ça déménage

Ça déménage
Cécile Chartre

Rouergue (Zig Zag), 2012

Trop rapide mais drôle !

par Sophie Genin

cademenageLe point de vue du garçon de 8 ans et demi de ce roman est grinçant juste ce qu’il faut et il sonne comme il faut aux oreilles du lecteur mais la rapidité de l’histoire, depuis le départ précipité de la maison de rêve à la campagne pour un petit appartement en ville jusqu’à la fin idyllique (papa vit avec sa nouvelle compagne et ses enfants dans une maison pas loin de l’ancienne et maman se fait faire des bouclettes et tout est parfait dans le meilleur des mondes !) empêche de réellement entrer dans ce récit.

Néanmoins, la collection « Zig Zag » qui s’adresse aux lecteurs à partir de 7 ans est adaptée au public visé et des créations originales se font jour dans ce roman : notamment le nom étonnant du chat (Jean-Claude Chipolatas !) et sa relation fusionnelle avec le narrateur, son maître ainsi que l’humour décalé de ce dernier.

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais

Poules et poulets. Quatre douzaines de poèmes extra-frais
Jean-Hugues Malineau, Lucile Placin

Rue du monde, 2013

L’œuf ou la poule, le mot ou le sens

Par Anne-Marie Mercier

PoulesetpouletsQui aurait dit qu’il y aurait tant d’expression autour des poules et autre volailles ? Chair de poule, Poule mouillée, couver un rhume, cocoter, sauter du coq à l’âne, être comme un coq en pâte, ma poule, les poulets, avoir une prise de bec, casser trois pattes à un canard, oie blanche, être comme un paon, un pinson… et tout ce qu’on peut imaginer quand les poules auront des dents.

Toutes ces expressions, prises au pied de la lettre, servent de départ à 4×12 quintils irréguliers (cinq vers toujours, mais parfois sur trois rimes au lieu de deux) savoureux et souvent irrévérencieux. Les illustrations très colorées et pleine de fantaisie (on reconnaît un style Rue du monde) redoublent cette fantaisie.

Jean-Hugues Malineau, prix de Rome de littérature, poète et professeur en poésie et en livre de jeunesse, pionnier des ateliers d’écriture, éditeur, a un site qui montre toutes les facettes de son talent.

 

L’Escargot et l’éléphant

L’Escargot et l’éléphant
Manfeï Obin, Lionel Le Néouanic
Seuil Jeunesse (Les Contes du tapis) 2011

Magnifique conte étiologique dans une collection originale et intelligente

par Sophie Genin

LEscargotetEnvie de savoir pourquoi l’escargot porte sa maison sur son dos ? Suivez le conteur ivoirien Manfeï Obin grâce au conte étiologique proposé au dos du grand album cartonné de la collection «Les contes du tapis » ! En effet, même si vous ne maniez pas cet art oral ancestral, vous vous en sortirez car Lionel Le Néouanic a prêté son univers coloré fait de bouts de papier et autres créations, sculptures plastiques associant des éléments variés et des couleurs éclatantes et contrastées qui rappellent les pochettes des albums ou les couvertures de magazines illustrées par les Chats Pelés dont l’illustrateur fait partie !

Grâce à la quatrième de couverture dépliée au dos des pages sans paroles, vous ferez suivre cette aventure à vos spectateurs et, le temps d’une histoire du soir, vous serez dans la peau de celui qui tient en haleine son public ! Jubilatoire !

Et si vous avez apprécié cette expérience, vous pourrez la renouveler avec d’autres conteurs et illustrateurs (et vous pourrez le faire les yeux fermés : la collection est toujours de très grande qualité dans les deux domaines concernés) en allant découvrir Pourquoi la carapace de la tortue n’est plus lisse du tout, Le Petit chacal et le vieux crocodile ou encore des contes traditionnels tels que Les Musiciens de Brême, Le Petit bonhomme en pain d’épices ou La Petite poule rousse.

Yok-Yok, la tulipe

Yok-Yok, La Tulipe
Antoine Delessert
Gallimard Jeunesse (Giboulées) 2012

Petit cours d’histoire ludique de la tulipe

par Sophie Genin

La TulipeYok-Yok, le célèbre petit lutin au chapeau rond rouge d’Antoine Delessert, se promène avec ses amis et cela lui donne l’occasion de raconter à Noire la Souris et Josée la chenille l’histoire de la tulipe en Hollande pour finir par s’envoler visiter ce pays.

Les illustrations, au charme et à la poésie intemporels, me rappellent les dessins animés que je regardais petite et je me dis que de nouvelles générations vont pouvoir apprendre des choses autrement, découvrir la vie et ses tribulations parfois. Quelle chance ! de nombreux autres titres existent, mêlant cette touche poétique à d’autres plus philosophiques, entraînant parfois vers le loufoque ou même l’absurde : Une Noix, L’Escargot, Les Monstres, Les Bons et les Mauvais, Le Chat qui parle trop, La Pluie et L’Oiseau qui dort dans le ciel.

Le Retour de la demoiselle

Le Retour de la demoiselle
Cathy Itak
Ecole des Loisirs (Médium), 2011

Un roman coup de poing sur l’orientation professionnelle – mais pas que

par Sophie Genin

LeRetourdelademoiselleCathy Itak s’est inspirée, pour rédiger ce roman, d’une histoire vraie racontée dans un article de journal que l’on trouve à la fin du livre. Mais, à partir de ce matériau premier, elle brode un conte mêlant rêve et réalité avec une habileté fascinante. Elle réussit à nous entraîner dans la mythologie celtique avec son univers envoûtant, tout en campant un héros jurassien, comme elle. Ce garçon va se découvrir et d’ado paumé trouver sa voie professionnelle, grâce à la révélation qui lui sera faite un après-midi dans une clairière où une jeune femme joue de la harpe celtique.

L’écriture de Cathy Itak, toujours coup de poing (pour s’en convaincre, lire dans la collection « D’une seule voix » chez Actes Sud Junior Rien que ta peau et 50 minutes avec toi), fonctionne à merveille : nous suivons les pérégrinations de cet ado touchant sans perdre de vue le contenu indiqué par le titre : le retour de la demoiselle, une libellule disparue depuis 133 ans et redécouverte en Franche-Comté en 2009. Si vous voulez savoir comment l’auteure tisse avec brio ces différentes fils, ouvrez ce roman que vous n’êtes pas prêts d’oublier ! Et n’hésitez pas à écouter, pour accompagner votre lecture, de la harpe celtique, comme vous y invitent, entre autres informations complémentaires, les annexes.

Maître des brumes

Maître des brumes
Tomi Ungerer

L’école des loisirs, 2013

Ballade irlandaise

Par Anne-Marie Mercier

MaitredesbrumesLes brumes d’Irlande ont adouci le trait d’Ungerer, ailleurs maitre en sarcasmes et récits retors. Ici, tout est lisse et noyé dans le gris bleu. Il propose une histoire simple et touchante, dans une famille de pêcheurs pauvres mais unis, où chacun vaque à son travail selon ses forces et son talent, et où deux enfants vivent une aventure, puis rentrent pour la raconter.

Le charme principal de ce récit est dans le style très particulier des images, sensiblement différentes de celles que l’on trouve habituellement chez Ungerer : l’eau semble être partout, les parties à l’aquarelle sont superbes. L’ensemble est d’une grande poésie, toute en simplicité.

La fille aux doigts d’or

La fille aux doigts d’or   
Benjamin et Julien Guérif
Syros, 2013,  Rat Noir

Affaires de famille  d’aujourd’hui

Par Maryse Vuillermet

 

 

 

la fille aux doigts d'orLéo mène une vie tranquille avec son père,  journaliste sportif et cinéphile. Ils regardent ensemble des tonnes de film, Léo va au lycée,  y a sa bande de copains. Jusqu’au jour où son père rencontre Marianne, une jeune étudiante. Il se met à lui mentir, elle envahit l’appartement, se moque de Léo.

Léo apprend par hasard le passé sulfureux de la jeune femme et décide d’élaborer un plan pour s’en débarrasser.  Il ne voit que cette solution pour retrouver l’harmonie de sa vie ancienne et protéger son père. Entre temps, il rencontre Nadia,  une fille de son lycée, belle et intelligente, qui lui  ouvre les yeux sur les rapports garçons-filles, sur le monde en général.  Nous suivons Léo dans la préparation de son piège. L’atmosphère est assez glauque, la tension palpable. Tout au long du récit, la passion du cinéma accompagne les personnages et illustre certains événements.  Léo ment à tout le monde et surtout à Nadia.

La fin est plus conventionnelle.

J’y vais !

J’y vais !
Matthieu Maudet
L’Ecole des loisirs (loulou et compagnie), 2011

Humour très efficace pour les plus jeunes

par Sophie Genin

Jy vaisUn petit livre cartonné présente sur la couverture un oiseau harnaché : parapluie, lampe de poche, livre et casquette. Il est décidé et toute sa famille lui remet l’un de ces objets au cas où. Mais où va-t-il ? Pour le savoir, il vous faudra lire la chute de cet album à structure répétitive, chute rigolote et adaptée au jeune âge du lecteur.

Lumières – L’Encyclopédie revisitée

Lumières – L’Encyclopédie revisitée
Frank Prévot et collectif

L’édune, CRDP Champagne-Ardennes, 2013

L’année Diderot

Par Anne-Marie Mercier

lumieresPour fêter l’anniversaire de la mort de Denis Diderot (1784), quoi de mieux que de proposer au jeune public une nouvelle version des planches de l’Encyclopédie ? Et de proposer toute une série d’animation pour les « petits Diderot » (voir le site !)

En effet c’est la partie des planches que l’on a retenue ici de la gigantesque entreprise éditoriale menée pendant 25 ans par Diderot. Celle-ci est fort bien présentée en préface par Aline Beilin, conseillère scientifique pour cet ouvrage.

Onze domaines ont été retenus : Agriculture, histoire naturelle, anatomie et chirurgie, sciences, métiers de bouche, Beaux-arts, transports, écriture et imprimerie, armes et soldats, mode, artisanat. Les planches originales, reproduites en miniatures, sont précédées d’illustrations qui en reprennent ou en détournent l‘esprit. Elles ont l’œuvre de différents auteurs, dans l’esprit de la collaboration encyclopédique : Martin Jarrie, Regis Lejonc, Charles Dutertre, Jean-François Martin, Julia Wauters, Tom Schamp, Clotilde Perrin, Rascal, Vincent Pianina, Albertine, Janik Coat.

Le texte zigzague entre information vaste, petits renseignements utiles au quotidien, réflexions poétiques, anecdotes et propose au lecteur de rebondir grâce aux renvois d’un article à l’autre. Il y a là de quoi se promener d’une discipline à l’autre et toujours en beau langage durant toute une année, ou davantage…

Lune Mauve. Tome 2 : L’héritière

Lune Mauve. Tome 2 : L’héritière
Marilou Aznar
Casterman, 2013

La lune mauve luit dans les bois…

Par Matthieu Freyheit

lunemauvevol2Hors de question de prendre du repos après le premier tome : le second est déjà dans vos librairies. Et pour Séléné, c’est back to black. C’est-à-dire : retour à Darcourt. Oui, ce lycée où elle n’a (presque) pas d’amis, où ses profs ne l’aiment guère, où elle redouble parce que l’an passé, sa scolarité a été interrompue par la mort de sa mère et… son passage vers Viridan, l’actuelle cité de nos anciens mésopotamiens. Marilou Aznar passe avec justesse sur l’épisode mésopotamien, échappant ainsi aux lourdeurs classiques (et souvent niaiseuses) de la découverte de ce nouveau monde. Ce qui ne veut pas dire que nous n’en apprendrons pas plus sur ce qui s’est passé : petit à petit, Séléné et d’autres nous livrent les informations nécessaires à la reconstitution du puzzle. Ainsi la trame mésopotamienne, tout juste esquissée dans le premier volet, se précise ici sans que l’auteure ne tombe dans le piège du ridicule (nous ne sommes PAS sur Pandora).

On reprocherait au roman d’être moins drôle que le précédent, avant de se raviser : l’intelligente Marilou Aznar n’lunemauve2a nullement cherché à créer une réplique du premier succès, mais s’est efforcée de lui prêter une coloration propre. Un décalage parfois difficile à gérer : riche de son expérience récente (et plutôt traumatisante), Séléné a perdu de son mordant. Moins légère, elle a accepté son destin : sauver Viridan et les T’sent d’un virus sobrement appelé le Fléau. Il faut dire que la bonne humeur n’est pas le fort de ses compagnons T’sent pour qui la civilisation terrestre n’est rien que futilité, et donc médiocrité (Gilles Lipovetsky, étais-tu mésopotamien ?). Si Séléné a changé, il n’en va pas de même du panorama Darcourt. Alexia, sa perfide cousine, reste sa perfide cousine. Thomas, chanteur ténébreux et romantique, est toujours aussi chanteur, ténébreux et romantique (on se demande parfois s’il s’agit d’un véritable personnage…). L’arrivée d’un nouvel élève, ‘Rimbaud’, n’anime pas vraiment le tableau : plutôt factice, ce personnage secondaire n’est pas la plus grande réussite de l’auteur.

Il n’empêche : Lune Mauve continue d’intriguer et se lit agréablement. L’auteure mêle fort bien les récits sans perdre son lecteur, ravi de retrouver tantôt les couloirs de Darcourt, tantôt le trio Alexia-Thomas-Séléné, tantôt la trame principale visant à échapper au terrible Fléau. Et comme dans le premier volume, la crainte de basculer vers le mauvais goût est écartée par le talent d’une auteure qui sait raconter, doser et, surtout, aller de l’avant.