Les Instruments d’Afrique

Les Instruments d’Afrique
Dramane Dembélé (musique), Rémi Saillard (images)
Didier, 2015

Lecture avec les oreilles

Par Dominique Perrin

A découvrir ici, cinq instruments en bois et peau, cordes, lames, trous, dignes d’étonner aussi bien par leur son et par leur nom – djembé, n’goni, sanza, tama, flûte peule. L’initiation se fait tranquillement, en tournant des pages aux couleurs vives sur lesquelles un ou plusieurs animaux africains piquent la curiosité du lecteur (« tu as envie de danser ? », « à quoi ça te fait penser ? »). Sur chaque double page un rabat permet non pas d’appuyer fiévreusement sur une puce sonore, mais de nommer un instrument que le cd (9 minutes environ) présente pas à pas, avant un concert final – dont on souhaiterait seulement, trop gourmandement sans doute, qu’il dure bien plus longtemps…

 

Suikiri Saïra

Suikiri Saïra
Pepito Mateo, Bellagamba
Winioux, 2014

Vingt prénoms… pour la vie ?

Par Anne-Marie Mercier

Comment appeler un enfant qui vient de naître ? Grande question, qui trouve des réponses diverses selon les temps et les cultures. Les auteurs ont choisi de traiter cela avec humour en situant leur histoire au Japon, ce qui fournit un prétexte à de nombreux jeux avec les sons et les mots.

M. et Mme Dupuits, c’est-à-dire M. et Mme Ido (« puits » se dit Ido en japonais) ont un fils. Le père décide de l’appeler Suikiri Saïra, ce qui signifie selon lui « bonheur infini ». La mère trouve que c’est bien mais un peu abstrait : elle propose Padera Taderi Chotatami. Le grand-père, un voisin, tout le monde s’en mêle pour proposer chacun à son tour un nom qui reflète son idée des conditions du bonheur : intelligence, amour de la nature, sagesse… les parents, trouvant tout cela bel et bon et voulant tout offrir à leur enfant, lui donnent un nom qui n’en finit plus, composé de tous ceux qui ont été proposés. Les difficultés rencontrées par le petit garçon en diverses circonstances, drôles ou tragiques conduisent à un heureux dénouement…

Le texte loufoque, le jeu d’accumulation, les répétitions, tout cela en fait une histoire aussi drôle qu’intéressante. Les images qui proposent avec des papiers découpés et des aquarelles de belles scènes japonisantes et stylisées sont parfaites. Le CD joint à cette édition livre-CD de l’album déjà publié en 2013, est un enregistrement du conte narré devant un public d’enfants et d’adultes… Kiribocou !

On les comprend, tant la répétition de ce nom à rallonge jubile.

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur Ravel rêve sur l’île d’insomnie

Monsieur Ravel rêve sur l’île d’insomnie (conte musical)
Frédéric Clément (texte, voix, illustration)
Didier jeunesse, 2013

Rencontre de deux artistes, rêve général

Par Anne-Marie Mercier

A partir de la monsieurravelmusique de Ravel, mais aussi de sa biographie (Ravel insomniaque, Ravel élégant, Ravel « horloger », comme le nommait Stravinsky, Ravel, sa mère et l’Espagne), Frédéric Clément nous emmène en voyage en poésie dans un livre CD où texte, images, musique et voix se complètent parfaitement.

Monsieur Ravel y parcourt un monde proche de la fantaisie de L’Enfant et les sortilège, rencontrant la tasse en porcelaine, l’horloge, un jouet mécanique, et aussi les chats et d’autres animaux, Laideronnette impératrice des pagodes, la Belle et la Bête, La Belle au bois dormant…

La quête de Ravel, cherchant la vague verte qui l’emmènera vers le sommeil, soutient le récit raconté par le texte et la voix de Frédéric Clément, tandis que la musique emporte l’imaginaire dans les espaces généreux qui lui sont heureusement totalement dédiés.

Les images créent un monde aquatique suspendu dans l’attente, un petit théâtre mental et rêveur, ponctué de petits cailloux, coquillages, billes, boutons, plumes, insectes… dans un traitement hyper réaliste proche de ce que l’ont trouve dans les magasins Zinzins de Clément. Si toutes les images sont superbes, les dernières mêlent écume et matières de façon époustouflante, sur les airs d’ « Une barque sur l’océan » et, bien sûr, du « Bolero ».

Chapeau, Monsieur Clément !

Ravel ne pouvait être mieux accompagné, « illustré », au plus haut sens du terme.

 

La Vie de château

La Vie de château
Pascal Parisot, Anne Laval
Naïve musique, 2013

Chansons sans particule

Par Anne-Marie Mercier

La Vie de châteauNaïve musique propose une nouvelle collection de livres-CD, « de zéro à huit ans ». Il s’agit de chansons qui ont chacune leur unité mais qui sont englobées dans une narration plus ou moins cohérente, comme c’est le cas dans certains concerts ou le/ la chanteur/euse raconte une histoire qui donne du liant à ses textes (voir le dernier concert de Juliette). Les chansons portent sur des thèmes familiers aux enfants : l’anniversaire, le centre de loisirs, le manège… Tout cela avec humour, notamment pour les situations désagréables : l’enfant qu’on n’écoute pas, celui qui ne veut plus faire de piano etc.

L’histoire-cadre propose une parodie des contes de princes charmants et de princesses, et confirme que la « vie de château » n’est plus ce qu’elle était.

Une Chanson douce

Une Chanson douce
Chantée par Henri Salvador, illustrée par Eric Puybaret
Casterman (Tralalère, avec CD), 2011

Nostalgie enfantine

par Sophie Genin

unechansondouceNous connaissons tous le début de la fameuse chanson d’Henri Salvador : « Une chanson douce que me chantait ma maman, en suçant mon pouce, j’écoutais en m’endormant… ». Mais qui se souvient de la suite de cette berceuse, suite indiquée par le sous-titre de cette version illustrée : « le loup, la biche et le chevalier » ? Grâce à Casterman et la collection « Tralalère », nous allons tous pouvoir nous plonger dans ce conte, envoûtés par la voix inimitable de son interprète et, surtout, par l’univers onirique proposé par Eric Puybaret.

Canons et comptines des p’tits lascars

Canons et comptines des p’tits lascars 

Yves Prual (sélection des chansons), Françoise Ténier (commentaires), Andrée Prigent, Laetitia Le Saux, Clémence Pénicaud, Clémentine Sourdais (ill.)

Didier jeunesse, 2013

Polyphonies espiègles et douces

Par Dominique Perrin

canonslascars_couv_largeVoici une « suite » (3-7 ans) aux jeux chantés (0-3 ans) présentés récemment dans ces pages. Une grande connaisseuse de la discothèque enfantine – Françoise Tenier, issue de la bibliothèque de L’Heure joyeuse – rassemble ici de grands traditionnels de la chanson d’enfance – du 20e siècle à des époques plus lointaines. Si l’enjeu du précédent volume était de relier entrée dans le langage et et découverte du corps, le pari relevé ici est également d’envergure : il s’agit de découvrir les contrées jubilatoires et somme toute familières du chant à plusieurs voix. Voix enfantines et adultes mêlées, la qualité musicale va de pair avec le plaisir des images, et, pour tous ceux qui y aspirent, avec la lecture de partitions et de quelques notes érudites ; où l’on apprend, par exemple, que la « souris verte » fut peut-être, au départ, une souricette, et se voit confirmer que « frère Jacques » renvoie à des réalités historiques ou anthropologiques plaisamment charnelles.

 

Les jeux chantés des p’tits lascars

Les jeux chantés des p’tits lascars (livre-disque)
Evelyne Resmond-Wenz (collectage et commentaires), Yves Prual (dir. Musicale), Martine Bourre (ill.)
Didier jeunesse, 2013

Chants des premiers ans

Par Dominique Perrin

« (…) les passions nous ferment les mains. La main qui s’ouvre est toujours le signe d’une pensée contemplative (…). Donner la main, c’est se lier à l’autre. » (Alain, Propos)

jeuxLes éditions Didier transmettent depuis leur fondation une culture qui mérite autant que L’Odyssée le nom de fondatrice ; elles fêtent ici sous une maquette renouvelée les vingt-cinq ans de leur premier livre-disque de comptines pour tout petits, porteuses de jeux séculaires et voyageurs sur la musicalité de la parole humaine. Les dix premières ont pour objet la main elle-même, « premier jouet » de l’humanité, partie prenante d’un opéra-ballet d’une sensualité et d’une simplicité toujours étonnantes. Les illustrations intérieures de Martine Bourre font de ce recueil au succès jamais démenti un objet d’une grande beauté, en même temps qu’un manuel efficace, destiné à égalité aux professionnels et à tous les parents désireux de connivence avec leurs tout-petits – éléments de mise en scène, mais aussi, et c’est appréciable, brèves présentations savantes à l’appui.

L’œil du loup

L’œil du loup
Daniel Pennac
illustré par Catherine Reisser, mis en musique par Karol Beffa, orchestre de chambre de Paris, Gallimard jeunesse/Nathan, 2012

Le chant des mondes

Par Anne-Marie Mercier

Le célèbre récit de Pennac se suffit à lui-même, certes et il était déjà dans sa première édition bien illustré. Tout développement aurait pu sembler inutile. Et pourtant, cette version illustrée et accompagnée d’un CD, loin d’être superflue, lui donne une nouvelle vie: les dessins sobres de Catherine Reisser (qui avait illustré la version pocket) encadrent le texte, s’y inscrivent parfois, l’aèrent.

Le narrateur est parfait : c’est l’auteur lui-même et il le dit aussi bien qu’un acteur professionnel, sobrement, marquant des pauses. On échappe ainsi aux dialogues portés par des voix enfantines, rarement justes. La musique est belle et colle à l’atmosphère du récit sans être envahissante; elle s’inscrit dans les temps de silence de la voix et prolonge la force du dit. L’ensemble est parfait.