Le Cadeau

Le Cadeau
Page Tsou
HongFei, 2020

Un cadeau pour la vie

Par Anne-Marie Mercier

Le cadeau n’est pas un objet, mais un simple ticket d’entrée dans un musée. L’enfant qui le reçoit n’est pas ravi et a d’autres soucis. Mais une fois entré, de salle en salle, il découvre ce qu’est l’art, les questions qu’il pose, les émotions qu’il suscite. Face à chaque œuvre d’un art contemporain très divers, dans le musée de Taïpei, les visiteurs, formes anthropomorphes vêtues de vêtements formels et surmontées de têtes animales (vache, cerf, girafe…) sont montrés dans leur contemplation. Leurs pensées sont indiquées en légende, et frappent par leur diversité: c’est vivant, ouvert.

Mais l’art est surtout dans l‘album lui-même, qui, sous son format inhabituel de grand carré, présente des images étonnantes, mêlant photographies, collages et images numériques dans un style qualifié de « rétrofuturiste et surréaliste », avec un déroulé chronologique précis comme une horloge et qui se retourne sur lui-même à la fin : l’enfant a tout vu, alors que les adultes ne sont pas encore entrés dans l’exposition, mystères…
Cet album est à la fois une fable et une démonstration en acte sur la question du cadeau : ce qu’on offre n’est pas toujours compris. Un cadeau ambitieux doit passer par cette étape pour porter ses fruits.

 

Un, deux, doigt

Un, deux, doigt
Ramadier et Bourgeau
L’école des loisirs (Loulou et Cie), 2020

Coucou, les doigts

Par Anne-Marie Mercier

Ramadier et Bourgeau invitent régulièrement le lecteur à prendre part activement à l’histoire en manipulant le livre, l’inclinant, le touchant… Ici, il s’agit de glisser un doigt dans la page de gauche, puis un autre dans la page de droite (ce peut être le doigt de l’enfant). Ils dialoguent avec d’autres doigts dessinés, et imitent leurs mouvements et leurs jeux, jusqu’à ce que la fiction s’invite dans le bal et fasse fermer le livre.

Un joli jeu malicieux.

1, 2, 3 bébés

1, 2, 3 bébés
Georgette
Amaterra, 2020

Jouons et comptons avec les bébés

Anne-Marie Mercier

Ce petit album cartonné propose un dispositif tout simple et efficace : chaque double page montre un animal et donne une même phrase avec des variations : dans le ventre de « Y « (l’éléphante, l’ourse, la lapine….) il y a « X » bébés.
Un rabat cache, dans le ventre de cet animal, un, deux, trois, quatre… jusqu’à 9 bébés ; la dixième double page est une surprise. Ces animaux tout ronds et souriants sont attachants, et leurs petits, représentés comme des adultes miniatures, ne respectent pas la distanciation et c’est joyeux.

Quel est ce légume ?

Quel est ce légume ?
Anne Crausaz
MeMo, 2019

Des légumes ? Miam !

Par Anne-Marie Mercier

Quel est cet album?
un jeu,
un documentaire,
une aventure,
une encyclopédie,
un livre d’art ?
Tout cela à la fois!

Les légumes ne sont plus ces mets abhorrés de certains enfants (et notamment du fameux Zigomar de Corentin), mais des objets à contempler de près… et sans doute à manger, comme nous y invite la dernière page, tant leurs couleurs, matières, formes sont appétissantes sous le pinceau d’ Anne Crausaz dont on avait admiré les oiseaux .

Elle invite le lecteur à s’en aapprocher de très près, et à participer à un jeu de devinettes en suivant deux fourmis. L’une fait découvrir et l’autre, plus petite, qui joue le rôle d’un enfant, découvre ce monde. La plus grande donne quelques caractéristiques du légume, la jeune doit deviner ce que c’est avant que l’on tourne la page perforée d’un petit trou par lequel passent les deux fourmis.

Elles observent de l’extérieur et de l’intérieur le petit monde qu’elles découvrent : le dégradé du radis, la délicatesse de la tomate, mais aussi le navet, la betterave, les petits pois le poivron… tous forment une palette de couleurs superbes, sur beau papier avec une impression impeccable. Même chose pour les fruits, publié dans la même collection (encore bravo MeMo ! Et il faut aller voir leur site, beau et intéressant).

 

Le Ballon d’Achille

Le Ballon d’Achille
Marie Dorléans
Sarbacane, 2020

Souffler, jouer, voler

Par Anne-Marie Mercier

Sur un jeu de mot qui évoque le personnage d’Achille Talon, nous voilà loin du héros grec, avec un tout jeune garçon qui essaie en vain de gonfler un ballon dans une fête d’anniversaire.
Entre deux souffles, il se passe quelque chose de magique : Achille s’envole avec son ballon, rejoint les avions et les montgolfières, survole un château, retombe, remonte en regonflant son ballon, puis repart vers le nord, au pays des ours blancs, puis vers le sud, au pays des jonques, et ensuite dans la forêt des lions, et enfin rejoint la fête d’anniversaire. Il s’y retrouve, toujours avec son ballon vide à la main, exactement au point où il était au milieu d’amies narquoises qui ignorent tout de son « voyage ».

Le lecteur fait un beau voyage lui aussi, dans ces vastes pages au format haut, dans lesquelles le blanc domine et où les décors au crayon esquissent des idées de paysages plus que des paysages. Les couleurs, limitées à trois dans le voyage (gris-bleu et rouge ou brun et vert) ajoutent à l’aspect épuré et mettent en valeur le jaune éclatant du ballon et la multiplication des couleurs de la jungle et des oiseaux exotiques, anticipant le retour dans la scène d’anniversaire.
Achille a-t-il rêvé ? il semblerait que non, vu le cadeau qu’il apporte.

Drôle d’oiseau

Drôle d’oiseau
Philippe Ug
(Les grandes personnes), 2011

Envol

Par Anne-Marie Mercier

Quand de nombreux albums Pop-up sont de purs exercices de virtuosité, ceux de Philippe Ug ont quelque chose en plus :  une. Histoire, une progression, un rythme. Ici, c’est une histoire simple, proche des intérêts de l’enfant : la naissance dans un nid, dans trois œufs, de petits oiseaux, et leur découverte du monde avec leur maman jusqu’au moment où l’un deux, déjà différent s’avère être vraiment un « drôle d’oiseau ».

C’est au regardeur de noter la différence de couleur et de taille des œufs, et de comprendre que le singulier du titre et de la dernière page désigne le poussin violet au milieu des jaunes. Rien n’est dit, chacun peut se faire son histoire. Et le tout dans une explosion de couleurs toniques et de formes aériennes, superbes.
Et c’est encore plus beau « en vrai » que sur le site de l’éditeur où vous pouvez en voir quelques pages.
Pour les amateurs de soucoupes volantes et de petits hommes verts, Philippe Ug a publié en 2020 De l’autre côté des étoiles.

 

L’Inventaire des jours

L’Inventaire des jours
Luca Tortolini, Daniela Tieni
PassePartout,  2019

Humeurs de jours

Par Anne-Marie Mercier

En temps de confinement, on a tendance (pas vous ?) à trouver que les jours se ressemblent, en somme on ne voit pas le temps passer et pourtant il semble parfois long.

L’Inventaire des jours est un livre parfait pour la circonstance : il égrène toutes les petites différences d’un jour à l’autre, avec ou  sans grands événements, la densité des jours.
Merci à PassePartout de nous rappeler la  belle phrase de James Joyce: « Chaque vie, c’est beaucoup de jours, jours après jours. »

Les jours où l’on attend quelque chose, une nouvelle par exemple, les jours où l’on a froid, les jours perdus, les jours où l’on se réveille le matin après avoir rêvé très fort, les jours «tout emmêlés», les jours où l’on n’est pas vraiment là, les jours où l’on se quitte, les jours où l’on se retrouve, et les jours si beaux qu’on n’a pas besoin de mots pour les dire.
Tous les autres jours sont beaux si on peut les dire avec des mots et des images.
Tout cela avec de magnifiques images aux couleurs denses, aux harmonies subtiles et aux détails mystérieux. Les éditions PassePartout se sont fait une spécialité de ces albums délicats : nuage, l’arbre bleu…

 

Kiki en promenade

Kiki en promenade
Marie Mirgaine
Les fourmis rouges, 2019

Les failles du quotidien : à quoi expose le fait de promener son chien?

Par Anne-Marie Mercier

Un homme promène son chien. Il se déplace de la gauche vers la droite, avec constance, sur le fond blanc de la page, son chien derrière lui, sans un regard en arrière. S’il s’était retourné, il aurait vu son chien enlevé par un aigle, l’aigle chassé par un tigre. Après le tigre, au bout de la laisse, ce sont une chauve-souris, un renard, une pieuvre, une mouche, un serpent… jusqu’au moment où le chien tombe du ciel (lâché enfin par l’aigle ?) pour reprendre sa place au bout de la laisse juste avant le retour à la maison.

Fantaisie d’un imaginaire de Chien ou conte en randonnée qui transforme le banal en merveille ? il demeure que c’est une superbe variation graphique alliant diverses techniques  pour des effets de couleurs et de matières très subtils. (voir sur le site de l’artiste)

Les promeneurs d’animaux de ces temps confinés se rendent-ils compte de ce qu’ils mènent derrière eux ?

Le Lapin qui ne disait rien

Le Lapin qui ne disait rien
Bruno Gibert
Sarbacane, 2019

Lapin, super star

Par Anne-Marie Mercier

Le lapin est un personnage essentiel dans l’album pour enfants (voir Le Livre pour enfants de Christophe Honoré qui écrit : « les lapins ont gagné »), et pourtant, qu’en sait-on, à part qu’il a de grandes oreilles ?
La liste des cris d’animaux est un classique des jeux sonores avec les enfants ; on les retrouve dans quelques livres, où les sons sont souvent figurés plastiquement de façon intéressante (voir Histoire de la petite dame qui aimait le bruit, de Val Teal, illustré par Robert Lawson). Mais on se demande rarement quels animaux ne figurent pas par leurs cris, et parmi eux il y a… le lapin.
Cet album montre des animaux à plumes et à poil, certains très bruyants et d’autres plus discrets, tout à coup inquiets du silence de leur camarade, tout seul silencieux dans sa cage. Ils décident de l’emmener voir un médecin spécialiste pour les enfants muets et l’on constate que le lapin ne parle pas, mais qu’il écrit. Stupeur, célébrité, il devient un écrivain renommé. Mais d’où lui viennent toutes ses idées ? pour le savoir, il suffit de se souvenir que, s’il ne parle pas, il a de grandes oreilles.
Les illustrations sont aussi cocasses et bruyantes (ou silencieuses) que le texte. Un régal.

Histoire de la petite dame qui aimait le bruit

 

L’Imagier des couleurs de la nature

L’Imagier des couleurs de la nature
Pascale Estellon
Les grandes personnes, 2020

Jaune comme… une branche de mimosa ou une poire ?

Par Anne-Marie Mercier

« Rouge comme… », « orange comme… », jusqu’au noir et blanc en passant par le vert et le bleu, les couleurs sont déclinées dans ce grand album à rabats à travers la forme de l’imagier : une page donne de 4 à 9 nuances de la couleur dans des disques de tailles différentes. Ces planètes de couleur sont déclinées dans des nuances aux jolis noms, comme, pour le rouge, vermillon, rubis, magenta, garance, etc.
Face à cette page de nuancier on trouve quatre pages d’images sur fond blanc qui déclinent les mêmes nuances de la couleur : oiseau, fruits, fleurs, cailloux. Ces vignettes figurent en quasi monochromes, avec quelques rehauts de noir, de blancs ou de bruns qui leur donnent du luisant et du relief, et des touches de vert qui nous rappellent constamment que l’on est dans le monde naturel : branches, feuilles, , tiges.
Ces pages proposent un bel apprentissage des mots, des choses et des nuances.

Pascale Estellon a publié chez les grandes personnes un beau Cahier pour apprendre à colorier autrement (2013)

Cahier pour apprendre à colorier autrement