L’école des massacreurs de dragons, t. 1 (le nouvel élève)

L’école des massacreurs de dragons, t. 1 (le nouvel élève)
Kate McMullan

Gallimard (folio cadet), 2011

Désir d’école

Par Anne-Marie Mercier 

L’école des massacreurs de dragons, t. 1 (le nouvel élève).jpgDans cette série qui a eu beaucoup de succès et qui paraît maintenant en poche on retrouve plusieurs ingrédients qui ont fait le succès de nombreuses autres. Le jeune héros est martyrisé par sa famille dans lequel il joue un personnage de Cendrillon. Treizième fils, roux, il est totalement différent de ses frères et se sait destiné à un futur glorieux grâce à la prédiction d’un ménestrel de passage. Intégrer une école va lui permettre de changer sa vie.

Il y a beaucoup de loufoquerie, ce qui fait que le roman ne se prend jamais trop au sérieux. On pourrait y voir un mixage de Harry Potter réécrit par Roald Dahl, un pastiche de romans de fantasy. Cela fait une lecture drôle et distrayante, sans prétention.

Le dossier Artémis Fowl Le complexe d’Atlantis (Artémis Fowl, 7)

Le dossier Artémis Fowl
Le complexe d’Atlantis (Artémis Fowl, 7)

Eoin Colfer
traduit (anglais) par Julien Ramel
Gallimard (folio junior), 2011

Petit Vade-mecum Artémis

par Anne-Marie Mercier

Le dossier Artémis Fowl .gifCette édition en poche du volume publié en 2006 propose aux amateurs du héros de Eoin Colfer quelques éléments qui leur permettront de compléter la saga. On y trouve deux courts récits, « les FARfadets », qui retrace l’entrée de Holly dans les forces luttant contre les infractions au code de bonne conduite des êtres féeriques, et « le septième nain », qui retrace une aventure d’Artémis, voleur patenté. Ce volume propose également un alphabet gnomique, des interviews des différents personnages, un Quiz absurde, et  quelques autres renseignements fondamentaux comme les bulletins scolaires d’Artémis…

Le complexe d'atlantis (Artémis Fowl, 7).gif Peu auparavant est paru le septième tome de la série, dans lequel on retrouve le démoniaque Turnball et les ingrédients qui ont fait le succès de la série : suspense, inventivité et humour.  Le jeune héros irlandais met du désordre dans le monde de la féerie, comme d’habitude, mais surtout est lui-même en plein désordre, souffrant d’un syndrome qui produit des troubles obsessionnels, de la paranoïa, et un éclatement de la personnalité. Ce dernier point produit des situations cocasses : le double d’Artémis, Orion, est une sorte de Don Quichotte qui ne fait pas la différence entre la fiction et la « réalité ». Ce volume est annoncé comme l’avant-dernier de la série.

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer
Robert Muchamore

Traduit (anglais) par Antoine Pinchot
Casterman, 2011

Petit manuel de machiavelisme pour les enfants

Par Anne-Marie Mercier

michael gerard bauer,moby dick,timidité,persécution,école,parole,éloquence,concours,cancer,castermanLe premier tome de la série « culte » de Cherub est publié en poche… Enfin, direz-vous ? Hélas, plutôt… Bien sûr, ce sont des romans d’action bien menés ; bien sûr le jeune héros, James, petit délinquant qui ne pense qu’à jouer à la PlayStation et à regarder la télé et qui est sauvé par l’ »organisation » Cherub peut séduire certains.

Mais l’école de Cherub ressemble beaucoup à un camp d’entraînement (le titre, « 100 jours en enfer », désigne le programme d’entraînement intensif des futurs agents-espions), la discipline est menée à coup de punitions humiliantes, l’enseignement présenté comme un enseignement d’élite pour une élite (10 élèves par classe).

Enfin, sur le terrain, les jeunes gens ont une activité d’espions : mensonge, dissimulation et trahison sont leur domaine. Le seul interdit (« ne pas nuire à des innocents ») est hardiment franchi au prétexte que « on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ». La volonté d’entrer dans la complexité est intéressante, mais

Le succès de la série montre-t-il que le nouveau rêve des adolescents n’est plus d’être un hardi policier, ou sorcier, ou voleur, mais d’être un enfant soldat ? que l’école dont ils rêvent est un pensionnat-prison militaire ? ou bien est-ce juste pour se faire peur ?

Le prétexte est que ces héros eux aussi « sauvent le monde », mais au bénéfice de qui ? Dans ce premier volume c’est au bénéfice des compagnies pétrolières contre les hippies et les écologistes. Bien sûr, les uns agissent en toute légalité et les autres pas… mais si la littérature pour adolescents se met à donner la primauté au Droit contre la Justice, il y de quoi s’interroger.

Enfin, que je sache, les écologistes – fussent-ils terroristes (?) – n’ont jamais commis d’attentats sanglants. Que le livre fasse croire le contraire n’est pas innocent.

Quant à l’écriture, elle est d’une platitude sans nom.

Pour aller plus loin, lisez la chronique- coup de gueule parue sur le blog de Patrice Favaro.

Et lisez plutôt Grande école du mal et de la ruse de M. Walden (oui, les héros sont des affreux jojo délinquants, mais au moins c’est drôle) ou Jimmy Coates de Joe Craig, A comme Association de Bottero et L’Homme (surtout les deux premiers), éventuellement Spy High (série, pas excellente, mais moins inquiétante, pour ce que j’en ai vu). Et, pourquoi pas, les Langelot (Lieutenant X/ Vladimir Volkoff), romans d’espionnage pour la jeunesse bien conservateurs mais écrits avec style.

La fille de mes rêves

La fille de mes rêves
Christophe Lambert, Sam Van Steen

Soon, 2011

Second Life

par Christine Moulin

fille de mes reves.jpgNous sommes dans une société à peine futuriste, donnant même parfois l’impression que l’auteur ne tenait pas spécialement à écrire un livre d’anticipation. C’est ainsi qu’in extremis (p.271), il fait manger de petites pilules à ses personnage: clin d’oeil! Et encore laissent-elles la place à un bon couscous fumant…
C’est que tout est comme aujourd’hui dans ce roman, à ceci près que la technique en général et les jeux vidéo en particulier ont fait des progrès. On peut désormais, sous forme d’avatars, grâce à une Dreambox (et évidemment, à prix d’or, avec abonnements « ordinaire » et « Premium »!) diriger ses rêves et notamment, draguer la nuit. Cette vie nocturne suscite les mêmes interrogations que les jeux en ligne du type Second Life qui existent déjà aujourd’hui: qui est qui? Comment construire son identité en souhaitant être un autre? Comment passer du virtuel au réel? Est-ce par frustration que l’on cherche à séduire dans ce « Real Dream »? A qui confions-nous nos rêves? Jusqu’où l’appât du profit peut-il mener? Que peut-on souhaiter pour être heureux? Ces questions sont bien posées par le roman, sans rien de didactique ni de militant. Tous les personnages ont des côtés auxquels le lecteur peut s’identifier, même les « méchants », et le thème du jeu sur les identités, qui devrait plaire aux adolescents, est fouillé, repris en écho par celui de la gémellité.

L’histoire, quoique classique, embarque le lecteur: d’une part, un essaim détraque le logiciel et rend les rêves mortels. D’où, bien sûr, enquête et drames en série (la seule chose qui laisse un peu sur sa faim, c’est qu’on aurait aimé savoir d’où venait cet essaim et quelle en était la nature, au juste…) D’autre part, dans certains chapitres, le narrateur cède la parole à un lycéen, Kamel, qui cherche l’amour et revivra un schème à la Cyrano dans les méandres du virtuel. Les deux pistes, traitées avec rigueur et cohérence, se rejoindront, bien sûr.

Rien de lénifiant: la violence des rapports sociaux, la violence physique aussi, la sexualité, le cynisme font partie du décor mais ne portent jamais à la désespérance. Bref, voilà un livre qui se lit bien mais qui évite les raccourcis simplificateurs.

Le cantique des elfes

Le cantique des elfes
Myriam Chirousse

Thierry Magnier, 2011

Y a-t-il un narrateur dans le roman ?

par Christine Moulin

cantique.jpgCréditons l’auteure d’avoir voulu brouiller les repères narratifs pour donner une idée de la désorientation des personnages. Peut-être, toutefois, en a-t-elle un peu trop fait…

Résumons: nous avons donc un premier chapitre en « tu » (la comparaison avec Contre Dieu, qui repose sur le même principe est cruelle…): « tu » étant Jessica, une adolescente de quatorze ans, rêveuse et romantique, qui préfère vivre, sous les traits de Lady Kerridwen, dans un château gothique sis dans les contrées virtuelles d’Ultramonde, plutôt que dans la plate réalité de son existence, pourtant douillette, au fond; nous avons aussi un deuxième chapitre écrit à la troisième personne, du point de vue d’Helena, l’amie de « tu », personnage moins facile à cerner puisqu’au début du roman, elle apparaît comme la copine sûre d’elle qui jette son dévolu sur le beau Sébastien Moret et arrive assez facilement à « sortir avec » lui tandis que par la suite, elle semble perdue au point de tomber dans les griffes d’une secte d’amazones, dans l’Ultramonde, qu’elle fréquente également ; nous avons un troisième chapitre sous forme d’un dialogue entre Lupus Negrus, l’elfe noir inquiétant qui a envoûté Lady Kerridwen, mais ce dialogue se déroule dans la vie réelle, puisque la « jonction » a eu lieu; enfin… bon, je n’en dirai pas plus; nous avons enfin un quatrième chapitre où Tom, un lycéen surdoué mais complètement déscolarisé, s’adresse à Jessica. Ouf…

Le Secret d’ Orbae (Le voyage de Cornelius, Le Voyage de Ziyara)

Le Secret d’ Orbae (Le voyage de Cornelius, Le Voyage de Ziyara)
François Place

Casterman, 2011

Coffre à trésors

par Anne-Marie Mercier

François Place,voyage,atlas  Casterman, Anne-Marie MercierLa nouvelle œuvre de François Place, Le Secret d’Orbae, n’est pas un livre, c’est  bien plus que cela : elle propose une nouvelle forme. C’est un coffret noir d’apparence mystérieuse dans lequel on trouve deux romans illustrés accompagnés par une carte de l’univers associé aux textes, et par des images illustrant certains de leurs épisodes, placées dans un portfolio cartonné et fermé par un lien. L’objet en lui-même est très beau.
Le contenu est lui aussi d’une grande qualité. L’ensemble renvoie à l’univers bien connu de l’Atlas imaginaire de François Place., auquel les deux héros des deux romans  appartiennent : Cornelius, l’homme du Nord, et Ziyara de Gandaa.

Le voyage de Cornelius imite les anciens récits de voyages ; le narrateur est un marchand et ses aventures sont reliées à sa quête d’un objet précieux – ici une étoffe, la « toile à nuage ». Plus que marchand, le protagoniste est un rêveur qui court après un idéal, recherche le défi et que l’amour même ne suffit pas à contenter.  La « toile à nuage » s’avère  proche de l’« étoffe dont sont faits les rêves » chère à William Shakespeare.
La quête de Cornelius lui fait sillonner le monde pour le plus grand bonheur du lecteur, qui retrouve les belles inventions de l’Atlas des géographes d’Orbae. De nombreuses rencontres, des dangers, des découvertes de civilisations étranges, tout cela rend le récit poétique et passionnant. Dans son périple il rencontre Ziyara ; il en tombe amoureux, mais la quitte cependant pour continuer sa quête.

Le deuxième roman, Le Voyage de Ziyara,  présente donc l’histoire de cette dernière, de sa naissance à sa nomination comme Grand Amiral, de sa gloire à son bannissement, de la rencontre avec Cornelius à sa recherche, au terme de sa disparition. Si les aventures de Cornelius sont essentiellement terrestres, celles de Ziyara sont essentiellement maritimes.
Ce roman est sans doute un peu moins réussi que celui de Cornelius et son intrigue plus décousue, pour deux raisons : le personnage principal en est moins complexe, et son moteur est la fuite, davantage que la quête. Néanmoins,  lire la même histoire racontée selon deux points de vue est très appréciable : l’un est masculin et l’autre féminin, l’un est terrestre et commercial, l’autre maritime et guerrier. Je conseille fortement de commencer par le voyage de Cornelius, cette première approche donnant à la seconde une ossature qui lui manque sans cela.

Les illustrations sont dans le style bien connu de François Place, tel qu’il s’est révélé dans l’Atlas : souvent proches de la miniature, d’une extrême précision avec des tonalités de coloris variées et toujours significatives, que ce soit sur un mode réaliste ou symbolique. Voir ces dessins en grand format dans les planches proposées par le portfolio est un plaisir nouveau. S’ils illustrent les épisodes des deux romans, ils donnent bien plus à voir encore. La lecture procède par va-et-vient entre les romans et les images, cartes ou illustrations : nouveau mode de parcours pour un nouvel objet, libre et foisonnant.

Cyclones: Six vertiges identitaires

Cyclones
Karim Berrouka, Bruno Leray, Philippe Aureille

Organic éditions ( Petite bulle d’univers n°7), 2011

Six vertiges identitaires

par Anne-Marie Mercier

karim berrouka,bruno leray,philippe aureille,folie,clone,identité,organic éditions ( petite bulle d’univers),anne-marie mercier  Cette nouvelle « nouvelle graphique » combine les qualités des précédentes « Petites bulles d’univers » d’Organic éditions : beau papier, mise en page originale et soignée, illustrations, ou plutôt peintures, superbes qui rapprochent ces beaux objets du livre d’artiste, textes courts mais denses. Comme les précédentes, elle s’inscrit dans un registre fantastique, ici très cohérent et très inquiétant.

On ne saura pas si Georges a réellement été le cobaye d’une expérience ou s’il est atteint de folie mais à chaque étape (il y en a six, comme autant de chapitres) Georges affronte ses doubles, ses  cinq clones (d’où le titre « cyclones ») et tente de s’en débarrasser, tantôt par la ruse, tantôt par la violence, développant dans chacune des tentatives des ressources logiques imparables. Chaque jour, à six heures du matin, Georges s’éveille pour une nouvelle aventure avec l’aide d’une âme soeur, chacune semblant le clone de l’autre, et chaque jour à six heures du soir, Georges est multiplié en six fois lui-même, doté d’un « super pouvoir à la con », tantôt divin tantôt amoureux, tantôt puissant, tantôt bien empêtré.

Le texte de Karim Berrouka s’inscrit face aux peintures de Bruno Leray, saisissantes, souvent angoissantes.  Pour tenter de les décrire, disons qu’elle s’approchent de variations sur « Le cri » de Munch qui aurait été traitées par un pinceau inspiré aussi bien par Bacon que par Rebeyrolle. L’ensemble alterne noirceur et couleurs, comme le texte passe du lyrique à l’humoristique en passant par le récit fantastique, frénétique ou policier.

Silence, on irradie

Silence, on irradie
Christophe Léon
Ed.  Thierry Magnier 2009

Terreur nucléaire

par Maryse Vuillermet

Le héros, Sven, un jeune garçon,  habite près d’une centrale nucléaire. Ses deux parents comme tous les gens du village y travaillent et sont en mauvaise santé. Lui, se baigne dans le lac et perd ses cheveux.
Un jour, une explosion anéantit la centrale et tous les villages alentour, les forêts, toute la nature. Sven survit et se cache. Il ne veut pas se rendre aux nettoyeurs qui l’effraient.  Il cherche sa petite sœur, la trouve dans une cave où elle a pu se mettre à l’abri et rencontre d’autres rescapés, enfants ou jeunes amoureux. Ensemble, ils survivent et se déplacent dans le no mans’ land.  Au-dessus, les hélicoptères de l’armée tournent, pour les sauver ou les éliminer ?
Entre horreur absolue et entraide, entre catastrophe totale et raison d’Etat, l’enfance et  la jeunesse, l’amour et la volonté de ne pas perdre un être cher, la fantaisie et l’innocence des jeunes rêveurs résistent un instant. Mais la fin ne laisse aucun espoir.
A ne pas mettre entre les  mains de jeunes angoissés !

Totale angoisse

Totale angoisse
Brigitte Aubert                                                                                        
Thierry Magnier (« Nouvelles ») 2009

Récits très noirs

par Maryse Vuillermet

Brigitte Aubert ne prend pas les jeunes  pour des enfants de chœur. Dans ces récits très noirs, les enfants sont victimes de tueurs, de passeurs malhonnêtes, d’accidents de la route, de psychopathes, de malades mentaux, de jardiniers pervers armés de grandes cisailles. Parfois, ils en réchappent  mais pas grâce aux adultes, grâce à d’autres enfants ou jeunes de leur âge. L’un d’eux s’en sort parce qu’il est loup-garou, adolescent. Le monde décrit par l’auteur est violent, d’une cruauté rare, et désespéré, plein de guerres, de fin du monde programmée… La seule fenêtre est l’humour, la fantaisie.  Mais c’est un humour assez macabre et délirant ; par exemple,  dans la nouvelle un conte défait, qui décrit un institut de réinsertion pour personnages de contes pour enfants, la Petite Sirène (en fauteuil roulant pour cacher sa queue de poisson)  et Pinocchio se rencontrent lors d’un casse de banque et deviennent amis pour travailler dans la  parade d’Euro Disney.  Les contes pour enfants sont-ils définitivement remisés aux oubliettes, remplacés ou recyclés par les nouvelles noires.  Brr !

Collection Mini Syros Soon

Collection Mini Syros Soon
Syros, 2010
Petite SF

par Anne-Marie Mercier

Les éditions Syros proposent une collection de petits (mini) récits d’anticipation sous le mot anglais « soon », bientôt. Trente à quarante pages très aérées, un format de nouvelle plutôt que de roman, un petit prix (2, 95 €) et des thématiques variées, il y en a pour tous les goûts : les mutants (A la poursuite des Humutes, L’enfaon), les robots (Robots mais pas trop), les manipulations génétiques (L’enfant satellite), les découvertes spatiales (Le très grand vaisseau), etc.