Tétracordes

Tétracordes
Textes de Liska, Gilles Brulet, Michel Lautru, Jean-Claude Touzeil,
Livre-objet d’Agnès Rainjonneau
Soc et foc, 2014

Quatuor de poésie

Par Anne-Marie Mercier

tetracordesLe roman pour adolescents s’était emparé des nouveaux systèmes de communication, blog, chat, etc. voilà la poésie qui s’en mêle avec cette expérience d’un jeu via Internet : dans ces quatrains, chacun a proposé un vers ; cela a donné une foule de petits poèmes. Ils en ont sélectionné quelques-uns.

Mais la nouveauté ne s’arrête pas là : Agnès Rainjonneau a produit un album en accordéon qui les expose sous différentes formes : papiers découpés, typoèmes (poèmes jouant avec la typographie, genre inventé par Jérôme Peignot), à lire horizontalement ou verticalement, pour un parcours sensible autour de sensations, de paysages, de jeux.

Colloque métamorphoses et rencontre avec l’illustratrice Sara

affiche metaNotre colloque approche (lundi 26 et mardi 27); il sera suivi le mercredi à 14h 30 d’une rencontre avec l’illustratrice Sara, organisée par la BUFM et le SCD de l’université Lyon1.logo bu

Impression

 

Demandez le programme:Métamorphoses-programme

Et inscrivez-vous (c’est gratuit):
http://bit.ly/1rrQ9j7

Espé, Amphi Louise Michel, 5 rue Anselme, Lyon 4e (en bus arrêt clos jouve du 13 et du 18, en métro, arrêt croix rousse et 10 mn de marche)

With courtesy of Dan Hillier for his picture “Luna”,
special thanks to him. Copyright © Dan Hillier
http://www.danhillier.com/flyersans

 

Merci à Sara pour l’image tirée des Métamorphoses (Actéon)

Mäko

Mäko
Julien Béziat

L’Ecole des loisirs (Pastel), 2011

La carte fait le menu

Par Matthieu Freyheit

MäkoMäko est un morse du pôle. C’est aussi un artiste, qui à partir de ses observations des fonds marins sculpte la glace des surfaces, faisant naître une cartographie givrée des profondeurs. Dressant, surtout, une carte des coins à poisson, facilitant la pêche des animaux de la surface. Sauf que. Sauf que réchauffement oblige, les sculptures de Mäko disparaissent, emportées par la dislocation des glaces. Et tandis que les sculptures disparaissent, les poissons les accompagnent, chassés eux aussi par le changement climatique en cours. À la disparition des poissons répond la multitude des prédateurs, phoques et pingouins, qui au centre de l’album apparaissent dans une double page qui démultiplie les regards angoissés devant la faim qui gagne les ventres. La famine, de fait, n’appartient pas qu’au genre humain. Mais l’album ne cherche pas la dramatisation et tente d’offrir par l’imaginaire une réponse impossible à un sinistre annoncé. Mäko imagine une baleine, et la baleine apparaît, remplie des poissons qu’elle déverse en offrande aux affamés. Mais le miracle ne se reproduit pas nécessairement : le morse finit par sculpter des poissons imaginaires, et les océans se dépeuplent autant qu’ils continuent sous son effort d’être peuplés de rêves de vie. Ce bel album, aux tracés proches d’un style présent dans la bande dessinée, décline en couleurs froides la vie de la banquise, comme sa lente dérive.

 

 

Avant Maintenant Après

Avant Maintenant Après
Catherine Grive, Gilles Rapapport
Seuil jeunesse, 2014

Héraclite et lapinou

Par Anne-Marie Mercier

Avant Maintenant ApresAvant, maintenant, après… Aujourd’hui, demain, hier… Comment expliquer aux enfants toutes ces notions extrêmement complexes, liées à la question de l’énonciation?

Les auteurs ont choisi un dispositif en triptyque : l’album s’ouvre en trois volets cartonnés comportant chacun un petit album souple portant le titre de la notion qu’il illustre. Ce n’est pas seulement une leçon de repérage et de langage mais aussi une petite leçon de philosophie, qui permet de se projeter dans le futur proche comme dans un avenir plus lointain, dans le passé récent et dans le temps où l’on n’existait pas encore.

Et derrière ce vertige Héraclitéen, il reste une permanence, un point fixe proposé à ce petit lapin inquiet : celle de l’amour des parents. Inquiéter et rassurer, voilà une belle leçon de philosophie à l’usage des petits.

Le Suivant sur la liste

Le Suivant sur la liste
Manon Fargetton

Rageot, 2014

Le suivant sur la liste…des romans à lire

Par Matthieu Freyheit

LesuivantsurlalisteNathan est un mordu d’informatique, un petit génie et hacker prodigieux, fidèle à l’image fictionnelle du hacker. Morgane est une reine de popularité : ne pas l’aimer est semble-t-il impossible. Timothée, le cousin de Nathan, est protégé de son empathie maladive par les murs de la clinique des Cigognes. Izia, rebelle solitaire, et Samuel, rebelle solitaire (bis), ne sont pas tout à fait communs non plus. Vous découvrirez que tout cela n’a rien de naturel. Mais il ne faut pas attendre jusque là pour que s’emballent les choses : dans les premières pages déjà, on comprend que Nathan est sur la piste d’un secret dérangeant qui ne concerne pas que lui. Dans les premières pages déjà, la voiture fonce à vive allure, mettant un terme définitif (pense-t-on) aux recherches du jeune adolescent. Mystères, complots, faux accidents et courses-poursuites, la vie de cette poignée de collégiens bascule avec la mort de Nathan et l’envoi d’étranges emails posthumes… Dans ce roman palpitant, l’univers du thriller se mêle efficacement à celui de la science-fiction et du marvel. Un art du mélange et de l’hybridation (une association du fond et de la forme qui dans ce roman fonctionne parfaitement) que Manon Fargetton avait déjà initié dans Aussi libres qu’un rêve (2013).

Ici, la convoitise des uns fait le malheur des autres, et le potentiel révélé devient un fardeau à cacher, tandis que la solidarité du groupe est mise à rude épreuve. Ce qui n’empêche pas l’auteure de dessiner, parallèlement, les contours d’une belle et cruelle histoire tantôt d’amour, tantôt d’amitié. Tantôt de trahison. Le motif classique du superhéros, assez peu représenté en France, trouve ici une application intéressante parce que discrète : sans spectacle, Manon Fargetton crée du rythme, de l’aventure, de la tension, presque du cinéma, tant l’écriture restitue ici un mouvement continuel (des corps, mais aussi des sens).

C’est, en somme, un très bon roman qui confirme la qualité de la série Thriller de Rageot qui s’affirme comme une collection incontournable du thriller dans la littérature adolescente. Quant au roman de Manon Fargetton, il s’achève sur la promesse d’une suite, que l’on ne peut qu’attendre avec avidité.

 

 

Le Jeu de la bonne aventure

Le Jeu de la bonne aventure
David Dumortier, illustrations d’Aude Léonard
Motus, 2014

 Le jeu de la vie

 Par Anne-Marie Mercier

Le Jeu de la bonne aventure« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » Rien de plus agaçant parfois, cette question. Sauf lorsqu’elle est énoncé sous forme de jeu, où le hasard est un des biais de la poésie. C’est ce que propose David Dumortier, avec un véritable jeu de cartes au format allongé comme un jeu de tarots.

La règle demande de tirer une carte « pour connaître son avenir ou celui de quelqu’un d’autre » ; on a le droit d’en changer si on n’en est pas content, et il y a même un joker, une carte qui ne dit rien à part qu’on est libre de choisir ce qu’on veut. Il y a des As, aussi, la chance… Mais tout est aussi affaire de décision ou de regard.

« Tu joueras au ballon parce que tu aimes la lune. La médaille d’or n’est pas loin, regarde, elle est juste au-dessus de toi…

« Tu es né sans coquille, comme un brin d’herbe, alors tu te déguiseras avec la carcasse d’une tortue et tu prendras les chemins tortueux…

« Tu seras riche, riche, riche, riche, riche, riche, riche, Oh ! Que tu seras riche, riche, riche, riche, si tu connais plus de mots que le mot argent.

« Ton métier sera de combattre le feu. Avant de te coucher, tu éteindras aussi les lumières de ta maison et le soleil qui a brillé dans tes yeux. »

Pompier, espion/ne, berger/ère, chercheur/e d’or, traducteur/trice, footballeur/euse, voyageur/euse magicien/ne, jardinier/ère, pilote d’avion… Tous ces métiers sont évoqués, et bien d’autres qui n’existent pas (?), mais toujours sous une forme détournée, métaphorique, poétique et rêveuse. Une très belle façon de dédramatiser le futur et de poétiser la vie.

Le Petit Pompier

Le Petit Pompier
Margaret Wise Brown, Esphyr Sloboddkina
Didier jeunesse (cligne cligne), 2014

Grand/Petit, Ancien / Moderne

Par Anne-Marie Mercier

le-petit-pompierPublié pour la première fois en 1938, cet album qui connut un grand succès aux États-Unis est édité ici pour la première fois en France : dans la collection que Didier jeunesse a dédiée aux œuvres de la littérature de jeunesse internationale mal connues chez nous (du même auteur, a paru précédemment Une Chanson pour l’oiseau).

L’histoire est apparemment très simple : il était une fois grand pompier… Il est appelé pour éteindre un incendie ; il y parvient, rentre chez lui dit, s’endort et rêve… qu’il éteint un incendie.

Seulement voilà : l’histoire est double. Parallèlement, sur la même page, mais en caractères et en dessins plus petits, on nous raconte l’histoire d’un petit pompier à qui il arrive les mêmes choses, avec de très légères différences et c’est ce qui fait tout le sel de l’histoire, quasi philosophique.

Les illustrations en papier découpé, une nouveauté à l’époque donnent un cadre coloré et stylisé  qui convient parfaitement  au propos. Ainsi ce n’est pas seulement une réédition qui permettrait de connaître des expérimentations en la littérature de jeunesse (Bank Street School proposait à un auteur ayant une expérience pédagogique de s’associer à un artiste pour créer des albums différents). Ce petit chef-d’œuvre est toujours aussi efficace, avec ses couleurs éclatantes et ses jeux sur le grand et le petit, dans les mots comme dans les formes.

Jonah, vol. 1, les sentinelles

Jonah, vol. 1, les sentinelles
Taï-Marc Le Thanh
Didier Jeunesse, 2013

Chasse à l’enfant- bonheur

par Anne-Marie Mercier

jonah1Comme beaucoup de héros de romans pour adolescents, Jonah est orphelin, de parents inconnus. Il a en plus la caractéristique d’être né sans mains. Cela pourrait faire de lui un personnage plein de tristesse et c’est tout le contraire. Ici, le roman ne se contente pas de délivrer la rassurante théorie de la résilience et de l’espoir mis à portée de tous mais propose un développement fantastique (ou fantaisiste) intéressant : à la place de ces deux mains, de petites excroissances se sont formées de chaque côté du cerveau de Jonah, comme de toutes petites mains. Elles le massent, orientent ses pensées dans une direction positive, le maintiennent dans la joie, le conseillent parfois. Si Jonah les entend rarement, les deux voix, appelées voix A et voix B, conversent entre elles dans des dialogues très réjouissants, et lui procurent un don qui se révélera sans doute très utile dans les volumes suivants.
Mais pour l’heure, dans ce premier tome, ce don lui apporte surtout des ennuis car il est traqué par une mystérieuse organisation qui surveille les naissances d’enfants étranges pour emprisonner ceux qui lui semblent intéressants. L’enlèvement de Jonah provoque de multiples péripéties, mobilise ses amis de l’orphelinat qui partent à sa recherche, le directeur de l’institution, qui a été transformé par la présence heureuse du héros, et jusqu’au mystérieux jardinier psychopathe et misanthrope, touché par la grâce grâce à cet enfant.
Et ce livre est effectivement porté par une certaine grâce, un goût du bonheur qui rend les menaces d’autant plus inquiétantes. De roman social optimiste, dans lequel un orphelin handicapé transforme un lieu et des personnes sinistres en instruments du bonheur, le texte se transforme en thriller efficace et original à de nombreux égards. Que la nature soit la principale force acharnée à détruire le héros en est une marque  intéressante : on sait combien le discours écologique mou est en vogue actuellement dans ce secteur éditorial.
L’écriture est d’une grande plasticité, tantôt enjouée, tantôt nerveuse, et porte parfaitement les différents aspects du récit. Le texte ignore tout ce qui pourrait être fioritures ou remplissage et se concentre sur les détails significatifs, les dialogues savoureux, et une composition impeccable.
Le lecteur ne peut qu’attendre impatiemment la suite…

Loulou, l’incroyable secret

Loulou, l’incroyable secret
Grégoire Solotareff, Jean-Luc Fromental
Rue de sèvres, 2013

Histoire trans-médiatique, histoire mosaïque

Par Anne-Marie Mercier

louloulincroyable secret« D’après le film », oui, c’est clair. Une BD ? pas vraiment : plutôt une suite de vignettes dans lesquelles on a copié des bulles avec des bribes de dialogues savoureux. Certes, tout cela est drôle et on a plaisir à retrouver le couple Tom et Loulou ; c’est plein de jeux de mots pour les « grands » (le « festival de Carne, » la prison de la Loubianka…), mais des vignettes juxtaposées ne font pas une BD, cela manque de dynamique, de liant, d’implicite… Autant aller voir le film, ou relire les albums de Loulou, ou ceux de Jean-Luc Fromental, auteur de la série superbe des 10 p’tits pingouins chez Helium.

D’ailleurs, les amateurs de BD pensent la même chose (voir le blog de planète BD)

Lune Mauve. Tome 3 : L’affranchie

Lune Mauve. Tome 3 : L’affranchie
Marilou Aznar

Casterman, 2014

@psychotiquetweets

Par Matthieu Freyheit

lunemauve3Troisième tome de la tétralogie (voir les chroniques des tome 2 et tome 1). Séléné a quitté Viridan et un mariage imposé par des sardines magiques (ou quelque chose comme ça) messagères d’Isthar. Le retour à Darcourt signe le retour des personnages auxquels le lecteur s’est attaché. L’auteure assume elle-même ses préférences en éclipsant quelques figures moins percutantes (on pense à l’excentrique Rimbaud), tandis qu’elle donne une épaisseur nouvelle à Alexia, définitivement très réussie, ou à Thomas, dont la relation avec Séléné capte très bien l’intérêt.

Il reste que le titre de ce troisième volume est trompeur : Marilou Aznar nous rappelle que Séléné s’affranchit de Viridan à la fin du deuxième tome, sans nous laisser anticiper que c’est d’un autre monde que l’héroïne s’affranchit au terme du troisième. C’est donc très bien joué. Entre ces deux moments de tension et de passage d’un monde vers un autre, d’une existence vers une autre, Séléné (dite « la Sigismonstre », il faut dire que c’est plutôt amusant et bien trouvé) tente de reprendre le cours de sa vie, sans voir que malgré elle tout concourt à la ramener à ce qu’elle a jusque là cherché à quitter. Mais la machinerie est en route : quête d’un objet destructeur, manipulations diverses, rencontres étranges, meurtres non élucidés. Ajoutez à cela un voyage au Japon, et l’aventure est complète. Parallèlement, si l’on retrouve au début du volume un peu de l’humour développé dans le premier, la tension prend peu à peu le dessus, soulignant l’impossibilité pour l’héroïne d’échapper à son ‘destin’. Un thème vu et revu, c’est vrai, qui ne semble peut-être pas révolutionner le roman adolescent. Mais enfin, ce n’est pas ce que l’on demande nécessairement. L’écriture de Marilou Aznar n’est pas seulement efficace mais intelligente, prenant le pouls discret des différents usages qui peuvent être faits des réseaux sociaux (loin des clichés dans le cas des psychotiquetweets d’Alexia), tandis qu’elle parvient tout à la fois à prendre le rythme de l’aventure et celui de l’aventure amoureuse. Une série à défendre et à lire, dont il n’y a qu’à attendre le dernier volume.