Construis ton village

Construis ton village
Usborne (maquette), 2011

Voyage au Moyen-Age

par Sophie Genin

ConstruistonvillageCe livre d’activités, associé à de la colle, des ciseaux et un cutter, permettra aux enfants de construire un village médiéval. La maquette a été, selon l’éditeur, « conçue en fonction de la réalité historique » et la qualité des détails (plus de cinquante personnages de 2 cm de haut !) et du papier, ainsi que l’aide à la construction apportée en fin d’ouvrage, font de cette création une idée originale pour découvrir la vie au Moyen-Age pour des enfants minutieux et patients.

 

Bienvenue chez les Tous-pareils

Bienvenue chez les Tous-pareils
Edwige Planchin, Cédric Forest
Fleur de Ville, 2013

Pour entrer en science-fiction

Par Dominique Perrin

BienvenuechezlesL’histoire des Tous-pareils commence par un diptyque : d’un côté la planète éponyme, où chaque aspect de la vie est uniformisé – y compris la « beauté » des individus, dont l’image pointe plaisamment le caractère pourtant fort relatif (voir couverture ci-contre) ; de l’autre côté la planète des Tous-différents… où rien ni personne n’est identique. Ce prologue étant posé, on se doute de la teneur globale de l’histoire : trois tous-différents curieux d’exploration font irruption chez leurs voisins, et voici réinventés la diversité d’opinion et même, après tensions, l’esprit de fête. On peut certes pointer le caractère monolithique de l’opposition entre deux mondes qui tournent au départ sans problème majeur sur des principes antithétiques (on se doute notamment que la planète des Tous-différents ne peut en fait pas beaucoup plus que l’autre faire figure de paradis au sens strict du terme). Mais on peut aussi apprécier dans cette fable une intiation décomplexée à la culture science-fictionnelle (voir le très beau film Bienvenue à Gattaca) et à ses fonctions de miroir politique – ce que font peu d’albums pour enfants… Et l’image ne manque pas plus de sel que le texte.

Une Chanson douce

Une Chanson douce
Chantée par Henri Salvador, illustrée par Eric Puybaret
Casterman (Tralalère, avec CD), 2011

Nostalgie enfantine

par Sophie Genin

unechansondouceNous connaissons tous le début de la fameuse chanson d’Henri Salvador : « Une chanson douce que me chantait ma maman, en suçant mon pouce, j’écoutais en m’endormant… ». Mais qui se souvient de la suite de cette berceuse, suite indiquée par le sous-titre de cette version illustrée : « le loup, la biche et le chevalier » ? Grâce à Casterman et la collection « Tralalère », nous allons tous pouvoir nous plonger dans ce conte, envoûtés par la voix inimitable de son interprète et, surtout, par l’univers onirique proposé par Eric Puybaret.

Animorphs (vol. 1, L’invasion ; vol. 2, Le visiteur)

Animorphs (vol. 1, L’invasion ; vol. 2, Le visiteur)
K.A. Appelgate
Traduit (américain) par Nicolas Grenier
Gallimard jeunesse (grand format), 2012

Métamorphoses en série

Par Anne-Marie Mercier

animorphs-1-2Publiée en poche pour la première fois en 1997, adaptée à la télévision, cette série est reprise dans une belle présentation : la nouvelle couverture propose le visage d’un adolescent qui se transforme en tête d’animal (chat, lézard…) quand on l’incline.

Pour tout savoir de la menace des Yirks, horribles limaces qui prennent possession des corps et de la lutte d’un groupe d’adolescents qui a obtenu le pouvoir de se transformer en animaux, voir le site de wikipedia qui donne la liste des 48 volumes parus, de ceux qui n’ont pas été traduits, des hors séries, etc. C’est un monument de la littérature de science-fiction pour ados qui est ici réédité dans un mouvement inverse de l’ordinaire : le poche est réédité en grand format, signe d’une consécration de l’œuvre comme du genre.

 

 

Plus grand que toi

Plus grand que toi
Orit Bergman
Rouergue, 2013

Du droit d’ainesse chez les tout petits

Par Dominique Perrin

plus gPiou est un tout jeune et tout petit oiseau, doté par sa créatrice d’un caractère affirmé. Toto est un éléphanteau aussi potelé que conciliant, d’une taille déjà considérable. La vie du premier, sort décisif ( !), compte trois jours de plus que celle du second. L’album décline  diverses situations où le minuscule oiseau impose son « droit d’ainesse » à un camarade de jeu qui, de fait, ne maitrise pas bien la portée de ses gestes.
Quand la coupe est pleine, heureusement, le jeune éléphant parvient non sans élégance à renverser un peu l’ordre établi par son compagnon obsédé de hiérarchie : récit percutant qui offre aux tout petits la possibilité d’ajuster par l’humour le principe de leurs interactions.

Guerre. Et si ça nous arrivait ?

Guerre. Et si ça nous arrivait ?
Janne Teller
Illustré par Jean-François Martin
Traduit (danois) par L W. O. Larsen
(Les grandes personnes), 2013

Comment peut-on être réfugié ?

Par Anne-Marie Mercier

Guerre-GP« Et si aujourd’hui il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Tout ce petit livre est dans cette question-programme.

Imagine, dit le livre au lecteur, imagine la France gouvernée par un régime autoritaire et tentant d’imposer sa loi à l’Europe. Imagine les démocratie libres du nord liguées contre elle et ses alliés du sud, la guerre, les maisons détruites, des personnes emprisonnées, le pays déstructuré, la terreur, le froid et la faim : où aller ? Le récit raconte au lecteur son itinéraire possible. Réfugié avec sa famille au Moyen Orient, mal accepté dans un pays dont il ne parle pas la langue, d’une culture et d’une religion différente, qui se méfie de la sienne, il ne peut pas faire d’études, doit se résigner à des emplois qui le rebutent ; il rêve de retour, mais le pays qu’il a quitté ne veut plus de lui.

Janne Teller a transposé le quotidien banal d’un réfugié en se contentant de décaler les situations et de faire vivre (par le tu et le vous : le texte est écrit du début à la fin à la deuxième personne) cela par ceux qui regardent les choses de l’extérieur. La forme du livre est-elle même exemplaire : il imite le format et la couverture d’un passeport européen ; les dessins stylisés illustrent la simplicité et la rigueur de la situation.

Un tout petit livre, un grand choc et une belle leçon.

Voir la présentation par l’auteur 

MéliMélodie

MéliMélodie
Henri Meunier, Martin Jarrie
Rouergue, 2013

Fragments de monde en notes de musique

Par Dominique Perrin

mélimDire le monde en notes de musique est sans doute un vieux rêve artistique. Qui n’a jamais rêvé sur une suite telle que « sol si fa si la si ré si la si ré do ré » (voir les variations truculentes de Boby Lapointe) ? C’est sur ce principe que repose cet original petit imagier solide et carré, où la faconde langagière liée aux contraintes de la gamme va de pair avec des images d’une douce espièglerie. Le décodage amusant de ces jeux bon enfant ouvre sur des réalités plus ou moins mystérieuses – que ce soient « la  raie-scie », ou, tout en décalages successifs, le « dollar émis », avec en vis-à-vis le « dodo doré » associé à l’image d’un mendiant.

demanderl’impossible.com

demanderl’impossible.com
Irène Cohen-Janca

Rouergue, 2012

Révolutions muettes

Par Matthieu Freyheit

demanderl’impossible.comMuettes, comme les nombreux silences qui tissent ce roman nourri de non-dits et de dialogues en creux. Voilà un livre plutôt subtil qui mérite de s’y arrêter et de passer un premier malaise : car c’est bien un malaise, et non de l’ennui. Mais sans abricela, il faut le découvrir, comme on découvre peu à peu tout ce qui, dans la vie d’Antonin, va de travers.

Antonin a quelque chose du loser : c’est en ces termes en tout cas qu’il se présente au lecteur. Loser, il n’a cependant que le sentiment de l’être. En réalité, c’est un adolescent comme les autres, et c’est peut-être ce qui pose problème. Car Antonin se réfère parfois malgré lui aux idées de son oncle Max, celles de mai 68. Là, ça y est, vous avez compris le titre. Mai 68 ? Il était temps, c’est vrai, qu’un roman intelligent y revienne. Car mai 68, il y a ceux qui l’ont vécu, et il y a les autres. Entre les deux, un fossé, un on-ne-sait-quoi d’inexplicable. Et pourtant, c’est bien mai 68 qui, de ses relents libertaires, gangrène l’existence d’Antonin et celle de sa famille. Ce qui ne va pas ? Mai 68, qui fait penser à Antonin qu’il n’est peut-être pas à la hauteur. Et la grande révolution étudiante de donner naissance à de muettes révolutions familiales, et personnelles.

Au départ, rien que de très normal. Antonin va au lycée. Il sort avec Léa. Se sépare de Léa. Sa sœur, parfaite (ou presque), est la première à introduire le bouleversement dans la famille. Sa mère, parfaite (ou presque, bis), nie le réel jusqu’à ce qu’il s’impose violemment à elle. Son père… RAS. Et sur le trottoir en face de la maison, ce sans abri qui s’est installé et qui intrigue tant Antonin. Antonin qui, dans une belle sensibilité, comprend et nous fait comprendre les maux et les silences, et qui devant l’écran de son ordinateur jouit d’autres formes de révolutions : sur le web, l’existence fait jour, le rêve se poursuit, et le réel des sentiments s’impose bien plus que dans un quotidien désespérément tacite. Il faut en passer par là pour que les mots surgissent, et que la vie reprenne ses droits. Pour que l’anorexie de sa sœur soit enfin chose dite, et que la tristesse de sa mère soit chose du passé. Pour balayer l’ombre de mai 68, et bâtir des rêves nouveaux.

Manquer la joie, c’est manquer tout, écrit Stevenson. C’est le fond du discours délicatement mené par Irène Cohen-Janca, qui derrière quelques lieux communs parvient à tisser une trame d’une belle finesse. Et de rappeler que si l’on nous parle sans cesse de révolutions technologiques, notre temps connaît aussi des révolutions de sensibilité, plus discrètes mais peut-être plus profondes.

Frankenstein

Frankenstein
Fabrice Melquiot
L’arche (Am Stram Gram), 2012

Fankenstein on the beach

Par Anne-Marie Mercier

Frankenstein Fabrice Melquiot« Il ne faut pas naître près des lacs
Les lacs sont dangereux
Il y a des malheurs au fond des eaux blanches
Avec les remords et les cailloux
Je le sais »

Mary Shelley crée le personnage de Frankenstein au bord du lac Léman, en 1816. Dans la pièce de « théâtre musical », on la voit faire émerger par ses évocations les ambiances, les lieux et les personnages. Incarnant plusieurs rôles, elle donne la réplique à Frankenstein, tandis que la parole est également donnée au monstre, nommé Beurk et incarné par une marionnette.

Complainte du mal aimé Beurk, dialogues entre Frankenstein et son ami à qui il confesse son crime, entre Frankenstein et sa fiancée qui mourra comme l’ami sous les coups vengeurs de la créature, commentaires de Mary sur son histoire, les voix se croisent et créent un chant d’une extrême mélancolie entrecoupé de rires. Sur ce fond sombre, l’exaltation de la création et la puissance de l’imaginaire mènent le jeu. Le texte est superbe, d’une grande poésie.

Frida et Diego au pays des squelettes

Frida et Diego au pays des squelettes

Fabian Négrin

Seuil Jeunesse 2011

Hommage à Frida Kahlo et Diego Rivera

par Sophie Genin

 Dans ce très bel album grand format, l’auteur illustrateur raconte d’abord une histoire d’amour d’enfants, donc une histoire extrême et profonde, sans compromis. Il raconte aussi une histoire de jalousie et de mort. En effet, le jour de la fête des morts, au Mexique, est un jour de friandise et de jeu pour les enfants. Mais cette nuit-là, Diego et son amoureuse, Frida, vont descendre au pays des squelettes dont la jeune fille, Orphée au féminin, va sauver son Eurydice masculin, grâce à un xoloitzcuintle, chien sans poil traditionnel de leur pays.

Les planches de ce livre sont autant d’hommages à la culture mexicaine, aux ancêtres, aux rites traditionnels qu’à la fabuleuse histoire d’amour de Diego Rivera et Frida Kahlo, que l’on imagine tout à fait sous les traits que leur a donnés Fabian Négrin lorsqu’ils étaient enfants. L’atmosphère baroque des illustrations n’est pas sans faire penser aux histoires de Tim Burton, la culture mexicaine en plus ! C’est dire si l’envie de plonger avec les héros dans ce monde étonnant est grande ! Il ne vous reste plus qu’à les suivre et, si cela ne vous suffit pas, rendez-vous au musée d’Orsay pour l’exposition « Frida Kahlo/Diego Rivera. L’art en fusion », d’ici le 13 janvier 2014, pour prolonger la magie de cet album.