L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm

L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm
Ann Jonas, Sébastien Mourrain
Seuil jeunesse, 2013

GRRR !

Par Anne-Marie Mercier

hommealapeaudoursC’est un conte bien étrange que celui de L’Homme à la peau d’ours, des frères Grimm : Au début de l’histoire, on voit que la paix est un malheur… pour les soldats qui ne savent rien faire d’autre et que la société abandonne. A la fin, deux des personnages se suicident (certes, il s’agit des méchantes sœurs de l’héroïne). Au milieu, un pacte avec le diable : le héros accepte de revêtir une peau d’ours et de ne pas se laver ni se couper les ongles et les cheveux et ainsi de provoquer le dégoût chez ses semblables, malgré sa bonté. C’est une sorte de métamorphose réaliste qui oppose apparence animale d’une part, bonté et … richesse d’autre part, le second étant le plus souvent plus efficace que le premier.

Le mélange est curieux, entre obsession de l’argent et fantastique. Les dessins stylisés et sobres Le-Vaillant-Petit-Tailleurde Sébastien Mourrain. Le texte d’Anne Jonas suit fidèlement l’original.

Pour écouter le conte: http://www.youtube.com/watch?v=5CV87WJoM88

ET… puis, pour les adultes qui auraient envie de rire un peu des frères Grimm, lisez Le Vaillant petit tailleur d’Eric Chevillard, il existe en plus maintenant en version poche, un régal !

Et si je mangeais ma soupe ?

Et si je mangeais ma soupe ?
Coralie Saudo, Mélanie Grandgirard
Seuil jeunesse, 2013

Quand la matérialité du livre joue avec le propos…

Par Frédérique Mattès

soupeOn se plonge avec bonheur  dans ce livre tout en longueur illustrant avec beaucoup de malice l’imaginaire d’un petit garçon qui explore les conséquences de l’injonction qui lui est faite : « Mange ta soupe ! ».

Après avoir, comme le bon sens populaire le prédit, grandi, grandi, grandi …, il se voit , tour à tour obligé de se mettre au dernier rang tout le temps, obligé de dormir tout recroquevillé dans un lit beaucoup trop petit et …  bien d’autres désagréments encore …

L’illustration pleine page composée par un trait simple et naïf renforcé par un jeu d’échelle caricatural nous transporte aussitôt dans le monde onirique de l’enfant. La collaboration texte (une simple phrase par page) et image fonctionne parfaitement.

Un vrai moment de plaisir à partager entre petits et grands autour de cet album « impertinent ».

A destination de tous les enfants qui n’aiment pas la soupe ! (Quelques arguments dans leur escarcelle !) Mais qui peut aussi permettre à ceux qui se trouvent trop petits de mesurer leur chance ! …

Points

Points
Gaëtan Dorémus
Rouergue, 2013

Magicien Dorémus

Par Dominique Perrin

poinDes auteurs-illustrateurs aussi originaux et percutants, il en existe, mais peut-être en est-il peu d’aussi constants que Gaëtan Dorémus dans la production contemporaine d’albums.
La présente aventure de Géant gris – deux titres ont précédé – est une méditation en acte sur le pointillisme comme moyen pictural d’appréhension de l’espace et du mouvement. Mais c’est aussi une histoire rigoureusement, subtilement en prise sur l’expérience enfantine du temps, de l’imaginaire, et de l’amitié pour les créatures bien à tort réputées impalpables qui peuvent en sortir. Tout au long de cette très belle aventure sensible, le grand talent de l’« illustrauteur » est là, semblable et renouvelé : dédié à la figuration du dynamisme humain, celui du corps et celui de l’esprit, dans un monde redevenu immense.

Des moutons à la mer

Des moutons à la mer
Einar Turkowski
trad. de l’allemand par Miléna Rambeau-Bisäth
Grasset, 2014

Humour d’Einar Turkowski

Par Dominique Perrin 

9782246787129FSLa taille et le format carré de ce petit livre d’un grand monsieur de l’album contemporain allemand semblent en annoncer le caractère plutôt minimaliste. « En Irlande », « un berger » « avait beaucoup de moutons ». Une galerie d’ovins, machinés autant dans leur essence de robots mi-futuristes, mi-surannés que dans leur désignation (le « mouton enveloupé » n’étant pas le moins attachant) s’offre d’abord au lecteur – qui peut, s’il est adulte, se trouver interloqué par la vision inaugurale d’un atelier où le tronc des moutons ressemble si l’on veut à une petite bombe. Quant au jeune lecteur, sans doute est-il interloqué par bien d’autres aspects : difficile d’en imaginer la liste.
Survient ensuite le pivot de la fable très sobre de cet album au graphisme très soigné, et au rapport plutôt libre aux codes narratifs dominants : l’existence du berger est assombrie par la hantise de perdre ses moutons (pour cause notamment de « rouille précoce », « manque de ressort », loup… et « grand vent d’ouest » au-dessus des falaises). Moyennant une unique péripétie, dont on taira ici le contenu mais non le caractère magistralement humoristique, le sentiment se fait jour pour le lecteur d’avoir été emporté en bateau par un album plus ambitieux qu’il ne le pensait, loin des potacheries post-modernes en vogue dans un monde volontiers matérialiste et hypocondriaque.  Le beau vers remis en circulation par le dernier film de Miyazaki y trouve une résonance : « Le vent se lève !… il faut tenter de vivre ! »

 

L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm

L’Homme à la peau d’ours. Un conte de Grimm
Ann Jonas, Sébastien Mourrain

Seuil jeunesse, 2013

GRRR !

Par Anne-Marie Mercier

hommealapeaudoursC’est un conte bien étrange que celui de L’Homme à la peau d’ours, des frères Grimm : Au début de l’histoire, on voit que la paix est un malheur… pour les soldats qui ne savent rien faire d’autre et que la société abandonne. A la fin, deux des personnages se suicident (certes, il s’agit des méchantes sœurs de l’héroïne). Au milieu, un pacte avec le diable : le héros accepte de revêtir une peau d’ours et de ne pas se laver et se couper les ongles et les cheveux et ainsi de provoquer le dégoût chez ses semblables, malgré sa bonté. C’est une sorte de métamorphose réaliste qui oppose apparence animale d’une part, bonté et … richesse d’autre part, le second étant le plus souvent plus efficace que le premier.

Le mélange est curieux, entre obsession de l’argent et fantastique. Les dessins stylisés et sobres de Sébastien Mourrain (dommage cependant que l’intérieur soit d’un style différent de celui l’illustration de couverture) et le texte d’Anne Jonas suivent fidèlement l’original.

Pour écouter le conte

Fusée

Fusée
Edouard Manceau
Seuil jeunesse, 2013

Boum !

Par Anne-Marie Mercier

fusee10, 9, 8, 7…. Les chiffres du compte à rebours s’égrènent sur chaque double page paire, tandis qu’en face, sur l’autre page, se combinent peu à peu les éléments qui feront l’image de la fusée. Lorsque tout est en place et que les deux petits spationautes sont installés, départ! … puis explosion et chute de tous les éléments à recomposer.

Il y a du jeu jubilatoire dans cette accumulation et dans cette destruction explosive, une invitation à recommencer, un peu comme dans le grand petit album de Christian Bruel et Nicole Claveloux, Alboum, souvent imité, jamais égalé. Ici, Edouard Manceau a ajouté une pointe d’originalité dans la mesure où c’est une image qui se construit et où l’album entier tourne autour de la création / destruction d’une image. Les couleurs franches explosent elles aussi de page en page.

Une Journée à Pékin

Les titres de nos dernières chroniques (Poisson-chat, Le Clan des chiens, Le Goût d’être un loup, La Fabuleuse Aventure de Frida cabot…) vont finir par faire croire que Li&je est un blog pour amis des bêtes. Un peu d’humanité et d’urbanité, donc pour resituer les choses.

Une Journée à Pékin
Sun Hsin-Yu
L’école des loisirs, 2013
UnejourneeapekinUne petite fille sort de chez elle, court après un chat (encore un !) et à sa suite parcourt différents quartiers de Pékin, puis différentes époques : entrant dans la cité interdite, elle pénètre, à la manière de Mary Poppins, dans une image et rencontre un petit garçon qu’on devine être le dernier empereur.
La ville ancienne avec ses Hutongs et la ville moderne, avec ses immeubles, son stade olympique et son université, sont tracées au dessin à l’encre, servent de cadre à la promenade de l’enfant mais aussi à toutes sortes d’activités : on voit les habitants de Pékin travailler, faire du sport, de la musique… On est ainsi loin des clichés sur la Chine, même si l’incursion dans le passé en propose quelques-uns. Le  dessin à l’encre est relevé de quelques touches : le rouge de la robe de la petite fille, le noir du chat, la jaune du costume du petit garçon…, l’on parcourt avec délice cet espace très fluide où chaque double page propose tout un monde.
Une partie documentaire clôt l’ouvrage.

Poisson chat

Poisson chat
Dedieu
Seuil jeunesse, 2013

?!

Par Christine Moulin

chat dedieuL’ouvrage frappe d’abord par la géniale simplicité des moyens employés: de larges aplats de couleurs franches qui attirent le lecteur vers ce qu’il faut remarquer, comprendre, ressentir. Si bien que cet album sans texte provoque aussitôt des réactions intérieures fortes, plus bruissantes que des mots.  Dès la première double page, tous les éléments de la tragédie sont en place: un chat, un guéridon et sur le guéridon, un bocal, et dans le bocal, une minuscule et fragile tache rouge, en forme de poisson… Il y a encore un étage et un fauteuil entre le guéridon et le chat mais dès les pages suivantes, voilà que le cadre se resserre et le chat, pourtant représenté sans yeux, sans moustaches, devient de plus en plus présent…: l’insouciance du poisson rouge qui saute joyeusement, dangereusement (stupidement?) fait mal, fait peur! Le chat ouvre un œil et ce qui devait arriver arrive… le poisson tombe par terre, hors du bocal, frétillant frénétiquement. L’histoire continue, tendue, haletante, alternant couleurs froides pour le poisson et chaudes pour le chat.

La chute, entre fin tragique et fin par trop mièvre, trouve une troisième voie pleine d’ironie et de distance. De quoi s’indigner, discuter… Voilà une histoire très féline en somme, qui se livre et se dérobe pour mieux séduire…

Le goût d’être un loup

Le goût d’être un loup
Catherine Leblanc
Motus, 2012

Debout !

Par Christine Moulin

gout loupComme La fabuleuse histoire de Frida Cabot, Le goût d’être un loup donne la parole à un narrateur animal pour qu’il raconte sa fugue: en l’espèce, il s’agit d’un loup, qui quitte sa meute pour découvrir le monde mais aussi se découvrir lui-même. Un soir, fatigué, déçu, perdu, il s’arrête et las d’être loup, il rêve à ce qu’il aimerait être : il finira par se retrouver.

Pour les plus jeunes, la structure répétitive, aisément repérable, facilite la lecture et en même temps, elle dit la peur, la souffrance, le découragement, tout aussi bien que la progression vers la lumière. Des calligrammes permettent de partager les aspirations du héros. Le jeu sur des empreintes renforcent le propos sans l’illustrer platement.

Mais surtout, ce livre, sans pesanteur, nous parle de nous-mêmes:  il y a des jours où nous ne savons plus qui nous sommes, où nous nous perdons mais il nous est possible de nous remettre debout, d’aller plus loin, de reprendre goût à  la vie!

La fabuleuse aventure de Frida Cabot

La fabuleuse histoire de Frida Cabot
Lise Renaux
Motus, 2012

Perplexité…

Par Christine Moulin

fridaOui, perplexité devant ce petit livre de la collection « Mouchoir de poche »: comme les autres ouvrage de la même collection, il comporte des illustrations en noir et blanc. Mais au lieu qu’elles soient stylisées, comme souvent, elles sont complexes, détaillées, faites de tissus collés, si bien qu’on en vient à regretter la couleur…

Perplexité aussi devant cette histoire, celle d’une fugue dont l’héroïne ne sort pas vraiment transformée, même si elle se révèle fort sympathique en tant que narratrice canidé.

Perplexité devant ce mélange d’humour à destination des adultes (le jeu de mots du titre en est un exemple: Frida Khalo/Frida Cabot…) et à destination des tout petits (« J’avoisinais les six cents milliards de kilomètres à l’heure »). Perplexité devant des procédés utilisés de façon un peu désordonnée: la parodie des superhéros mais aussi le contraste entre texte et image (Frida voit des chats partout!) ou le côté circulaire de l’histoire (certes, on en revient à la fameuse leçon « il ne faut pas habiller les animaux » mais la fin peut-elle vraiment être considérée comme une chute?).

Finalement, à force de perplexité, on se dit que ce petit album n’est pas désagréable mais qu’il n’est pas non plus inoubliable…