Si j’étais une souris

Si j’étais une souris
Mapi – Susumu Fujimoto
Grasset 2018

Bestiaire chinois

Par Michel Driol

L’album commence par une série de 12 portraits chinois – une formule d’ouverture « si j’étais », suivie d’un animal – qui reprennent avec bonheur les 12 signes de l’horoscope chinois. Puis une chute, avec  un animal qui n’appartient pas à cet horoscope : mais je suis un chat. Chaque double page comporte à la fois un court texte, évoquant les qualités et l’imaginaire liés à l’animal en question, et une illustration, dans un style dépouillé, simple et rétro. A noter le sens particulier de lecture de ce livre : format  à l’italienne qui se lit verticalement (texte en haut, illustration en bas).

Les textes – sous forme de comptines – évoquent les qualités des animaux : la discrétion de la souris, la fidélité du chien, la générosité de la chèvre…, mais aussi des associations étonnantes (le cochon poète, noble et distingué). Cet ouvrage renoue avec la tradition du bestiaire, qui vise à donner une valeur allégorique et symbolique aux animaux : on parcourt ainsi les grandes qualités humaines, dans des domaines variés (morale, comportement, savoir, transmission…), avant que la chute, avec l’intrus qu’est le chat, conduise à se contenter et à se satisfaire de sa condition (Et je me sens très bien comme ça). Les plus petits verront dans cet album une façon de parcourir les animaux, sauvages ou familiers, représentés tantôt au naturel, tantôt habillés et dotés d’accessoires (une mention spéciale pour le singe troubadour), tantôt dans les postures traditionnelles avec des humains.  Mais, bien sûr, les plus grands liront dans cet album la question de l’identité : Qui suis-je ? Qui rêverais-je d’être ? Quel totem pourrais-je choisir ? A quel animal m’identifier ?

Un ouvrage poétique proposant dans une langue simple une réflexion sur les différences entre les espèces et le rapport ancestral entre les animaux et nous.

 

L’Auberge entre les mondes : Embrouilles au menu !

L’Auberge entre les mondes : Embrouilles au menu !
Jean-Luc Marcastel
Flammarion Jeunesse 2018

Gastronomie et guerre des mondes

Par Michel Driol

Voici le tome 2 d’une série dont on avait apprécié le tome 1. On retrouve les mêmes personnages à l’auberge : Nathan, le héros adolescent, son ami Felix, et Monsieur Raymond. Cette fois, un conflit entre les Myrmicéens et les Vespaliens menace l’équilibre des mondes. Pour le régler, rien de mieux qu’un banquet de négociations. Oui, mais quand on découvre qu’un ingrédient fondamental a été volé, il faut que Nathan parte à sa recherche, et cette quête le conduira à plonger au plus profond de l’auberge, avant de découvrir la vérité : une histoire d’amour impossible (on songe bien sûr à Roméo et Juliette).

On est avec ce tome 2 dans un univers qui oscille entre le fantastique, la science-fiction et de fantasy : les êtres venus d’un autre monde n’ont rien d’humain, les deux cuisiniers sont dotés de multiples tentacules, et les talkies walkies sont des petits êtres vivants, les chuchoteurs. Et que dire des recettes proposées (on en trouve, à la fin du roman, des versions réalisables et comestibles pour des humains, heureusement !).  Le récit conduit le lecteur à explorer les  caves de l’auberge, tandis que le héros doit lutter contre de multiples dangers, selon les codes du genre et du roman populaire. Voici un roman fort divertissant, plein de rebondissements et de suspense, qui ne se départit jamais de son humour.

On attend donc la suite, car il reste à démasquer le traitre !

Fil de fer

Fil de fer
Martine Pouchain
Flammarion Jeunesse 2017

Sur les routes de l’exode

Par Michel Driol

Juin 40. Gabrielle, surnommée Fil de fer, 15 ans, doit quitter avec ses parents la ferme familiale, en Picardie, pour se réfugier en Bretagne. C’est le récit de ce périple, des attaques d’avions allemands, de la fatigue, des colonnes de réfugiés sur les routes qu’elle fait. En chemin, elle rencontre un jeune homme, seul survivant de sa famille, et tombe amoureux de lui. Puis c’est l’arrivée en Bretagne, la découverte d’autres personnes, et enfin le chemin du retour vers la Picardie. Récit historique dont l’auteur explique, en postface, que le point de départ est l’histoire vécue par sa propre mère, mais qu’elle a ensuite laissé la fiction prendre sa place.

Le récit est sobre, conduit du point de vue de l’adolescente contrainte de tout quitter. Perte des repères familiers, tandis que les parents tentent de maintenir la cellule familiale et son fonctionnement. En chemin, les classes sociales se mêlent, affrontent les mêmes dangers.  Le récit est conduit à hauteur d’adolescente, et n’évoque pas la situation politique de façon directe – aucun des adultes n’en parle. En revanche, le pacifisme de Giono est convoqué, à travers quelques extraits de Refus d’obéissance que l’héroïne lit. Il n’est pas question de collaboration, mais de rencontre avec des Allemands, jeunes aussi, que l’héroïne ne parvient pas à voir comme des ennemis qu’elle pourrait tuer. L’un d’eux, de façon prémonitoire, récite devant elle le Roi des Aulnes, de Goethe… De façon étonnante, la chute du livre bascule dans la fiction fantastique, façon peut-être de lier les vivants et les morts. Etait-ce nécessaire ?

Récit d’exode qui, aujourd’hui, ne peut qu’évoquer les récits de migrants et rappeler que cette situation-là, intolérable, des Français l’ont vécue il y a trois quarts de siècle.

Les Aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin
Elzbieta
Rouergue 2016

L’Oncle, la mamie et le dragon…

Par Michel Driol

L’Oncle Migrelin et sa grand-mère ont vécu des aventures étranges. A travers coupures de journaux, extraits de correspondance, plans de villes, sms… son neveu permet au lecteur de retracer son parcours, entre France,  Ecosse et Chine. On y rencontre des animaux fantastiques (un dragon bisou, une barge rousse un kikilatondu d’Estonie…). Il y est question de trafics d’animaux, d’un ministère des affaires étranges, d’un medium et même du Prince de Galles… On le voit, « rocambolesques » est un terme que n’usurpe pas ce petit roman.

Ce petit roman, le premier d’Elzbieta, a de quoi surprendre. D’abord par ses thèmes : il surfe sur la vague de la magie, des animaux fantastiques. Ensuite par sa forme : le neveu propose au lecteur de reconstituer le parcours de son oncle, ce qui est parfois un peu déroutant.  Enfin parce qu’il se situe dans un genre : le récit d’aventures, à rebondissements, n’hésitant pas à faire appel au paranormal ou au surnaturel, le tout baigné dans un humour fort agréable.

Un récit loufoque et déjanté, pour ceux qui aiment les récits d’aventures peu ordinaires. Et qui fera découvrir un autre aspect de son auteure.

Je ne sais dessiner que des vers de terre
Will Mabbit
Père Castor 2018

Album à compter

Par Michel Driol

Dès le titre, tout est dit… L’auteur présente les vers de terre qui se succèdent dans l’histoire : peu de différences entre eux, des lunettes sur l’un, une couleur sur l’autre. Histoire minimale illustrée par des vers de terre (normal, l’auteur répète à l’envi qu’il ne sait dessiner rien d’autre), l’un chevauche une licorne (non dessinée, évidemment). Un horrible drame survient : l’un d’eux se fait couper en deux… Un autre part au petit coin. Et tous les dix se réunissent. Voici un album à compter, ou du moins à utiliser la comptine numérique car chaque vers de terre est désigné par son numéro, avant de les trouver réunis sur la dernière page (ce qui illustre le nombre 10). On est sensible à l’humour de l’album : modestie de l’auteur, qui dessine des vers de terre minimalistes, mais leur prête des sentiments, des aventures, ce qui bien sûr ne se voit pas. L’ensemble de l’album est conçu sur le mode de l’adresse au lecteur : un « je » s’adresse à un « vous », commente ses dessins, les explique par des considérations matérielles (la perte du feutre rose par exemple).

Suspense, exclamations, la narration joue des codes de l’histoire extraordinaire pour mettre en valeur une histoire au ras du sol… pour le plus grand plaisir du lecteur. Comme quoi même les vers de terre peuvent être des héros incroyables !

Lise et les hirondelles

Lise et les hirondelles
Sophie Adriansen
Nathan 2018

A la mémoire des enfants de juillet

Par Michel Driol

Juillet 1942 à Paris : Lise voit ses parents et ses frères emmenés par la police. Par culot, ou inconscience, elle va libérer ses deux jeunes frères, rôde autour du Vel d’Hiv, espérant la libération de ses parents. La fratrie, hébergée d’abord à Paris, puis dans le Nord, enfin à Paris, traverse toute la guerre, les rationnements, les dangers, les espoirs.

Voici un roman historique, écrit à la première personne, qui donne à entendre la voix singulière d’une fillette juive, d’origine polonaise, durant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de montrer comment toute une vie simple, faite de relations familiales stables, peut  basculer dans l’horreur en un instant. Adolescente, Lise se retrouve en charge de ses deux jeunes frères, et raconte, avec des mots simples ce qu’elle voit, perçoit du monde, entre les privations à Paris et l’abondance relative de la nourriture du Nord, entre Français aux attitudes bien différentes, et Allemands parfois positifs. L’auteure multiplie les courtes scènes, comme autant d’éclairages sur la traversée de cette période, la construction d’une personnalité, et le respect de ses convictions (une scène, en particulier, très forte, où Lise doit choisir une fable à réciter en présence d’Allemands).  Traverse le roman la figure des hirondelles, qui fascinent l’héroïne, comme un leitmotiv quasi musical, comme une figure du destin qui peut se révéler moins sombre qu’on ne pourrait le croire.

Dans le silence qui s’installe, écrit l’auteure dans la postface, perce l’évidence que la fiction historique sera bientôt le seul moyen d’entretenir le souvenir des témoins. Le roman parvient tout à la fois à accomplir ce devoir de mémoire, tout en permettant de se rattacher et de s’identifier à une héroïne du quotidien, de l’âge du lectorat visé. Il  rend sensible l’horreur du nazisme, de l’antisémitisme, et la croyance en un futur plus heureux. Une photo finale, montant la vraie héroïne et ses parents sur une plage, avant la guerre, illustre ce rapport complexe entre vérité historique et roman, et montre que tout ceci n’est pas qu’une fiction.

Les Mutants de la mine noire

Les Aventures inter-sidérantes de l’Ourson Biloute – Les Mutants de la mine noire
Julien Delmaire- Reno Delmaire
Grasset 2017

Au Nord, y a pas qu’les corons…

Par Michel Driol

Voici le tome 2 des aventures de l’Ourson Biloute. Rappelons que dans le tome 1, Blast Ador, le chef des extraterrestres veut prendre le contrôle de la terre grâce à la sauce Z qui réduira l’humanité en esclavage. Dans ce nouvel épisode, Biloute, Papa, Maman et Kévin vont visiter le musée de la mine. Là, Biloute est enlevé par le guide qui le conduit dans le laboratoire où le docteur Veggaline fabrique la fameuse sauce Z…. Biloute va-t-il devoir la gouter ? Non, car arrive à temps Lady Sparadrap, alias Maman.

Déjanté, humoristique, cet album est un hommage réussi aux séries populaires pleines de rebondissement. Par le style, aux nombreuses phrases exclamatives, et aux jeux de mots (façon titres de série noire hors de portée des enfants – Mutins de la Mer Noire – mutants de la mine noire – l’étoile Molaire).  Par les personnages aussi : le guide, habillé de façon carnavalesque, représenté façon Johnny Depp dans le film Charlie et la Chocolaterie, le docteur maléfique, la superhéroïne… Par les lieux : la mine, les wagonnets façon Indiana Jones et le Temple maudit, le laboratoire sous-terrain façon Blake and Mortimer…  Par les enjeux : un ourson en peluche sauvant le monde d’une attaque d’extraterrestres. Sans compter les allusions à une musique très seventies (éclectique, de Magma à Motorhead, en passant par Bachelet…). Les illustrations, avec leur côté psychédélique, renforcent cet aspect !

Ajoutons à cela un arrière-plan familial à la fois familier et social : l’ourson, bien évidemment, déteste passer à la machine à laver, et pourtant cela va lui arriver deux fois. Mais aussi le chômage du père, dont l’usine de petits pois risque de fermer. On est donc de plain-pied dans une famille ouvrière ordinaire. L’un des autres attraits de la série est l’utilisation d’un lexique du Nord – expliqué dans un glossaire à la fin –  Ce lexique a le mérite de ne pas être envahissant, mais de rendre hommage à des mots d’une langue populaire.

A suivre, bien évidemment… Et on attend la prochaine livraison avec impatience.

Demain les rêves

Demain les rêves
Thierry Cazals / Daria Petrilli
Møtus 2015

Faire face à la crise

Par Michel Driol

Agathe est une petite fille qui, depuis la mort de ses parents, vit avec son Oncle Jean dans un monde en crise. Les signes de la crise ont bien là : usines qui ferment, arbres qui n’ont plus la force de faire pousser des feuilles, adultes qui jouent à la dinette faute d’avoir de vrais repas, l’oncle Jean qui perd son emploi. Il imagine des tas de métiers sans avenir : dompteur de papillons, facteur qui refuse les lettres de licenciement ou les factures… Mais la crise gagne… Alors Agathe sort à la rencontre des autres : un homme et une femme qui hurlent et griffent les murs, puis un garçon qu’elle embrasse. Avec ce garçon et Oncle Jean, il feront une équipe de choc pour devenir écouteurs de rêves et faire renaitre les jeux, la vie, l’espoir.

Voilà un album magnifique, qui ne cherche pas expliquer rationnellement la crise, mais à donner l’espoir. Tous les enfants entendent aujourd’hui parler de la crise. La voilà personnifiée, puissance maléfique qui a volé à Agathe ses parents et désespéré le monde entier, humains comme végétaux. Aura-t-elle le dernier mot ? Comme dans les contes, on croit un instant que le mal va l’emporter. L’imagination seule ne suffit pas à s’en tirer : Oncle Jean a beau inventer des métiers poétiques et fabuleux (éleveur de feux follets ou cultivateur d’étoiles filantes), la crise a tellement fait mourir les espoirs et les intérêts qu’il échoue. Il faudra se mettre ensemble et non pas proposer, mais écouter les rêves pour redonner l’espoir, découvrir ce que l’on a en partage, guetter le moindre souffle de vie, redonner confiance, lutter contre la peur. On le voit, c’est la poésie et le rêve qui seront capables de lutter contre la crise, l’attention patiente à chacun. Et, dans ce rôle-là, ce sont les enfants qui sont porteurs d’espoir. La crise n’aime pas les enfants qui rêvent…

L’album traite donc de façon poétique la crise, avec courage et audace : poésie du texte qui traite la crise de façon métaphorique, extraordinaire qualité des illustrations dont l’univers est proche de celui de Magritte et permettent aussi de sortir de donner une représentation surréaliste. Tout vole, des gâteaux aux oiseaux, des feuilles aux papillons, des lettres aux personnages, montrant une réalité étrange et inquiétante, jusqu’à ce qu’un bouquet de fleurs naisse dans la tête de l’oncle. L’illustration de couverture, comme un clin d’œil aux éditions Larousse (je sème à tous vents), que l’on retrouve sur les pages de garde, est porteuse de l’espoir que les fleurs s’épanouissent.

Un album en forme de conte philosophique pour nous aider à lutter contre la résignation.

Rouge volcan

Rouge volcan
Eric Battut
L’élan vert  2017

L’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini…

Par Michel Driol

Au milieu de l‘océan, un volcan se réveille et fait naitre une ile. Deux petits personnages, des vulcanologues, s’en approchent, en commencent l’ascension au milieu des laves, malgré les gaz toxiques. Ils effectuent leurs mesures et atteignent le sommet. Face à la montagne en furie, il faut redescendre, vite et repartir dans une mer rouge volcan. La dernière illustration envoie à la première, mais la dominante blanche est devenue une dominante rouge…

Étrange album, qui tient tout à la fois de la poésie, de la science et de la philosophie. Poésie du texte, qui parle d’apogée, de montagne en furie, de colère de la montagne. Poésie de l’illustration, qui ne recherche pas le réalisme, mais, utilisant des papiers découpés, rend compte de la puissance tellurique des éléments et leur confronte la petitesse des deux hommes. Discours scientifique aussi, qui convoque des termes précis, comme mesures, densité, qui emploie les termes techniques, magma, bombes volcaniques, mission à accomplir. Le tout est au service d’une approche philosophique : qu’est-ce que l’homme dans une nature qui peut se réveiller et se révéler dangereuse, mortelle, inhospitalière ? Un être fragile, un petit rien, menacé, impuissant. Pourtant, il lui faut continuer à aller calmement, presque paisiblement, à l’ « extrême limite » du monde, de soi et du savoir, non pas pour la  gloire, ni pour dominer la nature, mais pour la connaitre.

Un album en aller-retour, qui pose la question de la connaissance scientifique, de la place de l’homme dans l’univers, de l’esprit de géométrie, rationnel, et de l’esprit de finesse, qui joue sur l’émotion. Un album pascalien…

Pablo de la Courneuve

Pablo de la Courneuve
Cécile Roumiguière
Seuil 2017 (1ère édition 2008)

Les désarrois de l’élève Pablo

Par Michel Driol

Pablo et sa famille ont quitté la Colombie où ils étaient menacés pour arriver à la Courneuve. Il se sent seul et perdu. Bagarres à l’école sur fond de racisme. Relations qui se tendent avec sa sœur qui renie de plus en plus son pays. Deux rencontres vont bouleverser sa vie : celle d’une vieille femme, ancienne artiste, qui fait peur à tout le monde, et celle d’un cycliste, agent municipal, qui va aider la famille. Dès lors Pablo découvre qu’il est possible d’être heureux, malgré l’exil, et les séparations.

Le roman se situe sur les entre-deux, posant  Pablo entre deux cultures, celle d’un pays coloré et joyeux et celle d’une ville grise, sur l’intergénérationnel avec la rencontre avec Rosa la Goule, sur la fraternité possible si l’on accepte de tendre la main. Rien de misérabiliste, mais au contraire une belle leçon d’espoir qui ne cherche pas à passer à côté des difficultés. On sera sensible à la belle galerie de portraits formés par les personnages, au rythme du récit, qui révèle progressivement les raisons du départ, aux entrelacs des souvenirs et du présent.

Voilà une réédition bienvenue, qui parle des sans-papiers, de l’adaptation difficile des enfants, des barrières linguistiques et culturelles, des peurs et des fiertés.