Le Gros Livre de Mimi cracra

Le Gros Livre de Mimi cracra
Agnès Rosenthiel
Seuil jeunesse, 2011

Les bonheurs de Mimi

Par Anne-Marie Mercier

mimicracra.gifElle est très « mimi », mimi cracra, avec ses petites couettes brunes, ses formes rondes, ses bottes et ses jupettes. Elle est très cracra aussi, mettant ses mains et son nez partout (ancêtre sage de la Clarisse de Dumortier…), faisant de la « bouillasse » avec tout, plus ou moins volontairement – mais toujours avec application.

Les 75 épisodes rassemblés ici sont classés en quatre saisons : mimi au printemps jouant avec la pluie et le vent, l’été avec la mer et les fruits, l’automne avec les châtaignes et la nuit, l’hiver avec la neige ; et les saisons sont rythmées par les événements : les jours où on se déguise, où on reçoit des cadeaux, où on range pour l’an neuf… Chaque histoire est une découverte ou une idée comme les enfants seuls peuvent en avoir : à la fois logique et pas vraiment adaptée. Mimi a la même inventivité que la Sophie des malheurs de Sophie, mais elle l’applique à des choses plus élémentaires, elle est une Sophie heureuse.

Chaque page est un épisode. Chaque épisode, 8 cases sur une double page, ne montre que mimi, aucun adulte, aucun compagnon, hors nounours qui a bien du travail. La marge de droite réserve des surprise, continue le récit et parfois fait parler un objet de l’histoire, ou quelqu’un, hors champ, on ne sait qui : un parent ? l’auteur ? ou le lecteur complice qui entre en dialogue avec mimi.

C’est tout un art de la sobriété, tant dans le dessin, le cadre, les couleurs que dans la narration. Le style inimitable d’Agnès Rosenthiel qui sait mêler efficacité du récit et esprit d’enfance et qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être complexe pour être raffiné.

Mimi cracra a paru régulièrement dans le journal Pomme d’api (Bayard), de 1975 à 2005 (selon les dates données par Wikipedia). Ce volume est la rédition de quatre compilations parues entre 1986 et 2004.

L’heure du Grimm

L’heure du Grimm
Bruno Heitz

Casterman (mini BD), 2011

Petit ? – concentré !

Par Anne-Marie Mercier

L’heure du Grimm.gifC’est une « mini BD », et pourtant il y a une foule d’histoires et de jeux : d’abord l’histoire de Hansel et Gretel, racontée par Louisette la taupe, héroïne de la série (9 volumes parus), puis celle des trois jeunes lapins kidnappés par une belette qui veut réécrire cette histoire à son profit, et celle des sauveteurs qui se déguisent en renard pour les délivrer. On pense à Sylvain et Sylvette : un décor réduit, la maison, la forêt, le stupide ennemi. On pense aussi aux Musiciens de Brême, petits animaux unis contre un plus gros.

C’est aussi une BD bien faite, dynamique, qui enchaîne les cases de divers format et de formes variées sans que ce soit jamais artificiel et qui intègre un récit (le conte de Hansel et Gretel) dans le récit de façon astucieuse pour être lisible par de jeunes lecteurs. Les personnages sont croqués parfaitement et ont chacun leur caractère : lapins peureux et gourmands, belette à demi rusée, écureuil peureux, raton laveur couturier borné, taupe sagace à lunettes.

Enfin, le conte rejoint l’actualité à travers la lecture du journal qui raconte les conflits des humains, celui de la « guerre des truffes » qui a défrayé la chronique cet automne. Conte, récit policier, actualité, c’est un festival où l’humour est présent partout, y compris dans le drame et le suspens.

Qui a peur de quoi ?

Qui a peur de quoi ?
Coralie Saudo
Les 400 coups

A chacun sa peur

Par  Chantal Magne-Ville

Qui a peur de quoi ? .gifUn album qu’on ne se lasserait pas de palper tant sa couverture rembourrée est douce sous la main. Il renouvelle avec bonheur les rimes sur les prénoms en traitant des craintes enfantines. Chaque enfant a sa peur, sauf Adrien qui affirme n’avoir peur de rien, mais de ce fait se retrouve seul et malheureux.

L’illustration totalement redondante avec le texte permet à l’enfant d’anticiper sur la rime qui va suivre. Sur un fond constitué de collages colorés et inventifs, les personnages enfantins, ronds à souhait, semblent des galets peints auxquels on a rajouté des bras, ce qui ne limite cependant pas leur expressivité. Ecole, piscine, jardin public, l’univers des enfants est transposé et totalement reconnaissable avec un luxe de détails qui mêlent réalisme, fantaisie et merveilleux. Un livre précieux car il montre l’importance du groupe et de la diversité.

Clarence Flûte et le secret de Sybille

Clarence Flûte et le secret de Sybille
Sandrine Bonini,
Autrement, 2011

Les scientifiques : des êtres incompris?

Par Olivier Morin

Ce texte drôle et plein de malice nous entraine dans l’univers imaginaire de Clarence, un petit garçon amoureux de sciences et … de Sybille, sa jolie voisine. De bricolages astucieux en expériences originales, nous découvrons comment Clarence représente son monde dans son carnet de recherche, à l’abri de son laboratoire sécurisé. Hélas, Sybille est une énigme pour Clarence : elle collectionne des petits animaux en verre colorés, elle aime le dessin et elle manque totalement de rigueur et de méthodes ! Fort heureusement, l’esprit créatif de Clarence a mis au point un système révolutionnaire qui lui permettra de comprendre les individus les plus secrets.

A travers cette lecture, on pourra aborder la question des stéréotypes (en classe, ce serait en cycle 3). Les scientifiques sont-ils des êtres incompris vivant dans un monde à part ? Ont-ils un langage bien à eux ou peut-on espérer comprendre ce qu’ils disent ? Faut-il vraiment des pierres précieuses pour intéresser les filles ?

Ce roman est aussi une belle occasion de se demander ce que la science peut nous apprendre, et ce qu’elle ne nous apprend pas. Mais que faut-il donc pour qu’une expérience marche ?

Fanfantôme

Fanfantôme 
Charlotte Sjöstrand
L’école des loisirs

 Tourne manège ?

Par  Chantal Magne-Ville 

Un adorable petit livre qui évoque les aléas de la propreté sur un mode léger. Il suffit de voir la mine dépitée du petit fantôme trop pressé qui vient de faire pipi sur son drap et cache la tache, puis d’entendre le ton mi-grondeur mi-amusé de la maman qui l’expédie illico dans la machine à laver pour se convaincre que tout ceci n’est pas bien grave. L’image circonscrite dans un cadre blanc  met en relief le décor fait d’innombrables nuances de gris sur lequel les fantômes découpent leurs silhouettes dynamiques et pleines d’entrain. Seuls les yeux et les joues sont recolorisés ce qui ajoute de la vivacité aux scènes pleines d’humour. Fanfantôme, par exemple, se lie d’amitié sur l’étendage avec une petite culotte timorée qu’il entraîne dans ses jeux car il vole, et le résultat ne se fait pas attendre : les voilà encore plus sales qu’avant…. Mais c’est lui qui réclame de retourner dans la machine….

Attends moi !

Attends moi !
Stéphanie Blake

L’école des loisirs, 2011

Un album vitaminé

Par Caroline Scandale

Attends moi .gifUn petit loup nous entraîne dans sa course folle. Avec son copain lapin, ils s’amusent à faire du skate board. Leur vitesse est telle qu’ils s’envolent en percutant un escargot et retombent dans une voiture. A son tour le gastéropode rigolo leur demande de l’attendre car il veut aussi jouer avec eux. Désormais à trois, ils roulent oreilles et antennes au vent, et invitent le jeune lecteur à les rejoindre dans leur monde acidulé et plein de pep’s.

Album cartonné déal pour les petits loups balbutiants, avides de découvertes et d’histoires à croquer…

Les poulets guerriers

Les poulets guerriers
Catherine Zarcate, Elodie Balandras
Editions Syros (Album Paroles de conteurs)

par Aurélie Caruso et Céline Rican

Il était une fois, en Afrique, des guerriers… Oui, de vrais guerriers Massaï à quelques détails près : ce sont de jeunes poulets dont la crête se dresse vers le ciel grâce à la magie du gel coiffant ! Déterminés, ils traversent le village pour emprunter le sentier de la guerre. Un petit poussin souhaite les accompagner : pas question, bien trop petit ce poulet là ! Soudain, dans la brousse apparaît l’ennemi : un chat tigré qui se lèche les babines en comptant les jeunes poulets. L’esprit guerrier cède alors la place à la panique chez les gallinacés. Ils sont pris au piège, ils ont peur… Comme vous le savez, les chats ne conçoivent pas un régal sans jeu. Alors, le chat sauvage de la brousse se délecte à l’idée du repas qui l’attend, en grattant un petit air à la guitare. Mais que se passe-t-il quand les petits poussins connaissent des chants guerriers capables d’effrayer le plus redoutable félin de la brousse ?

L’histoire est drôle et touchante : de jeunes poulets s’appliquent à faire les coqs pendant qu’un petit poussin devient un héros sans le vouloir. L’auteur porte un regard aussi amusé sur l’adolescence qu’attendri face à la capacité d’émerveillement qui caractérise l’enfance.

L’objet livre est beau, c’est un album grand format qui met en valeur le travail d’illustration d’Elodie Balandras. Les illustrations, pleine page, avec des couleurs chaudes, des personnages expressifs et drôles s’accordent parfaitement à l’humour et à l’enthousiasme de la conteuse. La composition du texte est elle-même travaillée de manière à rendre au conte, toute sa vitalité communicative. Les petits et les grands auront sans doute envie de jouer avec les différentes voix des personnages, et les enfants seront désormais convaincus qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

Coucou hibou !

Coucou hibou !
Lucile Placin

Casterman (queue leu leu), 2011

Par les bois et les prés

Par Anne-Marie Mercier

lucile placin,comptine,casterman (queue leu leu),anne-marie mercierLa collection « queu leu leu » compte déjà 38 titres, et est très reconnaissable avec son format allongé, à l’italienne, et ses pages en carton fort, aux coins arrondis. Le principe est celui de l’enchaînement et de la répétition et les albums créés à partir de comptines fonctionnent parfaitement, reprenant les refrains et inventant de nouvelles formulettes sur le même mode.

Ici, c’est le célèbre « dans la forêt lointaine » qui porte les belles images de Lucile Placin. Papiers découpés, collages, montages photographiques, l’ensemble est très original. On suit le petit hibou, dans un chemin qui le ramène chez lui : par les bois, la rivière, le pont, les herbes… pour revenir à sa maman et faire découvrir au petit lecteur que c’est un oiseau à son image.

Le troun et l’oiseau musique

Le troun et l’oiseau musique
Elzbieta, conception musicale Sharon Kanach

Rouergue, 2012

Des sons et des bruits, de la musique et des chants d’oiseaux

Par Dominique Perrin

44665.jpgDu riche parcours d’Elzbieta dans les possibles de l’album contemporain, le Rouergue réédite l’une des réalisations fondatrices. L’album trouve sa puissance narrative et poétique dans le modèle plastique de la portée musicale et de ses groupes de notes, qui révèle ici l’étendue dynamique de ses possibilités. Le troun et l’oiseau musique (première édition Duculot, 1984) s’offre comme une partition à la fois très libre et rigoureuse, composée par Sharon Kanach, qui raconte comment les « trouns » – comprenons les petits humains – conquièrent progressivement, passionnément, et dans tous les sens… l’espace sonore.

Le Duc aime le dragon

Le Duc aime le dragon
Chun-Liang Yeh et Valérie Dumas

HongFei, 2011

Chengyu

par Christine Moulin

 chun-liang yeh,valérie dumas,dragon,chine,fable,art,réalité,philosophie,christine moulinUn chengyu est une formule de quatre mots, une expression proverbiale porteuse de sagesse. Dans cet album, nous avons le droit à deux histoires, deux fables, qui illustrent deux chengyu, sur le thème des dragons. L’un, « Duc Ye aime le dragon », nous parle de l’opposition entre l’image que nous nous faisons de quelque chose et ce qu’elle est vraiment; l’autre, « peindre la pupille sur l’oeil du dragon », nous parle de la puissance de l’art, du risque que doivent savoir prendre les génies; les deux réfléchissant aux rapports entre le réel et sa représentation.

Dans notre époque qui privilégie les illusions de l’apparence, qui nous pousse parfois à nous laisser nous aveugler par la séduction de nos chimères, mais qui en même temps foule aux pieds la grandeur de l’art et de la culture, leur refuse toute efficacité, tout poids concret dans nos vies, nous avons besoin de cette philosophie décalée dans le temps et dans l’espace, de sa fausse simplicité, du message qu’elle nous apporte, qui retentit en nous, une fois le livre refermé. Les illustrations riches, colorées, drôles parfois, participent de ce dépaysement salvateur.

C’est avec ce genre de lecture que l’on expérimente ce que c’est que de s’enrichir au contact d’une autre culture et en quoi il est vital de permettre aux civilisations de se rencontrer.