Pourquoi petit A a-t-il cette tête-là ?

Pourquoi petit A a-t-il cette tête-là ?
Sophie Puls
HongFei 2026

Aux origines de l’alphabet

Par Michel Driol

Peu satisfait de la réponse de ses parents, petit A, campé sur ses deux pattes et la tête haute, veut savoir pourquoi il ressemble à cela. Après avoir interrogé les A qu’il connait,  il questionne le vieux Sérif qui l’incite d’abord à apprendre le nom des autres lettres,  puis lui ouvre la porte d’Alpha, sa grand-mère. Elle lui présente ses cousins Aleph et Alif, puis lui demande de dessiner leur ancêtre commun, un égyptien nommé Alp. Un chapeau rigolo ? le bec d’un oiseau ?…C’est ainsi que petit A découvre son ancêtre : une tête de taureau. Après le conte, place au documentaire qui revient sur cette origine de notre alphabet, les hiéroglyphes.

Voilà un album qui traite de façon originale et imagée une question passionnante : celle des origines de notre propre alphabet, et, au delà, des systèmes d’écriture. L’autrice donne ainsi vie aux lettres, devenues des personnages, représentées avec des yeux, et des formes qui tiennent compte de leurs particularités. Elle s’en donne à cœur joie avec les lettres : les italiques, les attachés, les minuscules et les majuscules s’incarnant ainsi en personnages imaginaires qui expriment quelque chose de leur dénomination. Jeux de mots et jeux de formes aussi dans la présentation de l’alphabet découvert par petit A.  On se régale entre le h de glace et le t dansant… On apprécie aussi les efforts plein d’imagination de petit A afin de découvrir l’ancêtre commun. Mais le réel est toujours plus fort, et petit A découvre son origine égyptienne et renversante. On regrettera peut-être que l’autrice arrête ici son explication historique. Pourquoi la tête de bœuf ? Comment et pourquoi on est passé du hiéroglyphe à l’alphabet ? Le cahier documentaire ne répond pas non plus à ces questions, que ne manqueront pas de se poser les enfants. On regrettera peut-être aussi le fait que grand-mère Alpha soit représentée en majuscule, et qu’on ne voie pas la minuscule α, pourtant bien connue. Reste une histoire qui, au-delà des différences, montre la parenté entre trois grands alphabets, le nôtre, l’alphabet hébreu, l’alphabet arabe, et il y a là une belle façon d’évoquer la diversité culturelle et les passerelles existant. Par ailleurs, destiné à répondre aux interrogations des enfants découvrant l’alphabet ou apprenant à lire, l’autrice a caché dans les dessins de nombreux objets dont le nom commence par la lettre  A… Les illustrations, à base de papiers découpés, sont pleines d’humour et de couleurs, de fantaisie et d’imagination, entrainant ainsi les jeunes lecteurs dans cet univers de l’écrit nouveau pour eux.

Avec fantaisie et poésie, sans pédanterie, un album qui fait découvrir de façon ludique aux enfants la lointaine origine de la première lettre de notre alphabet, les inscrivant  ainsi comme héritiers d’une longue tradition, d’une longue histoire.

Une sorcière dans la clairière

Une sorcière dans la clairière
Sarah Vignon
Little Urban 2026

Une sorcière comme les autres

Par Michel Driol

 

C’est l’heure d’aller se coucher, mais Gabi a perdu son doudou Coco. Elle le cherche partout, s’enfonce au plus profond de son armoire, et débouche dans une forêt où l’attend une sorcière, rousse comme elle, qui tient Coco dans ses bras, une sorcière qui propose d’échanger Coco contre un talisman magique, un simple pépin de pomme. Puis la sorcière guide Gabi sur le chemin du retour, tout en lui parlant de sa vie à venir, de ses peurs, de ses erreurs, et de celles qui pourront la protéger.

Aider les enfants à grandir, au fond, c’est bien là une des missions premières de la littérature pour la jeunesse. Tel est bien le propos de ce premier album de Sarah Vignon, qui utilise les voies du fantastique pour évoquer la nécessaire confiance en soi. De fait, on accompagne l’héroïne de l’autre côté de l’armoire, au bout d’un long couloir noir, qui la conduit, comme dans les contes traditionnels, au cœur de la forêt. Fantastique encore avec cette rencontre avec son presque double, une femme qui lui ressemble, mais qui est plus âgée, et vêtue en sorcière. Une sorcière qui se présente avec toute la richesse et l’ambiguïté de ce personnage de conte, lui aussi. Sous son grand chapeau, elle est en train de croquer une pomme, convoquant ainsi les figures d’Eve et de Blanche Neige. Rien d’effrayant dans ce personnage, dont le cadeau, le talisman, semble pourtant aux yeux de la fillette bien mince : un doudou contre un pépin de pomme ! La fillette se sent dès lors perdante. Pour autant, symboliquement, elle abandonne un objet transitionnel qui la relie au passé contre un nouveau, une promesse d’arbre, une promesse d’avenir. Un doudou qui ne grandira jamais contre un pépin qui peut grandir et devenir, si on en prend soin, un pommier… Mais la sorcière offre un second cadeau, d’un autre ordre, les paroles qu’elle adresse à l’enfant, transmission de sagesse féministe énoncée au futur, leçon de sororité, incitation à la confiance en soi. Quelques paroles, quelques mots qui rassurent sur le long chemin de la vie qui s’ouvre devant l’enfant. Quelques mots, au futur, qui font du bien à entendre.

Les illustrations, tout en couleur, aux aplats entourés d’une ligne noire accompagnent ce voyage  en faisant passer de l’univers familier de la maison de Gabi à la forêt. Une forêt qui n’a rien d’inquiétant, avec ses arbres verts, et ses dangers, incarnés ici par deux insectes géants, mais à visage humain. Tout est ici fait pour rassurer… Ajoutons que, de façon ludique, une pomme se cache dans chaque illustration…

Un riche album, tout en tendresse, qui s’adresse à toutes les petites filles – mais pas que ! – pour leur parler de confiance en soi, pour leur expliquer que, si grandir c’est parfois se tromper, c’est aussi compter sur les autres, et c’est enfin ne pas oublier la part d’enfance qui subsistera.

Bubulle

Bubulle
Mamiko Shiotani
Traduit (japonais) par Sophie Bescond
La Partie, 2026

Comment s’y prendre, quand on est sous l’eau?

Par Anne-Marie Mercier

Bubulle est un jeune poisson, et ici il est le héros d’un livre pour enfants. Il donc normal qu’en ces temps de rentrée il doive aller à l’école. Mais techniquement, l’auteur doit aménager les choses. Qu’à cela ne tienne, voilà Bubulle équipé d’un casque avec des ouvertures pour passer ses nageoires, une culotte en caoutchouc d’où ses nageoires-jambes dépassent, et un petit chapeau conforme à l’uniforme que portent ses camarades (Ça se passe au Japon). On le voit avec son cartable et il partage les activités des autres écoliers avec plaisir, même le temps du repas à la cantine.
Mais voilà, il y a le sport, il n’aime pas cela, il est nul, et il se fait une entorse. Confiné chez lui, il a envie de renoncer à tout. Mais des amis (un humain et un lézard) viennent, nagent avec lui dans sa chambre (cette fois, ce sont eux qui portent un casque), et tout va mieux.
Histoire bien mince, elle vaut surtout par les illustrations. Le dessin crayonné est subtil, le petit poisson ouvre de grands yeux, et cette école où se côtoient divers animaux et de jeunes humains (qui ouvrent eux aussi de grands yeux – normal, on est au Japon–) a un certain charme.
Le message est de bon aloi : même si on est différent, si on a le désir d’apprendre et si on s’accroche, on peut y arriver. Il faut aussi avoir de bons copains, inventifs et prêts à se déplacer en terrain inconnu.

La Nuit des chats

La Nuit des chats
Naomi Machida
Traduit (japonais) par Alice Hureau
Le Cosmographe, 2026.

par Anne-Marie Mercier

Tout commence avec l’éveil d’un chat. Il sent l’évènement proche et se glisse dans la nuit pour rejoindre tous les chats de la ville, partis pour le même évènement : la contemplation de la grande griffe, moment exceptionnel. L’objet de ce culte mystérieux, un culte d’Isis qui aurait été maintenu chez les animaux, est un quartier de lune avec une forme un peu spéciale, ce qui explique la dévotion des chats à son endroit et leur volonté d’assister à son épiphanie, chaque fois qu’il le peuvent, sans que les humains ne devinent rien.
L’histoire est minime mais on suit avec intérêt cette procession des chats, sans savoir où elle nous mènera. Le tableau final des chats, « sur leurs pattes arrière, admirant la griffe en se balançant doucement », est délicat et paisible.
Les doubles pages nous plongent dans cet univers en nous faisant parcourir un paysage nocturne urbain du Japon traditionnel et en nous régalant d’images de chats de toutes races, ouvrant les mêmes yeux verts, jaunes et parfois bleus devant la merveille qu’on admire à notre tour. C’est assez hypnotique.

Michel Driol avait chroniqué un album précédent de Machida introduisant à l’univers du Sumo… toujours avec des chats.

 

L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse

L’Odyssée. Les Aventures d’Ulysse
Nicolàs Schuff, Mariana Ruiz Johnson
Adapté de l’espagnol par Laurana Serres Giardi
Rue du Monde, 2026

L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Par Anne-Marie Mercier

Venues d’Argentine, ces aventures d’Ulysse se présentent sous la forme d’un roman graphique très coloré. Les personnages, stylisés, semblent imités de ceux des vases grecs (nez parfaitement droits des profils des héros), tout comme les navires, les vagues, les monstres. Quelques bulles introduisent de courts dialogues ou bien font comprendre les pensées des personnages (« je les déteste », se dit Pénélope en regardant les prétendants).
On y trouve tous les grands épisodes : Lotophages, Cyclopes, Éole, Circé, Hadès, les sirènes, Charybde et Scylla, les vaches du Soleil, Calypso… Cet épisode permet d’intercaler une scène qui se déroule sur l’Olympe où les dieux débattent du sort d’Ulysse et envoient Hermès le libérer, comme ils l’avaient envoyé auparavant pour lui permettre de triompher de Circé. Cette version permettra à ceux qui ne connaitraient l’histoire que par le film de Christopher Nolan d’avoir une idée plus exacte de l’épopée : les dieux interviennent à tout moment, dans l’Odyssée comme dans l’Illiade, et toute la ruse d’Ulysse ne lui servirait de rien sans leur aide. De même, l’intervention d’Athéna pour changer l’apparence d’Ulysse, tant dans l’épisode de Nausicaa que dans celui du retour à Ithaque, introduit du merveilleux dans l’histoire avant la fin qui présente une vengeance sanglante.
Il y a dans cette succession de courts chapitres fort bien découpés un souci pédagogique (la lecture peut ainsi être fragmentée) qui n’entrave pas le rythme : les histoires d’Ulysse restent palpitantes et l’ensemble est assez fidèle, avec des adaptations à ce qu’on suppose être le goût et la sensibilité du jeune public. La violence est adoucie : le long massacre des prétendants est réduit à trois doubles pages, et la dernière les montre en silhouettes de gisants comme autant de papillons sur une planche, gommant ainsi l’horreur du carnage. La fin est modifiée : Ulysee reste auprès de Pénélope et son fils au lieu de devoir repartir au bout du monde. Somme toute, cela devient un beau conte, après bien des avatars : L’Odyssée, un récit pour enfants ?

Waldemar Patatarte, presque chevalier– La Quête de la tétine magique

Waldemar Patatarte, presque chevalier– La Quête de la tétine magique
Christine Beigel – Agnès Ernoult
Didier Jeunesse 2026

Sacré Graal !

Par Michel Driol

Avec un titre pareil, un tel nom de (presque) chevalier et en voyant l’illustration de couverture, on sait à quoi s’attendre… Une parodie burlesque, dans laquelle le Royaume s’appelle Ventredodu, et le roi protégé par les chevaliers de la Tarte Sucrée. Bref, dans ce royaume où tout n’est que pâtisseries et sucreries, vient à naitre un héritier, qui ne fait que pleurer. Heureusement arrive un marchand italien qui a la solution : une tétine. Malheureusement, quand un maki la vole, il faut la retrouver. Les valeureux chevaliers ne trouvant pas la mission à leur hauteur, c’est donc le presque chevalier, presque poète, Waldemar qui devra affronter les monstres, dragons et autres adversaires pour retrouver la tétine que le nouveau-né s’empresse de rejeter, car qui voudrait téter un objet mâchouillé par tant de bouches monstrueuses ? Reste la solution universelle : le pouce !

Comme dans les contes traditionnels, les obstacles fantastiques se multiplient – ours-garou, monstre du chocolac…, adversaires qui meurtriront quelque peu le corps du héros… Ce pastiche de table ronde, de quête d’un objet à la fois magique et quotidien est bien déjanté. Par le texte à la grande force comique, qui abonde en jeux de mots (les noms de personnages), en parodie des langues (celle du marchand italien), en néologismes savoureux et aux allusions – à peine voilées – à l’univers de la chevalerie médiévale et au cycle d’Arthur, qui resteront sans doute hors de portée des jeunes lecteurs. Mais aussi par l’illustration qui propose un presque chevalier à la longue et déguingandée silhouette don quichottesque qui s’oppose à la rondouillardise des autres personnages humains. Les illustrations, très colorées, très détaillées, sont très expressives dans la création de cet univers improbable et plein de fantaisie. Avec une mention spéciale pour les objets anachroniques colportés par le marchand italien !

Un album où le burlesque règne en maitre, pour prouver, s’il en était besoin, que la valeur n’attend pas le nombre des années, qu’à cœur vaillant il n’est rien d’impossible, dans un monde utopique de gourmandise sans limite où, malheureusement, les bébés pleurent comme partout !

Pourquoi tu boudes, Eugénie ?

Pourquoi tu boudes, Eugénie ?
Olivier Dutto – Maurèen Poignonec
Didier Jeunesse 2026

Obsolète chevaleresse

Par Michel Driol

Si Eugénie boude, c’est qu’elle rêve d’être chevalier, et que son père lui affirme que c’est impossible. Alors elle argumente, car pour elle, ce n’est pas parce qu’elle est une fille que c’est impossible. Et de raconter tout ce qu’elle fera quand elle sera chevalier… Mais quand son père lui réponde que c’est impossible parce qu’on n’est plus au Moyen Age, la voilà regrettant d’être née quelques siècles tôt tard, et boudant à nouveau…

Eugénie fait partie de ces personnages de fillettes au (mauvais) caractère bien trempé qu’on adore retrouver dans les albums. Croquée par l’illustratrice avec une ample tignasse brune, et une salopette rouge à carreaux, le texte montre qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, qu’elle sait observer les autres, et qu’elle est dotée d’une imagination débordante. Sa passion pour le Moyen Age, on la devine au travers de la représentation de sa chambre : château fort, chevalier, chapeau de sorcière, dragon, et une riche bibliothèque, propre à nourrir son imaginaire Le dispositif iconique est original qui oppose la réalité vécue, en monochrome rose, aux rêves de chevalier d’Eugénie, en couleur. Réalité et rêve s’opposent, page de gauche, page de droite, permettant de voir comment la fillette transforme son univers familier, ses jouets en éléments bien médiévaux.  Ajoutons à cela quelques clins d’œil, au chaperon rouge ou aux trois brigands dans l’illustration et on aura une idée de la richesse et des sources de cet imaginaire…

Bien sûr, l’album déconstruit les stéréotypes de genre, à la fois dans le lexique (on ne dit pas une chevalier) et au travers de l’attitude et du comportement de la fillette, bien décidée à exercer le métier qu’elle a envie d’exercer. Mais il le fait avec humour, car l’impossibilité signalée par le père ne tient pas au genre, mais à l’époque… Tout au plus peut-on devenir chevaleresse des Arts et lettres, dit-il, décevant une nouvelle fois sa fille. L’humour, il est aussi dans le personnage muet du chat, présent sur presque toutes les illustrations, un gros chat poilu, si poilu que le texte signale qu’on a du mal à percevoir où est sa tête, chat complice, chouchou, comparse au fil des pages…

Un album plein d’humour présentant un personnage de fillette bien décidée, qui n’a pas froid aux yeux, et vit dans son monde, celui du Moyen Age, une fillette bien décidée à ne pas renoncer à ses rêves… Quand la bouderie devient un art de vivre, et un refuge contre le monde !

Jean Rhino s’en va

Jean Rhino s’en va
Hélène Mercier – Béatrice Rodriguez
Didier Jeunesse 2026

Partir un jour … ou l’autre…

Par Michel Driol

Jean Rhino en a assez de manger des légumes, de faire ses devoirs, de se brosser les dents. Il décide de partir et fait ses adieux à ses parents, et, sac sur le dos, doudou au bras, il part à l’aventure… sans se douter que, bien cachés, ses parents veillent sur lui, l’abritent de la pluie, le fournissent en gâteau et éclairent son chemin, la nuit… Et, quand il s’endort, ils le ramènent à la maison. C’est décidé. Il partira demain…

Voilà une famille rhinocéros à la fois atypique – la mère fait du culturisme et le père le ménage – et bien ordinaire, avec un fils qui rêve de grandir, de partir, de s’émanciper, et des parents aimants, attentifs au bonheur de leur enfant. Tout cela est bien montré par la complémentarité du texte et des illustrations. Le texte, à la première personne, donne le point de vue de l’enfant, tandis que l’illustration élargit le champ pour montrer aussi le rôle et l’attention des parents. De ce fait, le lecteur en sait plus que le personnage, et peut ainsi s’amuser de sa candeur, et de sa naïveté dans un monde qu’il ne connait pas.  Ainsi l’album conjugue tendresse et humour, avec une pointe de nostalgie lorsque Jean Rhino se souvient des gâteaux de son Papy et d’autres bonnes choses de la maison…

C’est, bien sûr, une histoire d’autonomie qui nous est racontée, une histoire qui oppose, comme dans tous les contes traditionnels, deux univers. D’abord le milieu familial, la maison du début, bien rangée, lieu de l’ordre, des habitudes, mais aussi des injonctions qui sont autant d’obligations auxquelles le jeune enfant souhaite se soustraire. Ensuite la forêt, une forêt qui ici n’a rien de menaçant. Pas de bête féroce, pas de couleurs sombres, mais des couleurs lumineuses  et des animaux plutôt familiers : oiseaux, grenouilles… Autant dire que Jean Rhino n’est pas en danger dans ce paysage représenté à la ligne claire.

Partir à l’aventure, voilà un rêve de nombre d’enfants. Avec humour, mais non sans ambigüité, l’album montre un fils unique, un enfant roi  que ses parents protègent dans toutes les circonstances, lui permettant d’explorer ses désirs et d’expérimenter en toute sécurité.

Comme un géant

Comme un géant
Marc Daniau, Yvan Duque
Thierry Magnier, 2026

Voyage, voyage…

Par Anne-Marie Mercier

Tout est dans le « comme » : l’imagination de l’enfant l’emporte à travers les océans, les plaines, le temps. Il se métamorphose en toutes sortes d’animaux, par les mots du moins : à l’image il demeure ce personnage souriant coiffé d’un casque d’animal à bec, et vêtu d’une cape de super héros.
Les figures du voyage sont multiples : marche, vélo, bateau, train, dos d’animaux… Le format à l’Italienne qui développe de grandes doubles pages tout en longueur donne une dynamique à ce parcours. De gauche à droite, l’œil parcourt de grands paysages stylisés, bellement colorés, diurnes ou nocturnes, exotiques, urbains, maritimes… dans lesquels le personnage évolue, un peu figé, et parfois nous regarde.
L’étrangeté tient au personnage qui l’accompagne : c’est une espèce de golem, une silhouette noire avec deux bras, deux jambes et deux yeux, rien d’autre. C’est lui qui parle à l’enfant au début (« je viendrai te chercher »). Malgré le « comme », celui qui parle est représenté en géant mais c’est à travers un « nous » que se raconte ensuite l’histoire. L’enfant et son fantasme voyagent et parlent ensemble, ils se fondent parfois l’un dans l’autre et l’enfant seul reste à l’image. En fin d’album, la dissociation revient et permet à l’enfant et au géant de se dire au revoir et à demain…

La beauté des images, l’éclat des couleurs et l’étrangeté du parcours sont fascinants.

Cet album a été publié antérieurement chez le même éditeur, en 2017, avec une couverture différente. On trouve une belle critique sur le site de marc Daniau.

COMME UN GÉANT traverse les océans

Le Grand Voyage de Mo

Le Grand Voyage de Mo
Yeonju Choi
Hélium 2026

Pour une poignée de vis étoilées

Par Michel Driol

Par un jour de canicule, Mamamo reçoit un message de son père, Papicha, qui a besoin de vis étoilées pour réparer des ventilateurs – sa passion ! Muni d’une carte, le petit chat Mo accepte de porter les vis à son grand père, qui demeure sur une ile. Mais le voyage n’est pas de tout repos… Grâce à l’aide de l’ours, du singe Capucin, de Mamie Tortue et de bien d’autres animaux de la jungle, il parvient à porter à son grand-père les précieuses vis.

Entre roman graphique et album, ce deuxième volume des aventures de Mo, le petit chat, prend l’aspect d’un voyage initiatique le long d’une rivière, vers la jungle d’une ile à la fois dangereuse et peuplée d’animaux bienveillants. Le texte, assez long, prend le temps du récit sans se précipiter, et est suffisamment explicite pour raconter, à lui seul, l’histoire. Il met l’accent sur les émotions ressenties par Mo, qui parvient à surmonter ses peurs,  pour se prouver qu’il n’est plus le petit chat qu’il a été, qu’il a grandi. L’histoire, toute en tendresse, promeut des valeurs de solidarité, d’entraide, de confiance à mettre dans les autres. Mo prend soin des autres, plus petits que lui, autant qu’on prend soin de lui. Mais le texte est indissociable des illustrations, fouillées, précises, minutieuses, des illustrations de taille variable qui rythment la lecture de ce conte, dans une mise en page soignée, et font pénétrer aussi bien dans l’intimité des intérieurs confortables que dans la jungle où l’on se perd, tout en représentant des personnages pleins de vie, dont l’expression fait bien ressentir les émotions. De petit format, pour tenir dans une main, l’album devient alors une ode aux miniatures tant on prend plaisir à scruter les moindres détails figurés.

Si Mo est attachant, les personnages secondaires ne le sont pas moins. Mamamo qui fait confiance à son petit Mo et lui adresse des recommandations bien touchantes. Le singe Capucin, illustrateur de livres pour la jeunesse, qui ne peut terminer la lecture d’un livre sans s’endormir. Le vieille Mamie Tortue, pleine de sagesse, et que dire des grands parents, et de la passion de Papicha pour la réparation des objets cassés et les inventions de machines bien improbables ! Tous ces personnages contribuent à créer un univers plein de fantaisie, mais aussi un univers où l’on prend soin les uns des autres. Couverture bleue, dominantes bleu et vert pour les illustrations, carte de l’ile Bleu-D’été… ce bleu pastel qui envahit l’album n’est pas une couleur froide, mais une couleur qui respire le calme et la douceur en dépit des aventures racontées et des périls affrontés.

Récit de voyage, conte initiatique, ce nouvel opus des aventures de Mo, finement racontées et dessinées, est bien réconfortant. Et puis, des ventilateurs pour lutter contre la canicule, c’est bien de saison !