Emile est invisible

Emile est invisible
Vincent Cuvellier,  Ronan Badel
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2012

Il suffit d’y croire…

Par Lisa Badard et Floriane Damien master MESFC Saint-Etienne

Qui aime les endives ? Certainement pas Emile. Mais il a trouvé la solution : devenir invisible. Cette prétendue invisibilité va multiplier les situations cocasses, particulièrement avec sa maman.

Grâce à la narration omnisciente, le lecteur ne perd pas une miette des pensées comiques d’Emile et de son imagination débordante.

Cet album au texte court et simple, destiné à un très jeune public, est étayé par des illustrations épurées. En effet, très peu de parties sont coloriées pour mettre en valeur les éléments importants du texte : Emile, sa copine, les endives, la mousse au chocolat… Le dessin autour est peu à peu estompé, ce qui souligne l’invisibilité du personnage.

L’ouvrage appartenant au registre comique renvoie à quelques thèmes classiques tels que les enfants qui n’aiment pas les endives ou encore un héros qui se crée un monde imaginaire.  Enfin, l’intérêt principal de l’album réside dans la chute finale burlesque qui provoquera à tous les coups des rires, quel que soit l’âge.

Le Papillon Voyageur

Le Papillon Voyageur
Susumu Shingu
Gallimard jeunesse, 2012

Quand le documentaire s’épure

Par Dominique Perrin

Un jour, pendant le bref été du Nord…

Œuvre d’un grand sculpteur, peintre à ses commencements, Le papillon voyageur évoque les six mois que dure la vie des papillons monarques. Parfaite épure documentaire, l’album réalise un équilibre rarement atteint, mais aussi rarement visé entre la transmission d’informations puissamment signifiantes sur le monde qui nous entoure et le pouvoir d’évocation dynamique de la double page illustrative à l’italienne. Si le thème visuel de la métamorphose et l’immense sobriété du texte rappellent les œuvres pionnières de Iela et Enzo Mari, l’intensité propre à l’enquête documentaire nue, dédiée sans médiation fictionnelle ni jeux de langage au mystère du vivant, apparaît ici indépassable. Ce livre, comme la pensée qui l’irrigue, est de toute beauté.

 

Grosse peur!

Grosse peur!
Nathalie Dieterle, Patricia Berreby

Casterman, Drôles de têtes, 2012

Par Caroline Scandale

Le mouvement en trois dimensions

 

Dans cet album pop-up se cachent tous les standards de la peur enfantine, du monstre vert à la méchante sorcière en passant par Dracula. Plus qu’un simple livre qui s’anime en trois dimensions, cet objet littéraire est interactif et ludique. Grâce à des poignées découpées dans l’album et des trous à l’emplacement des yeux, l’enfant peut porter le livre devant son visage et devenir le personnage, caché derrière son masque… Chaque double page s’ouvre sur un monstre rigolo dont la bouche s’anime verticalement ou horizontalement, provocant ainsi un mouvement qu’il est plaisant de répéter en ouvrant et refermant plus ou moins l’album… Effet de mouvement 3D garanti!

La Sorcière Rabounia

La Sorcière Rabounia
Christine Naumann Villemin, Marianne Barcilon

Kaleidoscope, 2012

 sorcière + doudou = ?

par Anne-Marie Mercier

Cette sorcière est dans un premier temps un concentré de tous les clichés des histoires de sorcières qui font peur. Normal, elle est enfermée dans un recueil intitulé « Histoires pour le soir »… Mais lorsqu’elle sort des pages du livre, alertée par un bruit, tout change et elle fait merveille pour consoler un petit lapin qui a perdu son doudou. C’est joli, assez amusant, et l’adulte endormeur endossera le rôle de cette super mamie avec facilité.

Grigrigredin menufretin ; Les Habits neufs de l’empereur

Grigrigredin menufretin
Conte d’après les frères Grimm, ill. Nathalie Ragondet
Les Habits neufs de l’empereur

Conte d’après Hans Christian Andersen, ill. Bérengère Delaporte
Flammarion Père Castor, 2012

Contes traditionnels au présent

Par Dominique Perrin

Les contes traditionnels continuent à « craquer sous la dent » (selon l’expression de l’auteur-éditeur Christian Bruel pour désigner les plaisirs les plus stimulants de la littérature pour la jeunesse) dans la précieuse collection souple du Père Castor.
La perle d’humour et d’efficacité narrative donnée par Andersen en 1837 d’après une matière espagnole y semble avoir la patine de nombreux siècles, sans parler de Grigrigredin menufretin, dont la logique exotique et familière à la fois offre un frais voyage dans un imaginaire à mi-chemin entre inventivité populaire et stéréotypes sociaux. Les textes sont légèrement adaptés, les illustrations assez plaisamment croquées ; et la dédicace de l’illustratrice des Habits neufs – « Pour Ameline et sa garde-robe » – rappelle  l’actualité de ces fantaisies en matière de mise à distance de l’engouement humain pour la richesse et pour ses étalages.

Moi, j’aime quand maman

Moi, j’aime quand maman
Arnaud Alméras, Robin
Gallimard, 2012

Sur un air connu qui perd de son charme

Par Dominique Perrin

Saisir et restituer, bout-à-bout, les instantanés heureux d’un quotidien relationnel oscillant entre routine et  révélation, voilà beau temps que cette fonction de la littérature a été mise en œuvre à destination de la jeunesse. La magie continue probablement à opérer sur les jeunes lecteurs du présent album, sans doute un peu plus âgés que ceux des nombreux ouvrages antérieurs d’Elisabeth Brami sur le même thème.  Mais presque tout ici relève du fonctionnement : peu de fraîcheur poétique dans ces pages que les dessins décalés de Robin ne parviennent pas à sauver de leur énorme conformisme social ; les scènes renvoient avec candeur à un monde bourgeois, sans doute parisien, que connaissent sans doute nombre de leurs lecteurs effectifs, mais qui ne reflète l’expérience que d’une partie bien délimitée de la population actuelle. Et surtout, foin de ces « moi, je » martelés à des enfants qui ont, bien plus qu’à dire « moi », à apprendre encore à dire « j’aime » – et à comprendre que l’unicité ni même l’originalité ne sont des valeurs en soi.

La Princesse des Ménines

La Princesse des Ménines
Sophie de la Villefromoit

Seuil jeunesse (« Quand le tableau s’anime »), 2011

Où est l’art ?

par Anne-Marie Mercier

Le parti pris de la  collection, « Quand le tableau s’anime » inaugurée par ce titre est intéressant : raconter une histoire à partir d’un tableau. Ici, il s’agit des Ménines de Velasquez. L’histoire racontée l’est moins : la jeune princesse dont on fait le portrait est jalouse de son frère qui, bien que plus jeune qu’elle, succédera à leur père… tout s’arrange à la fin et l’harmonie familiale est restaurée.

Le tableau ne joue qu’un rôle secondaire, la famille royale a des allures bien bourgeoises, enfin les éléments culturels sont davantage des prétextes que des sujets d’intérêt.

Jeu de loup

Jeu de loup
Philippe Jalbert
Thierry Magnier, 2012

Le jeu de la peur

par Anne-Marie Mercier

Un loup court. Sur plusieurs doubles pages, il court, comme faisant du sur place avant l’assaut final. On ne dira pas la chute, charmante, qui désamorce l’angoisse de façon radicale, le jeu remplaçant le drame. Mais il faut signaler de très belles pages rouges qui font voir ce que peut être une faim de loup, « faim de lapins, faim de moutons, faim d’enfants… ».

En peu de mots et peu de pages, c’est toute une gamme d’émotions que livre Philippe Jalbert.

Le chevalier à la courte cervelle

Le chevalier à la courte cervelle
Anne Jonas, Bérangère Delaporte
Milan, 2012

Conte à l’envers

par Anne-Marie Mercier

Les chevaliers n’ont décidément pas bonne presse aujourd’hui : on traque les stéréotypes partout et l’on pastiche à tour de bras. D’où cette histoire comique d’un chevalier qui part vers son destin et rate la princesse, le trésor, mais pas le dragon (qui, lui, ne le rate pas). C’est assez léger, pas inoubliable. Mais les étapes du conte traditionnel sont bien mises en valeur.

L’Histoire en vert de mon grand-père

L’Histoire en vert de mon grand-père
Lane Smith

Gallimard jeunesse, 2012

par Anne-Marie Mercier

Auteur de C’est un livre et C’est un petit livre, Lane Smith sort de l’univers de l’imprimé pour se rendre au jardin. Dans ce jardin du grand-père, l’enfant voit figurés les événements de sa vie, ceux d’un temps ancien, différent de notre monde, sans beaucoup d’objets mais avec des ruptures (la guerre), des bobos (la varicelle), des rencontres… L’espace du jardin se fait temps, voyage… et le jardin garde la mémoire de celui qui la perd petit à petit.

Rien n’est asséné : à chacun de lire ce qu’il veut dans ce parcours… tout en vert.