Voici un oeuf

Voici un œuf
Cédric Ramadier & Vincent Bourgeau
L’école des loisirs (loulou & cie), 2013

Un album en jaune et blanc (et orange…)

Par Michel Driol

voiciunoeufUn album cartonné, donc apriori destiné aux plus petits.
Qui est le premier, de l’œuf ou de la poule ? Ici, c’est l’œuf qui va se métamorphoser, de façon amusante, en poule, après plusieurs essais d’ajouts successifs (queue de dragon, ailes de vautour…) avant que la poule ne ponde un œuf… et l’histoire est prête à recommencer.
Un album « minimaliste » : un texte bref et efficace, qui semble donner des ordres au graphisme (Ajoutez une queue… Oh non, pas celle-là), et un graphisme épuré (fond de terre orange foncé, fond de ciel orange clair se répétant de page en page, sur lesquels change l’œuf, presque à la façon d’un flip book, ).
Un album sympathique, qui permettra aux plus jeunes de retrouver des figures connues (le cochon, le paon grâce  à leurs attributs), et de jouer à une histoire sans fin, celle de la vie.

Ligne 135

Ligne 135
Germano Zullo, Albertine
La Joie de lire, 2013

Espace-temps

Par Anne-Marie Mercier

Ligne 135L’espace, le temps, deux notions à la fois normées relatives, sont explorés dans cet album avec beaucoup de simplicité et de richesse. Une enfant voyage en monorail (japonais) entre le lieu où elle habite, la ville, et celui où réside sa grand-mère, la campagne. C’est un voyage.

Le paysage s’étire sur un format très allongé, tracé à la plume ; seul le train est coloré et il l’est avec des couleurs qui claquent : jaune fluo, orange, vert. II montre divers états de la ville, de la zone, de la vraie et de la fausse campagne ; des architectures réalistes ou biscornues, des animaux étranges, jalonnent un parcours qui frise parfois l’impossible. Le texte évoque les discours des adultes sur le monde qui serait trop vaste pour un enfant, sur le temps qui s’écoulerait de plus en plus vite, sur la vie insaisissable…

A quoi l’enfant répond par la puissance du désir et de l’imaginaire.

14-18. Une minute de silence

14-18. Une minute de silence pour nos arrière-grands-pères courageux
Dedieu
Seuil, 2014

Indicible – visible ?

Par Anne-Marie Mercier

14-18Les albums peuvent être supports de textes mais aussi de silences, c’est ce que prouve admirablement cet album de Dedieu dédié à la « grande guerre ». Une première phrase l’ouvre, d’une écriture tremblée : « Hélas ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis ». Une lettre le clôt, la réponse d’Adéle à son mari, d’une écriture serrée,  souple et élégante, pliée en quatre dans une petite enveloppe collée sur la troisième de couverture. Entre les deux, un album sans texte ni narration, en très grand format – on ne s’en « saisit » pas facilement, au propre comme au figuré – des images au pastel sépia, dont le contour blanc imite ceux de la photographie ancienne. On est de fait dans un entre-deux, mi documentaire mi-artistique.

Ces doubles pages montrent l’horreur de la guerre, la fuite des humains et des animaux, la destruction générale, un monde sens dessus dessous. Pas de récit qui mette à distance, pas de mots qui permettent une prise. Pas d’humanité autre que fracassée, jusqu’à la lettre finale qu’on n’ouvrira peut-être pas. Des portraits crayonnés et de la photo rassurante du poilu  souriant  du début jusqu’aux aux portraits cauchemardesques de « gueules cassées » de la fin, en passant par le gros plan d’un pou, ou des images d’assaut et de blessures à mort, l’album réussit le pari de décrire l’indicible, un peu à la façon des encres de Goya, « les désastres de la guerre ». Autant dire que ce spectacle fait violence au regardeur.

La lettre de la fin complète ce tableau avec les difficultés des familles qui voient revenir les blessés, font face au quotidien, aux travaux des champs devenus encore plus difficile sans la présence des hommes, attendent le retour des aimés, en espérant qu’ils feront partie des chanceux. Oui, il leur a fallu du courage, aux hommes et aux femmes qui ont vécu ce long temps de guerre. Et au lecteur, il en faudra aussi un peu…

Autant le dire nettement, au risque de fâcher certains: il ne semble pas pertinent de proposer cet album (et, si on y tient, surtout pas sans précautions) à de  jeunes lecteurs et même à des lecteurs pas forcément jeunes qui n’auraient pas envie d’affronter certaines images. Il est superbe, vrai. Justement. C’est une oeuvre d’artiste, qui dit bien quelle place l’album pourrait tenir aussi chez les moins jeunes : montrer ce que les mots peinent à dire, interroger sur le pouvoir des images et connaître ce que chacun peut/veut voir et savoir, faire oeuvre.

 

 

 

Nina Volkovitch (vol. 1 : la lignée)

Nina Volkovitch (vol. 1 : la lignée)
Carol Trébor
Gulf Stream, 2012

Série russe

Par Anne-Marie Mercier

Si l’extérieur (superbe couverture, avec effets de brillance et de reliefs discrets) est original, l’intérieur dans un premier temps déçoit : une orpheline (ou presque), un héritage de supers pouvoirs qu’elle découvre peu à peu, des rencontres et de belles solidarité avec des enfants des rues… Tout cela n’est pas très nouveau, mais Carol Trébor a choisi un cadre original (la Russie stalinienne) et un ton qui n’exclut pas la gravité et la dureté (une scène de viol elliptique mais désignée comme telle). Tout cela sur fond d’anti stalinisme ou anti jdanovisme si l’on veut être plus exact, la question de la place l’art étant présentée comme centrale

Le récit met un peu de temps à s’installer, avec une technique de points de vue un peu flottante, mais une fois lancée, l’intrigue part vite, comme l’héroïne qui court tout au long des dernières pages : jusqu’où ira-t-elle ?

De Flaubert à Zola

De Flaubert à Zola. 15 extraits pour découvrir la littérature du XIXe siècle
Michel Laporte
Flammarion, 2012

Découverte ou approfondissement ?

Par Anne-Marie Mercier

deflaubertazolaToute anthologie a ses mérites, mais c’est encore plus vrai lorsqu’elle annonce son propos. Ici, le titre est trompeur (comme dans une anthologie de fantasy, de la même collection, chroniquée auparavant). Il ne s’agit pas tant de découvrir la littérature du 19e siècle (et où serait le théâtre ?) que d’éclairer quelques pans de l’histoire sociale du temps à travers des romans, un texte utopique et un extrait de L’Année terrible de Hugo. La division en chapitres le dit assez clairement : « enfances » (avec un texte d’auteures aujourd’hui peu connues, Marguerite Audoux et la baronne Staffe, « la vie de famille » (représentée curieusement par la scène du mariage de Madame Bovary), « vivre au jour le jour » (travailler, manger, consommer à travers des textes de Zola), « regards sur l’histoire » (essentiellement la deuxième moitié du 19e siècle : la défaite de 1870, et ce qui suivit, le colonialisme, avec un choix original et bien trouvé, un texte des Vacances de la Comtesse de Ségur), et enfin le progrès avec Bouvard et Pécuchet et L’Ile à hélice de Jules Verne.

Les textes sont tous intéressants, mais pas forcément immédiatement en tant qu’extraits pour des collégiens ou des lycéens. On imagine plutôt qu’ils peuvent être une source de textes complémentaires pour des enseignants qui voudraient ouvrir leurs cours sur lune perspective d’histoire littéraire du temps.

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces

Mathieu Hidalf et le sortilège de ronces
Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse, 2012

Belle confirmation

Par Matthieu Freyheit

MatthieuhidalfroncesDans le deuxième volume de la série, Christophe Mauri engageait une première modification du personnage qui cessait d’être ce monstre d’égoïsme du premier opus pour s’ouvrir à l’acceptation des autres. Dans ce troisième volet, l’auteur confirme cette évolution du héros qui, tout en conservant (aux yeux des autres surtout) son caractère « légendaire » (on préfère « insupportable »), devient aux yeux du lecteur un adolescent complexe, parfois même intéressant. N’en déplaise par ailleurs aux titres très J.-K.-rowlingiens de la série, le personnage de Mathieu Hidalf n’a pas grand-chose de l’ennuyeux Harry Potter, et tient parfois davantage de l’insupportable (lui aussi, d’où la liaison) Naruto, du manga de Masashi Kishimoto, avec qui il partage le même objectif : devenir le plus célèbre des combattants d’élite. Cependant, le bon cœur de Naruto est remplacé ici par le malin génie de Mathieu Hidalf. Pourtant, pourtant ! le plaisir du lecteur naît cette fois, précisément, du bon vieux principe de l’arroseur arrosé : Mathieu Hidalf battu à son propre jeu, pris à ses propres pièges, le tout dans une intrigue rondement menée et, il faut bien l’avouer, passionnante. Christophe Mauri n’écrit pas sans humour, et les revers de son personnage ne peuvent que nous ravir.

Voila, en peu de mots, de quoi il s’agit. Les lecteurs du premier volume se souviennent que Mathieu Hidalf est parvenu à faire épouser au roi, contre son propre désir, une vieille sorcière. Le Gand Busier (c’est comme ça qu’on l’appelle) voit enfin venir l’heure de se venger : il profite, avec Hidalf père, d’une conférence de presse donnée par Mathieu pour le piéger et annoncer son mariage avec son ennemie jurée : Marie-Marie du Château Boisé. S’ensuit une fuite non pas en Egypte mais dans l’enceinte de l’école des Élitiens, dans laquelle Mathieu a été accepté au cours du deuxième opus. Dès lors tout s’enchaîne et l’on retrouve avec bonheur des personnages secondaires riches et finement travaillés par un auteur qui a l’intelligence de ne pas tout miser sur son héros.

La série de Christophe Mauri, en somme, évolue significativement, tant dans l’avancée de ses aventures que dans la construction de ses personnages. Aucun n’est oublié, et quelques détails préparent d’ores et déjà le terrain d’une suite que l’auteur, dans son talent, sait nous faire attendre. Bien joué !

 

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo

Les Otages du dieu dragon, t. 1 : Yakusa gokudo
Michael Honacker
Flammarion, 2013

 Le Yakusa courtois

Par Anne-Marie Mercier

yakusaVoilà Michael Honacker embarqué dans une histoire de Yakusa. Mais comme à son habitude, il complexifie un peu le genre : il ne s’agit pas d’une simple histoire de gangster, même pimentée d’un code de l’honneur à la sauce japonaise, même avec la mention de « gokudo » qui évoque un manga et dessin animé célèbre.

Lorsque Saburo, jeune yakusa prometteur, rencontre une jeune fille sortie de l’eau du port de Kishiwada ; il la prend pour la déesse des eaux dont il porte le visage tatoué sur l’épaule, celle dont il aimait l’histoire que lui racontait sa mère. Pour cette jeune fille mystérieuse, amnésique et aphasique, il défie les règles de son clan, met en danger sa mère et lui-même. C’est comme d’habitude bien enlevé, plein de mystères et doté d’une certaine poésie. C’est aussi le début d’une série entre aventures et espionnage : on devine que les otages du dieu dragon (des enfants japonais enlevés par les Coréens du nord) seront nombreux.

Glow (Mission nouvelle terre, t. 1)

Glow (Mission nouvelle terre, t. 1)
Amy Kathleen Ryan
Traduit (Etats-Unis) par Alice Delarbre
Le Masque (Msk), 2012

Moissons intergalactiques

Par Anne-Marie Mercier

glowLes éditions du Masque proposent de belles surprises en littérature pour adolescents. La série de la Grande Ecole du mal et de la ruse de Mark Walden offrait déjà une alternative de qualité aux consternants volumes de la série Cherub. Cette nouvelle série, présentée comme destinée aux amateurs de Hunger games (et en fait sans rapport avec cette série), ne manque pas d’éléments originaux et même surprenants, tout en maniant avec habileté tous les ressorts du suspens.

Dès la première page, on se trouve confronté à un univers peu conventionnel, mêlant voyage intergalactique et moissons dans un champ de blé. La première surprise passée, on comprend qu’on est embarqué avec les héros pour un long voyage dans des astronefs géants qui reproduisent la vie sur terre, une vie essentiellement agricole, afin de maintenir un cadre de vie et de ressources naturelles qui puisse être transplanté sur une autre planète.

Le héros est beau, il est destiné à un bel avenir (pilote en chef après le pilote en chef du moment), l’héroïne est très convoitée mais est destinée au héros (jusqu’ici, rien que de très banal). La société semble parfaite et fraternelle. L’avenir est radieux, l’ancienne terre est devenue un enfer qu’on a fui.

Mais très vite cette belle utopie déraille : la question de la reproduction apparaît comme centrale et sur ce vaisseau comme sur celui qui les attaque, on cherche à faire en sorte que des enfants naissent le plus vite possible. Les attaquants de l’autre vaisseau tuent la plupart des adultes et enlèvent toutes les filles, les adultes survivants se lancent à leur poursuite. L’histoire se déroule en deux récits parallèles, avec les deux héros séparés comme narrateurs. Dans le premier vaisseau, Kieran affronte une guerre d’ados pire que celle qui hante Sa Majesté des mouches, tandis que Waverly se retrouve dans une communauté sectaire guidée par une femme pasteur hypocrite et sans scrupules…  Autant dire que cela va très mal jusqu’à ce chacun arrive à redresser un peu la situation et que les filles puissent rejoindre le vaisseau de leurs frères et amis. Mais Kieran est lui-même devenu un chef de secte très inquiétant, et son seul opposant est le diabolique Seth, prédestiné au mal par ses origines et son prénom.

On retrouve des éléments de la colonisation de l’Amérique par les puritains, un rapport ambivalent à la ferveur religieuse, et une interrogation assez forte sur la possibilité de relations humaines fraternelles et solidaires : si le Bien semble triompher, c’est après avoir fortement vacillé et pour prendre ensuite à son tout un visage inquiétant… paranoïa garantie. A suivre, donc…

Mon Arbre à secrets

Mon Arbre à secrets
Olivier Ka et Martine Perrin
(Les grandes personnes), 2013

Trésors cachés

Par Anne-Marie Mercier

Mon Arbre à secretsPour les retardataires, ceux qui se diraient le 24 décembre à 15h : « nom d’un Père Noël ! qu’offrir à telle personne de 7 à 107 ans, que je vois ce soir/demain ? »

Réponse de Li&je : une autre petite merveille des éditions (Les grandes personnes), ce petit livre cartonné aux pages tantôt en fort papier tantôt en calque, tantôt en une seule dimension, tantôt en pop up bruissant, ou avec des tirettes, une merveille d’animation.

Quant au contenu, c’est de la poésie simple et pure : un arbre, un enfant, des secrets et tout ce que l’on peut mettre autour, oiseaux et mots. Jeu d’emboitements, dMon Arbre à secrets2e rabats : le secret n’est-il pas ce que l’on range précieusement et voile et dévoile ? A savourer…

Allez, c’est jour de fête, je mets une deuxième image. Et « bon solstice! » comme dirait Dominique !

Costumes

Costumes
Joëlle Jolivet

Les grandes personnes, 2013

Petite leçon d’ethnologie pour petits et grands en grand format

Par Anne-Marie Mercier

costumesCet ouvrage avait été publié en 2007 par les regrettées éditions Panama (à l’origine des actuelles Grandes personnes) et il avait été remarqué à cette époque où il avait surpris par sa beauté et son inventivité. Le très grand format de l’album qui le rapproche des encyclopédies à planches d’autrefois et la jaquette superbe, très colorée sur fond blanc, attirent. L’intérieur propose à la fois un album documentaire, un traité d’anthropologie et un espace de jeu.

Les vêtements, coiffures, armes et chaussures, etc. de tous les pays, de toutes les classes sociales, pour toutes sortes d’activités (guerre, sport, spectacle, mariages…) et de tous les temps sont accumulés sur chaque double page, en dessins cernés au trait noir et colorés à la gouache (l’ouvrage est réalisé en linogravure, et a la beauté de planches du début du siècle) ; les légendes, sont discrètes et quasi invisibles, laissant le plaisir de la découverte dominer, avant que celui de l’enquête surgisse. Certaines pages comportent des rabats découpés qui permettent de voir ce qu’il y a sous les vêtements (en général, une autre couche de vêtements…) et comment certains vêtements s’imbriquent. Cela montre toute l’ingéniosité déployée par les êtres humains pour se couvrir et se distinguer.

En fin d’ouvrage, quelques pages très bien faites font le point sur le rôle du vêtement, les jupes pour les hommes et pantalons pour les femmes, sur l’antiquité de la tong, le port du voile (ici, un discours un peu curieux qui semble ignorer son retour…), la couleur des mariées, les vêtements de métiers… Tout un monde en (belles) images. Un superbe objet pour rêver, dessiner, explorer.