Bonjour, les vaches!

Bonjour, les vaches!
Yuichi Kasano

L’école des loisirs, 2013

Vachement bien!

Dites-le… Vous pensez que les vaches ont l’œil bovin sont bébêtes et lymphatiques… Détrompez-vous! Elles ont tout compris…

Les six vaches de monsieur Hinoda, croquées par Yuichi Kasano, ont la chance d’être élevées dans une petite ferme japonaise, en liberté, où elles ruminent sans rancune…

Dans cet album, les illustrations sont nettes et épurées et s’harmonisent parfaitement aux couleurs contrastées. Le tout transcrit un univers serein et une ambiance calme, à contre courant de notre société, pressée et surproductive. Nos bovidés prennent le temps de vivre, joyeusement, simplement comme un pied de nez à ceux qui les méprisent…

L’Aventure de Noël de Pierre Lapin

L’Aventure de Noël de Pierre Lapin
Emma Thompson

Gallimard jeunesse, 2013

Contrefaçon/imitation

Par Anne-Marie Mercier

L’Aventure de Noël de Pierre LapinSi le nom de Beatrix Potter figure sur la couverture, c’est précédé de la mention « inspiré du conte original de », autant dire que les amateurs qui n’auraient pas lu l’intégralité de l’œuvre de Beatrix sont invités à continuer avec les originaux et que le talent de la nouvelle illustratrice, Eleanor Taylor doit être souligné : c’est une belle imitation du style Potter.

C’est le deuxième épisode raconté par Emma Thompson (oui, la célèbre actrice). L’histoire racontée ici (le sauvetage d’un dindon condamné à être rôti le jour de Noël) n’a rien d’original, mais l’évocation du rituel anglais de Noël, fruits secs et crème, aidera à patienter avant le grand jour – et n’est-ce pas dans les vieux pots qu’on fait de bons ragoûts ?

Une Fois encore !

Une Fois encore !
Emily Gravett
Ecole des loisirs (Kaléidoscope), 2011

Emily Gravet a encore frappé !

par Sophie Genin

encoreunefoisEncore un livre avec un trou, cette fois-ci occasionné par la colère d’un jeune dragon, dont la mère en a par dessus la tête de relire encore et encore la même histoire, tous les soirs: celle de Cédric le dragon qui ne va jamais dormir et préfère manger. Cédric qui menace de recommencer encore et encore son forfait nocturne, tout comme le petit héros de l’album, jeune tyran domestique répétant à l’envi « encore » !

La mise en abîme est une spécialité de l’auteure illustratrice à l’humour ravageur. Une fois encore, si on ôte la couverture papier de l’album, on découvre celle du livre placé dans les mains du jeune dragon. Lorsque sa maman, éreintée, s’endort (quelle expressivité possède son visage qui se plisse !) et, peu à peu, simplifie à l’extrême la trame du conte, il crache du feu et transperce les livres, celui de l’histoire et celui que tient le lecteur dans les mains. L’écriture de ce nouveau récit de lecture a dû être jubilatoire, sa découverte (et redécouvertes successives assurées !) l’est tout autant et peut-être même encore plus pour les adultes acculés à la relecture jusqu’à ce que mort (ou sommeil !) s’ensuive !

 

Turandot, princesse de Chine

Turandot, princesse de Chine
Dedieu

Hong Fei, 2013

Album Opéra

Par Anne-Marie Mercier

turandotAdapté de l’ « Histoire du prince Calaf et de la princesse de la Chine » de Pétis de La Croix » (Contes des mille et uns jours, 1710-1712), cet album qui s’inscrit dans la suite de plusieurs versions célèbres (dont l’opéra de Puccini), propose cette histoire mi tragique mi héroïque à un jeune public, mais aussi à tous ceux que le style chinois de Dedieu enchante.

Après avoir été le savant professeur Tatsu Nagata et avoir raconté plusieurs belles histoires autour de l’art chinois (Le Maître des estampes (Seuil 2011), Dragons de poussière (Hong Fei, 2012)), il monte ce récit comme un opéra en plusieurs actes, chaque chapitre étant séparé par une page-rideau rouge avec des personnages qui semblent inspiré de marionnettes ou de papiers découpés orientaux.

Le texte, bref, parfois elliptique, respecte la langue du dix huitième siècle autant qu’il est possible sans trop gêner la compréhension d’un jeune lecteur. Les dessins à l’encre, colorés, s’inscrivent sur un fond blanc, espace symbolique d’une scène presque vide de décors et d’accessoires et les angles choisis magnifient la geste héroïque du prince, la beauté de la princesse et sa cruauté. Mais tout cela avec un clin d’œil faussement naïf, la grandiloquence étant toujours montrée comme un jeu d’acteurs.

Le format étonnant, haut et étroit (22×38 cm), se déplie en doubles pages généreuses, tant pour le texte, en gros caractères, que pour l’image qui s’inscrit sur des fonds blancs larges.

Voir l’entretien avec Thierry Dedieu à propos de ce livre sur le site de Hong fei.

 

 

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais
Jean-Hugues Malineau, Lucile Placin

Rue du monde, 2013

L’œuf ou la poule, le mot ou le sens

Par Anne-Marie Mercier

PoulesetpouletsQui aurait dit qu’il y aurait tant d’expression autour des poules et autre volailles ? Chair de poule, Poule mouillée, couver un rhume, cocoter, sauter du coq à l’âne, être comme un coq en pâte, ma poule, les poulets, avoir une prise de bec, casser trois pattes à un canard, oie blanche, être comme un paon, un pinson… et tout ce qu’on peut imaginer quand les poules auront des dents.

Toutes ces expressions, prises au pied de la lettre, servent de départ à 4×12 quintils irréguliers (cinq vers toujours, mais parfois sur trois rimes au lieu de deux) savoureux et souvent irrévérencieux. Les illustrations très colorées et pleine de fantaisie (on reconnaît un style Rue du monde) redoublent cette fantaisie.

Jean-Hugues Malineau, prix de Rome de littérature, poète et professeur en poésie et en livre de jeunesse, pionnier des ateliers d’écriture, éditeur, a un site qui montre toutes les facettes de son talent.

 

Yok-Yok, la tulipe

Yok-Yok, La Tulipe
Antoine Delessert
Gallimard Jeunesse (Giboulées) 2012

Petit cours d’histoire ludique de la tulipe

par Sophie Genin

La TulipeYok-Yok, le célèbre petit lutin au chapeau rond rouge d’Antoine Delessert, se promène avec ses amis et cela lui donne l’occasion de raconter à Noire la Souris et Josée la chenille l’histoire de la tulipe en Hollande pour finir par s’envoler visiter ce pays.

Les illustrations, au charme et à la poésie intemporels, me rappellent les dessins animés que je regardais petite et je me dis que de nouvelles générations vont pouvoir apprendre des choses autrement, découvrir la vie et ses tribulations parfois. Quelle chance ! de nombreux autres titres existent, mêlant cette touche poétique à d’autres plus philosophiques, entraînant parfois vers le loufoque ou même l’absurde : Une Noix, L’Escargot, Les Monstres, Les Bons et les Mauvais, Le Chat qui parle trop, La Pluie et L’Oiseau qui dort dans le ciel.

Maître des brumes

Maître des brumes
Tomi Ungerer

L’école des loisirs, 2013

Ballade irlandaise

Par Anne-Marie Mercier

MaitredesbrumesLes brumes d’Irlande ont adouci le trait d’Ungerer, ailleurs maitre en sarcasmes et récits retors. Ici, tout est lisse et noyé dans le gris bleu. Il propose une histoire simple et touchante, dans une famille de pêcheurs pauvres mais unis, où chacun vaque à son travail selon ses forces et son talent, et où deux enfants vivent une aventure, puis rentrent pour la raconter.

Le charme principal de ce récit est dans le style très particulier des images, sensiblement différentes de celles que l’on trouve habituellement chez Ungerer : l’eau semble être partout, les parties à l’aquarelle sont superbes. L’ensemble est d’une grande poésie, toute en simplicité.

J’y vais !

J’y vais !
Matthieu Maudet
L’Ecole des loisirs (loulou et compagnie), 2011

Humour très efficace pour les plus jeunes

par Sophie Genin

Jy vaisUn petit livre cartonné présente sur la couverture un oiseau harnaché : parapluie, lampe de poche, livre et casquette. Il est décidé et toute sa famille lui remet l’un de ces objets au cas où. Mais où va-t-il ? Pour le savoir, il vous faudra lire la chute de cet album à structure répétitive, chute rigolote et adaptée au jeune âge du lecteur.

La Vraie folle histoire du gros canard jaune

La Vraie folle histoire du gros canard jaune
Nathalie Meynet, Guillaume Plantevin
Océan Jeunesse 2011

La meilleure volonté didactique ne donne pas toujours de bons albums

par Sophie Genin

lavraiefollehistoireL’éditeur indique que le récit de ce comptable qui rêve d’être un gros canard jaune, est « une histoire un peu folle sur le mode du conte traditionnel qui parle des envies et des vocations profondes de chacun, qui peuvent ressurgir à n’importe quel moment de la vie… ». Soit. Mais cette volonté didactique, soutenue en fin d’ouvrage par une page intitulée « Tu veux faire quoi plus tard », semble avoir empêché l’intérêt littéraire.

Qu’est-ce qu’on s’ennuie à suivre ce pauvre homme qui fait un jour (involontairement d’ailleurs, renvoyé de son métier, celui qui, accessoirement, le nourrit) son coming out et sort déguisé pour aller jouer avec les enfants dans les parcs pour des « caresses sur bisous et bisous sur caresses » ! Il affrontera dorénavant la vie en « gros canard jaune ». On peut penser que cet happy end peut pousser les jeunes lecteurs à être eux-mêmes mais le principe de réalité est omniprésent et va en sens inverse de cette idée : être soi-même est incompatible avec le travail ! Le message, surtout en temps de crise, est gênant. Le conte n’est peut-être pas allé assez loin dans le loufoque pour quitter réellement une réalité pas toujours attirante, il est vrai. Dommage que les bonnes intentions ne donnent pas toujours des albums intéressants !

Noémie princesse fourmi

Noémie princesse fourmi
Anton Krings
Gallimard Jeunesse (Giboulées, « Drôles de petites bêtes »), 2011

Anton Krings tire sur la corde !

par Sophie Genin

noemieEt une nouvelle petite bête à mettre entre les mains d’une Noémie que vous connaîtriez ! Ben, oui ! C’est bien le principe de cette série : trouver le prénom de l’enfant que l’on connaît ! Sorti de cet intérêt, on retrouve dans cet opus le jardin d’Anton Krings ainsi qu’un certain nombre de ses habitants.

Nous découvrons un nouveau personnage : celui d’une fourmi ouvrière qui rêve de rencontrer la reine des abeilles (ah ! Les dégâts de la lecture de magazines people chez les fourmis !), fantasme qu’elle va pouvoir vivre grâce à ses amis (ah ! La solidarité de ce jardin idyllique !), enfin qu’elle aurait dû vivre mais Mireille l’abeille s’est trop avancée : la reine refuse de recevoir les fourmis, pilleuses de sucre devant l’éternel ! Heureusement, le très célèbre Loulou le pou va trouver une solution : si Noémie se déguise en reine, on oubliera ses origines (vive la société de l’apparence contre celle l’être !). Sauf que tout ne se passera pas comme prévu et que c’est en loque qu’elle se présentera à l’horrible chef des butineuses ! Honteuse, elle s’enfuira mais, heureusement encore, Carole la luciole la transformera en Cendrillon le soir du bal, beau clin d’oeil au conte éponyme, si ce n’était le jeu de mots final dont est friand l’auteur (et qui fait penser que le public n’est pas si jeune que l’on croit pour ces histoires) : « les souliers de vers à soie » de Noémie !

Si Noémie ne vous attire pas spécialement, je vous conseille un autre personnage intéressant : allez donc lire Léon l’étron d’Antonin Louchard, dans la collection « Tête de lard » chez Thierry Magnier, à ne mettre qu’entre des mains adultes ou en tous cas aptes à comprendre le quinzième degré !