Pablo de la Courneuve

Pablo de la Courneuve
Cécile Roumiguière
Seuil 2017 (1ère édition 2008)

Les désarrois de l’élève Pablo

Par Michel Driol

Pablo et sa famille ont quitté la Colombie où ils étaient menacés pour arriver à la Courneuve. Il se sent seul et perdu. Bagarres à l’école sur fond de racisme. Relations qui se tendent avec sa sœur qui renie de plus en plus son pays. Deux rencontres vont bouleverser sa vie : celle d’une vieille femme, ancienne artiste, qui fait peur à tout le monde, et celle d’un cycliste, agent municipal, qui va aider la famille. Dès lors Pablo découvre qu’il est possible d’être heureux, malgré l’exil, et les séparations.

Le roman se situe sur les entre-deux, posant  Pablo entre deux cultures, celle d’un pays coloré et joyeux et celle d’une ville grise, sur l’intergénérationnel avec la rencontre avec Rosa la Goule, sur la fraternité possible si l’on accepte de tendre la main. Rien de misérabiliste, mais au contraire une belle leçon d’espoir qui ne cherche pas à passer à côté des difficultés. On sera sensible à la belle galerie de portraits formés par les personnages, au rythme du récit, qui révèle progressivement les raisons du départ, aux entrelacs des souvenirs et du présent.

Voilà une réédition bienvenue, qui parle des sans-papiers, de l’adaptation difficile des enfants, des barrières linguistiques et culturelles, des peurs et des fiertés.

Uppercut

Uppercut
Ahmed Kalouaz
Rouergue 2017

Here comes the story of the Hurricane

Par Michel Driol

Erwan un adolescent métis fils d’un père sénégalais et d’une mère bretonne a été envoyé dans un internat en montagne à cause de son comportement. Sa seule passion, c’est la boxe, et son héros, Rubin Carter, le boxer noir de la chanson de Dylan, Hurricane. Un jour, il fugue avec un de ses copains, et trouve l’oncle de ce dernier, ancien rugbyman. De retour à l’internat, le conseil de discipline lui propose un stage d’une semaine dans un centre équestre, dont le propriétaire, Gilbert, n’aime pas trop les noirs. Peu à peu, Erwan va apprendre à maitriser son agressivité et les relations entre Gilbert et le jeune garçon vont évoluer vers la confiance et le respect mutuel.

Plongée dans une France rurale, épousant le point de vue d’Erwan, (récit à la première personne) ce roman aborde le thème du racisme ordinaire. Ces apriori, ces idées reçues, ces propos tout-faits qui blessent Erwan alors qu’ils sont l’expression de préjugés malheureusement solidement ancrés dans notre société. De ce point de vue, l’évolution tout en douceur du personnage de Gilbert, sa façon de petit à petit accepter l’autre qu’il perçoit comme d’avantage semblable à lui à travers le travail, le courage, la dignité manifeste malgré tout un certain optimisme de la part du romancier. Ado aux nerfs à vif, désabusé, convaincu que rien ne peut lui arriver de bon à cause de sa couleur de peau, Erwan dessine aussi un beau personnage auquel de nombreux lecteurs s’identifieront. Rien de misérabiliste dans ce roman : Erwan appartient à une famille structurée (père chauffeur routier, donc souvent absent, et mère bibliothécaire). Les adultes du collège savent être bienveillants et trouver les mots qui feront mouche auprès d’Erwan. Pas d’angélisme non plus : si grâce aux rencontres (de l’oncle rugbyman, de Gilbert, de Blandine) on se dit qu’Erwan a trouvé l’apaisement, Cédric, le copain fugueur, enchaine les fugues, les vols, au point qu’Erwan devra choisir entre cette amitié et son futur.

Ahmed Kalouaz continue – après La Chanson pour Sonny – ses récits ans lesquels il tisse des liens forts entre un sportif du passé et un ado d’aujourd’hui, montrant le rôle que le sport peut jouer dans l’intégration sociale dès lors qu’il n’est pas sport spectacle, mais confrontation avec soi, dépassement de soi. Du coup, ce roman est aussi l’occasion de découvrir la biographie de Rubin Carter et la ségrégation raciale aux Etats-Unis.