qui dit le monde, et invite à rechercher la signification de ces moustiques encombrants dont rien ne vient à bout. Cependant le champ lexical de la guerre et de la paix envahit en fait le texte : je l’ai menacé de fortes frappes,  la paix qui allait s’installer, une armée de moustiques, une tactique de guerre, champ de bataille. Si ce champ lexical livre une des significations possibles du poème, il ne les épuise pas. Interrogations de la narratrice, qui se demande que faire lorsque la guerre menace : agir comme les soldats et devenir moustique, ou rester humain et attendre ?  De quelle guerre ou lutte  s’agit-il ? Pendant un temps, ma révolution a réussi…  ce fragment ouvre à une autre signification : il ne s’agirait alors plus de guerre, mais de lutte contre un oppresseur, des  printemps arabes ? A moins que ces moustiques ne soient notre part obscure contre laquelle on cherche à lutter ? Le texte laisse ouvertes ses significations, ses interprétations, et se clôt avec pessimisme sur la victoire des moustiques, en dépit des frappes contre eux. Le plafond devient alors un champ de bataille,
ciel constellé d’étoiles noires
noires.

L’auteure, Maram Al-Masri, est une poétesse d’origine syrienne : avec des mots simples elle dit la soif de liberté, l’oppression omniprésente, et le chaos envahissant.

Sang-de-Lune

Sang-de-lune
Charlotte Bousquet
Gulf Stream éditeur 2016 – Collection Electrogène

Sombre futur…

Par Michel Driol

A Alta, les femelles, les Sang-de-Lune, sont soumises à l’autorité implacable des Fils-du-Soleil. Elles doivent leur obéir, épouser l’homme que leur père leur a choisi, et porter ses enfants. A la moindre incartade, c’est la condamnation à mort par lapidation. Dans cet univers, Gia est attachée à sa petite sœur Arienn, qui découvre une carte d’un monde inconnu. Pour échapper au mariage promis avec l’homme brutal responsable  de la mort de sa cousine Dana, elle part avec Arienn, qui trouve la mort dans la fuite. Elle se retrouve alors avec les rebelles, dans un monde encore plus souterrain, tentant à la fois d’affronter son propre passé et de  comprendre comment l’humanité en est arrivée là.

Le monde dépeint par Charlotte Bousquet est un univers de science-fiction post apocalyptique. Des champignons fluorescents éclairent les cavernes. Des restes de galeries, mines, tunnels, systèmes d’éclairage subsistent, mais on vit de l’élevage des moutons et de la cueillette. La force de ce roman est d’y dépeindre une idéologie complexe et simple, dans laquelle les ténèbres – féminines pour l’essentiel –  sont source d’angoisse et de menace pour la lumière, incarnée par les hommes.  Cette idéologie s’y impose à tous, à toutes devrait-on dire, car les femmes, les mères, sont les premières à vouloir garantir l’ordre social qu’elle organise, à de rares exceptions près.

Le monde souterrain, celui des rebelles, des Noctes, n’est pas plus optimiste : conflits pour prendre le pouvoir, violence, suspicion, et dangers courus de toutes parts entre lesquels Gia tente de survivre avec l’aide d’une ancienne amie d’Alta, qu’elle retrouve par hasard.

L’intérêt de ce roman vient à la fois de l’imaginaire de son auteure, un imaginaire à la fois sombre et violent, mais aussi de sa complexité : complexité du récit, qui mêle l’histoire de Gia avec des extraits de contes d’Alta, de textes de lois d’Alta, mais aussi les découvertes faites par une érudite, Rovina, relativement à l’origine d’Alta. Complexité de l’arrière-plan social et philosophique, qui illustre la condition de la femme dans certains pays aujourd’hui, mais aussi plus largement, et montre comment la force des idéologies est de faire endosser par les victimes le souhait de ne pas changer leur condition, même si elles en souffrent.

Un seul regret : la fin un peu rapide et elliptique de ce roman – qui fait pourtant plus de 300 pages. On y devine comment Alta est née d’une utopie, d’une volonté de vivre en paix, qui a mal tourné, à l’issue d’une catastrophe, mais c’est peut-être là aussi que l’on aimerait en savoir plus sur les mécanismes qui ont fait basculer l’histoire dans ce qui deviendra une  tragédie pour les femmes.

Des personnages attachants, complexes au service d’un roman qui parle des relations hommes femmes dans notre monde, de la soif de liberté et de la révolte contre ce qui apparait insupportable. A lire d’urgence…

 

 

Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie
Béatrice Ruffié Lacas – Zaü
Utopique 2016

Éteignez vos écrans…

par Michel Driol

Un soir, Louis demande à son père, à sa mère, à sa grande sœur quel était le plus beau jour de leur vie. Chacun lui répond rapidement, avant de replonger qui dans son émission de cuisine (le père), qui sur son ordinateur (la mère), qui sur son téléphone (la sœur).  Le soir, à table, pendant le repas silencieux,  Louis lâche que c’était le jour de la tempête. Étonnement général, jusqu’à ce que Louis évoque cette soirée, où toute la famille était réunie dans le salon. Alors, on décide de jouer tous ensemble, et d’éteindre les écrans.

Voilà un album sensible qui aborde le thème de la vie familiale détricotée par les écrans, le travail à la maison, l’omniprésence du téléphone. Chacun vit sa vie, dans son coin, dans sa bulle. La quête de Louis le conduit de pièce en pièce, d’univers en univers, jusqu’aux retrouvailles finales.  Le texte, d’une grande limpidité, fait la place belle aux dialogues, campant ainsi les personnages, leurs relations à eux-mêmes, confrontés à leur passé et à leur présent,  et aux autres. Les illustrations de Zaü, toutes en doubles pages, rendent bien ces univers particuliers, commençant par des plans moyens pour finir sur les gros plans de la famille réunie, dans un clair-obscur évocateur du bonheur d’être ensemble.

Un album à offrir en même temps qu’une tablette ou un téléphone portable…

Au secours un monstre !

Au secours un monstre !
Francesco Pittau
Gallimard Jeunesse Giboulées 2016

Comme un lointain  avatar de la pieuvre et de Gilliatt 

Par Michel Driol

pitauTrois garçons et une fille qui fuient devant un monstre dont on ne voit que les tentacules. Cours, Forest, cours ! Ils courent à travers la ville, à l’aide de trottinettes, mais le monstre est toujours là, avec ses tentacules orange menaçantes. Le tronc d’arbre sur lequel ils traversent le précipice casse, et les voici à l’eau. Le monstre est toujours là, glissant lentement vers les quatre héros… avant que l’on découvre qu’il est le monstre des chatouilles, à la tête hilare…

Le dispositif narratif est efficace : le monstre est hors-champ, on ne voit que ses tentacules qui émergent de la marge de gauche, tandis que les enfants courent de la page de gauche à celle de droite. Toujours saisis en mouvement,  à l’horizontale, de bas en haut ou de haut en bas. Leurs places respectives dans la fuite sont conservées : Milena toujours devant, Fabio toujours derrière. Du coup, seul le décor change de page en page, un décor assez stylisé pour que le regard ne s’attarde pas trop sur lui, et qu’on se focalise sur cette fuite devant les tentacules…

La chute finale range ce monstre dans la catégorie déjà surpeuplée des monstres gentils. La peur n’avait donc pas lieu d’être. Et tout finit dans un éclat de rire. Certes, on le sait, dans toute la tradition carnavalesque, les monstres ne sont que de pacotille, et le rire est libérateur. Mais, dans cet album, juste une fuite avant de s’apercevoir que l’on s’était trompé, qu’on avait tort d’avoir peur, et que le méchant ne l’était pas. Le danger n’est pas affronté, et le rire est moins celui d’avoir vaincu sa peur que d’être victime d’un monstre chatouilleur… Comme s’il s’agissait de montrer aux lecteurs-enfants que les peurs sont stupides, qu’il ne faut pas se fier à l’apparence, et que les monstres n’en sont pas.

Un album au rythme soutenu, mais qui ne manque pas d’interroger sur la place des monstres dans l’imaginaire contemporain, et la littérature de jeunesse en particulier.

Ma cabane

Ma cabane
Loïc Froissart
Rouergue 2016

Robinsonnade ?

Par Michel Driol

macabaneLe narrateur, avec son gros sac à dos, se rend dans sa cabane, bien cachée dans la forêt. Il semble un peu surpris de découvrir un livre au ouvert au pied de l’escalier. Puis il s’installe, prend des photos, tandis qu’un ours brun tourne autour de la maison, le suit vers le lac. Le randonneur s’installe dans sa cabane, fait griller du poisson avec du miel, toujours sous le regard de l’ours, bien caché, piquenique, dort à la belle étoile, joue de la guitare, puis repart. Arrive alors l’ours, qui s’assied sur le rockingchair… et lit le livre !

Peu de texte dans cet album,  mais des doubles pages illustrant une forêt  baignant dans un océan de vert où se niche une cabane d’un rouge éclatant.  Les illustrations de Loïc Froissart sont à la fois précises, denses en détail, et naïves dans la représentation des arbres ou de certains éléments naturels. Fleurs, poissons, oiseaux, petits animaux peuplent cet univers sauvage et idyllique.

Ce qui se joue dans cet album, c’est d’une part la notion de possession, d’autre part la place de l’homme dans la nature. Le titre l’indique clairement « Ma » cabane et le texte reprend, à de nombreuses reprises, le possessif. Mais qui possède la cabane ? L’homme ou l’ours qui épie, surveille, et reprend vite possession des lieux une fois l’homme parti ? Plus largement, quelle est la place de l’homme dans cette nature ? Il y a construit, en rondins, sa cabane. Il s’y baigne, mais il semble assez indifférent  à toute la vie qui y grouille et qui l’accueille avec bienveillance. S’il se baigne nu, il a tous les attributs de l’homme civilisé : appareil photo, barbecue, guitare, cape de pluie et sac à dos. Il n’est là qu’un visiteur, somme toutes assez étranger à cette forêt qui vit très bien sans lui.

Un album réussi dans lequel on s’amusera à chercher l’ours, qu’on n’aura pas forcément vu à la première lecture. En ce cas, la chute inattendue invitera à une seconde lecture, plus attentive aux détails.

Super fonceuse

Super fonceuse
Jean Leroy – Bérangère Delporte
L’élan vert 2016

Pour déconstruire certains stéréotypes de genre

Par Michel Driol

superFrère et sœur, Goliath et Maguette habitent ensemble. SI Goliath est doté de superpouvoirs  (il peut soulever d’une patte mille kilos), sa sœur ne sait rien faire d’exceptionnel. Mais c’est elle qui fait tout à la maison, car les tâches ménagères ne sont pas dignes de son super héros de frère. Jusqu’au jour où atterrit  dans leur jardin un vaisseau spatial d’où sort Pluripattes le pirate, lequel, avec son pistolet laser, annihile les pouvoirs de Goliath. Mais ce pistolet ne peut rien contre Maguette lorsqu’elle se lance, tête baissée, dans un combat épique contre le monstre : elle  n’a pas de super pouvoirs ! Déconfit, Pluripattes retourne dans l’espace, Maguette réconforte son frère qui croit que sa force ne sert à rien, et elle lui confie les tâches ménagères tandis qu’elle se repose, enfin.

Superfonceuse fait partie de ces albums qui bousculent les stéréotypes du genre, non sans humour. Goliath et Maguette sont bouc et chèvre, et, très humanisés, ils habitent dans une petite maison.  Les dessins accentuent la représentation stéréotypique : le super héros, avec sa cape et son masque, entouré de médailles et d’haltères, la ménagère avec son tablier entourée  de tricot, d’aquarelle et de fleurs. On se situe dans un univers enfantin que les illustrations renforcent par leur côté naïf, proche des coloriages et des représentations des animaux et des extraterrestres que pourraient réaliser des enfants.

Un album qui se plait à accentuer le côté enfantin de l’histoire et des illustrations pour rapprocher les personnages des enfants lecteurs afin de mieux les concerner par le propos tout à fait d’actualité.

 

 

J’attends maman

J’attends maman
Izumi Motoshita – Chiaki Okada
Nobi nobi ! 2016

Quand tous les autres enfants sont partis…

Par Michel Driol

nobinobi-maman_couvertureCe soir-là, Kana est la dernière à attendre sa maman à la fin de l’école. Elle parle avec Nounours  de ce que peut faire sa maman: problème de train, poussé par un hippopotame et d’autres animaux costauds,  achat d’un gâteau énorme, qui l’oblige à marcher très lentement,  puis achat de très nombreux ballons qui l’entrainent dans les airs. Enfin elle arrive ! Et Kana de raconter sa journée. Tout se termine autour de l’achat d’un gâteau et d’un ballon, tandis que Nounours est sagement rangé dans une caisse.

Voilà un album plein de tendresse qui évoque la façon dont l’imagination se conjugue avec l’appréhension. Tous les enfants qui ont vécu cette situation ont connu ce pincement au cœur, cette crainte d’avoir été oublié dont rend compte avec finesse cette « histoire minuscule », vue à hauteur d’enfant. Une fois la situation posée, tout est traité sous la forme d’un dialogue entre Kana et Nounours, un Nounours réconfortant, qui  rassure à chaque fois la petite fille. Nous sommes dans le monde de Kana, entre craintes et espoirs.

Les illustrations – couleurs pastel pleines de douceur – montrent le décor et les sentiments des personnages. Sourire bienveillant de la maitresse et de la dame de service contrastant avec la bouche crispée et les yeux inquiets de Kana. A noter aussi l’expressivité du découpage en images de la séquence finale, celle des retrouvailles, qui fait alterner, de façon très cinématographique, plans d’ensemble et gros plans.

Un bel album japonais qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux parents en évoquant le plaisir des retours d’école.

 

 

14 récits de Merlin l’enchanteur

14 récits de Merlin l’enchanteur
Michel Laporte
Flammarion Jeunesse 2016

Comme une autobiographie de Merlin

Par Michel Driol

merlinEn quatorze récits, comme autant de tableaux, Merlin se raconte à Robert, un jeune moine qui prend en note ses paroles. Il raconte sa naissance, la tour de Vortigen et les deux dragons, les combats d’Uter et Pandragon pour libérer le royaume des Saxons, la création de la Table Ronde, la naissance d’Arthur  puis son couronnement. Le récit de Merlin s’interrompt pour les deux derniers épisodes, consacrés à la rencontre avec Viviane et à l’emprisonnement éternel de Merlin par Viviane.

C’est donc l’ensemble du cycle pré arthurien qui nous est conté ici, entre magie, intrigues et batailles. Merlin, fils du diable et d’une mortelle, y incarne la science du futur, la fidélité au roi légitime et à Arthur, la loyauté. Il œuvre en secret, ne révélant que le minimum de ses plans et de ce qui va arriver. Humain, trop humain, Merlin par amour révèle tous ses secrets à Viviane, y compris celui qui va l’enfermer à jamais dans une prison magique. Le récit se termine sur le constat amer de la plus grande folie commise par l’homme le plus sage de la terre. Merlin reste un personnage entouré de mystère, qui disparait souvent sans qu’on sache où et pourquoi il se retire.

L’écriture des contes et légendes, pour un jeune public, est un exercice difficile. Ce texte échappe aux nombreux pièges, et rend accessibles ces récits aux jeunes lecteurs, en en respectant l’essentiel : le merveilleux,  l’atmosphère  et les valeurs.  La langue est contemporaine : pas d’artifice pour introduire des termes médiévaux. Un lexique final permet de les resituer, et éclaire sur les nombreux personnages qu’on rencontre.

 

Adieu croquettes ! Adieu caresses !

Adieu croquettes ! Adieu caresses !
Rachel Corenblit
Rouergue 2016

Chien et chat…

Par Michel Driol

adieuDans la collection Boomerang, courts romans recto-verso, voici deux histoires parallèles. D’un côté, l’histoire d’un chat, un peu enveloppé, qui veut renoncer aux caresses et devenir un féroce félin. De l’autre, un chien minuscule qui se verrait bien en loup. A la fin, bien sûr, l’un et l’autre fondent de bonheur dans les bras de leurs maitres respectifs.

Il s’agit de premières lectures autonomes : chaque récit fait une vingtaine de pages, en gros caractères, dans une langue facile. Les personnages sont des animaux, qui se posent la question de leur identité et de leur fidélité à l’histoire de leur race (le chien qui veut deven eur identité et leur condition, qui leur apporte l’amour dont ils ont besoin. Le tout est traité avec humour, et vu du point de vue des animaux.

Deux récits sans prétention qui abordent malgré tout un thème fondamental en littérature pour la jeunesse.

 

Koi que bzzz ?

Koi que bzzz ?
Carson Ellis
Hélium 2016

Unk mazet turlitiboot !

Par Michel Driol

koi-ke-bzzz-de-ellis-carson-1089051240_lLe décor ? Un tronc d’arbre coupé gisant au sol page de gauche, et une plante qui se développe page de droite. D’abord plantule, puis fleur épanouie, enfin fleur fanée. Sur l’une des branches du tronc, une chenille qui devient cocon puis papillon éphémère dansant au clair de lune. Printemps, été, automne, hiver, puis à nouveau printemps l’album illustre le cycle des saisons, en quelques pages.

Mais son originalité tient aux multiples insectes qui viennent animer ce décor, à la langue imaginée, poétique et créative dans laquelle ils s’expriment – une sorte de gromelot – et à leur discrète humanisation (cannes, chapeaux, sacs à mains…) ainsi qu’à l’expression des sentiments multiples qu’ils éprouvent – étonnement, joie, désolation, crainte. C’est d’abord un couple de libellules qui s’interroge devant la plante, puis une coccinelle, un hanneton qui vont demander conseil à la chenille savante qui habite dans le tronc d’arbre – véritable logis avec sa table, sa lampe à pétrole, ses lunettes et sa pipe… Elle leur offre une échelle, qui leur permet de grimper sur la plante, d’y installer leur cabane, menacée par une araignée géante qui l’entoure de sa toile, avant qu’un oiseau, encore plus géant, ne la détruise. Puis la vie de la petite communauté reprend, jusqu’à l’automne  qui laisse un paysage désolé et abandonné.

Le graphisme – minutieux – est de ceux qui regorgent de détails à profusion, souvent humoristiques et que l’on peut suivre de page en page – la coccinelle empruntant son transat à la chenille, la hissant en haut de la plante avant d’y siroter un verre, la chenille arborant veste et cache-nez quand l’automne arrive. Sans oublier les fourmis, personnages muets, mais présents, tel un chœur antique dont les gestes seuls commentent cette tragi-comédie.

Un album qui traite de façon poétique du cycle des saisons, qui met en évidence les multiples vies cachées des insectes qui, tels des enfants, se construisent une cabane en hauteur pour y jouer aux pirates. Un album aussi pour parler de sciences naturelles et d’écologie.