Les Zinzins de l’assiette

Les Zinzins de l’assiette
Audren

Ecole des Loisirs (Neuf), 2011

Mère à la dérive, enfants aux fourneaux

par Sophie Genin

9782211205092.gif« Chapitre 1 : Le Blues du supermarché, chapitre 6 : Les raviolis et les Ricains, chapitre 8 : changer les habitudes et savourer, chapitre 9 : avec 10 euros et de l’amour, chapitre 10 : les ingrédients magiques, chapitre 13 : ma mère mijote ».

Envie de découvrir ce que cachent ces titres ? Ouvrez ce drôle de petit roman et suivez les tribulations du narrateur, Milos, et de ses deux frères, Virgile, l’aîné, et Desmond, le petit qui pleure tout le temps, tous de pères différents, et de leur maman, franchement pas douée ni en cuisine ni en couple.

Ses garçons lui offrent un livre de cuisine pour son anniversaire et veulent qu’elle s’y mette mais peine perdue : ils devront le faire eux-mêmes ! Après de lourds échecs et des aventures culinaires peu ragoûtantes mais hilarantes, les garçons réussiront à faire évoluer leurs repas mais apprécieront aussi les changements familiaux et amoureux de leur mère !

Ilse est partie

Ilse est partie
Christine Nöstlinger
Traduit de l’allemand (Autriche) par
Bernard Friot
Mijade (zone J), 2010

Fugue de mineure, œuvre majeure

par Anne-Marie Mercier

Ilse est partie.jpgLes éditions Mijade ont fait un très beau choix en publiant une version française du célèbre roman de l’auteur autrichienne Christine Nöstlinger, prix Andersen (1984) et première lauréate du prix Astrid Lindgren (2003, avec Maurice Sendak). Jusqu’ici, de nombreux autres titres avaient été traduits, mais pas Die Ilse Ist Weg (1991), nouvelle édition sous le titre du film (1976) qui a été tiré de Ilse Janda,14(1974). C’est un classique de la littérature internationale souvent cité dans les ouvrages sur la littérature pour adolescents.

die Ilse.jpgC’est un très beau livre, très pudique, sur un sujet difficile. Ilse, 14 ans, est partie, c’est sa jeune sœur Erika qui raconte.  Complice, elle donne le contexte de la fugue, avec ce qu’elle croit savoir, ses raisons apparentes, comme le divorce des parents, l’éducation trop sévère et trop distante donnée par la mère, les préjugés sociaux… Mais le lecteur comprend progressivement, et un peu plus vite que la narratrice, qu’Ilse a menti à sa sœur et qu’il y a d’autres causes plus profondes, liées à sa personnalité. Il devine aussi rapidement où Ilse s’en est allée, avec qui, et le danger qu’elle court. Au contraire, Erika devra faire toute une enquête, lentement, d’indice en interrogatoire, de preuve en hypothèses, à la façon d’un détective, avant de trouver des réponses à ses questions. Chacune des sœurs fait du chemin, et celui d’Erika la mène vers une maturité qui semble inaccessible à l’aînée.

Ilsejanda.jpgLa description de la famille et de ses habitudes, les certitudes de la mère en matière d’éducation, le regard plus lucide et aimant du beau-père et surtout de la grand-mère paternelle, le portrait de l’autre grand-mère, tout cela fait une série de personnages qui sonnent vrai. Les rencontres d’Erika qui parcourt la ville à la recherche de sa soeur sont variées et ses nouveaux amis attachants.

La fin est ouverte et loin d’être heureuse : Ilse est rentrée, mais le problème demeure ; le texte s’achève sur ces mots :

« J ‘ai peur, pas seulement pour Ilse. J’ai peur pour nous tous. Pour nous tous. »

Tout en étant d’une écriture simple et d’une lecture facile, ce roman explore la complexité, l’éclaire sans la résoudre.

Un jour je suis mort

Un jour je suis mort
Kyunghye Lee
Traduit du coréen par Catherine Baudry et Sohee Kim
L’école des loisirs (Médium), 2011

L’amour, est-ce que ça se mérite?….

Par Chantal Magne-Ville

un jour je suis mort.gif« Un jour je suis mort » : un titre accrocheur que cette phrase découverte par Youmi sur la page de garde du journal intime de son copain Jaijoun, mort deux mois auparavant dans un accident de moto. La maman de ce dernier n’a pas eu la force de lire le cahier bleu et le lui a confié. L’intérêt du roman tient surtout dans la découverte, au fil des semaines, des réactions de Youmi, une adolescente écorchée vive, pétrie de culture coréenne mais aux préoccupations finalement très semblables à celles des adolescentes européennes.

La lecture fragmentée du journal intime de Jaijoun fait naître de nombreuses réflexions sur le sens de la vie et des amours rêvées ou inatteignables. Le point de vue interne rend l’émotion poignante, tout en laissant transparaître la complexité d’une amitié amoureuse qui ne dit jamais son nom. A part quelques longueurs, la tension psychologique ne retombe jamais car Youmi découvre peu à peu qui était véritablement son ami et pourquoi il est mort. Le ton n’est cependant pas pathétique malgré la gravité du sujet qui évite toujours le larmoiement et sait toucher son public.

Qui es-tu Alaska?

Qui es-tu Alaska?
John Green
traduit de l’anglais (américain) par Catherine Gibert
Gallimard (pôle fiction/filles), 2011

Vie et mort en pension

par Anne-Marie Mercier

John Green,Gallimard (pôle fiction),pension, suicide, adolescent,amitiéAvec ce roman déjà paru en collection scripto en 2005, on entre dans un univers de « collège » américain, et plus précisément de pensionnat. Bien loin de Harry Potter ou de Twilight, on est dans la réalité la plus crue, sexe quasi excepté, même si le désir du héros adolescent pour sa camarade Alaska est très présent et analysé avec précision ; le roman hésite entre crudité et pudibonderie. L’auteur a été aumônier étudiant auprès d’enfants, et on sent tout au long du livre une grande proximité avec ses personnages et beaucoup d’empathie, mais une volonté de ne pas trop choquer et sans doute d’édifier.

Le narrateur, Miles, qui sera vite surnommé « le gros » pour sa maigreur, est un garçon normal quoique un peu solitaire et habité par une passion curieuse, celle des derniers mots proférés par les hommes célèbres au moment de leur mort. Il devient l’ami de garçons et de filles un peu déjantés, très portés sur l’alcool et les cigarettes (mais pas de drogue) et les conduites à risque.

Le quotidien du pensionnat est très bien rendu : cantine, cours, angoisses des examens (les élèves se préparent à l’examen de fin d’études secondaires et misent beaucoup sur celui-ci qui doit leur permettre d’entrer ou non dans l’université de leur choix). Les clans s’affrontent parfois à travers des farces brutales, séparés souvent par des considérations de classe sociale.

Les personnages sont très attachants, chacun dans son genre et l’histoire, comique et cruelle dans ses débuts, devient vite bouleversante, à mesure que le mystère du caractère suicidaire d’Alaska s’épaissit et que le personnage du « Colonel », le camarade de chambre de Miles se complexifie.

En résumé, c’est un beau livre, touchant et intéressant, où les questions existentielles (à travers le cours de « religion ») ne sont pas absentes : à conseiller, à moins qu’on ne suive un avis plus réservé dans un bon article du site altersexualité. De nombreux blogs ados le classent comme un coup de coeur… mais il est vrai que ce sont des blogs de filles et que Gallimard l’a classé dans la série « filles », alors que le narrateur est un garçon.

Entre deux rafales: Entre deux monologues

Entre deux rafales
Arnaud Tiercelin

Rouergue (DoAdo),  2010

Entre deux monologues 

                                                                                                         par Maryse Vuillermet

 Deux monologues alternent, celui d’Emma sur son lit d’hôpital qui a perdu la mémoire et celui d’Arthur qui erre aux alentours, parce qu’il est responsable de l’accident de scooter qui a blessé Emma.Les deux voix sont celles d’adolescents déchirés, l’une dans sa chair et sa mémoire, l’autre,  depuis toujours, par la maltraitance, l’abandon de ses parents, de ses familles d’accueil, la violence des foyers, et du regard des autres.

Emma, ayant tout oublié,  sent pourtant que quelqu’un l’aime, lui,  croit qu’elle va le rejeter, le haïr mais il ne cesse d’espérer pare qu’il n’a plus que ça, il est seul,recherché par la police et le foyer.Ce roman d’Arnaud Tiercelin, parle d’adolescents blessés, de parents muets, de mère alcoolique, de préjugés de classe, de colère autodestructrice, mails il parle aussi d’espoir, d’entraide entre jeunes, et d’humanité.

Le style et le dispositif d’écriture permettent bien des surprises, des rencontres et des rebondissements.  C’est un roman touchant qu’on n’oublie pas.

Entre mes nunga-nungas mon coeur balance

Entre mes nunga-nungas mon coeur balance, le journal de Georgia Nicolson (T3)
Louise Rennison
Gallimard (Pôle Fiction Filles), 2011

Georgia Nicolson : une Bidget Jones ado   

par Sophie Genin

 

9782070635399.gifEn 2002 sortait ce nouvel opus au titre improbable du « Journal de Georgia Nicolson » dont je suivais les aventures depuis un moment (le premier était sorti en 2000). Le voilà en poche !

 Nul doute que si Bridget Jones avait tenu son journal intime quand elle était adolescente, cela aurait donné les romans à succès de l’anglaise Louise Rennison ! Les anciennes lectrices ferventes de Georgia vont pouvoir la retrouver dans une aventure au titre évocateur, les « nunga-nungas » étant ses seins ! Tout comme sa grande soeur de papier, l’adolescente nous livre ses déboires multiples. Dans cet épisode, elle nous apprend qu’elle a été exclue du « Stalag 14 » (elle nomme ainsi son collège) et que, pour éviter la colère de « Vati », son père, elle est condamnée à rester dans sa chambre, « à faire la fille qui a super mal au bide ».

 Par la suite, dans un style mordant, à la fois blasé et décalé (les originaux avaient une couverture illustrée par Claire Brétécher qui convenait parfaitement au ton de l’auteur), la jeune fille ne cessera de se plaindre de sa condition, pour le plus grand bonheur des lecteurs (plutôt lectrices ?) qui la suivront avec jouissance. En effet, le texte, bien traduit, n’est pas exagérément outrancier mais juste et drôle, sans tomber dans la caricature. L’humour anglais sauve cette peste qui n’est jamais insupportable car, malgré de nombreux traits de caractère exaspérants, cette dernière est attachante. Pouvoir l’emporter partout dans la poche va permettre de sourire un peu face aux souvenirs adolescents. L’auto-dérision sans prise de tête est essentielle pour vivre ou revivre cette délicate période de transformation !

Tout près le bout du monde

Tout près le bout du monde
Maud Lethielleux
Flammarion-Castor poche (Tribal), 2010

Roman coup de poing

par Sophie Genin


journal intime,récit épistolaire,adolescence,délinquanceLe début du livre est déroutant : un « je » écrit son journal intime et on ne sait ni son nom ni son âge ni d’où il vient. A sa suite, deux autres « je » écriront à leur tour, chacun au moins une page par jour, comme le leur a demandé la mystérieuse femme qui semble avoir leur charge, éducatrice particulière.

La typologie et le ton changent radicalement d’une page à l’autre et jamais un narrateur ne nous aidera à y voir clair, de même que la seule adulte du roman ne prendra jamais la parole, alors qu’on sait qu’elle écrit, elle aussi, tous les jours. Au fil des pages, on découvre ainsi Jul’, qui écrit des lettres à son amoureux perdu de vue dans des circonstances obscures et violentes, Solam, d’une agressivité exemplaire et absolue, et Malo, 11 ans, totalement perdu à cause d’une histoire familiale étonnante et déroutante.

Les quatre personnages, obligés de vivre ensemble dans une ferme à rénover, comme perdue au bout du monde, vont apprendre, petit à petit, à s’apprivoiser. Par l’écriture, ces écorchés vifs de la vie renaîtront.

La beauté à couper le souffle de cette rencontre improbable ne peut laisser de marbre et le style coup de poing de Maud Lethielleux, capable d’incarner, avec une justesse incroyable, des adolescents très différents en perdition vous marquera longtemps.

LBD, t. 2, En route les filles !

LBD, t. 2, En route les filles !
Grace Dent
Gallimard (pôle fiction/filles), 2011

Le Bouquin Débile ?

par Anne-Marie Mercier

LBD.gif Le deuxième volume de la série, publié aujourd’hui en poche, est à la hauteur de l’ensemble. Les « Bambinas dangereuses » ne se préoccupent que d’elles-mêmes, de fringues et de désirs de célébrité et se donnent une mission : faire tourner en bourrique leurs amoureux et séduire les autres. Ici, on les voit se rendre à un concert et immédiatement se poser la question cruciale : qu’est ce que je vais me mettre ?

La Reine des mots

La Reine des mots
Armand Cabasson
Flammarion-Père Castor (Tribal), 2011

 Armand Cabasson : le roi des mots

par Sophie Genin


9782081250307.gifParce qu’elle était incapable de se taire petite, Jenny D’Alembert a été surnommée par ses parents la « reine des mots ». Ce surnom pourrait s’appliquer à l’auteur de ce roman. En effet, les images mises dans la bouche de l’héroïne par ce psychiatre-écrivain sont souvent surprenantes : « Ma vie d’aujourd’hui ressemble à un verre en cristal que je fais lentement tourner dans ma tête à la recherche d’une fêlure. Je ne remarque rien d’anormal, pourtant il ne teinte plus comme autrefois. » (p. 7) ou « Et là, tout à coup, mes parents sont deux morceaux de beurre lâchés dans une poêle brûlante. » (p. 110) ou « Le gâteau se désagrège dans ma bouche, la vie ne devrait être rien d’autre qu’une mousse de noix riche en beurre. » (p. 279) ou encore « (…) grandis encore un peu et tu réaliseras que le monde est une gigantesque boule de bowling bleue qui va te rouler dessus si tu te mets en travers de sa route, et tu seras éjectée en l’air comme une quille, ou broyée… » (p. 305).

Le double de l’auteur, le docteur Rimter, accompagne Jenny (qui découvre en même temps qu’elle est surdouée et que ses parents vont divorcer) dans sa « mue », comme elle le dit elle-même « je suis devenue une autre moi-même ». La justesse de l’auto-analyse du personnage associé à un style unique permet au lecteur de comprendre l’héroïne de l’intérieur.

Mais dans ce roman, on croisera Blanche Neige, Hérédia, Appel du pied de Risa Wataya, donné en ordonnance par le psychiatre à Jenny, Le Petit Prince, héritage familial qui redonnera le sommeil à la jeune fille, La Joueuse de Go de Shan Sa, Le Seigneur des anneaux, La Vie à deux de Dorothy Parker, Quartier Lointain de Taniguchi et bien d’autres encore qui donnent envie de voyager dans la littérature pour devenir un ‘ »autre soi-même », comme Jenny ! On trouvera même une chronique de lecture de Passage des miracles de Naguib Mahfouz, page 412 !

16 ans ou presque torture absolue

16 ans ou presque torture absolue
Sue Limb

Gallimard (Scripto), 2011

Adolescence et humour anglais

par Sophie Genin

adolescence,famille,pèreAvec un titre pareil, on pouvait s’attende au pire concernant le portrait caricatural de l’adolescente en crise mais ce roman, édité par Scripto, qui propose, en général, des textes de qualité, n’est pas que cela. En effet, Sue Limb, qui a déjà publié plusieurs aventures de Jess (cf. 15 ans, welcome to England, 15 ans, charmante mais cinglée et 16 ans, franchement irrésistible), permet aux fans de la retrouver en poche (2006 pour la première édition française de ce roman) et aux autres, comme moi, de la découvrir. Et ma découverte a été une surprise agréable. Le texte, rédigé dans une langue fluide, pétrie d’humour, bénéficie d’une traduction de qualité.

Les personnages sont dignes d’un film d’Almodovar : la grand-mère qui cherche l’endroit idéal pour disperser les cendres de son défunt mari, la mère, ayant toujours vécu seule après un divorce douloureux et surtout le père, dont on découvre, en même temps que sa fille, un secret étonnant (cet aspect fait pour beaucoup dans l’originalité du traitement de la question de la famille, du divorce et  même de l’adolescence ici), sans parler de l’amoureux de Jess, Fred, capable de s’écrier : « Pour ma mère, tu es une princesse. En fait, si tu étais à vendre sur eBay, je pense que ma mère t’achèterait pour te mettre à ma place ».

Envie de vous détendre en suivant les tribulations d’une jeune fille qui préférerait partir en vacances avec son amoureux (caché à sa mère, fâchée avec les hommes en général) plutôt que visiter les châteaux et autres merveilles architecturales de Cornouailles sur les traces d’une mère passionnée de vieilles pierres, histoire de vous retrouver, tantôt dans les répliques de l’une (Jess : « Je me prépare à un départ matinal. Ma mère frôle l’overdose de guides culturels et je redoute l’avenir. « Jess, tu écoutes ? Voici la pierre sur laquelle le roi Oeuf le Dur a été mangé à la mayonnaise par les Vickings en l’an 809. ») tantôt dans les attitudes de l’autre ? Vous avez ce qu’il vous faut entre les mains !