Le Chat de Vallotton

Le Chat de Vallotton ; le peintre Félix Valloton et le groupe des Nabis
Jean Binder
Dossier documentaire de Christina Buley-Uribe
L’école des loisirs (Archimède), 2012

Nabi pour les petits

Par Yann Leblanc

Selon la formule de la collection, la fiction est un tremplin pour aller vers le savoir. Une histoire dont les images imitent l’esthétique des bois gravés montre une toute petite fille ramenant leur chat perdu aux Vallotton ; un dossier présente la vie du peintre et le groupe des Nabis. Tout cela est très bien fait, avec beaucoup de délicatesse.

Reste cependant une interrogation : l’âge de lecture du documentaire suppose un lectorat qui trouvera la fiction un peu enfantine.

Oh ! L’antiquité

Oh ! L’antiquité
Joe Fullman

Gallimard jeunesse (les yeux de la découverte), 2012

Ah! que d’images

par Anne-Marie Mercier

Toute l’antiquité.. enfin, celle qui s’enseigne en 6e, et c’est déjà beaucoup : de 8000 avant JC à 1550, Moyen-Orient, Afrique, Europe, Asie, Amérique et Espace du Pacifique.., une chronologie, un index, de belles photos en couleur, une maquette qui fait la part belle aux images, fidèle à l’esthétique des collections « découvertes » de Gallimard.

Mais c’est aussi une ouverture sur la modernité : on peut compléter la lecture et naviguer grâce aux liens internet proposés sur le site des éditions, télécharger des images, etc.

Paris. Petit Pop up panoramique

Paris. Petit Pop up panoramique
Sarah McMenemy
Casterman, 2012

Voir Paris…

par Anne-Marie Mercier

Traduction d’un ouvrage édité en anglais par Walker Books, imprimé en Chine, ce petit pop up offre une vision hyper touristique de Paris, la ville étant conçue comme une collection de monuments « à voir », disséminés dans un espace inexistant ou du moins très théorique : les vélos, vespas et piétons peuplent les rues davantage que les rares voitures, lesquelles ont des allures d’années 50 acidulées. C’est donc un Paris mythique d’aquarelle qui se déplie dans ce tout petit format, exceptionnel pour un pop up.

Cela dit, c’est une bonne introduction pour un jeune enfant à qui on montrerait la ville ; certains détails indispensables pour cet âge amateur de précisions seront précieux : la tour Eiffel fait 324 m et accueille 7 millions de visiteurs/an ; le sarcophage de Napoléon est en porphyre rouge ; Toulouse Lautrec et Modigliani ont fréquenté Montmartre, la flamme du soldat inconnu est ravivée chaque soir sous l’Arc de triomphe…

Déclaration d’anniversaire

Déclaration d’anniversaire
Eléonore Cannone
Océans ados 2012

 Belle leçon de lutte contre les préjugés

 Par Maryse Vuillermet

 Aurélien,  dix-sept ans, Juliette, sa mère  Bénédicte, son autre mère,  Teddy, le frère de Bénédicte, Cindy,  l’amie de Teddy et  Milfred le chien s’expriment tour à tour. C’est un jour spécial, c’est l’anniversaire d’Aurélien,  Ses mères ont invité Teddy, et sa petite amie qu’elles ne connaissent pas. Aurélien est inquiet parce qu’il a quelque chose à annoncer !

Au début, on pense que ce roman va nous parler de l’homosexualité féminine et de l’adoption ou l’éducation des enfants par des couples homosexuels. En fait,  pas du tout ou pas exclusivement. On s’aperçoit que chacun a des préjugés, des idées préconçues sur les autres,  par exemple que les enfants élevés par des couples homosexuels sont traumatisés, Or, Aurélien élevé par deux femmes  se dit  très heureux.  Teddy n’a jamais eu que des petites amies belles et stupides, or, la petite amie de Teddy  est jolie et caissière,  les caissières jolies ne lisent pas, or, elle lit énormément, l’annonce d’Aurélien ne concerne pas la sexualité  ou la drogue, mais son avenir, et,… il veut faire une école de commerce, ses mères, artistes et bobos  trouvent ça horrible…

 Ce petit roman est construit ainsi sur toute une série de préjugés qui vont tous être battus en brèche grâce au dialogue et à l’écoute, basés sur  l’amour et la confiance. La notion de famille est également interrogée.  Une famille, c’est un groupe de personnes qui s’aiment,  pas forcément mariées, ni  mères et pères biologiques. Aurélien a donc une belle famille mais les parents de Bénédicte et Teddy ont refusé d’accepter la vie de leur fille et ne la voient plus « La famille n’est pas toujours fondée sur les liens du sang. C’est parfois le cas. Pas toujours. Elle est surtout fondée sur les liens du cœur. » (p99)

Au passage, un autre préjugé est détruit, et il nous concerne, en effet,  un clin d’œil  très appuyé est fait à la littérature jeunesse p 47 : « La littérature jeunesse est souvent sous-estimée, m’a-t-elle expliqué. Il n’y a pas de grands auteurs de littérature générale et de petits auteurs de littérature jeunesse. Il y a des grands et des petits dans les deux. On croit toujours que les auteurs font leurs premières armes en littérature jeunesse et qu’une fois qu’ils sont grands, et qu’ils ont fait leurs gammes de mots, ils peuvent enfin se lancer dans la  vraie littérature, rien n’est plus faux ; Et là-dessus, elle m’a sorti des petites merveilles de son rayon jeunesse.  Mon univers venait encore de s’ agrandir. Depuis, je lis de tout. »

Comme nous !

Un bon roman donc court mais plein de sagesse.

Tout le monde à dos

Tout le monde à dos
Annie Agopian, Claire Franek
Rouergue, 2012

 

Etre Ado : dur, dur

Par Anne-Marie Mercier

Qu’on soit homard, crotale ou têtard, la métamorphose est une étape difficile ; celle de l’adolescence est du même ordre, on le sait et  Françoise Dolto l’a expliqué. Mais une fois ce constat fait, comment aider les ados ?

Cet album prend le parti de la science et de l’humour, deux excellentes voies. La première est rapide (une double page), développant ce qui se passe chez les homards, crotales ou têtards qui semblent incarner différentes façons d’être ado. La seconde prend tout son temps, montrant des ados d’âge, de taille et de sexe divers confrontés à l’incompréhension voire l’aigreur de leur entourage et incapable de répondre aux questions qu’ils se posent et qu’on leur pose.

La solution proposée par l’album : Opposez-vous, et vous trouverez les réponses ou des débuts de réponses. C’est donc un album qui fait du bien, déculpabilisant et tonique, ne craignant pas de hérisser et d’user de la caricature (les humains représentés sont tous très moches, les ados juste un peu plus que les autres !).

Annie Agopian est psychologue de formation et a collaboré à plusieurs reprises avec Claire Franek, notamment pour l’excellent album Dans 3500 mercredis, belle interrogation sur ce que c’est que grandir, mais cette fois en allant de l’enfance à la vieillesse, vieillesse traitée avec humour mais sans masque aucun.

Veux-tu devenir bête ?

Veux-tu devenir bête ?
Pei Chun Shih, Géraldine Alibeu
Hongfei Cultures, 2012

Leçons de bêtes à l’usage des hommes

par Anne-Marie Mercier

Qu’est ce que posséder ? dans quelles conditions peut-on élever un enfant ? que désirer ? et surtout qui croire et que croire, voilà toutes sortes de questions qui sont évoquées dans ces rencontres-dialogues entre la Bête et un poisson, un homme, ses amis le lapin et la grenouille. Récits en apparence absurdes, mais plein de sagesse, entre Lewis Carrol et Arnold Lobel. Les dessins de Géraldine Alibeu sont parfaitement adaptés à ce style.

La Bête a reçu le prix 2007 de l’association de littérature de jeunesse de Taiwan (voir la chronique de Dominique Perrin sur son précédent ouvrage (NB : je ne l’avais pas relue, je vois qu’elle aussi a pensé à Lobel, pour Ranelot et Bufolet).

 

Madlenka star du foot

Madlenka star du foot
Peter Sis
Traduit (anglais) par Camille Paul
Grasset jeunesse, 2012

Allez les filles !

Par Yann Leblanc

Comme beaucoup d’enfants, Madlenka se rêve star, mais star du foot, c’est original et c’est un rappel salutaire au moment où en France les « Bleus » ne font pas trop briller le pays, tandis que les équipes féminines sont plus exemplaires tant par leurs résultats que par leur comportement.

Autre plaisir : l’auteur est celui des Trois clefs d’or de Prague, le lauréat (entre autres) du prix Andersen (foire de Bologne 2012) et de la médaille Caldecott. Madlenka a eu le prix Sorcières 2012… et c’est mérité : l’humour et la poésie s’allient au graphisme original qui porte la marque de fabrique de l’auteur. L’histoire est plus mince que dans ses autres albums, mais elle conviendra à de plus jeunes lecteurs (ou lectrices !).

Les trois petits cochons

Les trois petits cochons
Orianne L’allemand, Marianne Dubuc
Casterman, Mon tout premier conte, 2012

Par Caroline Scandale

Eloge du pragmatisme

A l’origine, le conte des trois petits cochons est violent; Le loup dévore les deux premiers cochons insouciants et le troisième plus rusé le mange à son tour… Bettelheim, dans Psychanalyse des contes de fées, interprète cette histoire comme une façon de prévenir les enfants des dangers du principe de plaisir. À celui-ci il oppose le principe de réalité, représenté par une maison solide, pour lutter contre les   aléas de la vie, personnifiés par le méchant loup.

Cet album Casterman, collection Mon tout premier conte, en propose bien évidemment une version édulcorée, à la sauce Walt Disney, puisqu’ici point de petits cochons tués… En revanche il s’en démarque sur la fin, en suggérant que le couvercle de la marmite se referme sur loup, lui laissant donc peu de chance de survie.

Le petit plus de ce livre cartonné réside dans la scène finale de la cheminée proposée sur une page double qui s’ouvre vers le bas. Ce procédé permet un panorama vertical de la chute du loup dans le conduit d’où s’échappe la fumée, ce qui retient l’attention des enfants et les amuse beaucoup.

De quelle couleur est le vent ?

De quelle couleur est le vent ?
Anne Herbauts
Casterman, 2011

 aux aveugles

par Anne-Marie Mercier

A cette question posée par un enfant aveugle, « De quelle couleur est le vent ? », Anne Herbauts répond en couleurs, en touchers et en poésie ; l’enfant de l’album part en quête d’une réponse et interroge un vieux chien, la montagne, le village, une fenêtre, une pomme… chacun réponde à partir de son point de vue : couleur du temps, du soleil, sève et grenadine… (on pense au dispositif de la grande question de Wolf Erbruch)

Les illustrations très colorées mêlent les techniques (papiers et tissus découpés, dessin, peinture… ) et offrent de discrets effets tactiles, du rugueux au lisse, vernis et embossages proposent tout un parcours de sensation.

Anne Herbauts a recueilli pour ce livre les conseils des Doigts qui rêvent (maison d’édition spécialisée dans les albums tactiles pour enfants mal voyants) et a bénéficié d’une bourse de l’association « les Enfants de Sylvie ».

Brise glace

 Brise glace
Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior, 2011

 Le poids si lourd des secrets

     Par Maryse Vuillermet

 Aurélien, jeune lycéen de dix-sept ans, cherche par tous les moyens à passer inaperçu.  Surtout que personne ne le remarque, ne lui adresse la parole, c’est tout ce qu’il demande. Il broie du noir,  n’imagine pas son avenir, ni son bonheur.

Pourtant, Thibaud, un garçon de sa classe,  lui parle, l’invite à une fête, à une soirée sympa, essaye par tous les moyens de le  sortir de  sa réserve, de sa déprime.

 Bien-sûr, Aurélien aimerait vivre, sortir, avoir des amis, mais des obsessions  le tourmentent et lui font préférer la solitude.  Qu’a-t-il vécu ? Qu’a-t-il fait de si horrible ? Quel est ce secret qui lui bloque la gorge quand il essaye de  le dire ?

 Alors, peut-être pourra-t-il le slamer ?  C’est ce qu’espère Thibaud en l’initiant aux soirées slam, une poésie orale qui s’improvise et se dit en public.

Beau dialogue d’adolescents tourmentés, plongée intéressante dans le petit monde des slameurs. Et une série de péripéties bien menées entre amour  et amitié naissants, trahisons supposées, révélations…

 Et quel que soit le moyen d’expression, SMS,  texte écrit  et passé  dans l’angoisse à l‘ami, slam crié en public, les secrets,  une fois dits,  pèsent moins lourds et  perdent  leur pouvoir mortifère.