Noir. Une histoire dans la nuit

Noir. Une histoire dans la nuit
Stéphane Kiehl
La Martinière jeunesse 2023

Voyage au bout de la nuit…

Par Michel Driol

Un jeune garçon ramène Sauvage, son cheval,  dans son enclos un soir d’orage terrifiant. Les lumières du village s’éteignent, et il doit traverser une forêt très sombre et une rivière qui a débordé. Il saute sur le dos de Sauvage qui le ramène, sain et sauf, à la maison.

Après Vert (voir la chronique d’Anne Marie Mercier), Blanc et Rouge Stéphane Kiehl continue son exploration monochrome. Noir, c’est la nature devenue sauvage, extrême, indomptable, avec cet orage démesuré, ces rivières qui débordent, tous les repères brouillés, et un animal, au nom symbolique, qui apparait comme le sauveur, capable de se repérer dans cette nuit de cauchemar. Le texte, très discret, assure la narration, comme la voix off d’un enfant terrifié, ne sachant comment retrouver son chemin dans un monde normalement familier, mais devenu hostile. Par ses illustrations, d’un noir et blanc magnifique, l’album à un côté cinématographique, renforcé par son grand format à l’italienne, qui n’est pas sans faire penser aux grands films noirs comme la Nuit du chasseur dans son esthétique. De larges plans d’ensemble d’abord, dans lesquels le cheval (et l’enfant) se détachent sur le ciel menaçant. Puis on se rapproche de la forêt, le cadrage se fait plus serré, la matière même des pages change : du calque, laissant entrevoir des animaux sauvages dans la brume, rendant le sentiment d’immersion dans la forêt encore plus aigu. C’est là que les ombres des troncs se font menaçantes. Puis c’est le blanc de la rivière qui envahit la page, et c’est enfin la sortie de la forêt, vers les lumières accueillantes des fenêtres de la maison. C’est comme un voyage initiatique, comme pour nous rappeler nos craintes et frayeurs ancestrales, celles de la nuit, celles du noir, celle de l’orage, mais aussi pour dire qu’au bout du chemin, il y a l’espoir d’une petite lumière.

Un album à l’illustration absolument magnifique, d’une conception très originale, à contempler longuement, pour continuer de questionner notre relation aux animaux et à la nature.

L’Arbre de nuit

L’Arbre de nuit
Isabelle Wlodarczyk – Xavière Broncard
L’Initiale 2022

Riches de nos différences

Par Michel Driol

Dans la jungle de Goa vit un arbre triste, sans fleurs. Mais, chaque nuit, un jeune indien vient le rejoindre, assiste à la floraison nocturne, ramasse les fleurs tombées, prépare une potion qu’il verse au pied de l’arbre, et repart, croisant les bûcherons en plein travail.

Fable, poésie, conte philosophique, il y a de tout cela dans ce bel album au format carré, un format qui incite à l’équilibre. Poésie d’un texte qui sait ne pas être trop bavard, un texte qui associe les notations d’une évocation très concrète de la nature à son humanisation (arbres qui parlent, ont des attentes), un texte dont les trouvailles verbales (un arbre en ciel, par exemple) vont de pair avec l’indicible, les mots secrets partagés entre l’arbre et le jeune indiens. Belle et judicieuse utilisation donc d’une langue poétique pour créer un univers à la fois lointain (Goa…) et proche (avec ces bûcherons qui détruisent), un univers que les illustrations de Xavière Broncard, à partir de papiers découpés, subliment pour donner à voir une jungle multicolore, traversée de nombreux animaux (toucans, éléphants… impossible de tous les citer), une jungle dont la vie et la luxuriance sont menacées par les hommes, pour ne laisser la place que d’un désert inanimé. Qui est cet arbre seul ? Un rescapé, un survivant d’une forêt primitive ? l’exemple prémonitoire de ce que vont devenir les autres arbres ? Si les hommes peuvent détruire la nature, ils peuvent aussi, à l’instar du jeune indien, la préserver, la sauvegarder, et peut-être la faire renaitre. Ce serait là un premier niveau de lecture, un texte parlant d’écologie et de destruction de la vie, de la biodiversité.

Mais ce serait passer à côté de ce conte philosophique qui aborde la question de la différence, ou des différences, tant par le texte que par les illustrations. Différences d’abord dans cette forêt entre les arbres, montrés tous différents par leurs couleurs, leurs formes, leurs tailles. Différences entre les arbres de jour, qui dorment la nuit, et cet arbre de nuit, qui se réveille la nuit. Différences et rapprochements entre les règnes végétal et animal. Les multiples animaux montrés vivent en symbiose avec les végétaux. Quid des hommes, montrés eux aussi dans leurs différences d’âge, de relation avec la nature ? Malgré leurs différences, le jeune indien et l’arbre seul partagent une relation, privilégiée, unique, échangent des mots, des secrets, et s’apportent mutuellement quelque chose que le texte n’explicite pas, laissant le soin au lecteur de l’imaginer. Il ne s’agit pas de réduire cette histoire à la sylvothérapie, mais bien de voir qu’il est question ici de guérir tant l’homme que la nature en dépassant nos différences par l’amitié, l’amour, la fraternité ou le respect… faute de quoi ne restera qu’une table rase et stérile. Mais à chaque lecteur de tirer ses propres conclusions à partir des propositions narratives et graphiques de l’album.

Un bel album, très métaphorique, très poétique, pour évoquer les relations entre l’homme et la nature et dire à quel point nos différences nous enrichissent, qu’il s’agisse de biodiversité ou de relations interpersonnelles. On saluera le travail des éditions L’initiale qui mettent à disposition, sur leur site, des fiches permettant de susciter de débats philosophiques à partir de leurs publications.

 

La Forêt, l’ours et l’épée

La Forêt, l’ours et l’épée
Davide Calì, Regina Lukk-Toompere
Traduit (italien) par Roger Salomon
Rue du monde, 2022

Qui a vécu par l’épée, survivra par la bêche (fable écologique)

Par Anne-Marie Mercier

Un ours très fier de son épée (on songe aux ours en armure de Philip Pullman) s’en sert à tort et à travers. Un jour il coupe même une forêt. Peu après, l’eau inonde son habitation. Il part pour couper en deux celui qui est responsable de cette catastrophe, mais qui est-ce ?
Sont-ce les gardiens du barrage ? le sanglier qui a attaqué les gardiens ? Le renard qui a blessé le sanglier ? les oiseaux qui ont provoqué la maladresse du renard ? Ou bien serait-ce l’ours, qui a détruit la forêt des oiseaux ?
À la manière d’Œdipe, cherchant un coupable qui n’est autre que lui-même, l’ours comprend tardivement son erreur. Mais heureusement (on n’est pas dans une tragédie) tout est réparable : il protègera les autres animaux et, en replantant des arbres, il rendra aux oiseaux leur forêt, à la condition qu’ils soient un peu patients. La morale de la fable n’est pas difficile à saisir et on est ici dans un plaidoyer pour la protection de la nature facile à comprendre. Le lecteur peut en déduire (sans que cela soit dit explicitement) que détruire ce milieu revient à détruire sa propre maison.
Couleurs éclatantes sur fond blanc, bruns profonds, aquarelles légères, des images belles et expressives accompagnent cette fable bien rythmée. Les animaux sont un peu humanisés par quelques vêtements, mais pas trop ; ils sont présentés en pleine action ou dans des postures bien choisies et l’ours est très expressif. Ici l’écologie n’est pas une triste leçon.

 

Larmes de rosée

Larmes de rosée
François David / Chloé Pince
CotCotCot 2022

Une salade a besoin de sentir que tu l’attends

Par Michel Driol

Pour accueillir le 25ème Printemps des Poètes

Livret n° 2 de la collection Matière vivante, Larmes de rosée est un court poème de François David, devenu ici album illustré par Chloé Pince. De quoi y est-il question ? De la patience qu’il faut pour faire pousser une salade, ou plutôt du rapport qui se noue entre le jardinier débutant et la salade, qu’il a achetée en pot au marché, et qu’il consommera à la fin de l’ouvrage. A chaque lecteur d’interpréter plus ou moins métaphoriquement ce poème, qui se termine par le rapprochement homophonique entre deux verbes, elle attendait que tu la cueilles / que tu l’accueilles, et qui est dédié à « mes petites pousses ». Il est sans doute autant question d’éducation que de jardinage ici…

Dans une langue toute en retenue, très concrète, adressée à un « tu », figure du lecteur qu’on devine jardinier amateur, le texte évoque ce qu’il faut de patience, de lenteur, de soins dont on ne sait s’ils sont justes ou dans l’excès, de peine aussi pour faire grandir un végétal aussi humble qu’une salade, une matière vivante prise entre ses besoins et son désir de satisfaire le jardinier. Ce face à face qu’on dirait plein d’humanité est illustré d’aquarelles en vert et gris qui se concentrent avec humilité sur le sol, la salade et la terre, montrant ce jeu de développement à la surface, mais aussi le travail souterrain et invisible des racines, montrant aussi le temps qui passe avec le parcours d’une lune dans le ciel. Seule une limace, intrus rouge, vient dire un autre aspect de la vie de la nature.

Un poème plein de délicatesse pour évoquer avec douceur un aspect complexe de nos liens avec le vivant, avec la nature, car cette salade que l’on a fait pousser, on finit par la faire disparaitre en la mangeant.

Herbes Folles, Marie Dorléans

Herbes folles
Marie Dorléans (texte et illustrations
)
Seuil Jeunesse 2022.

Vive l’ensauvagement !

Maryse Vuillermet

Voici un récit et une parabole.  C’est l’histoire de la famille Piquenpointe qui habitait une maison de ville et était fière de son jardin taillé, ratissé, planté au cordeau, pas une herbe, pas une branche ne dépassait, mais, un jour, le jardinier qui l’entretenait en eut assez de ce travail de maniaque, et rendit son tablier.  Alors, l’herbe, les fleurs envahirent tout le terrain, et même la maison.  Les Piquenpointe essayèrent de lutter mais furent dépassés.

Or, un matin, des dizaines d’oiseaux les réveillèrent de leur long sommeil et ils partirent à l’aventure dans leur propre jardin, ils s’émerveillèrent et vécurent de surprises en mystères.

Le sens de la parabole est clair, il faut laisser de la place de la liberté à la nature, elle vous le rendra en beauté, en richesse, en possibilités d’émerveillement.

Les illustrations de l’autrice, au début, grises, pointues et assez géométriques, se mettent à respirer elles aussi, les pages libérées deviennent éclatantes de vie, de couleurs, de courbes enchevêtrées, envahies de fleurs et de fantaisie.

Vive l’ensauvagement !

L’arbre m’a dit

L’arbre m’a dit
Poèmes de Jean-Pierre Siméon – Encres et pastels de Zaü
Rue du Monde 2022

L’homme qui écoutait les arbres

Par Michel Driol

Près d’une cinquantaine de poèmes-phrases, dont l’incipit est invariablement le titre du recueil : l’arbre m’a dit. Les textes forment une sorte de double dialogue muet dans la mesure où les propos de l’arbre sont répétés par un « je » anonyme, qui mettent en quelque sorte en abyme la sagesse de l’arbre, comme s’il y avait là une double confidence, celle de l’arbre au poète, celle du poète au lecteur. Confidence dans laquelle on entre un peu comme dans cette forêt que Zaü propose sur la couverture du livre, à la fois claire et obscure, dans laquelle la multiplicité des arbres s’oppose au singulier du titre : l’arbre.

L’arbre m’a dit, c’est déjà toute une conception de la poésie comme un secret à partager. Secret d’une sagesse venue non pas des hommes, mais de la nature, comme si l’arbre ici se montrait comme un modèle à suivre. Secrets pour résister à la solitude, secrets pour grandir, secrets pour garder l’espoir. A chacun d’écouter cette leçon de sagesse. Les mots de l’arbre nous parlent dans un langage à la fois simple et imagé, nous confrontent à l’arbre et à ses caractéristiques : son immobilité face à notre désir de voyager, sa permanence victorieuse face à la neige qui revient chaque année. On est dans une poésie de la nature qui est en fait celle de l’attention aux moindres choses, aux plus minuscules détails (l’ombre qui rafraichit, la fleur qui devient fruit, le sourire de l’enfant qui cueille) à laquelle elle donne sens. Cette confrontation entre l’humain et l’arbre ne tourne pas, on s’en doute, à l’avantage du premier. L’arbre se révèle un puits de connaissances,  un être pétri de générosité, de patience et renvoie parfois par de simples questions l’homme face à lui-même, à son ignorance de la nature, à son impatience, à sa solitude.

Ces textes sont magnifiquement intégrés aux pastels de Zaü, monochromes évoquant l’arbre dans différents contextes, l’hiver, le brouillard, le bord de l’eau, accompagné parfois d’oiseaux ou d’un enfant.  Ces illustrations résonnent avec subtilité aux  propos de l’arbre : ainsi ce tas de bois coupé accompagnant L’arbre m’a dit : celui qui me coupe perd un ami. Trois doubles pages colorées, sans texte, apportent comme une respiration au recueil, donnant à contempler une nature vierge dont l’homme est absent. La verticalité de l’arbre est encore soulignée par le format très allongé de l’ouvrage.

Jean Pierre Siméon et Zaü revisitent les rapports entre les arbres et les hommes dans une leçon de sagesse apaisée et apaisante, donnant à voir et à sentir une autre relation au temps ou à l’agitation, et peut-être redéfinir ce qui donne sens à notre existence pour découvrir, comme le suggère le dernier poème, que « finalement, tu n’es qu’un arbre qui parle et qui marche ».

Ma cabane

Ma cabane
Guillaume Guéraud illustrations Alfred
La Martinière jeunesse 2022

Comme un écho au Baron perché…

Par Michel Driol

Dans le jardin de ses grands-parents, Youri et Olga, le narrateur s’est construit une cabane dans les arbres. Faite de bric et de broc, elle devient pour l’enfant un refuge que son imagination transforme en navire, en hélicoptère, en palais ou en igloo, perdus au milieu de la savane, d’un cimetière ou d’un territoire jamais exploré…

Qui n’a jamais rêvé d’avoir une cabane dans les arbres ? Lieu protecteur, extraordinaire, il est le reflet de celui qui l’a construit de ses mains. C’est bien cet imaginaire-là, celui de Robinson perdu sur son ile, celui de l’arbre maison de Claude Ponti, que convoquent Guillaume Guéraud et Alfred. Car il est difficile de dissocier dans cet album l’auteur de l’illustrateur. Avec fluidité, le texte fait passer de la description de la cabane aux rêves, avec une formule récurrente : Parfois je me dis… Et le narrateur d’entrainer le lecteur dans des univers pleins d’aventure, de risque, de dangers, bien loin de la tranquillité du lieu où prennent source ces rêves. La cabane devient alors un extraordinaire terrain de jeu pour cet enfant que l’on voit toujours seul, et qui se réfugie dans son imagination durant tout un été passé avec ses grands-parents. Se conjuguent alors l’expérience intérieure de l’enfant et le vaste monde, bien au-delà des limites du jardin familial. Très colorées, les illustrations évoquent la luxuriance de la nature, et jouent sur les perspectives. Souvent vue en contre plongée, la cabane se détache du ciel et prend des dimensions variées, minuscule ou géante, avant de s’envoler dans le ciel, portée par un nuage. Suspendue entre ciel et terre, la cabane est à la fois une base solide et fragile, comme un tremplin pour l’imaginaire, mais aussi un tremplin vers le futur, tout en portant les traces du passé incarné ici par les grands parents ( le grand père qui a appris à faire les nœuds, et le parasol de la grand père). C’est cette série d’entre-deux que cet album illustre magnifiquement.

Avec finesse, avec une pointe d’humour, avec réalisme mais aussi avec  poésie, cet album est une belle ode à l’imagination.

Quel bonheur !

Quel bonheur !
François David Jean Mallard
Motus 2021

Le bonheur est dans le pré… cours-y vite !

Par Michel Driol

Ce jour-là, la narratrice éprouve une joie particulière à voir les fleurs des champs vivantes qui lui sourient. Cette nouvelle, il faut qu’elle la dise. Mais son père, sa mère, son frère, sa grand-mère ont trop à faire pour l’écouter. C’est donc au vent, aux éléphants, ou à d’autres animaux qu’elle envisage de la dire… avant de se décider pour un chat qui colportera ce message à tous.

S’opposent ici deux univers et deux arts de vivre. Celui de la narratrice, au sein de la nature, en communion avec les fleurs, les éléments naturels, qui éprouve une sensation de bonheur qu’elle souhaite communiquer au monde entier. De l’autre celui des adultes, trop occupés, l’un avec des montagnes de choses à faire, l’autre avec un texte interminable à traduire dans des langues exotiques, l’autre enfermé dans la musique de son casque, la dernière dans son monde murée dans ses souvenirs et sa surdité.  Monde de l’enfance d’un côté, en résonnance avec toute la beauté du monde, monde adulte de l’autre avec des occupations jugées essentielles, mais qui isolent. Monde de la poésie aussi certainement. Car l’émotion éprouvée par la narratrice au début est de l’ordre de l’épiphanie des auteurs de haïkus. Et cette émotion doit être partagée avec tous… qui ne veulent pas la voir ou l’entendre. Dès lors cette volonté de partage ne peut passer que par l’imaginaire du chat à qui l’on prête les pouvoirs quasi magiques de pouvoir pénétrer l’esprit de tous. Le texte est à la fois plein de poésie, porteur d’un regard émerveillé devant la nature, mais aussi d’un regard plein de traits spirituels pour parler des adultes. Les illustrations, en grandes pleines pages de Jean Mallard, emplies de couleurs tantôt à dominante froide, tantôt très chaudes, s’accordent avec la somptuosité de ce texte à qui elles confèrent comme une dimension surréaliste dans le jeu sur les tailles, les formes, le mélange des éléments terrestre et céleste, comme un ode à l’univers entier. Il nous accompagne ainsi d’un monde du plein jour au monde de la nuit, de son silence, de ses mystères.

Un album plein de douceur et de charme, pour dire l’émerveillement de vant la nature et sa dimension hautement poétique.

La Grande Escapade

La Grande Escapade
Clémentine Sourdais
Seuil jeunesse, 2021

Là-haut sur la montagne…

Par Anne-Marie Mercier

« Livre randonnée », ce livre à découpes mérite bien son nom : nous suivons l’itinéraire d’une jeune fille, Brume, partie au matin en laissant un mot sur a table « pour dire qu’elle reviendra » : on traverse la forêt, les champs de fleurs, l’alpage, on découvre les sommets, à la fois proches et lointains, et puis on redescend, le cœur plus léger qu’à la montée : Brume s’est disputée la veille avec sa mère, et toutes deux ont fait la même chose, chacune de leur côté.

Une journée seule, à côtoyer les animaux, les plantes, à manger des myrtilles et rêver, et tout s’arrange. Pour le lecteur aussi cette promenade pleine de fraicheur est un parfait dépaysement. Les rabats, nombreux, lui font découvrir la faune et la flore, ouvrent les perspectives, déploient les nuances en pages composées en camaïeux. C’est une belle promenade, pleine de surprises.
C’est aussi une petite encyclopédie sur la montagne : on trouve en fin d’album quatre doubles pages qui reprennent en les nommant les animaux et plantes rencontrés dans l’album. Certains sont accompagnés d’un court texte explicatif.

 

L’été dernier

L’été dernier
Jihyun Kim
Seuil Jeunesse 2022

Là tout n’est qu’ordre et beauté…

Par Michel Driol

Pas de texte dans cet album, mises à part quelques lignes en fin d’album, dans lesquelles l’auteure explique avoir passé quelques jours dans un village au bord d’un lac, l’été dernier. Elle évoque alors les moments privilégiés qu’elle a passés dans la nature, et son désir de vouloir partager ce sentiment de quiétude.

Album sans texte, L’été dernier évoque une journée d’été inoubliable dans des tableaux de toute beauté, presque monochromes, sublimés par le grand format de l’album. On part d’une ville, que l’on quitte, pour arriver dans une maison à la campagne, celle des grands-parents, possiblement. Puis c’est la promenade de l’enfant seul avec son chien, dans la forêt, son bain dans le lac, seul face à l’immensité du ciel, et le retour à la maison. Cette simple promenade, d’une après-midi, terminée par la vision d’un ciel nocturne rempli d’étoile, a des vertus apaisantes.

En double page, les illustrations sont superbes, remplies de détails montrant la vie quotidienne (dans la chambre en ville du garçon), l’histoire familiale (dans les photos chez les grands-parents) mais surtout le plaisir de la liberté en pleine nature, que ce soit dans la forêt ou sous l’eau. L’album inscrit magnifiquement le temps qui passe sur une journée bien particulière – au travers de l’horloge dans la chambre de l’enfant, des ombres qui s’allongent, de la nuit qui tombe, des lumières et des étoiles.   Ce récit sans texte est construit à partir d’illustrations pleines de poésie, qui magnifient la nature  et les plaisirs du jeu, des rencontres avec les arbres tous différents à celles des poissons sous l’eau.

Un magnifique album à contempler, pour lequel les mots sont inutiles, qui semble figer le temps de vacances au sein d’une nature immuable et éternelle. Zen…