L’Arbre à confiture

L’Arbre à confiture
Komako SakaÏ (ill.), Mutsumi Ishii
L’école des loisirs, 2015

Pommier d’enfance

Par Anne-Marie Mercier

L’Arbre à confitureL’argument est minimal : Blanche, lapine d’un seul printemps, est fascinée par la confiture de pomme et veut en goûter sur l’arbre : mais comment lutter avec l’impatience ? Sortir de la maison sans en être empêchée ? quelle partie de l’arbre fournit la chose délicieuse ?

Le texte comme l’image donnent à cette historiette une profondeur métaphysique : c’est merveilleux, délicat ; les illustrations au pastel sont superbement rendues : bravo à l’éditeur imprimeur comme aux artistes !

L’enfant et la baleine

L’Enfant et la baleine
Benji Davies (texte et illustrations).
Traduit (français) par Mim
Milan, 2013.

 

Par Bérengère Avril-Chapuis

l-enfant-et-la-baleineDes illustrations magnifiques dans lesquelles la couleur fait ligne – et quelle ligne… elle vibre, dans de délicats camaïeux, la plupart du temps sur les deux pages déployées : cet album est un voyage où tournant les pages vous sentirez l’air marin passer sur votre visage.

Noé ( ! ) vit seul avec son père – et leurs six chats – au bord de la mer.

Le père travaille beaucoup. Il est pêcheur.

Noé reste seul en compagnie des chats.

Noé se tait – il n’a pas de bouche, et son père n’est pas là.

Mais voilà qu’une nuit une grosse tempête rugit.

Au matin toujours seul Noé se promenant fait une étrange rencontre sur la plage… celle d’un baleineau échoué. Le petit garçon décide de le secourir. Mais que dira son père ?

Du chant des solitudes tues à celui des baleines au large, c’est un album plein de pudeur – de celles qui peuvent exister entre un homme et son fils – et de poésie qui s’ouvre là, jusque dans les pages de garde oniriques et profondes.

Prix jeunes lecteurs du Nord Isère 2014-2015.

Les Plus Belles Histoires pour l’école maternelle

Les Plus Belles Histoires pour l’école maternelle
Collectif
Gallimard jeunesse, 2014

 Par Yann Leblanc

lesplusbelleshisotirepourl'EMCe ne sont peut-être pas les plus belles (certainement pas, d’ailleurs) mais elles sont effectivement centrées sur l’école maternelle : dans une collection (le trésor de l’heure des histoires) de 15 volumes on peut imaginer qu’il y aura de l’excellent et du moins bon, enfin, pour tous les goûts.

Effectivement, il y a de tout : une histoire de l’âne Trotro (celle où il va à l’école évidemment), celle de « Timioche, le poisson qui racontait des histoires » (à l’école), une belle histoire d’ami imaginaire (qui empêche de se faire des amis à l’école) d’Anne-Gaëlle Balpe et Natalie Choux, des pages sur les apprentissages, des chansons, des exercices de gym, etc. De tout, c’est bien aussi, et ça rassure en répondant à quelques angoisses  : que se passe-t-il si on ne connaît personne à la rentrée ? comment se faire des amis et les garder ? qu’est-ce qu’une maîtresse ?

Liste (dans le désordre:

Timioche, Julia Donaldson et Axel Scheffler
La rentrée des animaux, Samir Senoussi et Henri Fellner
Pénélope connaît les couleurs, Anne Gutman et Georg Hallensleben
Timothée va à l’école, Rosemary Wells
La Reine Maîtresse-Maîtresse, Alex Sanders
Je veux un ami !, Tony Ross
La belle lisse poire du Prince de Motordu, Pef
Où est le petit chien ?, Mathew Price et Qin Leng
Gruffalo, Les contraires, Julia Donaldson et Axel Scheffler
S.M.A.C.K., de Colin McNaughton
De vrais amis, Anne-Gaëlle Balpe et Nathalie Choux
Trotro, Bénédicte Guettier
Juliette s ‘inquiète, Kevin Henkes
L’école maternelle, Charlotte Roederer
Je vais à l’école !, Delphine Gravier-Badreddine et Charlotte Roederer
À la cantine, Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, Frédérick Mansot
En sortant de l’école, Jacques Prévert et Jacqueline Duhême
L’école des poètes, extraits, illustré par Jacqueline Duhême et Monique Félix
Mes comptines de l’école maternelle, illustré par Charlotte Roederer
Le pilates pour les petits, extrait, Rida Ouerghi et Elsa Fouquier.

Hansel le gourmand et Gretel la courageuse

Hansel le gourmand et Gretel la courageuse
Librement adapté des frères Grimm
Kimiko, Margaux Duroux
L’école des loisirs (Loulou et cie), 2014-12-16

Grimm au sucre

Par Anne-Marie Mercier

 

Parlons d’abHansel le gourmandord image, car c’est le côté séduisant de cet album : les personnages sont représentés par de petites figurines représentant des animaux anthropomorphes. Les photos sont lumineuses, et mettent en valeur le brillant et l’acidulé des bonbons, sucres d’orge, berlingots… Ces bonbons sont partout, très attirants, contrairement à ce qui se passe dans le conte où l’horreur de la situation des deux héros leur fait oublier ce qui les a piégés.

Tout est sucré dans cet album : le frère et la sœur ne sont pas abandonnés mais se sont perdus ; Gretel ne jette pas la sorcière dans le four, mais lui vole la clef de la cage où est retenu Hansel… Quant au titre, qui veut mettre l’héroïne en valeur, pourquoi pas, mais pourquoi tout dire à l’avance ?

Est-ce bien nécessaire aussi de proposer un classique de l’enfance déformé et dévitalisé ? Le charme de cette histoire, c’est son horreur : autant raconter autre chose si on veut s’adresser à de jeunes enfants sans leur faire peur.

 

Goélands et salicornes

Goélands et salicornes
Nicolette Humbert

La Joie de lire (tout-petits photos), 2014

 Sur la plage abandonnée…

Par Anne-Marie Mercier

goelands_salicorne_RVB_c_500Il y a de plus en plus d’ « imagiers » cartonnés sous la forme de recueils de photos, et c’est heureux. Ici, l’exploration proposée est celle d’une plage et de ses alentours, des plans larges aux plans rapprochés : plage, falaise, phare… puis phoque, crabe, galets… en passant par les balanes, patelles et salicornes : autant dire que les adultes eux-mêmes apprendront quelque chose.

Ils apprendront également, avec les tout petits, à regarder de près les animaux aquatiques (l’œil vif et méfiant du crabe), les plantes (la flottaison paresseuse de l’algue), et à s’émerveiller devant la qualité de ces photos et de leur reproduction : comme pour les grands !

Et dans deux jours, un autre imagier, encore meilleur…

À la sieste !

À la sieste !
Iris de Mouy
L’école des loisirs (Loulou et cie), 2013

Pour ne plus compter « bêtement » les moutons

 Par Anne-Marie Mercier

a-la-siesteÀ l’injonction portée par le titre de l’album et énoncée par une petite fille qui ressemble à Mimi Cracra, chaque page – ou double page pour certains – répond par la voix d’un animal, chaque fois différent : « Non. » Et tout cela avec différents arguments très savoureux et adaptés parfois à la forme ou au caractère de l’animal : la girafe se trouve trop grande pour cela, l’éléphant est trop costaud, l’autruche se cache, la hyène ricane… Jusqu’à l’injonction finale donnée par la petite fille… à laquelle tous obéissent, bien évidemment.

Grâce à cet album au format allongé et cartonné, au dessin minimaliste, au lieu de compter les moutons, les petits dormeurs pourront énumérer les animaux et les raisons ; ils pourront en rire, et peut-être fermer un œil, et puis l’autre… A moins qu’ils ne veuillent revoir les illustrations stylisées, tout à la fois sobres et colorées.

Toc toc toc

Toc toc toc
Anne Herbauts

Casterman (les albums), 2011

Anne Herbauts pour tout petits : la poésie à portée de pensée

par Sophie Genin

toctoctocCet album cartonné en forme de maison invite les très jeunes lecteurs à découvrir ce qui se cache derrière les portes : le quotidien mais vu à travers la poésie dont fait toujours preuve Anne Herbauts. En effet, des dessins mais aussi des collages se font suite, faisant appel non pas aux souvenirs mais à l’imagination de l’enfant qui va tour à tour croiser des paires de chaussures mais ne serait-ce pas une araignée, là dans le coin ?

Viendront ensuite de nouveaux rangements : tous les outils utiles pour faire le ménage mais oh ! Une mouche !, une coccinelle sur la porte du frigo et, derrière, les aliments rangés sur leurs étagères, des canards peints sur un bol dans le vaisselier, un chat caché dans des bouts de tissus et autres dentelles et, là, une souris !

La fin, ouverte, comme le reste de l’ouvrage, presque sans texte, à part la ritournelle « tot toc toc » appelant à tourner des portes visuellement très variées, présente un papillon qui s’envole, la porte se transformant tout à coup en fenêtre, comme une invitation à un nouvel inventaire, une nouvelle aventure, mais au-dehors cette fois-ci !

J’y vais !

J’y vais !
Matthieu Maudet
L’Ecole des loisirs (loulou et compagnie), 2011

Humour très efficace pour les plus jeunes

par Sophie Genin

Jy vaisUn petit livre cartonné présente sur la couverture un oiseau harnaché : parapluie, lampe de poche, livre et casquette. Il est décidé et toute sa famille lui remet l’un de ces objets au cas où. Mais où va-t-il ? Pour le savoir, il vous faudra lire la chute de cet album à structure répétitive, chute rigolote et adaptée au jeune âge du lecteur.

Plus grand que toi

Plus grand que toi
Orit Bergman
Rouergue, 2013

Du droit d’ainesse chez les tout petits

Par Dominique Perrin

plus gPiou est un tout jeune et tout petit oiseau, doté par sa créatrice d’un caractère affirmé. Toto est un éléphanteau aussi potelé que conciliant, d’une taille déjà considérable. La vie du premier, sort décisif ( !), compte trois jours de plus que celle du second. L’album décline  diverses situations où le minuscule oiseau impose son « droit d’ainesse » à un camarade de jeu qui, de fait, ne maitrise pas bien la portée de ses gestes.
Quand la coupe est pleine, heureusement, le jeune éléphant parvient non sans élégance à renverser un peu l’ordre établi par son compagnon obsédé de hiérarchie : récit percutant qui offre aux tout petits la possibilité d’ajuster par l’humour le principe de leurs interactions.

Girafe

Girafe
Jean Gourounas
Rouergue, 2013

Comment devenir girafe ?

Par Christine Bernard, MESFC Saint-Etienne

girafeLa parution de Girafe, suite de l’album Mille pattes, marque les vingt ans du département jeunesse de la maison d’édition du Rouergue.

L’auteur stéphanois, qui en signe le texte et les illustrations, parvient à créer une ambiance ludique pour traiter le thème du schéma corporel. Cette question s’avère dominante chez les lecteurs auxquels le livre est d’abord destiné, les enfants de deux ans. Pour cela Jean Gourounas utilise judicieusement des procédés graphiques primaires : formes géométriques, couleurs vives, aspect sérigraphié à l’effet enfantin. En outre, l’association des couleurs, des formes et des dialogues facilite la compréhension du jeune lecteur. La personnification des formes géométriques ne déstabilise en rien le jeune lecteur mais l’emporte dans l’imaginaire. Ainsi, les dialogues de la forêt représentée par un triangle vert, sont écrits en vert. Enfin, la phrase : « ça alors ! » en gros caractères et occupant une demi-page, ponctue et divise en trois parties distinctes le texte simple.

Le lecteur prendra plaisir à observer l’évolution du puzzle de la girafe géométrique. D’abord en pièces détachées, puis raté, il se construit, se déconstruit et se reconstruit tour à tour en bonhomme et en maison. Il est ainsi possible d’intervenir sur la construction de son propre corps par des tâtonnements symboliques de l’apprentissage.

Au delà, il est aussi envisageable de lire cet album avec des enfants plus âgés, pour aborder la question de la construction de la personnalité, au cours de laquelle on s’identifie souvent à d’autres personnes. Jean Gourounas parvient donc à produire un album très réussi, complet, gai, lisible et offrant une lecture à plusieurs niveaux.