Pline, t. 2 : Les Rues de Rome

Pline, t. 2 : Les Rues de Rome
Mari Yamazaki, Tori Miki
Traduit (japon) par Bureau des Copyrights Français,
Casterman, 2017

Au cœur du sujet

Par Anne-Marie Mercier

Suite d’un premier tome qui prenait son temps, le second nous plonge dans le vif de l’action : les caprices de Néron, après ceux du volcan, sont tout aussi dangereux et le calme de Pline demeure olympien. Quant à Euclès, il découvre les rues de Rome, et leurs dangers, les conditions de vie des habitants, souvent misérables, livrés à la prostitution (à laquelle Néron participe) et à divers trafics, comme celui de l’eau qui promet des développements futurs pleins de rebondissements. Il tombe amoureux, de qui il ne faut pas évidemment.

Pline résiste aux fureurs de l’empereur, mais pour combien de temps ? On voit le philosophe subir des crises d’asthme, occasion de développer les différentes façons de le soigner ou pas. Quant à Néron lui-même, son histoire se déroule, allant vers davantage de sang et de toute puissance, tandis que Popée tente de se faire épouser (allez, une occasion de réentendre/ revoir  le magnifique couronnement de Popée de Monteverdi).

Le manga encyclopédie devient roman policier, développant une intrigue sombre, tandis qu’il propose de belles vues de la ville, de ses hauteurs à ses bas-fonds, et même ses souterrains… A suivre!

La Fête des fruits

La Fête des fruits
Gerda Muller
L’école des loisirs, 2017

Ronde des saisons

Par Anne-Marie Mercier

Gerda Muller a un talent pour créer des illustrations qui ont le charme de celles d’antan, entre documentaire et fiction, imagiers et encyclopédies. Chaque page de droite montre une scène champêtre plaisante, mettant souvent en scène des enfants ou adolescents qui s’affairent autour de plantes dont les noms sont Inscrits en dessous de l’image et au dessus d’un bandeau montrant les feuilles et fruits de cette plante.

Dans la page de gauche, on nous raconte l’histoire de Sophie, jeune citadine en vacances chez ses oncle et tante, qui découvre les cueillettes avec son cousin (fraises, groseilles, cerises, prunes…), puis écolière devant s’adapter à une nouvelle région, après avoir déménagé dans le sud, et la découvrant avec l’aide de sa voisine, de l’été jusqu’à l’automne (melons, abricots, raisins, grenades, figues, olives, citrons, mûres, châtaignes…). Le panorama des fruits est complété par un projet d’école sur les fruits : Sophie et ses camarades font de belles fiches illustrées sur la goyave, l’ananas, la papaye, la pistache… et Sophie rêve d’aller voir « en vrai » toutes ces choses – comme l’enfant qui aura lu ce livre?

En tout cas il aura fait une belle incursion dans un documentaire présenté sous la forme d’un récit, avec des personnages qui lui sont proches. Rien de très original, mais fait à la perfection.

Dans moi

Dans moi
Alex Cousseau, Kitty Crowther
MeMo, 2015

Ego-philo

Par Anne-Marie Mercier

Qu’est-ce que l’être? Si on devient quelqu’un, qu’est-on donc auparavant ? Commence-t-on a exister à la naissance? Ou avant? Ou bien avec l’âge de raison? Qu’est-ce qui est autour de moi, est-il distinct ou dépendant de moi? Toutes ces questions sont celles que l’on se pose – avec bien d’autres – en découvrant cet album.

Le petit personnage en noir qui nous fait penser à d’autres personnages de Kitty Crowther parcourt l’espace blanc crème des pages parsemé de petits détails plantant divers paysages qui sont autant  d’états mentaux. Elle – il semble que ce soit un personnage de sexe féminin – prend petit à petit possession d’elle-même mais reste face à un problème : en elle il y a un autre qui veut l’éliminer, un ogre, comment faire ? Faut-l accepter d’être mangé pour progresser…

Album métaphysique dans lequel le lecteur projettera ses propres questions et peut être des réponses. Au bout du compte, ce sont les mots qui font accéder au sens.

Le Très Grand Petit Poucet

Le Très Grand Petit Poucet
Charles Perrault, Clémentine Sourdais
Helium, 2015

Poucet découpé

Par Anne-Marie Mercier

Clémentine Sourdais avait déjà fréquenté l’œuvre de Perrault, en illustrant pour les éditions hélium  » Le Petit Chaperon rouge « ,  » Le Chat botté  » et  » La Barbe Bleue », sous la forme de mini livres accordéons en papier découpé.

Sa maîtrise de la découpe laser et surtout son ingéniosité pour faire voir différentes choses selon qu’on voit la page découpée côté verso ou côté recto font ici merveille dans un album qui est cette fois de format exceptionnellement grand. A l’italienne, il s’allonge en doubles pages et fait alterner une page de texte  (celui de Perrault) et deux feuilles d’illustration, tantôt une feuille de papier découpé suivie d’une feuille d’illustration, tantôt deux feuilles de papier découpé. Elles jouent l’une sur l’autre en jeu de cache ou de révélation, une face en noir, l’autre en couleurs. Certaines montrent bien l’intérêt dramatique de cette technique, comme celles qui montrent d’abord les filles de l’ogre avec leurs couronnes d’or, au dessus de la représentation des gamins coiffés de casquettes, puis se transforment en image où les couronnes des filles sont remplacées par des casquettes et où l’espace occupé par les garçons est vide. Quand à l’ogre, il file comme le vent avec ses bottes. Tour de passe passe, magie des pleins et des vides, dynamique parfaite du récit, et marmots mignons à croquer !

Rendez-vous à la Tour Eiffel

Rendez-vous à la Tour Eiffel
Elzbieta
Gallimard jeunesse (l’heure des histoires), 2017

Lourd / léger

Par Anne-Marie Mercier

Publié pour la première fois en 1989 par l’école des loisirs, ce petit récit n’a pas pris une ride, et est passé en petit format pour un moindre coût. Bien sûr on y perd un peu par rapport à l’original, la qualité du papier est différente, mais le rendu des couleurs est correct malgré tout, et le charme demeure.

Le clown Gratte-Paillette est invité – ou plutôt convoqué – par sa grand-mère à Paris, à la Tour Eiffel,  » la tour qui a quatre pattes et pas un seul mur ». Aucun problème : Il s’y rend en ballon (l’éléphant du cirque le gonflera pour lui) avec son amie la poule. Ceux qu’il laisse derrière lui sont si malheureux de n’avoir pu monter à bord qu’ils le rejoignent à dos d’éléphant, mais une fois arrivés, nouveau problème : comment faire monter l’éléphant à la Tour Eiffel?

Dans le petit monde d’Elzbieta où le chagrin affleure, il y a toujours une solution et de la légèreté, même pour un éléphant. C’est ainsi qu’on l’aime.

Le Chevalier courage !

Le Chevalier courage !
Delphine Chedru
Hélium, 2010

L’album dont vous êtes le héros

Par Anne-Marie Mercier

 

On connaissait les romans du type « le livre dont vous êtes le héros » voici un album gagné par ce jeu. Celui-ci prouve à quel point ce type d’ouvrages est adapté à ce genre : un chevalier doit accomplir une quête et se trouve devant divers obstacles et surtout des énigmes : il faut trouver  des motifs ou des objets dans les images, trouver des intrus, associer des paires… en même temps on rencontre avec le chevalier des êtres étranges, des lieux mystérieux et beaux…

C’est une belle promenade qui fait passer d’une page à une autre espacée de plusieurs autres, parfois revenir en arrière comme au jeu de l’oie… et c’est une vraie plongée si on le parcourt sérieusement car les énigmes demandent du temps et de l’attention !

Voir sur le site de l’éditeur.

Le drôle de pique-nique d’ours

Le drôle de pique-nique d’ours
John Yeoman, Quentin Blake,
Traduit (anglais) par Catherine Gilbert
Gallimard jeunesse (giboulées, l’heure des histoires), 2017

Leçon de morale fraîche

Par Anne-Marie Mercier

C’est un classique pour les petits Anglais, publié pour la première fois en 1969. Pour les Français, il pourrait le devenir dans cette petite collection bon marché (4,90€). L’histoire est simple, charmante et pleine d’enseignements. Les personnages, l’ours et ses amis le cochon, la poule, l’écureuil et le hérisson sont bien typés, et leur pique-nique sur un radeau, confectionné par Ours, comique.

Les valeurs d’entraide et de tolérance ne sont pas assénées mais inscrites pour ceux qui voudront bien se donner la peine de tirer la morale du récit. Pour les autres (les petits, qui s’identifient moins dans les animaux – voir notre page « espace scientifique »), le charme des dessins du « maître » Quentin Blake esquissant les joies d’une journée dans la nature pleine de péripéties au milieu du chant des grenouilles suffira à leur bonheur.

Objets trouvés

Objets trouvés
Vanoli
La Pastèque, 2017

perdu / trouvé…

Par Anne-Marie Mercier

Au dos de cet ouvrage – comment le définir : recueil de nouvelles graphiques ? – l’illustration montre des objets divers (lunettes, appareil photo, clefs…), ceux que l’on peut s’attendre à trouver dans un bureau des objets trouvés. Mais ici, bien que l’on retrouve à l’intérieur du livre ( tiens ! Pile au milieu…)  la même illustration associée au bureau de la gare de Victoria Station, il s’agit de choses plus graves ou étranges.

En effet, un objet trouvé a d’abord été un objet perdu… enfants perdus, êtres abandonnés, souvenirs enfuis, temps révolus… tout cela fait l’objet d’une rêverie sous la forme d’un récit en images, de une à quatre pages.

La fantaisie n’en est pas exclue, ni le comique ou l’énigme. Au centre de l’ouvrage on trouve le mystère de la disparition du personnage de Saint Jérôme hors du tableau de Patinir du musée de Londres, et partiellement dans des versions du même artiste dans d’autres musées, à Madrid, Paris… on aurait retrouvé Jérôme à la gare de la Victoria Station… c’est lui qui tient le bureau des objets trouvés.

Achète Achète Achète

Achète Achète Achète
David Dumortier, Anastassia Elias
Møtus, 2016

Poésie pour un désirable durable

Par Anne-Marie Mercier

Face à l’injonction de la civilisation consumériste, qui consiste à nous faire vouloir acquérir et accumuler des objets,  David Dumortier propose d’autres désirs, portant sur des « biens » parfois intangibles, mais précieux et uniques, des choses éphémères, provoquant des sensations, des petits bonheurs, des jeux de mots et de pensée : une hésitation, une étoile filante, un petit caillou, un vieux violon… Comme le suggère l’image en couverture du livre, sur l’étagère à confitures, il n’y a pas que des conserves, fussent-elles sucrées.

Les illustrations, crayonnées, aquarelles ou pastels gras, imitent sur la double page le format d’un billet de banque en camaïeux divers, mais les motifs sont tout autres, à hauteur de vie et d’enfance, drôles ou tendres.

Achète, achète
Un avion en papier
Et lance-le
Dans la corbeille des nuages.

[…]

Achète, achète
Un petit morceau
De nulle part
Parce que ta maison
Peut être partout »

et plus encore sur le site de l’éditeur

Cours !

Cours !
Davide Cali, Maurizio A.C. Quarello
Sarbacane, 2016

Eloge du sport

Par Anne-Marie Mercier

Le narrateur revient sur son passé : seul élève noir dans une classe de blancs, il se bat beaucoup avec ses camarades, d’abord pour se défendre ou répondre à des insultes, puis presque par habitude, habité par une colère permanente contre le monde, la pauvreté de sa famille, la noirceur de son avenir. La nomination d’un nouveau chef d’établissement dans son lycée change sa vie : celui-ci lui propose de canaliser sa colère en faisant de la boxe. L’adolescent est séduit et rêve de d’avoir un destin  proche de celui des champions qu’il vénère.

L’intérêt de l’album réside dans sa bifurcation vers des rêves plus accessibles : avant d’apprendre à boxer, Ray doit travailler son souffle et commencer par la course à pied. Des succès, des prix ( et de l’argent) marquent ses succès mais il connaît aussi des revers, des échecs et apprend à canaliser son énergie. Le récit est porté par de beaux portraits, celui de Ray qui évolue, celui du proviseur, qui sait ruser avec les étapes à proposer à son protégé…

Le texte et les images s’insèrent de manière variées dans la page, tantôt dissociés, tantôt associés, dans des formats divers, des typographies changeantes. Le rouge des vêtements de sports de Ray et l’ocre de la piste de course tranchent sur les illustrations aux teintes pâles, comme un appel à changer le destin qui n’est jamais tracé à l’avance, dans un sens comme dans l’autre : Ray ne sera pas boxeur ni ne restera champion de course à pied, et pourtant il réussira sa vie…