Qui es-tu Alaska?

Qui es-tu Alaska?
John Green
traduit de l’anglais (américain) par Catherine Gibert
Gallimard (pôle fiction/filles), 2011

Vie et mort en pension

par Anne-Marie Mercier

John Green,Gallimard (pôle fiction),pension, suicide, adolescent,amitiéAvec ce roman déjà paru en collection scripto en 2005, on entre dans un univers de « collège » américain, et plus précisément de pensionnat. Bien loin de Harry Potter ou de Twilight, on est dans la réalité la plus crue, sexe quasi excepté, même si le désir du héros adolescent pour sa camarade Alaska est très présent et analysé avec précision ; le roman hésite entre crudité et pudibonderie. L’auteur a été aumônier étudiant auprès d’enfants, et on sent tout au long du livre une grande proximité avec ses personnages et beaucoup d’empathie, mais une volonté de ne pas trop choquer et sans doute d’édifier.

Le narrateur, Miles, qui sera vite surnommé « le gros » pour sa maigreur, est un garçon normal quoique un peu solitaire et habité par une passion curieuse, celle des derniers mots proférés par les hommes célèbres au moment de leur mort. Il devient l’ami de garçons et de filles un peu déjantés, très portés sur l’alcool et les cigarettes (mais pas de drogue) et les conduites à risque.

Le quotidien du pensionnat est très bien rendu : cantine, cours, angoisses des examens (les élèves se préparent à l’examen de fin d’études secondaires et misent beaucoup sur celui-ci qui doit leur permettre d’entrer ou non dans l’université de leur choix). Les clans s’affrontent parfois à travers des farces brutales, séparés souvent par des considérations de classe sociale.

Les personnages sont très attachants, chacun dans son genre et l’histoire, comique et cruelle dans ses débuts, devient vite bouleversante, à mesure que le mystère du caractère suicidaire d’Alaska s’épaissit et que le personnage du « Colonel », le camarade de chambre de Miles se complexifie.

En résumé, c’est un beau livre, touchant et intéressant, où les questions existentielles (à travers le cours de « religion ») ne sont pas absentes : à conseiller, à moins qu’on ne suive un avis plus réservé dans un bon article du site altersexualité. De nombreux blogs ados le classent comme un coup de coeur… mais il est vrai que ce sont des blogs de filles et que Gallimard l’a classé dans la série « filles », alors que le narrateur est un garçon.

Le soleil et la mort

Le soleil et la mort
Elise Fontenaille
Grasset-Jeunesse (Lampe de poche ados),  2011

Regarder la mort en face

par Maryse Vuillermet

  «  Le soleil et la mort ne se peuvent regarder en face ». Cette  phrase de La Rochefoucauld est placée en exergue de ce court roman car, justement, la mort, plus exactement le suicide, en est le centre, on y revient toujours, à la fois horrifiés et fascinés.

Le narrateur, 15 ans, a perdu sa mère, très jeune, puis son grand-père qui l’a élevé, et, enfin, son chat écrasé par une belle-mère stupide. Il ne supporte plus sa vie chez son père, remarié à cette marâtre, et rêve de mourir. Mais comment ? Sur un site internet dédié, intitulé Le soleil et la mort, il rencontre d’autres adolescents qui, comme lui, veulent mettre fin à leurs jours, ils en parlent sans cesse, jouent avec l’idée, se l’approprient, sont heureux d’avoir trouvés des « frères de suicide ». Avec l’aide d’Anton, le plus âgé d’entre eux, le plus cultivé aussi et le plus déterminé, ils organisent une expédition qui sera un suicide collectif sur l’île du grand-père. Mais la rencontre « ça nous avait fait drôle de nous voir en vrai », l’arrivée sur l’île, la vie de groupe, tout cela va changer un peu la donne.

Il faut du courage pour s’attaquer à un sujet aussi délicat, quand on sait que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes. Les passages où les jeunes parlent aussi naturellement de la mort que de musique ou d’informatique sont un peu déconcertants au début : complaisance morbide ? Sujet noir en or ? Mais l’auteur, malgré un style percutant, des phrases courtes, le fait avec délicatesse et c’est le récit qui met en place la sortie de l’enfer, qui trouve les solutions : écoute de sa souffrance, de sa peur, amitié, projets de vie, épreuves communes. 

J’émets quelques réserves, certains personnages sont un peu stéréotypés, la marâtre, l’ange de la mort, le grand-père génial, les parents défaillants, et récurrents chez l’auteur, mais après tout, ces stéréotypes sont peut-être les personnages de notre société !

Mon P’tit Vieux

Mon P’tit Vieux
Jo Hoestland
Syros (Mini) , 2010 

Chute de vieux

Par Anne-Marie Mercier

Mon P’tit Vieux.jpgJo Hoestland fait parler le jeune Tim, en un langage populaire, imagé et gouailleur, une imitation d’oral un peu datée. Elle passe également par ses impressions pour évoquer sans trop de misérabilisme ni trop de condescendance une histoire bien misérable, celle d’un vieil homme, le voisin d’en face de Tim, solitaire, sale, méchant, radin et mystérieux.

Le regard de l’enfant est très juste : un mélange de crainte, de dégoût et de pitié, et quelque chose de plus, qui s’affirme à la fin : comme un remord. Le texte est très court mais efficace et traite avec pudeur un sujet sensible, celui de la solitude et de la misère de certains et de l’indifférence ou de l’ignorance des autres.