Un Bout du monde

Un Bout du monde
Célia Garino
Sarbacane, 2026

Par Anne-Marie Mercier

Publié initialement en 2024, ce magnifique roman a été très bien accueilli par la critique (et par lietje !) : il lui a été décerné le prix littéraire franco-allemand (catégorie Jury jeune) et il a été sélectionné pour le grand prix de la Société des gens de lettres du Roman Jeunesse.
Sa réédition se fait sous une belle couverture, plus avenante que la précédente, qui insistait sur le côté explosif du narrateur. Ici, c’est la beauté du monde qui est mise en avant, celle qu’il finit par découvrir après bien des errances et des révoltes.

 

 

http://www.lietje.fr/2025/08/03/48732/

 

Nulle et Grande Gueule

Nulle et Grande Gueule
Joyce Carol Oates
Gallimard (folio), 2002

Adolescence obsidionale

Par Anne-Marie Mercier

Joyce Carol Oates n’est a priori pas un auteur pour enfants, mais ce livre est une si belle histoire de rencontre entre deux adolescents qu’il semble bon de le signaler à l’attention de ceux qui cherchent des livres pour les ados.

Prenez deux adolescents d’une même classe de première d’un lycée américain banal. L’un est « grande gueule », garçon populaire, président de ceci ou de cela, directeur de la rédaction de la revue du lycée, insouciant et apparemment entouré de plein d’amis. L’autre est La Nulle, mal dans sa peau, agressive, persuadée qu’elle est… nulle et que ceux qui font comme si elle ne l’était pas sont des hypocrites. Elle est à vif, il ne se méfie pas.

Chacun vit un drame au début du roman, mais l’un a plus de conséquences que l’autre : l’adolescent est appréhendé par la police et interrogé, puis exclu du lycée en attendant les résultats d’une enquête.

Incapable de ne pas faire une plaisanterie quand elle se présente à lui, il a évoqué l’idée de faire un massacre au lycée et a été dénoncé comme un futur terroriste. L’attitude du chef d’établissement, des professeurs, des parents, et surtout des amis est épinglée de manière acide. La droiture de La nulle sera le seul rempart contre la bêtise et la lâcheté de l’ensemble d’une communauté.

Le livre nous dit que le monde est ainsi fait : en situation dangereuse, tes amis se détourneront de toi, ta famille parfois. Et tu seras heureux si tu trouves quelqu’un pour  te tendre la main – quelqu’un qui pourrait fort bien être une personne que tu ne voyais pas ou dont tu te moquais – . Sombre ? Comme les ados aiment: sombre avec la lumière au bout du tunnel et l’idée que l’avenir, le courage, l’amitié vraie, c’est eux. Dans un monde replié sur ses peurs, ils se font une île où vivre, seuls contre tous, ou plutôt loin de tous, étrangers à ces haines et frilosités.

Lune Mauve. Tome 3 : L’affranchie

Lune Mauve. Tome 3 : L’affranchie
Marilou Aznar

Casterman, 2014

@psychotiquetweets

Par Matthieu Freyheit

lunemauve3Troisième tome de la tétralogie (voir les chroniques des tome 2 et tome 1). Séléné a quitté Viridan et un mariage imposé par des sardines magiques (ou quelque chose comme ça) messagères d’Isthar. Le retour à Darcourt signe le retour des personnages auxquels le lecteur s’est attaché. L’auteure assume elle-même ses préférences en éclipsant quelques figures moins percutantes (on pense à l’excentrique Rimbaud), tandis qu’elle donne une épaisseur nouvelle à Alexia, définitivement très réussie, ou à Thomas, dont la relation avec Séléné capte très bien l’intérêt.

Il reste que le titre de ce troisième volume est trompeur : Marilou Aznar nous rappelle que Séléné s’affranchit de Viridan à la fin du deuxième tome, sans nous laisser anticiper que c’est d’un autre monde que l’héroïne s’affranchit au terme du troisième. C’est donc très bien joué. Entre ces deux moments de tension et de passage d’un monde vers un autre, d’une existence vers une autre, Séléné (dite « la Sigismonstre », il faut dire que c’est plutôt amusant et bien trouvé) tente de reprendre le cours de sa vie, sans voir que malgré elle tout concourt à la ramener à ce qu’elle a jusque là cherché à quitter. Mais la machinerie est en route : quête d’un objet destructeur, manipulations diverses, rencontres étranges, meurtres non élucidés. Ajoutez à cela un voyage au Japon, et l’aventure est complète. Parallèlement, si l’on retrouve au début du volume un peu de l’humour développé dans le premier, la tension prend peu à peu le dessus, soulignant l’impossibilité pour l’héroïne d’échapper à son ‘destin’. Un thème vu et revu, c’est vrai, qui ne semble peut-être pas révolutionner le roman adolescent. Mais enfin, ce n’est pas ce que l’on demande nécessairement. L’écriture de Marilou Aznar n’est pas seulement efficace mais intelligente, prenant le pouls discret des différents usages qui peuvent être faits des réseaux sociaux (loin des clichés dans le cas des psychotiquetweets d’Alexia), tandis qu’elle parvient tout à la fois à prendre le rythme de l’aventure et celui de l’aventure amoureuse. Une série à défendre et à lire, dont il n’y a qu’à attendre le dernier volume.

Une étoile dans le coeur

Une étoile dans le cœur
Louis Atangana
Rouergue, 2013

Cumul de handicaps !

Par Maryse Vuillermet

une étoile dans le coeur image Ecrit à la première personne, ce roman de la douleur sociale prend aux tripes. Le narrateur, quinze ans, élève de première peu motivé, habitant d’une Zup, Les Iris, apprend par une lettre que son père Congolais les quitte, qu’il ne supporte plus le racisme français, la galère des petits boulots alors qu’il s’est tant battu pour devenir ingénieur. Damien en veut énormément à son père de les quitter mais aussi d’avoir toujours larmoyé sur ses échecs. Il nous révèle qu’il voit Souad en cachette, il désire son jeune corps mais la loi de la zone est terrible, si elle est vue avec lui, elle sera considérée à vie comme une pute : «L’armée des faux serviteurs d’Allah veillait ».

Mais un malheur n’arrivant jamais seul, il apprend aussi que sa mère étant juive, lui aussi l’est. Alors qu’il ne s’était jamais intéressé à ses origines, ni à celles de son père congolais ni à celles de sa mère juive, voilà que toute son Histoire lui saute à la figure.  Comme il révèle sa judéité à ses camarades, il s’aperçoit vite que son double handicap est très lourd à porter, black, il subit le racisme des Blancs, des Arabes, juif, le racisme des Arabes, et des juifs qui ne comprennent pas qu’on puisse être juif et noir, amoureux de Souad, il se fait tabasser par les Islamistes au nom d’Allah…

Il ne va plus au lycée, erre, se bat, se fait agresser, quitter par Souad, mais il essaye aussi de comprendre, il interroge son grand-père juif, ancien déporté, Ahmed, le bouquiniste algérien gauchiste, il rencontre Juliette, une blanche, élevée au Cameroun, qui se sent noire… Bref, peu à peu, comme le lui disent son grand-père et Ahmed, il comprend que les déterminations raciales et religieuses sont simplificatrices, dangereuses, à combattre, les racismes et les préjugés aussi.

Dans une langue de jeune de banlieue, violente et imagée, Damien se débat avec ses contradictions, sa propre violence, ses désirs, ses affections, ses propres préjugés…

C’est un bon roman, même si certaines situations ne sont pas très crédibles, en particulier, le remariage de sa mère ouvrière avec un directeur financier, riche, sympa, mais noir, heureusement, sinon, il aurait été trop parfait !

 

 

 

A comme association, t. 8 : le regard brûlant des étoiles

A comme association,  t. 8
Le regard brûlant des étoiles
Erick L’Homme
Gallimard Jeunesse, Rageot Editeur, 2012

Magies  à gogo

Par  Maryse Vuillermet

acomme assoc tome 8 image Voilà le tome 8 de la série A comme Association. Cette série était écrite à deux mains par Pierre Bottero et Erick L’Homme mais la disparition de Pierre Bottero a obligé Erick L’Homme à terminer  et à terminer seul.

Ils s’étaient répartis le travail, Erick L’homme écrivait du point de vue du héros Jasper  les tomes 1 3 5 6 7 8 et Bottero,  du point de vue d’Ombe,  les tomes 2 et 4.   Jasper, est Agent stagiaire à l’Association, recruté pour son talent pour la magie. Âgé de 15 ans, il aime le caramel au beurre salé, les Doors, le philosophe Gaston de Saint Langers et a un humour très particulier. Toujours vêtu de noir, il est grand, maigre, très pâle  cheveux et yeux noirs. Il porte toujours sur lui un collier protecteur (fait de pierres précieuses enfilées sur un cordon piqué à sa mère) et sa besace, dans laquelle il trimballe tout son attirail de magie (pierres, plantes, grimoires et braseros…). Avec ses deux amis Jean-Lu, une force de la nature, et Romu, tout en calme et en longueur, il a monté un groupe de rock celtique   où il  joue de la cornemuse.

Jasper habite dans un duplex d’un immeuble haussmannien, rue Mauméjean. Il a été repéré par l’Association lors d’un jeu de rôles, et a été invité à rencontrer Walter, le directeur de la branche française de l’Association, au café Mourlevat. Les premières missions de Jasper ont démontré qu’il était capable d’une grande intelligence et d’un sang-froid hors du commun, mais aussi qu’il avait l’art de se faire des ennemis très puissants tel que Séverin, un maître vampire qu’il a gravement brûlé ou Siyah, un mage noir dont il a crevé l’œil… Au fur et à mesure que ses aventures continuent, dans les tomes suivants,  il se retrouvera dans des complots de plus en plus compliqués et dangereux

Au début du tome 8, il doit venger la mort partielle d’Ombe,  celle totale du Sphinx qu’on enterre, il est mal à l’aise avec Nina à qui il ment sur ses véritables sentiments, et il doit continuer à poursuivre sa quête d’identité.  L’histoire est impossible à résumer,  c’est une série  de combats entre trolls, et milice, une  fuite chez les trolls, puis dans les abattoirs où se tiennent  les vampires, un combat entre démons et mages et des révélations progressives distillées  sur la puissance et la technique d’un maitre démon  et sur les origines de Jasper, démon de la famille royale. Les personnages sont des garous, des lycaons, des vampires et toutes sortes de démons, de mages, d’esprits. La magie est omniprésente, les magies, devrais-je dire,  magie démonique,  magie démoniaque, magie noire….

Le héros Jasper est très attachant, car il porte en lui l’esprit de sa demi-sœur Ombe morte dans son corps. Elle commente assez drôlement ses actions, Jasper prend soin d’elle, regrette sa mort corporelle, parfois tente de lui cacher des détails, ou des dangers, de toute façon, il  ne manque pas d’humour, et sait aussi se moquer de lui-même.

La fin est très belle et poétique, Jasper « se meut avec agilité » comme dirait le poète Baudelaire, dans les deux mondes, celui des humains où il est un ado « presque normal », avec ses copains,  son groupe de musique et celui des démons où il retrouve Ombe et son père.

Une lecture agréable  pour des 8  12 ans !

voir nos chroniques pour les autres volumes:  7, 4 et 5

Kill all enemies

Kill all enemies
Melvin Burgess
Gallimard jeunesse (scripto), 2012

Metallica comme un havre de paix

Par Anne-Marie Mercier

C’est d’abord Billie qui prend la parole. Le lecteur francophone met un peu de temps à comprendre que ce personnage violent est une fille. En décrochage scolaire, placée en foyer, elle vit sa dernière chance avant le centre fermé pour adolescents. Puis c’est au tour de Rob, un garçon un peu trop enveloppé, qui adore sa mère, est martyrisée par son beau-père et par les autres élèves de son collège. Il n’a qu’une passion dans la vie, la musique « metal ». Chris à une vie plus normale, il vit avec un père et une mère aimants et soucieux de son avenir mais il refuse depuis plusieurs années de rendre des devoirs écrits. Ces trois adolescents en échec scolaire vivent tout au long du roman des événements de plus en plus graves qui les conduisent à se retrouver ensemble dans un centre ouvert pour adolescents difficiles. A ces points de vue alternés qui se succèdent d’un chapitre à l’autre s’ajoute celui d’une éducatrice qui suit Billie depuis longtemps; sa perspicacité lui permet de comprendre ce que vivent les deux garçons alors que leur entourage est aveugle. D’abord ennemis, les trois adolescents s’unissent enfin pour un happy end dans lequel la musique « metal » joue un grand rôle, celle du groupe dont le nom a donné le titre du livre.

Melvin Burgess, connu pour ses romans qui dépeignent de façon crue les excès adolescents, a enquêté dans un centre pour élèves délinquants exclus de leurs établissements scolaires (voir son blog) et il propose une vision de l’école assez manichéenne : le collège des trois adolescents est incapable de les prendre en charge, méconnaît totalement la situation familiale dans laquelle ils se trouvent, ou, dans le cas de Chris, ne peut pas diagnostiquer la raison de son refus de l’écrit. À l’inverse, les éducateurs du centre sont présentés comme des professionnels dévoués, soucieux de rester des professionnels tout en développant pour ces enfants perdus une réelle affection.Sur son site, l’auteur explique qu’il a découvert dans cette enquête que ces adolescents n’étaient pas des losers mais des héros : ils ont d’autres soucis que ceux de l’école, des soucis graves, et sont pénalisés pour cela au lieu d’être aidés.

Entre violences scolaires et violences familiales – aussi bien psychiques que physiques – les personnages se débattent et se battent, ou sont battus. Ils sont des êtres désemparés qui s’accrochent à la moindre lueur d’espoir. Le paradoxe est que c’est un groupe de musique « métal » qui s’avérera être un lieu de douceur, de respect et de courtoisie. Le roman est un puzzle qui se construit peu à peu, entre terreur et errance, c’est un tableau dur et bouleversant d’adolescents en crise, malmenés par la vie.

 

 

La vérité toute moche Journal d’un dégonflé, tome 5

Journal d’un dégonflé Tome 5
La vérité toute moche
Jeff  Kinney
Traduit (Etats-Unis) par Nathalie Zimmerman
Seuil 2012

 Aventures et mésaventures d’un préado  très américain

Par  Maryse Vuillermet

 

 Cette BD a connu un immense succès aux Etats-Unis.  Il existe même une communauté des fans www.journaldudegonfle.fr.  Le concept est  en effet original, un journal  de lycéen qui court sur tout le premier trimestre et qui  est rempli de dessins très drôles. Dans  le tome 5,   Greg, le narrateur,  est confronté à bien des difficultés, la plupart liées à la puberté et son caractère rêveur le conduit aussi à  de très nombreuses mésaventures. C’est donc une série de petites catastrophes ( à ses yeux) qui  se succèdent et parfois s’enchaînent,  se cumulent à très grande vitesse: se disputer  et être fâché avec son meilleur ami,  devoir  affronter seul la rentrée, porter un appareil dentaire,  rater la seule soirée à laquelle il a été invité,  vivre une semaine  sans ses parents sous la garde de grand-père, devoir faire le ménage parce que sa mère reprend des études. Les personnages de la grand-mère indigne et de la femme de ménage paresseuse mais très bonne rhétoricienne (elle  paraphrase à la perfection le style de Greg  dans ses petits mots laissés   à son intention pour lui demander de laver son linge par exemple mais ne le fait jamais) sont  fort drôles mais  le milieu est très wasp (bonne société blanche américaine). L’école avec sa soirée privée, les bags de midi, la femme de ménage du sud voleuse et menteuse, l’oncle aux multiples mariages, en font une  peinture  de la société américaine très marquée socialement et  d’un adolescent  très centré sur ses petits problèmes de riche.  L’humour grinçant et décalé  ne suffit pas !

Quand j’étais déesse

Quand j’étais déesse
Irène Cohen-Janca
Rouergue (Dacodac),  2011

 

 Humaine ou déesse vivante ?

                                                                                                      Par Maryse Vuillermet

 

 Rashmila habite à Katmandou. Selon une tradition hindoue, elle a été désignée pour devenir la déesse Kumari. Eloignée  de sa famille, vénérée dans un temple, couverte de bijoux, elle ne doit ni rire, ni parler  ni exprimer ses sentiments, mais elle est honorée,  adulée et adorée par les croyants.

Or, un jour, on découvre du sang sur son bras, et toujours comme le dit la tradition, dans ce cas,elle ne peut plus être déesse, on la renvoie chez elle et elle redevient une jeune fille normale.

Jours de détresse et de désespoir pour Rashmila, elle en veut à tous et à toutes et particulièrement à son ami Narayan mais ne veut pas dire pourquoi.

Mais grâce à sa grand-mère, à sa sœur, à son petit frère,  à son ami Narayan, elle va revenir à la réalité et s’apercevoir qu’être  simplement humaine a bien des avantages.

Plongés dans un monde   très différent, avec ses rites, sa religion, sa ferveur, ses obligations, les jeunes lecteurs français comprendront qu’à notre époque,  des jeunes de leur âge,   dans d’autres civilisations, ont des problèmes très différents des leurs, doivent respecter la coutume, s’y adapter,  et s’entraider. 

 

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Plan B pour l’été

Plan B pour l’été
Hélène Vignal

Rouergue (doAdo), 2012

Magnifique leçon de vie!

par Maryse Vuillermet

 

Commencé à reculons, à cause du tire que je trouve un peu trop djeune, et accrocheur, j’ai adoré ce roman d’Hélène Vignal.

Je l’ai lu d’une traite, parce que l’intrigue, qui parait au début superficielle, devient vite très profonde et les personnages très attachants.

La mère de Louise lui a promis de l’emmener en vacances en camping avec son copain Théo (drôle, adorable, homosexuel très malheureux de devoir de cacher) mais au dernier moment,  son travail la rappelle à Paris. La seule solution est que la grand-mère,  Jamie,   accepte de changer ses habitudes,  de quitter sa vie très rangée, ses amis, ses fleurs et ses tisanes mais c’est impossible, le moindre changement la panique, elle se réfugie dans ses habitudes. De plus, elle se trouve trop vieille pour camper.

Louise a tellement envie de partir comme elle l’a  tant rêvé et de soustraire Théo à son horrible famille qu’elle va essayer de convaincre sa grand-mère,  de la faire changer d’avis. Pour cela,  elle doit percer son secret,  comprendre pourquoi elle est devenue si triste et si craintive. C’est là que l’intrigue devient une  enquête au fond du passé de Jamie, à la recherche de sa joie de vivre perdue.

 Louise soulève la poussière des malles, trouve des photos, des documents, comprend que  le jeune et beau mari de Jamie a été détruit par la guerre d’Algérie et en  est revenu en morceaux. Jamie a élevé seule sa fille, elle s’est endurcie. Il faut casser sa carapace, et Louise parle, parle, la fait parler, la bouscule parfois, pour sauver son été mais aussi pour la sauver elle aussi de sa non-vie. Et c’est urgent !

Et quand Jamie se décide enfin à partir,  les découvertes ne sont pas terminées, la vraie vie commence, la recherche du bonheur peut commencer même à 72 ans !

All together

All together
Edward van de Vendel

Traduit (néérlandais) par Emmanuelle Sandron
Thierry Magnier, 2010

Une colloc’ chez Star Ac’ (roman gay)

Par Anne-Marie Mercier

Par le haAll together.gifsard d’une collocation à trois, on entre dans un monde de jeunes talents qui cherchent plus ou moins  à percer : plutôt moins pour le héros, Tycho, adolescent sombre et timide qui s’est inscrit dans une formation à la création littéraire et tente juste de tenir debout ainsi et de se fixer un but. Les deux autres, Vonda la future chanteuse extravertie et Moritz le danseur, sont plus décidés, plus volontaires. Les lecteurs ados qui rêvent d’ « auberges espagnole s » seront ici servis et prendront grand plaisir à ces récits de vie en commun sans horaires, ponctués de conversations infinies, de confidences, de fêtes, de repas (de pâtes) et de bières.

Le roman est porté également par un autre champ qui plaira aux ados, celui de la chanson et du spectacle. Tous trois sont entraînés ‘tous ensemble’ (all together) dans l’aventure du concours de l’Eurovision auquel doit participer Vonda, concours très populaire dans les pays d’Europe du Nord (le récit se passe à Rotterdam). On découvre ainsi le cadre général de la variété professionnelle : choix des musiques et des paroles, choix de la langue, préparation, répétitions, mise en scène, etc. Le monde des agents, des journalistes et de la télévision est esquissé et tout au long du roman le suspens reste entier : Vonda résistera-t-elle à la pression médiatique ? le groupe restera-t-il soudé ? pourquoi Vonda est-elle si fragile ?

Parallèlement, Tycho nous livre le parcours de son éducation sentimentale, à travers le récit qu’il fait de ces événements dans le ‘récit de vie’ qu’il doit écrire pour sa formation à la création littéraire et qu’il garde caché, ne livrant que des bribes de textes dans ses cours. Il écrit également de nombreux mels qu’il n’envoie pas. D’abord à Olivier : lorsque le récit débute, Tycho vient de vivre un grand amour d’été avec ce garçon. Il l’a rencontré aux Etats unis puis l’a suivi dans son pays, la Norvège, d’où il est reparti brutalement, persuadé que leur histoire n’avait pas d’avenir. Rongé par le regret, il écrit, n’envoie pas, attend qu’Olivier fasse le premier pas, s’enferme dans ses soliloques. Dans une deuxième partie du roman, c’est à Vonda qu’il écrit sans rien lui envoyer alors qu’il vit avec elle.

Le cœur du roman est dans les relations entre Tycho et Vonda, avec, en arrière plan, les familles de l’un et de l’autre. Vonda est un personnage extrêmement intéressant, aussi bien dans son caractère, son histoire que dans les relations qu’elle construit (ou détruit) avec ses amis. Les dialogues comme les réflexions de Tycho permettent au lecteur d’en savoir autant que le personnage, mais pas plus, et d’avancer dans la découverte des vérités (celles de Tycho et celles de Vonda) au même rythme, c’est-à-dire très progressivement, alors que le rythme de l’Eurovison est en mode accéléré.

Récit en grande partie autobiographique (certains des poèmes de Tycho ont été publiés séparément par de Vendel), c’est à la fois un témoignage sensible sur les affres et les joies des amours adolescentes et un beau roman sur la création et la solidarité. Le contexte homo est massivement présent, tant par l’histoire d’Olivier que par les amours de Moritz et les sorties en bars gays. Il semble que la littérature de jeunesse (notamment en Hollande) tienne compte du fait qu’elle a affaire à un lectorat que les histoires d’amours hétéro ne touchent pas. Ce n’est bien sûr pas tant un nouveau lectorat qu’un groupe qui existe à présent socialement de façon visible et assumée. Les parents de Tycho sont d’ailleurs un modèle de compréhension et on peut imaginer qu’ici l’auteur ait fait le portrait de ceux que tout adolescent aimerait avoir.

Après les albums publiés chez Être, ou au Rouergue (Petit lapin stupide, Pagaille, Frisson de fille, Rouge, rouge petit chaperon rouge, etc.), c’est le premier roman jeunesse de de Vendel publié en France.