Joséphine

Joséphine
Patricia Hruby Powell Illustrations de Christian Robinson
Rue du monde 2021

Des taudis de Saint Louis au Panthéon

Par Michel Driol

A l’occasion de l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon, Rue du Monde réédite Joséphine, déjà publié en 2015, en l’enrichissant d’un dossier documentaire réuni par Alain Serres. L’album se veut une biographie de Joséphine, structurée chronologiquement, mettant l’accent sur son parcours singulier et en l’expliquant autant par son talent, ses qualités, son dynamisme que par sa sensibilité aux injustices et aux discriminations qu’elle a vécues aux Etats Unis. Ce qui frappe avant tout, c’est l’audace et la liberté de l’artiste, mais aussi de la femme engagée, pleine d’énergie et de détermination pour vivre pleinement sa vie, ses rêves et sa passion pour la danse.

Tant par le texte que par les illustrations, l’album rend bien compte de la ségrégation raciale aux Etats Unis : violences, espaces réservés, racisme et de la façon dont l’accueil en France montre une autre société possible. Si l’album, destiné aux enfants, accorde une grande importance aux années de jeunesse, puis à la Tribu arc-en-ciel, il ne passe pas sous silence les combats de la femme : combats pour être reconnue comme artiste contre les détracteurs, combats pour l’émancipation des femmes et des noirs, combats engagés au sein de la Résistance. Le portrait de Joséphine ainsi fait est à la fois fidèle et exemplaire : non pas une success story, puisque le récit est fait de succès et d’échecs, mais une histoire où se révèle la force d’une femme pour briser les tabous, rester fidèle à ses passions et à ses idéaux (voir, par exemple, son engagement pour la France lors de la guerre de 39-45). Les illustrations sont pleines de vie, et, par leur technique, nous plongent, de façon appropriée, dans les années 60.

Un album réussi, dont la réédition s’imposait, pour dire aux jeunes générations la force du courage et des convictions humanistes pour contribuer à changer quelque peu le monde et le regard que l’on peut avoir sur les autres et la société.

Ma maison-tête

Ma maison-tête
Vigg
Fonfon 2020

sur le tableau noir du malheur

Par Michel Driol

Vincent parvient à réciter le Corbeau et le Renard chez lui, mais, en classe, rien ne vient. A la sortie du cinéma, il peut raconter dans les moindres détails le film qu’il a vu. C’est que Vincent se perd souvent dans sa maison tête, dont il dessine le plan, dont il explore les pièces. Il discute avec le Corbeau, avec le Renard, se sent un pantin… Pourra-t-il enfin être lui ?

Venu du Québec, voilà un album pour explorer le trouble du déficit de l’attention, et, peut-être, aider les enfants qui en sont atteints à se reconnaitre dans Vincent d’abord, et peut-être aussi à mettre des mots et des images sur ce qu’ils éprouvent. Ludique et imagé, l’album ne se veut pas thérapeutique, mais descriptif et empathique. D’abord par le choix énonciatif, puisque c’est Vincent qui évoque sa vie, sa souffrance, sa façon de se sentir différent, dévalorisé. Il voit bien qu’au cinéma, tout sauf l’écran est éteint, et qu’il ne peut que se focaliser sur une chose. Ensuite par le choix de la fiction et de l’imaginaire pour mieux entrer dans la tête de Vincent. La fiction de la maison tête, où les différents états sont assimilés à une pièce, ensuite les conversations avec le renard bienveillant et le corbeau dévalorisant sont comme une métaphore du regard des autres et des conseils ou remarques qui sont inutiles. Comment alors retrouver l’estime de soi dans un monde où on ne parvient pas à se focaliser sur une chose, à hiérarchiser les informations, les situations, à percevoir l’essentiel ? La souffrance de l’enfant est omniprésente : tête qui bourdonne, larmes, déshumanisation…, souffrance causée par les autres qui, à l’image des corbeaux, ne comprennent pas que ce qui est facile pour eux est difficile pour lui. Il cherche à être compris, mais n’y parvient pas.

Un album qui aborde par le biais de l’imaginaire un des troubles de l’attention pour le dédramatiser, et encourager chacun à trouver les voies pour être lui, mais aussi une façon de plaider pour le droit à la différence

Toujours souvent parfois

Toujours souvent parfois
Simon Priem – Illustrations d’Emmanuelle Halgand
Motus 2022

A la recherche d’un temps jamais perdu

Par Michel Driol

Trois adverbes de temps, qui définissent trois modalités dans la fréquence de la répétition des actions ou des faits. L’album évoque ainsi une succession de petits faits  qu’on dirait sans importance, un oiseau qui se pose sur un arbre, une fleur que l’on cherche, un papillon qui vole vers une maison, un vieux monsieur qui répare une chaise… Mais lorsqu’on repense à toutes ces choses, elles ne disparaissent pas dans l’oubli, et attendent qu’on les retrouve…

Simon Priem propose ici un texte poétique, comme une rêverie contemplative autour du temps et du souvenir, dans laquelle le passé et le présent s’entremêlent. Le texte invite à regarder par la fenêtre, à poser son regard d’une chose à l’autre, de l’oiseau à l’arbre, de l’arbre à la fleur, du papillon à la maison, à la manière de certaines comptines enfantines qui décrivent le monde de proche en proche. Cela tant que l’on peut voir, tant qu’il fait jour. Mais survient la nuit, le moment de regarder en soi, de penser à tout ce qui s’est perdu pour lui conférer une sorte d’éternité. C’est une poésie du présent, de la sensation à la fois immédiate et fugitive que la mémoire peut conserver, pour peu qu’on prenne le temps de la figer. Il y a là quelque part comme un art de vivre, voire un art poétique qui vise à faire sortir de l’oubli le temps vécu pour en faire un temps revécu, retrouvé. C’est là que se situe la force de l’introspection, de la pensée, mais aussi des mots dont la vertu est de faire surgir des réalités qui ne sont plus là. Quant à la reprise de la première phrase à la fin de l’album, elle semble signaler un mouvement perpétuel qui va de la réalité à la pensée, dans la permanence des choses et des souvenirs.

Les illustrations d’Emmanuelle Halgand apportent une autre dimension à ce texte. En effet, elles se jouent des contraires, des oppositions, de la réalité et de la fiction, comme pour mieux accompagner le texte dans ses brouillages de la temporalité. Ainsi le papier peint qui orne les murs de la maison représentée se retrouve-t-il à la fin dans la fenêtre, façon de passer de l’intérieur à l’extérieur, à la manière de ces nuages qui envahissent l’intérieur des pièces tandis que le papier peint prend la place du ciel. De la même façon, une photo encadrée sur un mur représente deux fillettes vêtues de robes bleues, et ce sont ces fillettes qui, en quelque sorte, sortent du cadre pour jouer à la balançoire sur l’arbre ou chercher la fleur. Sommes-nous dehors ? Sommes-nous dedans ? Sommes-nous dans la vie ? Sommes-nous dans les souvenirs ? Voilà le beau contrepoint qu’apportent ces images au texte, dans une perspective très surréaliste (on songe à Magritte ici dans l’utilisation du ciel et des nuages).

Ecrit dans une langue simple, vraiment à la portée de tous les enfants, ce riche album aborde des thématiques complexes à la façon des plus grands auteurs pour la jeunesse, donne à percevoir différentes formes de temporalité, de répétitions, pour illustrer avec force la permanence des souvenirs. Chacun pourra s’arrêter plus ou moins sur les différents motifs et symboles qui l’animent. On retiendra ici pour conclure celle de ce vieil homme qui toujours répare une chaise, comme si tout était toujours à réparer au monde avant que la nuit ne tombe.

Histoire merveilleuse d’un tigre amoureux

Histoire merveilleuse d’un tigre amoureux
Shen Qifeng – Agata Kawa
HongFei 2022

Un conte merveilleux chinois du 18ème siècle

Tout prédestinait Xiaoying au bonheur. Mais lorsque ses parents ignorent les demandes du peu recommandable monsieur Xue, qui veut la marier à son fils, tout se gâte. Monsieur Xue accuse injustement le père de Xiaoying, qui meurt en prison. A la suite d’un rêve, sa mère promet de la marier à qui vengerait son époux. Mais le vengeur est un tigre. Peut-on épouser un tel animal ? Vivre avec lui toute sa vie ?

Les éditions HongFei proposent une nouvelle traduction (signée par Chun-Liang Yeh) de ce conte classique chinois. Une traduction fluide, élégante dans ses tournures, dans une langue à la fois proche de celle du 18ème siècle et accessible aux enfants du 21ème siècle. Ce conte fait bien sûr songer à La Belle et la Bête, conte contemporain de Mme Leprince de Beaumont. Une intéressante postface compare les deux contes, pour en montrer avec subtilité toutes les différences. Ce qui frappe dans le conte chinois, c’est l’immense respect des personnages l’un envers l’autre, qu’il s’agisse de la mère, éconduisant le tigre avec un argumentaire solide, ou de la jeune fille, l’acceptant malgré leurs différences. C’est aussi la capacité de l’animal à comprendre et à éprouver des sentiments profonds qui font de lui une sorte d’idéal masculin, proche sans doute de l’amour courtois – sans l’apparence humaine.

Ce beau texte est superbement illustré par Agata Kawa dans des teintes jaune et rouge, proches à la fois d’une tradition chinoise et de l’art nouveau. Des portraits expressifs tant de la jeune héroïne que du tigre, l’expressivité des yeux et des postures rendent perceptible cet amour merveilleux, lui donnant une autre dimension de communion avec la nature, voire avec le cosmos. On songe parfois à la Dame à la Licorne, parfois à l’illustration de métamorphoses lorsque la jeune fille semble se transformer en arbre.

Une histoire d’amour merveilleuse, dans laquelle le surnaturel n’est jamais loin, sans sortilège, et, finalement, paradoxalement, profondément humaine.

Un billet pour l’Amérique

Un billet pour l’Amérique
Isabelle Wlodarczyk – Barroux
Kilowatt 2021

The Immigrant

Par Michel Driol

A presque 18 ans, Pénélope reçoit un billet de bateau pour rejoindre son oncle, récemment immigré à New York. Elle quitte son père et sa mère, part avec l’espoir de devenir médecin, accompagnée par sa voisine Agathe qui va rejoindre son mari, déjà installé aux Etats-Unis, et sa petite fille. Départ déchirant de la petite ile vers Athènes, où elle doit tricher pour embarquer car elle est mineure, traversée à la fois éprouvante et exaltante en bateau, et c’est Ellis Island, à l’immensité stupéfiante. Retrouvailles enfin avec la communauté grecque de New-York et reprise des études.

L’album retrace avec réalisme et empathie un parcours singulier, mais à l’image de tant d’autres, parcours de ces immigrants partis de Grèce, d’Irlande ou de Pologne pour espérer trouver une vie meilleure au Nouveau Monde. C’est là toute la force de la fiction d’exemplifier, de donner à sentir tout ce qu’il y a d’espoir et de douleur dans le départ pour une destination inconnue, de faire entendre la voix de Pénélope, la narratrice, dans son originalité, sa sensibilité,  ses doutes, ses inquiétudes, ses interrogations, sa détermination aussi. Si ce parcours est historiquement daté, il ne peut manquer de faire écho à toutes celles et tous ceux qui sont à la rechercher d’un meilleur pays pour y vivre. Le récit est complété par un dossier documentaire précis sur l’immigration aux Etats-Unis, et sur Ellis Island, porte d’entrée de 1892 à 1954.

Les illustrations de Barroux proposent un parcours de lecture en contrepoint au texte. C’est d’abord l’ile grecque, avec un ciel d’un bleu magnifique, des maisons blanches, une terre ocre, images d’une Grèce où il semble faire bon vivre. Ensuite c’est Athènes, et les teintes s’assombrissent, nuit, ciel bleu pâle, puis la traversée avec un ciel d’orage et une mer sombre. Des vignettes en grisaille montrent Pénélope et la fillette dansant dans le bateau. Gris et ocre pour Ellis Island, dans une architecture qui écrase les individus, représentés en longues files. C’est enfin New York, marron et ocre. Le ciel, qui a presque disparu, est devenu blanc, comme la page blanche de l’avenir espéré de Pénélope magnifiquement symbolisé dans la dernière image.

Un album pour aider à mieux comprendre ce qui pousse certains à partir loin de chez eux, loin de ceux qu’ils aiment, avec qui ils ont grandi, pour y construire un futur meilleur, à la fois témoignage du passé et ouverture en filigrane sur le présent.

Voyage

Voyage
Elena Selena
Gallimard Jeunesse 2021

Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage)

Par Michel Driol

Elena Selena propose cinq tableaux pop-up pour évoquer à la fois la naissance d’une grue et la migration. Dans le premier tableau, l’oisillon ouvre les yeux et découvre le monde qui l’entoure, et questionne ses parents sur son histoire. Prennent alors la parole les parents qui évoquent successivement le silence glacé de la forêt, la traversée des mers, la jungle enchantée, et enfin le printemps qui revient, l’oiseau qui a grandi et qui va pouvoir à son tour prendre son envol.

Les cinq tableaux, par la finesse de leurs découpes, donnent à voir des univers merveilleux, variés, réellement en trois dimensions dans lesquelles le regard se perd à contempler les multiples détails : poissons et têtards dans la mare, oiseaux dans les branches, animaux marins vus à hauteur de grues traversant la mer, jungle verdoyante et exotique avant un dernier tableau figurant l’envol des grues dans un monde aux teintes pastel.

Ce voyage prend bien sûr une couleur initiatique : c’est à la fois le voyage de la vie de la jeune grue, prête à prendre son envol pour découvrir le monde, le voyage migratoire des oiseaux, mais aussi d’une certaine façon un cycle fait d’allers et de retours, d’attentes et de départs, de traversées d’un monde à l’autre, de recommencements. Dans cette perspective, la dédicace finale, à Elzbieta, disparue en 2018, « et pour tous les voyages qui l’attendent » ouvre à une autre lecture, plus métaphysique sans doute.

Un bel objet livre qui laisse entrevoir, à travers ses découpes et ses univers, plusieurs niveaux de lecture et donne envie d’ouvrir ses ailes pour partir à la découverte du monde.

Même pas en rêve

Même pas en rêve
Béatrice Alemagna
L’école des loisirs 2021

Rentrée difficile

Par Michel Driol

Pour Pascaline, enfant chauvesouris de 3 ans, c’est le jour de la rentrée. Mais, bien sûr, elle ne veut pas aller à l’école. Et elle hurle si fort sa phrase préférée, même pas en rêve, que ses parents en sont tout ratatinés. Elle les cache alors sous son aile, et part avec ses minuscules parents à l’école, où elle va passer une journée magnifique.

Voilà un petit personnage de trois ans aux idées bien arrêtées et au caractère bien trempé. Elle vit sa vie à la maison, entre doudou Lombric et une poussette en coquille d’escargot. Son originalité se remarque jusque dans ses ailes rose fluo, alors que tous les autres ont des ailes aux couleurs ternes. Ah ! Si l’on pouvait emporter ses parents à l’école, comme des doudous ? rêve de beaucoup d’enfants. Ah ! Si l’on pouvait être mouche, et voir ce qui se passe à l’école ? désir caché de nombre de parents. Béatrice Alemagna concilie ces deux aspirations, avec la première journée d’école de Pascaline, seule enfant souriante parmi des enfants qui pleurent, rassurée par la présence invisible et protectrice de ses parents, qui vont l’accompagner dans la découverte des rites et habitudes scolaires : chant, récréation, cantine, couchette. Cela pourrait se gâter à l’heure des parents, mais l’album passe sous silence ce temps-là pour montrer, à la fin de la première journée, les parents qui ont retrouvé leur taille normale, et une Pascaline qui a grandi et ne veut plus qu’on l’accompagne à l’école. Voilà donc un album pour dédramatiser le jour de la rentrée, cette première séparation d’avec les parents, ce rite de passage un peu angoissant pour tout le monde. Avec tendresse, l’album nous conduit au cœur d’une forêt aux teintes ocres de l’automne, dans un univers à la fois familier (pots de crayon de couleurs, maisons, jouets) et éloigné du fait du choix – peu banal – des chauvesouris comme héros humanisés.

Un album drôle et tendre pour évoquer la rentrée à l’école, la séparation d’avec les parents, avec une héroïne craquante à la petite bouille pleine de malice.

Fille Garçon

Fille Garçon
Hélène Druvert
Saltimbanque Editions 2021

Libres d’être

Par Michel Driol

Un album, avec des pages découpées, pop-up, pour lutter contre les stéréotypes, apprendre à accepter l’autre dans ses différences, apprendre à être soi –même et à dire non. Dans des pages souvent très colorées, sont passés en revue et démontés de nombreux stéréotypes de genre : les filles rêvent de princesses et de licornes, les garçons de chevalier, les unes ont le droit de pleurer, pas les autres… Autant d’assertions souvent entendues et prises ici à hauteur d’enfant à qui l’album dit que tous les rêves sont autorisés, qu’il n’est pas de métier interdit aux filles ou aux garçons. Si certaines réalités familiales peuvent surprendre, l’important est l’amour qui unit.

Se sentir bien dans sa peau, dans son corps, afin de mieux vivre ensemble, jouer ensemble sans être amoureux, et savoir se détacher du regard des autres, voilà les grandes leçons que donne cet album, qui convie chacun à réfléchir à ces questions. Le texte est d’abord construit autour d’un « je », tantôt celui d’une fille, tantôt celui d’un garçon, tantôt indifférencié, façon d’impliquer le lecteur dans sa propre subjectivité. Puis on passe à la fin à un « on », façon de dire l’importance du vivre ensemble, et de l’amour qui unit. L’album est donc une éducation aux questions de genre  envisagées comme non enfermantes, allant jusqu’à évoquer la transidentité ou les familles homoparentales. Chacun doit éprouver ses propres libertés, ses propres gouts, et ne pas juger. Les rabats sont une invitation à découvrir autre chose que ce que l’on connait, une invitation faite au lecteur à aller au-delà pour découvrir la riche diversité du monde.

Un album bienveillant, coloré et animé, tout en finesse, pour  aborder des questions essentielles liées à l’identité de chacun sans parti pris.

Comment devenir un élève modèle

Comment devenir un élève modèle
Audrey Poussier
L’école des loisirs 2021

En 7 leçons et sans ce fatigué

Par Michel Driol

Colette et Mo adorent jouer, et détestent l’école. En 7 « leçons », ils expliquent comment être à l’heure, bien écouter en classe, ne jamais rater l’école, excuser ses absences, faire ses devoirs, être bon camarade, savoir s’adapter aux situations imprévues… Sauf que ces « leçons de sagesse » sont plutôt des façons d’échapper à l’école, de faire l’école buissonnière, de faire croire qu’on est malade, et d’écrire des mots d’excuse à l’orthographe approximative mais qui dénotent une bonne dose d’imagination !

Sous une forme qui tient à la fois de l’album et de la bande dessinée, voici un album qui réjouira tous les cancres… mais pas que ! Deux personnages pleins de vie, un frère et une sœur, malicieux, étourdis, roublards, inventifs, et, au fond, terriblement sympathiques ! Pas de parents, mais un robot  « notre petit bonhomme en chef », métaphore du père ou de la mère, et une maitresse, autoritaire, peureuse, sévère, mais amatrice de bonbons comme les enfants, qui, au fond, l’adorent. Des situations farfelues, où les mots peuvent être pris au pied de la lettre, et des illustrations pleines de gaité, comme ce costume d’école buissonnière. L’album joue sur l’antiphrase, les deux personnages se prétendant sans arrêt bons élèves, alors qu’ils démontrent le contraire dans leur comportement, leurs attitudes. Mais rien de méchant, rien de violent, juste un désir assumé de ne pas se soumettre aux règles de l’école pour vivre sa vie d’enfant, loin des contraintes qui fera sans doute rêver tous les lecteurs en leur donnant l’image du fruit défendu et en les renvoyant à leurs propres pratiques et comportements.

Tout est dit de la complicité qui unit les deux personnages et les lecteurs dans la quatrième de couv’ : sil vou plé, ne dite pas que vous zavé trouvé toute ses idées dans notre livre, on pourrai avoir de cérieux problème. Autre preuve que pour apprécier les transgressions, il faut connaitre les normes et les règles!

Seconde chance

Seconde chance
L.Karol
Mijade 2021

Diagonale du vide, amitié, et solidarité

Par Michel Driol

Jeanne, la narratrice, est élève de 6ème au collège de Kœur-la-ville, quelque part dans la diagonale du vide. La seule usine a été délocalisée en Pologne. Depuis, beaucoup sont au chômage. Pour venir en aide à une de ses amis, dont les parents n’ont pas vu qu’elle avait grandi, et dont les habits et les chaussures sont trop petits, Jeanne et ses amis vont avoir l’idée d’un troc solidaire au collège, véritable modèle d’économie circulaire, qu’avec l’aide de leurs professeurs et de l’administration ils mettent en place, et dont même TF1 parle.

Seconde chance porte bien son titre. C’est à la fois la seconde chance des parents de Lou-Ann, victimes du chômage, qui deviendront boulangers, c’est le nom de l’espace d’échange solidaire, qui donne une seconde chance aux vêtements trop petits. C’est un roman plein d’optimisme dans l’amitié, la solidarité, l’inventivité des jeunes, la compréhension des adultes du collège, la façon dont des initiatives locales peuvent recréer du lien dans une ville lorsque celui que créait l’usine a disparu. Mais c’est aussi un roman qui n’édulcore rien de la réalité de cette diagonale du vide, du chômage, de la crise. La narratrice avoue elle-même employer des mots qu’à son âge, on ne devrait pas connaitre, allocation chômage ou RSA… On apprécie la galerie de portraits d’adultes pleins de dignité et d’humanité, depuis cette mère – nourrice à domicile – le cœur sur la main jusqu’à ces parents que le chômage a brisés. Les enseignants et le personnel du collège sont eux aussi bien traités par le récit, depuis ce prof de gym, un peu enrobé, surnommé Pastèque, ancien du Larzac, jusqu’à cette enseignante de français, qui a la délicatesse de ne pas corriger à l’encre rouge… Enfin, les quatre enfants de la bande, véritables héros collectifs, 3 filles et un garçon qui parsème les conversations de ces citations, toujours appropriées, issues de pièces de théâtre.

Un feel-good roman à la fois plein de réalisme dans la description des conséquences du chômage sur une petite ville et d’optimisme sur la façon dont la solidarité peut permettre de redonner à tous une seconde chance.