Le Livre de Perle

Le Livre de Perle
Timothée de Fombelle
Gallimard jeunesse, 2014

Entrelacs

Par Anne-Marie Mercier

« Je glissais dans une barque entre les aulnes et les peupliers. Les feuilles des nénuphars se laissaient écraser par la coque du bateau, mais les fleurs ressortaient de l’eau comme des bouchons après mon passage. Des libellules se posaient sur les rames. J’avais l’impression de remonter vers une source » (p. 221)

Les romanlelivredeperles de Timothée de Fombelle ont beau être tous différents, ils ont en commun un même fond de nostalgie, dans tous les sens de ce mot : ses héros ont été un jour chassés d’un lieu sûr et aimant, un paradis de plaisirs simples qui est souvent celui de l’enfance. Ils errent à la recherche d’un passage qui les ramènera chez eux et entretemps se terrent dans un refuge secret. Ils se cachent, de peur d’être démasqués et éliminés pour ce qu’ils sont : les représentants d’un royaume, d’une époque, ou d’un peuple idéal, des porteurs d’espoir.

Le – ou plutôt les – héros du Livre de Perle sont hantés par ce désir de retour : deux êtres féériques chassés de leur monde dans le nôtre, qui ne croit pas aux fées, deux amoureux séparés ; avec eux, un humain hanté par le souvenir d’un premier chagrin d’amour et d’un épisode étrange, comme un rêve, dans lequel il rencontre celui qui se fait appeler Perle – Ilian dans le monde du conte. Tous les personnages marchent au chagrin comme d’autres à l’ambition ou à la quête d’un désir : c’est leur moteur, leur allié, leur guide. Chagrin de la séparation, du deuil, de l’abandon, du mésamour, il se décline dans chaque épisode.

Ce chagrin est le chemin de leurs quêtes. Perle cherche MagasinZinzindes preuves de son existence antérieure, objets étranges ou sortis de contes de fées à l’image de ceux du Magasin Zinzin de Frédéric Clément. Chaque objet est un peu comme ces petites choses que l’on conserve pour garder vivant le souvenir et arrêter ainsi le cours du temps, un rêve d’éternelle jeunesse. On les conserve, on les emballe précieusement, comme les parents adoptifs de Perle, puis lui-même lorsqu’il prend leur place, emballent les guimauves dans le magasin parisien qui est au cœur du roman. Ils les plient dans un papier de soie orné d’une couronne, celle du prince déchu qu’est tout être sorti de l’univers merveilleux de l’enfance. Les valises entassées par Perle témoignent du désir de sauver de l’oubli ce qui est l’évanescence même, les souvenirs du temps passé comme les objets féériques.

Mais ce livre n’est pas pour autant un conte de fées : Perle traverse les rafles, la guerre, le camp de prisonniers, la résistance, les réseaux de collectionneurs fous; il travaille et parcourt le monde à la recherche de celle qui est toujours à côté de lui, son Eurydice qui ne peut se dévoiler sans disparaître à jamais.

Le livre est tissé de la recherche de ce qui fuit, comme un rêve récurrent dont on essaie désespérément de renouer les fils, persuadé que le destin y est inscrit et qu’il dévoilera le secret après lequel on court. Il est composé ainsi, chaque chapitre donnant une bribe de l’histoire, dans des temps et lieux différents, donnant l’impression que des fils se dénouent lorsque d’autres se nouent. La hantise d’une histoire commencée, qu’on n’arrive pas à finir et qui de ce fait menace le monde (un peu comme dans L’Ecoute aux portes de Claude Ponti) trouve son remède dans la fiction c’est elle qui permet de redonner un sens, de lier ce qui est rompu, et de revenir dans le paradis perdu, celui de l’enfance et celui des contes.

Tout cela est porté par une poésie au charme particulier et insaisissable, à l’image de l’eau qui parcourt tout le récit : n’est-ce pas après une source que les personnages masculins courent ? source d’eau, source des récits, « mer des histoires »…

Prix Pépite à Montreuil 2014, bien mérité !

 

L’Heure des mamans

L’Heure des mamans
Yaël Hassan Sophie Rastégar
Utopique

La liste du raton-laveur

Par Michel Driol

couv_Heure_mamans_HDComme tous les jours, la maitresse dit que c’est bientôt l’heure des mamans… Ce qui fait bouillir intérieurement le petit raton-laveur,  héros et narrateur de cette histoire, parce que ce n’est jamais sa maman qui l’attend, car elle travaille. Et, au fil des pages et des jours, comme dans une comptine, il fait la liste de celles et ceux qui viennent le chercher à la sortie de l’école : baby-sitter, grand parents, oncle, père… ou qui parfois l’oublient … L’heure des mamans, pour le petit héros,  on la découvrira dans la  double page qui termine  l’album : c’est samedi et dimanche, l’heure des câlins dans un grand lit.

SI le décor est bien celui d’une ville, d’une école, d’un appartement aujourd’hui, les personnages sont des animaux illustrant la diversité des enfants de la classe : porc-épic, girafe, kangourou…, humanisés par leur posture sur deux pattes et un accessoire vestimentaire (bottes, gilet). On retrouve cette même diversité dans la représentation des adultes. L’illustration de Sophie Rastégar, pleine de tendresse,  fourmille de détails humoristiques : le parent kangourou tend sa poche à son enfant, un bébé chat vole une plume à une maman oiseau.

Yaël Hassan propose un texte léger et limpide, avec des mots simples, à hauteur d’un enfant qui s’interroge sur la pertinence du vocabulaire des adultes (l’heure des mamans). Voici un album qui pose la question des stéréotypes dont le langage de l’école est porteur. Il n’y a pas que les papas qui travaillent. Et bien des enfants sont attendus par quelqu’un d’autre que leur maman. Et pourtant, cela reste « l’heure des mamans ».

Un album plein de fantaisie et de poésie sur les rythmes de vie d’aujourd’hui, sur les modes de garde après l’école et sur les relations familiales, dans lequel se reconnaitront de nombreux enfants qui fréquentent l’école maternelle.

Sœurs sorcières

Sœurs sorcières
Jessica Spotswood,
Traduit (Etats unis) par Rose Marie Vassalo et Papillon
Nathan, 2013 et 2014

Comment améliorer une œuvre ratée?

Par Anne-Marie Mercier

Connaissez-vous Imitation, la parodie de Twilight, parue Soeurs sorcièreschez Castelmore (filiale de Bragelone) en 2010 (au fait il y a aussi Hamburger Games, du même « auteur », The Harvard Lampoon) ? C’est assez drôle, vite lassant puisque c’est un concentré de tout ce qui est pesant dans Twilight. Eh bien, en lisant la moitié du premier volume de Sœurs sorcières et quelques pages du deuxième, j’ai eu l’impression d’entrer dans le même type de pastiche, tant j’y retrouvais, en plus dense, ce qui m’avait agacée dans Twilight (que j’ai par ailleurs lu jusqu’au bout avec… un certain intérêt) : les dialogues nous donnent l’impression d’être dans un sit-com pour ados : sentiments explicités, imitationrévoltes idem, etc.

L’auteur ne nous passe aucun détail. J’aimerais comprendre les raisons de ce déferlement d’adjectifs dans la littérature ados : sont-ils jugés incapables de visualiser une histoire sans cela ? La narratrice (ou plutôt l’auteur) veut-elle nous convaincre du fait que le film qui sortira immanquablement de son livre est tout prêt à filmer ?  On ne nous cache rien, pas même la couleur des canapés. Quant à celle des robes, le moindre accroc compris, on en comprend mieux la raison : un statisticien nous dira un jour combien de signes ont été consacrés aux robes en littérature ado pour filles – parce que, tout en étant féministe à fond, ce livre est fait uniquement pour les filles, ça saute aux yeux dès la couverture.

Féministe donc : les griefs contre les hommes sont ressassés longuement de façon répétitive. Seules les femmes ont des « pouvoirs », du moins certaines. Les autres sont des bécasses qui méritent le sort qui leur est fait. Certes, c’est un monde imaginaire, certes, le machisme (la phallocratie comme on disait autrefois) règne : cette série est une uchronie qui se passe au début du XXe siècle, 200 ans après la destruction du pouvoir des sorcières qui régnaient à Salem sur toute la Nouvelle Angleterre. Une Confédération Inde-Chine contrôle l’ouest de l’Amérique, tandis que le sud du continent est dominé par par l’Espagne (ceci occupe trois lignes non développées dans les 150 premières pages du premier volume, je ne m’étonne pas qu’une jeune blogueuse française puisse écrire que ça se passe au 17e siècle). L’humour de l’auteur fait que, dans ce monde, Dubaï est le lieu de la liberté et de l’émancipation des filles.

Dommage : il y avait de quoi faire une belle série autour du destin de sœurs d’âges différents et de caractères opposés (on en connait de beaux exemples), de prophéties annonçant leur domination future (idem), de pouvoirs qui mal contrôlés deviennnent maléfiques, de révolte contre des sectes inquiétantes… et une uchronie aux caractéristiques intéressantes. Mais le livre m’est tombé des mains, me laissant l’impression qu’un bon relecteur aurait dû en biffer les deux tiers pour laisser l’intrigue, plutôt intéressante, se développer à un bon rythme (comme Twilight) et faire oublier les faiblesses du style.

Un résumé plus développé de l’intrigue et un avis plus positif sur le blog Un jour un livre

 

 

Tant pis pour elle

Tant pis pour elle
Valérie Dayre, Pierre Leterrien
La Joie de lire (Encrage), ‘2014

Peur ou pas peur ?

Par Anne-Marie.Mercier

Tant pis pour elleUn thriller signé Valérie Dayre, c’est forcément plus qu’un thriller… On retrouve son ton un peu acide, sa distance par rapport à ses personnages et l’art du récit qui la caractérisent. Les personnages, dont les points de vue alternent, sont savoureux : la jeune stagiaire journaliste échouée dans le trou qu’est Montchalin (Montchanin ?), la fille de l’aubergiste, les notables, le détective… tous ont léger grain (à tous les sens du terme).

Quant à l’histoire, elle mêle savamment loups, vampires, satanisme et vieilles vengeances, on n’en dira pas plus. Et quand au frisson, il est dosé juste ce qu’il faut pour les âmes sensibles et les jeunes lecteurs : le pire a déjà eu lieu au début du roman ;  le seul moment de tension forte dans l’intrigue, à la fin du livre, est raconté en retour en arrière, alors qu’on sait que les secours sont arrivés à temps.

Mais quelle idée !

Mais quelle idée !
Pascal Brissy – Didier Jean & Zad
Utopique

En l’honneur de papi Charly !

Par Michel Driol

maisquelleTibelle, la petite écureuil, est inquiète. Son grand-père va bientôt mourir, lui dit son père qui lui explique que c’est comme la pomme de pin sur l’arbre, car, un jour ou l’autre, il faudra qu’elle tombe, qu’on le veuille ou non. Alors Tibelle accroche solidement la pomme de pin à l’arbre, pour conjurer le destin. Par une nuit de tempête de neige, elle monte même sur l’arbre pour retenir la pomme de pin. Mais la tempête est plus forte. Papi Charly lui demande alors un service, de planter une graine pour que pousse un nouvel arbre… tandis que Tibelle jette quelques noisettes à la tête du renard, en l’honneur de son grand père.

Comment parler de la mort aux enfants ? Voilà un nouveau livre qui aborde ce sujet délicat avec tendresse et humour, à hauteur d’imaginaire d’enfant qui peut s’imaginer qu’on peut échapper à la fatalité, empêcher la pomme de pin de tomber. Aux réponses embarrassées du père correspond le dernier câlin du grand-père à sa petite fille, la demande secrète, insistant sur la complicité des deux personnages. C’est une histoire d’amour et de transmission entre générations, vue exclusivement à travers le point de vue de l’enfant.

Les pastels et gouaches de l’illustration montrent des personnages très humanisés, facilitant encore plus l’identification du lecteur, avec leurs grands yeux, parfois perdus dans la forêt de la vie, comme dans les contes.

Un ouvrage qui deviendra sans doute un classique pour aborder la question de la mort avec les enfants.

De quelques albums qui ont aidé les enfants à découvrir le monde et à réfléchir

De quelques albums qui ont aidé les enfants à découvrir le monde et à réfléchir
Michel Defourny

L’école des loisirs (Archimède), 2013

Le tour de l’album de fiction documentaire en cent pages

Par Anne-Marie.Mercier

L’album documdefournydequelquesalbumsentaire est un peu le parent pauvre de la critique de littérature jeunesse, Michel Defourny avait montré en 2003 à quel point c’est regrettable. L’école des loisirs propose la réédition augmentée et modifiée de cet ouvrage. Partant d’albums narratifs classiques comme Le costume neuf du petit Paul (1912), The Story of a Baby (1938) et Apoustiak (1948), il propose une exploration par thèmes qui va des plus anciens comme celui des métiers jusqu’aux témoignages, en passant par les animaux, les voyages, le végétal, l’histoire,… et en relevant que certains ont été jusqu’ici peu abordés par de grands auteurs sous une forme narrative (la conquête de l’espace, l‘infiniment grand, par exemple) : auteurs, à vos stylos/claviers !

La dernière section, intitulée « question de méthode », présente des albums illustrant les opérations fondamentales de la connaissance : classer (Mais où est donc Ornicar ? de G. Stehr et W. Glasauer), prendre des notes (Suivons ce chat ! de M. Izawa et M. Hiraide), synthétiser (Sept souris dans le noir de E. Young), comparer (Lola de Y. Pommaux), expérimenter (Les Découvertes de Nick, de S. Nordqvist)

Tout ce parcours est présenté dans un petit livre illustré très dense, qui allie utilité – on trouvera facilement grâce à ce classement ce qu’on cherche – et réflexion : la mise en perspective de ce qu’on souhaite montrer d’un sujet donné à différentes époques et des différentes façons de représenter un même objet est fort intéressante : Michel Defourny est un spécialiste de l’image, et ça se voit !

 

Flame (Mission Nouvelle terre, t. 3)

Flame (Mission Nouvelle terre, t. 3)
Amy Kathleen Ryan
Le Masque (MSK), 2014

Gravité dans la SF interstellaire

par Anne-Marie Mercier

Après Glow (flame2012) et Spark (2013), avec une belle régularité de publication, nous arrivons au feu d’artifice de Flame. Ce troisième volume donne la fin des aventures de Waverly, Kieran et Seth à bord des deux vaisseaux spatiaux qui emmènent les survivants de la terre vers une nouvelle planète.

Les tomes précédents avaient mis en lumière les conflits de pouvoirs et les rivalités amoureuses des adolescents ; le troisième montre qu’ils ne sont que des enfants au regard de ce dont sont capables les adultes et que l’on doit mesurer sa confiance, tout en étant capable de l’accorder à qui il faut et quand il le faut… c’est-à-dire rarement. La place et le rôle des adultes sont variés et originaux (les parents sont morts, ou en prison, ou abrutis par un traitement chimique), les relations entre adolescents complexes, la place de la religion est à la fois forte et critique ; enfin, celui qui s’intéresse le plus au s9782702436295ort des plus jeunes est un garçon, pas du tout efféminé pour autant.

Les péripéties ne manquent pas, mais l’un des mérites de cette série est surtout d’envisager la colonisation de nouveaux espaces en s’intéressant au trajet plutôt qu’à l’arrivée. Il n’y a pas de sauvages à combattre, mais quantité de traîtres et de fous parmi les civilisés. Enfin, elle propose un micro-monde, un peu comme une île (ou plutôt deux îles) avec les deux immenses vaisseaux, une nouvelle version de l’arche de Noé transportant toute la flore et la faune de l’ancien monde, comportant des champs, des forêts, mais sans la mer, mer qui apparaît à la fin du dernier volume.

Jours d’école. Collectif de Haïkus

Jours d’école. Collectif de Haïkus
Collectif
AFH (Association francophone de Haïkus) et Renée Clairon (Canada), 2014

Poésie pour l’école ou école de poésie ?

Par Anne-Marie Mercier

C’est une rJours d’école. Collectif de Haïkusencontre inattendue, et pourtant évidente, que celle de la poésie scolaire d’autrefois (automne, école, sensations et souvenirs) avec les ateliers d’écriture et le haïku. Et pourtant ces petits poèmes en dix-sept syllabes (ou pas), évoquant une saison (ou pas) et structurés autour d’une césure (ou pas) sont proches dans l’esprit de beaucoup de nos classiques d’autrefois. Ce recueil franco-canadien propose des textes écrits par des adultes et des enfants, en français ou en espagnol (ceux-ci sont donnés avec leur traduction), lors d’ateliers d’écriture. Quelques témoignages sur ces ateliers en fin de volume éclairent les démarches et les buts de leurs animateurs, illustrant la variété des pratiques (à signaler, un beau témoignage de Thierry Cazals sur la pratique du choix d’un « nom de poète » par les scripteurs).

Des écrivains confirmés, membre de l’AFH, ont également contribué et le jeu qui consisterait à deviner qui a écrit tel ou tel poème (« haïkumane » ou débutant ? enfant ou adulte ? féminin ou masculin ?) est parfois difficile : on lit sans savoir, mais la solution est en fin de volume, c’est une très bonne idée. Un CD propose une lecture à voix haute pour accompagner ces évocations ; des illustrations en noir et blanc, sombres ou comiques, parfois nostalgiques, accompagnent ces évocations. De styles variés, elles sont dues à des étudiants canadiens en arts plastiques.

Les quatre saisons ordonnent la première partie, de la rentrée avec ses angoisses, la solitude, mais aussi les découvertes et les plaisirs de l’automne, au printemps, en passant par l’hiver, et finissant par la fin des classes et l’école abandonnée.

Cour de récréation –
seule au monde au centre
de son cerceau

Classe de neige –
les enfants apprennent à compter
avec les flocons

Deux élèves dans l’escalier
une ombre à quatre bras –
début du printemps

Marelle abandonnée
dans la cour de l’école –
un chat dort au ciel

Pour contacter l’Association francophone de haïku mavieen17pieds


Et pour lire un joli roman sur les ateliers d’écriture de haïkus à destination des adolescents : Ma Vie en dix-sept pieds de Dominique Mainard (école des loisirs, 2008)

 

Plouf plouf

Plou plouf
José Parrondo
Rouergue 2014

Histoire sans paroles

Par Michel Driol

ploufVoici un album sans texte, qui met aux prises un marin sur son bateau et une baleine bleue. Le marin perd sa casquette, tente de la rattraper, au gré des vagues et du mouvement du bateau. Mais voici que la casquette se retrouve coiffer une baleine bleue, qui rit… comme seule une baleine peut le faire. Devenu capitaine Achab, le marin tente d’harponner la baleine pour récupérer sa casquette. Mais au bout du compte, c’est le bateau et le marin qui serviront de couvre-chef à la baleine.

Un album sans paroles, comme du temps des films muets, à la grande époque du burlesque. Album en noir et blanc, à l’exception du bleu de la baleine et de certains éléments du bateau et du marin. Comme au temps du muet, les visages sont sur-expressifs (inquiétude, joie, colère).  Un flippe-book (sic), dans lequel l’image se reproduit, d’une double page à l’autre, presque à l’identique, avec une petite variation (de place de la casquette par rapport au bateau par exemple), ce  qui suffit à faire progresser l’intrigue vers son dénouement à travers gags et retournements de situation. Du marin ou de la baleine, qui sera le plus fort ? Qui aura le dernier mot ?

Un album minimaliste par sa forme, reposant sur des ressorts du comique bien établis, opposant l’agitation forcenée vaine et stérile du marin à la force tranquille et pleine d’humour de la baleine… Le rire n’est pas que le propre de l’homme !

Un Pommier dans le ventre

Un Pommier dans le ventre
Gérard Dubois

Grasset jeunesse, 2014

Au secours, un pépin !

Par Anne-Marie Mercier

Un Pommier dans le ventreCet album soigné, venu d’outre atlantique (publié au Canada par la Courte échelle) semble avoir aussi traversé le temps : images d’école primaire des années 40 ou 50, graphisme et séquençage imitant des techniques d’illustration anciennes, et angoisses enfantines : qu’arrive-t-il si j’avale un pépin de pomme ? si un verger si met à pousser ?

Pas de réponse totalement rassurante, mais l’idée que l’automne et la maturation des pommes sont loin, si l’on est au printemps !