Le banc

Le banc
Sandrine Kao
Syros, 2013,(Coll. tempo)

Racisme ordinaire sur un banc

Par Maryse Vuillermet

le banc imageAlex, le héros et narrateur de cette histoire,  mange seul sur un banc du parc parce qu’il habite trop loin et que sa mère ne peut lui payer ni la cantine, ni le bus. Un jour,  sur son banc habituel, il   découvre des insultes racistes, Alex, tronche de Nem, Alex bol de riz. Il a honte et les efface rapidement mais, alors qu’elle l’accompagne pour lui raconter ses problèmes, il les montre à Sybille,  une fille de sa classe, qu’il trouve pourtant un peu collante.  Elle décide de mener l’enquête.

Alex a quelques amis, tous  différents,  comme lui,  mais il sent mal aimé par les autres élèves de sa classe. De plus,  son père les a quittés pour retourner à Taïwan, le  laissant avec sa mère  dans une grande précarité. Et puis, un typhon sévit à Taïwan,  alors,  sans exactement comprendre pourquoi,  Alex lance  à la cantonade que son père est mort. Soudain, tout le monde s’intéresse à lui, il devient visible.

 Mais sur le banc,  l’inscription  qui l’attend est Menteur. Comment Alex va-t-il se sortir de cette situation ? Qui est l’auteur de ces inscriptions bêtes et racistes ?

  Un très joli roman sur les troubles  et les difficultés de l’adolescence redoublés ici par le complexe d’infériorité et le malaise dus à  l’origine chinoise.

 


 

La Drôle De Vie de Bibow Bradley

La Drôle De Vie de Bibow Bradley
Axl Cendres
Sarbacane (Exprim’), 2012

Chienne de vie

Par Anne-Marie Mercier

ledroledeviedebibowDestiné aux grands adolescents (la collection Exprim’ s’est débarrassée du label de la loi de 1949 sur les productions pour la jeunesse), ce livre raconté à la première personne par le roi des tocards – qui devient à la fin un total clochard – est aussi drôle que tragique. Mal aimé, fils et arrière petit fils de ratés alcooliques, Bibow est engagé dans la guerre du Viet Nam. Par lassitude plus que par conviction, il massacre ses propres camarades, mais échappe au tribunal militaire car il est recruté par la CIA à cause de son talent particulier et exceptionnel, découvert au moment de son interrogatoire : il est incapable de ressentir la peur et est donc capable de tout et de n’importe quoi.

Dans cette histoire d’espion, c’est surtout le n’importe quoi qui domine, des opérations absurdes, en Amérique chez les Hippies ou en URSS, qui laissent toujours le roman en deçà de la réalité: celle-ci est représentée par les personnages de William Colby (directeur de la CIA de 1973 à 1976, il causa la mort de dizaines de milliers de personnes au Viet Nam) et de Richard Helms, son prédécesseur. Bibow les décrit comme « juste deux psychopathes qui avaient le pouvoir de faire tout ce qu’ils voulaient ». Le héros est donc un double burlesque des grands personnages.

Malgré cela, le roman n’est pas totalement nihiliste : peu à peu (et il y met le temps), Bibow découvre l’amour, l’empathie, la compassion et offre un portrait d’homme sans foi ni loi, mais libre et lucide. C’est une belle lecture, souvent drôle, et toujours édifiante par les réalités qu’elle révèle ou rappelle.

Quelle CHAtastrophe !

Quelle CHAtastrophe !
Maureen Dor & Charlotte Meert
Editions Clochette, 2013

Quand les mots miaulent

Par Chantal Magne-Ville

quellechatastropheLa collection Les Zygomots s’enrichit d’un nouvel album, qui indéniablement permet aux enfants de saisir immédiatement le sens de l’expression « avoir un chat dans la gorge »  grâce à la magnifique illustration de couverture, où un matou malicieux se prélasse sans vergogne dans la gorge irritée du pauvre Emile, qui n’en peut mais. D’ailleurs cette gorge ressemble plutôt à un boudoir douillet, de forme circulaire, d’un rouge profond, que l’enfant peine à contenir. Les pigments sont mis en valeur par un effet de glaçage qui contraste avec la matité du reste du livre, en un effet saisissant.

L’histoire est celle d’Emile, un petit garçon qui a soudain un chat dans la gorge ce qui l’empêche de prononcer correctement les « ch », faisant souvent de lui un incompris qui n’a d’autre alternative que de s’isoler dans sa cabane. Sa camarade Madeleine va s’ingénier à trouver toutes sortes de ruses tenant compte de la psychologie des chats pour obliger le matou à sortir, mais en vain. Emile interroge alors le chat sur le pourquoi de sa présence et apprend que c’est parce qu’il a toujours la bouche ouverte que l’animal a décidé de s’installer chez lui : en effet ce matou a peur du noir ! Emile  à son tour tentera de le déloger en se forçant à  boire, à sauter, et même à adopter un chien,  jusqu’à ce que Madeleine ait l’idée salvatrice. L’attention est focalisée sur le matou vu tantôt du dedans, tantôt du dehors, par un jeu de contre-champs qui impriment une dynamique particulièrement réussie. L’humour est omniprésent, malgré le caractère parfois un peu convenu des jeux sur les mots. Un CD propose une lecture convaincante de l’histoire ainsi qu’une chanson pleine d’entrain, de la même veine.

 

En scène

En scène  
Tatiana Werner
Gallimard Jeunsse, 2013

Génial !

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

en scène imageGénial ! Complet ! Intelligent ! Sérieux et drôle ! Instructif mais jamais ennuyeux Une multitude de conseils destinés à des enfants qui veulent monter  un spectacle chez eux.

Des pages documentaires sur le théâtre, ses différentes formes y compris les plus modernes, sur son origine, ses grands noms, ses bâtiments,  ses coutumes, ses professions…

Des exercices sur le corps, la voix, la relaxation,  des idées d’improvisation,  de reproduction,  d’écriture…

Des activités pratiques pour fabriquer un décor, un micro, des costumes, des maquillages, des marionnettes,  des  astuces  pour éclairer avec une frontale, délimiter une scène avec un fil à linge…

Le tout est agrémenté de dessins, schémas drôles et très pédagogiques, de photos belles et documentaires.

Bref, c’est complet et touchant car on sent chez l’auteur l’amour  et la connaissance des enfants et du théâtre.  A mettre entre toutes les mains,  y compris les enseignants qui veulent faire faire du théâtre à leurs élèves.

Cinq minutes de prison

Cinq minutes de prison    
Jean-Hugues Oppel
Syros, Souris noire  2013

 Suspens sur la glace !

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

cvt_Cinq-minutes-de-prison_5517 imageUn polar sportif, comme le dit  la fiche  de présentation, en effet,  l’intrigue se déroule  entièrement au cours d’un  match de hockey sur glace, L’un des joueurs  veut se venger d’un autre pour une histoire amoureuse et devient fou.  Il  cherche à  frapper son ennemi avec la crosse de hockey,  ce qui peut être dangereux voire mortel.  Seul Willy s’en aperçoit, et  va tout faire pour l’en empêcher.  La partie est serrée,  pas seulement en raison du score mais parce qu’elle peut devenir le moment et le  lieu du crime.

Pour moi, le roman est un peu ennuyeux, il n’y a rien d’autre que la partie de hockey, une description technique très minutieuse des différents gestes, des différentes phases du jeu et des enjeux.  Ça ne peut plaire qu’à des jeunes qui s’intéressent au hockey ou au sport. Mais pourquoi pas !

Cependant,  J .H. Oppel nous a  habitués à plus de profondeur, qu’est-il allé faire sur la glace ?

De l’autre côté de l’île

De l’autre côté de l’île
Allegra Goodman
Traduit (anglais- USA) par Jean Esch
Thierry Magnier (grands romans), 2013

Cauchemar météorologique

Par Anne-Marie Mercier

DelautrecotedelileAprès une catastrophe, un déluge, l’humanité s’est réfugiée dans une enceinte dirigée par « la Compagnie », sous les ordres de la Mère nourricière. Les enfants sont endoctrinés, les parents surveillés, les actes et les pensées contrôlés.

Le principal intérêt de cette dystopie, par ailleurs bien faite et pleine de trouvailles, réside dans le comportement de la jeune héroïne, Honor. Lassée d’être toujours mise en difficulté par le comportement déviant de ses parents, elle tente d’être « normale » et même parfaite dans l’acceptation de toutes les règles pour se faire accepter par ses maîtres comme par ses camarades. Frôlant parfois la trahison des siens, elle ne se révolte que lorsque ses parents sont enlevés par la Compagnie, et elle reléguée dans le quartier des orphelins, ce qui ruine toutes ses tentatives de normalité.

Les aventures sont mêlées à des réflexions sur la résistance, l’espoir, le destin de l’humanité… et la peur du cataclysme dans une nature déchaînée.

Comme deux gouttes

Comme deux gouttes
Olivier Douzou
Rouergue, 2013

Créer à vue

Par Dominique Perrin

commeInterpréter les contours a priori insignifiants, à tout le moins abstraits, de formes colorées dûes au hasard est un plaisir esthétique fondateur. Olivier Douzou isole ici, afin de la rendre lisible par de tout jeunes yeux, une constellation formée de deux « gouttes » bleues, trois noires, une orange, joliment étirées d’est en ouest à la manière des nuages. De cette forme initiale s’extraient et se redéploient l’ensemble des éléments jusqu’à évoquer un visage. Chaque étape de ce jeu est posément mise en mot, consacrant le tropisme naturel des formes vers le monde du symbole. Le commentaire final : « tu lui ressembles comme deux gouttes » renvoie à la fois à l’expérience du saisissement figuratif, et à une vision scientifiquement fondée de la ressemblance entre les êtres, au sein de l’espèce humaine comme au sein des familles.

Le roi et le joueur de doudouk (français-arménien oriental)

Le roi et le joueur de doudouk (français-arménien oriental)
France Verrier, Thomas Anglaret, Christine Dinounts
L’Harmattan, 2013

Défis logiques et poésie narrative

Par Dominique Perrin

doudDans un « pays de montagnes et de terres brunes » – l’Arménie -, des hommes tentent de défier l’orgueil du roi : celui-ci a cru bon de promettre la moitié de son royaume à qui parviendrait à lui faire croire un mensonge. Les deux premiers champions galéjeurs ont du charme : le berger évoque un bâton à remuer les étoiles, le tailleur sa tâche de rapiéceur de nuages. La version présentée ici, conformément à l’esprit de la collection, est concise : arrive donc promptement le joueur de doudouk, qui attaque le monarque au défaut de la cuirasse, en affirmant sans ambages que celui-ci lui doit une jarre d’or. A partir de là s’enclenche un casse-tête logique qui peut évoquer celui de Minos roi des menteurs…

L’extraordinaire abécédaire de Balthazar

L’extraordinaire abécédaire de Balthazar
Marie-Hélène Place, Caroline Fontaine-Riquier
Hatier, 2013

Dans la forêt des lettres et des sons…

Par Dominique Perrin

abéVoici un abécédaire qui mérite son qualificatif d’« extraordinaire », au sens où il suggère le caractère à la fois merveilleux et fondateur de la découverte du système de la langue écrite. L’univers imagé y est engageant et cohérent, les textes associés à chaque lettre brefs et chantants. On peut cependant s’interroger sur la mise en œuvre des principes pédagogiques présentés en page de garde à destination du lecteur médiateur. Contrairement à ce que supposent ces préconisations préalables, certaines lettres-sons simples sont parfois présentes ici bien ailleurs qu’à l’initiale des mots du texte (voir « i ») ; et surtout, certaines lettres sont quasiment absentes du texte censé leur être dédié, au profit d’autres graphies du son auquel qu’elles rendent (voir la curieuse page « è »).