Conspiration 365

Conspiration 365 (vol. 1 : janvier, vol. 2 : février…)
Gabrielle Lord

Traduit (anglais) par Ariane Bataille
Rageot poche, 2013

Le tour d’une série en 365 jours

Par Anne-Marie Mercier

conspiration365_1 L’auteure, australienne habituée aux ateliers d’écriture, est partie d’une bonne idée. Comme l’auteur de la série Harry Potter avait organisé ses volumes en années scolaires, elle a découpé la sienne en mois, de janvier à décembre et étirer ainsi l’intrigue. De ce fait, de janvier à février on n’apprend pas grand chose sur cette « conspiration » ; la narration est avare quant à la distribution des pièces du puzzle, indices qui permettent d’avancer dans la compréhension, mais se construit autour des multiples péripéties qui suivent la fuite de cal Ormond, qui doit se cacher pendant un an en tentant de comprendre pourquoi son père est mort et quelle énigme il doit résoudre pour mettre fin à la persécution que subit sa famille.

conspiration365_2Peu de descriptions, peu de personnages, pas de psychologie, des faits. Les décors, tous urbains, sont limités : la maison, le collège, les différentes caches de Cal… et des lieux qui induisent la péripétie (égouts : subir une inondation ; zoo : se trouver dans la cage aux fauves) ; on se croirait dans un jeu vidéo. Ecrite comme un journal de bord, en peu de pages aérées et en gros caractères, en unités qui excèdent rarement la double page, la série est un bel exemple d’écriture facile et de suspens feuilletonesque.

 

Le jour du slip, Je porte la culotte

Je porte la culotte / Le jour du slip
Thomas Gornet / Anne Percin
Le Rouergue, Boomerang, 2013

A pile ou face…

Par Caroline Scandale

La collection Boomerang porte bien son nom.  A l’image de l’arme aborigène, le livre doit être retourné pour être lu en entier et chacun des romans qui la composent peut se parcourir dans les deux sens, de façon indépendante et complémentaire. Les deux histoires se rejoignent au centre du livre et reposent sur deux points de vue qui s’inversent lorsque l’on retourne l’objet livre. Ainsi le jeune lecteur est acteur du renversement magique de la réalité…

Dans Le jour du slip/Je porte la culotte, Anne Percin et Thomas Gornet croisent leur plume pour se glisser dans la peau d’un personnage du sexe opposé. Grâce à eux nous investissons tour à tour le cerveau de Corinne qui se réveille un matin dans le corps de Corentin et celui de Corentin qui se réveille dans le corps de Corinne. Les deux points de vue croisés mettent en exergue le décalage entre l’identité de genre et les attentes ultra stéréotypées de la société (de la maîtresse, de la classe…) en fonction du sexe. 

Cet ouvrage est très intéressant tant sur la forme que sur le fond. Son titre efficace et un brin provocateur fait sens pour les adultes ( l’expression courante « porter la culotte » et la référence inversée à la journée de la jupe…) et surtout, surtout, surtout, donne envie aux filles et aux garçon de lire ce roman…

Les fragmentés

Les fragmentés
Neal Shusterman

traduit (américain) par Emilie Passerieux
Editions du Masque, 2013 (réédition de 2008)

Si tu n’es pas sage, je te fragmente!

Par Christine Moulin

fragmentésConnor est un adolescent difficile : ses parents ont donc décidé de le faire fragmenter, c’est-à-dire découper en morceaux, dans le « camp de collecte », pour servir au don d’organes ou, plus pudiquement, de le « résilier […] sans pour autant mettre fin à sa vie ». Il décide de s’enfuir. Dans sa fuite, il provoque un accident monumental. Il rencontre alors Risa, orpheline, pianiste prodige et virtuose, certes, mais pas assez virtuose, malgré tout, pour échapper à la fragmentation. Il rencontre aussi Lev, une sorte de fragmenté volontaire, un « décimé » plus exactement, issu d’une famille richissime pour qui c’est un honneur et un devoir de « fournir » un de ses enfants. Les voilà donc tous les trois en cavale, sans qu’on sache vraiment de quel côté va pencher Lev, qui a subi un « lavage de cerveau » pendant toute son enfance mais qui découvre peu à peu la saveur de la liberté et de l’amitié.

S’ensuit une longue errance pendant laquelle le trio se charge d’un bébé abandonné (puisque dans cette société à peine futuriste, une mère a le droit d’abandonner, de « refuser », pardon, son enfant à condition de ne pas se faire prendre sur le fait). Errance qui les amènera à croiser d’autres fugitifs : autant de destins dramatiques qui font froid dans le dos… Errance qui aboutira à une île, le Cimetière, qui n’est pas sans rappeler celle de Sa Majesté des Mouches, par la manière brutale dont elle amène à s’interroger sur la violence des rapports sociaux et la nature du pouvoir.

A cela s’ajoute une histoire,  qui se raconte sous le manteau et qui est une allusion macabre à une chanson pour enfants anglaise, celle de Humphrey Dunfee, dont les parents, après l’avoir fragmenté, ont voulu revenir sur leur décision…

Bien sûr, ces victimes, que certains décident d’aider, au péril de leur vie, que l’on cache dans des caves, que l’on trimballe d’une cachette à l’autre, dont la fragmentation se fait dans un camp, sur fond de musique classique jouée par leurs compagnons de souffrance, en rappellent d’autres. Mais ils interpellent aussi au sujet des relations parents-enfants, de l’identité (les greffes exposent à de terribles combats au sein d’une même personne…) à propos de l’avenir de l’humain,  de la liberté, de la nécessaire résistance à l’horreur, le tout sur un fond d’aventure haletant et bien mené. C’est peut-être ce foisonnement de thèmes qui fait parfois la faiblesse du roman, qui s’éparpille un peu, même si l’intérêt ne s’émousse jamais.

La Vraie folle histoire du gros canard jaune

La Vraie folle histoire du gros canard jaune
Nathalie Meynet, Guillaume Plantevin
Océan Jeunesse 2011

La meilleure volonté didactique ne donne pas toujours de bons albums

par Sophie Genin

lavraiefollehistoireL’éditeur indique que le récit de ce comptable qui rêve d’être un gros canard jaune, est « une histoire un peu folle sur le mode du conte traditionnel qui parle des envies et des vocations profondes de chacun, qui peuvent ressurgir à n’importe quel moment de la vie… ». Soit. Mais cette volonté didactique, soutenue en fin d’ouvrage par une page intitulée « Tu veux faire quoi plus tard », semble avoir empêché l’intérêt littéraire.

Qu’est-ce qu’on s’ennuie à suivre ce pauvre homme qui fait un jour (involontairement d’ailleurs, renvoyé de son métier, celui qui, accessoirement, le nourrit) son coming out et sort déguisé pour aller jouer avec les enfants dans les parcs pour des « caresses sur bisous et bisous sur caresses » ! Il affrontera dorénavant la vie en « gros canard jaune ». On peut penser que cet happy end peut pousser les jeunes lecteurs à être eux-mêmes mais le principe de réalité est omniprésent et va en sens inverse de cette idée : être soi-même est incompatible avec le travail ! Le message, surtout en temps de crise, est gênant. Le conte n’est peut-être pas allé assez loin dans le loufoque pour quitter réellement une réalité pas toujours attirante, il est vrai. Dommage que les bonnes intentions ne donnent pas toujours des albums intéressants !

L’Encyclopédie des héros, icônes et autre demi-dieux

L’Encyclopédie des héros, icônes et autre demi-dieux
Anne Blanchard, Jean-Bernard Pouy, Francis Mizo, Serge Bloch

Gallimard jeunesse, 2012

De Gilgamesh à Harry Potter

Par Anne-Marie Mercier

LencyclopediedesherosOn croit tout savoir de Ulysse, Antigone, Tintin, Zorro, ou autres Superman, et pourtant on apprend beaucoup de cette encyclopédie d’apparence légère. Un texte aéré, très souvent humoristique, présente un héros – qui est souvent une héroïne, bel exploit – en quatre pages abondamment illustrées. Chacun a droit à une image en pleine page, création de Serge Bloch, ou archive retravaillée. Dans les deux cas on sent la même connivence et la même distance joueuse. Et chacun a droit à non seulement un résumé de sa « vie » mais aussi aux circonstances de sa création, à son écho, aux vecteurs qui ont porté sa renommé, tout cela dit en phrases claires mais denses.

Dans les marges du texte, on peut lire de brefs paragraphes passionnants sur les sources qui ont inspiré les auteurs, les aspects anthropologiques du mythe, les personnages gravitant autour du héros, la vie de leur auteur, les genres littéraires, etc.

Au menu : Gilgamesh, Ulysse, Antigone, Sindbad, Arthur, Mélusine, Don quichotte, Robin des bois, Blanche Neige, Robinson, Tarzan, Sherlock Holmes… jusqu’à Harry Potter.

Une bibliographie propose aussi bien des ouvrages de littérature de jeunesse que des sommes d’auteurs reconnus sur ces domaines et le texte est truffé de références (comme celle qui renvoie à The Hero with a Thousand Faces (1949) de l’anthropologue Joseph Campbell, à l’origine de Star wars et de bien d’autres saga).

Noémie princesse fourmi

Noémie princesse fourmi
Anton Krings
Gallimard Jeunesse (Giboulées, « Drôles de petites bêtes »), 2011

Anton Krings tire sur la corde !

par Sophie Genin

noemieEt une nouvelle petite bête à mettre entre les mains d’une Noémie que vous connaîtriez ! Ben, oui ! C’est bien le principe de cette série : trouver le prénom de l’enfant que l’on connaît ! Sorti de cet intérêt, on retrouve dans cet opus le jardin d’Anton Krings ainsi qu’un certain nombre de ses habitants.

Nous découvrons un nouveau personnage : celui d’une fourmi ouvrière qui rêve de rencontrer la reine des abeilles (ah ! Les dégâts de la lecture de magazines people chez les fourmis !), fantasme qu’elle va pouvoir vivre grâce à ses amis (ah ! La solidarité de ce jardin idyllique !), enfin qu’elle aurait dû vivre mais Mireille l’abeille s’est trop avancée : la reine refuse de recevoir les fourmis, pilleuses de sucre devant l’éternel ! Heureusement, le très célèbre Loulou le pou va trouver une solution : si Noémie se déguise en reine, on oubliera ses origines (vive la société de l’apparence contre celle l’être !). Sauf que tout ne se passera pas comme prévu et que c’est en loque qu’elle se présentera à l’horrible chef des butineuses ! Honteuse, elle s’enfuira mais, heureusement encore, Carole la luciole la transformera en Cendrillon le soir du bal, beau clin d’oeil au conte éponyme, si ce n’était le jeu de mots final dont est friand l’auteur (et qui fait penser que le public n’est pas si jeune que l’on croit pour ces histoires) : « les souliers de vers à soie » de Noémie !

Si Noémie ne vous attire pas spécialement, je vous conseille un autre personnage intéressant : allez donc lire Léon l’étron d’Antonin Louchard, dans la collection « Tête de lard » chez Thierry Magnier, à ne mettre qu’entre des mains adultes ou en tous cas aptes à comprendre le quinzième degré !

Jeremy Cheval

Jeremy Cheval
Pierre-Marie Beaude

Gallimard jeunesse (folio junior), 2013

Vivre cheval pour devenir homme

Par Anne-Marie Mercier

jeremyRéédition d’un ouvrage de 2003, ce roman illustré (belles vignettes de G. De Conno en noir et blanc) concentre plusieurs thématiques, et autant de qualités. Roman « animalier », il propose un personnage qui partage la vie de chevaux sauvages, des apaloosas qui parcourent les territoires indiens. Roman de métamorphose, il fait vivre les aventures d’un jeune garçon transformé en cheval et vivant avec un groupe de chevaux. Roman d’apprentissage, il montre la quête de Jeremy, enfant trouvé qui se découvre d’origine indienne, part à la recherche de ses parents et se construit dans une communauté animale.

Dans son itinéraire, Jeremy découvre les lois de la horde (comme Mowgli ou Nils Holgerson), un regard distancié quant aux habitudes des bipèdes, et prend quelques leçons de philosophie ‑ façon cheval :

« mon grand père disait qu’un apaloosa ne peut pas se baigner dans deux rivière à la fois. Tu dois choisir. »

« C’est toujours à cause de quelqu’un que la vie n’est pas aussi facile qu’on le voudrait. »

Leçons de solidarité, de loyauté, manuel de survie dans un monde rude, le roman est tout cela, mais il est aussi un bel hymne à la vie libre et naturelle.

Construis ton village

Construis ton village
Usborne (maquette), 2011

Voyage au Moyen-Age

par Sophie Genin

ConstruistonvillageCe livre d’activités, associé à de la colle, des ciseaux et un cutter, permettra aux enfants de construire un village médiéval. La maquette a été, selon l’éditeur, « conçue en fonction de la réalité historique » et la qualité des détails (plus de cinquante personnages de 2 cm de haut !) et du papier, ainsi que l’aide à la construction apportée en fin d’ouvrage, font de cette création une idée originale pour découvrir la vie au Moyen-Age pour des enfants minutieux et patients.

 

Bienvenue chez les Tous-pareils

Bienvenue chez les Tous-pareils
Edwige Planchin, Cédric Forest
Fleur de Ville, 2013

Pour entrer en science-fiction

Par Dominique Perrin

BienvenuechezlesL’histoire des Tous-pareils commence par un diptyque : d’un côté la planète éponyme, où chaque aspect de la vie est uniformisé – y compris la « beauté » des individus, dont l’image pointe plaisamment le caractère pourtant fort relatif (voir couverture ci-contre) ; de l’autre côté la planète des Tous-différents… où rien ni personne n’est identique. Ce prologue étant posé, on se doute de la teneur globale de l’histoire : trois tous-différents curieux d’exploration font irruption chez leurs voisins, et voici réinventés la diversité d’opinion et même, après tensions, l’esprit de fête. On peut certes pointer le caractère monolithique de l’opposition entre deux mondes qui tournent au départ sans problème majeur sur des principes antithétiques (on se doute notamment que la planète des Tous-différents ne peut en fait pas beaucoup plus que l’autre faire figure de paradis au sens strict du terme). Mais on peut aussi apprécier dans cette fable une intiation décomplexée à la culture science-fictionnelle (voir le très beau film Bienvenue à Gattaca) et à ses fonctions de miroir politique – ce que font peu d’albums pour enfants… Et l’image ne manque pas plus de sel que le texte.

Une Chanson douce

Une Chanson douce
Chantée par Henri Salvador, illustrée par Eric Puybaret
Casterman (Tralalère, avec CD), 2011

Nostalgie enfantine

par Sophie Genin

unechansondouceNous connaissons tous le début de la fameuse chanson d’Henri Salvador : « Une chanson douce que me chantait ma maman, en suçant mon pouce, j’écoutais en m’endormant… ». Mais qui se souvient de la suite de cette berceuse, suite indiquée par le sous-titre de cette version illustrée : « le loup, la biche et le chevalier » ? Grâce à Casterman et la collection « Tralalère », nous allons tous pouvoir nous plonger dans ce conte, envoûtés par la voix inimitable de son interprète et, surtout, par l’univers onirique proposé par Eric Puybaret.