Ecoute les bruits de

Ecoute les bruits de… (la basse-cour, la nuit, les pirates, la rivière)
Delphine Gravier-Badreddine, G. Houbre, P. de GHugo, S. Peyrols, P.-M. Valat, H. Galeron, L. Bour, D. Moignot,…
Gallimard jeunesse (mes premières découvertes sonores ), 2013

Les bruits: habits neuf pour une collection classique

Par Anne-Marie Mercier

Premieres-Decouvertes-sonoresLa collection « mes premières découvertes » reste une collection phare pour les documentaires et a initié avec cette nouvelle série une approche originale du savoir, qui passe à la fois par l’image (et il y a du beau monde parmi les illustrateurs et illustratrices choisis !) et par les sons. Si certaines « illustrations sonores sont parfois un peu anecdotiques et relèvent davantage d’un effet de mode que d’une volonté d’instruire, d’autres sont de vrais véhicules de connaissance, reproduisant des cris d’animaux ou des bruits de la nature peu faciles à identifier.

Longue vie à la série des premières découvertes sonores, une collection qui « fait du bruit » comme l’indique judicieusement la fiche de presse. !

Alice Crane. Les Corbusards (Tome I)

Alice Crane. Les Corbusards (Tome I)
Naïma M. Zimmermann

Seuil, 2014

Fantasy urbaine

Par Matthieu Freyheit

alicecrane_corbusardsCorbusards. Un mot-valise qui sonne plutôt bien. Ce qu’il recouvre n’a pourtant pas grand-chose d’original : des vampires, des gargouilles, des mages, et j’en passe. Le roman de Naïma M. Zimmermann n’a pourtant que peu de choses en commun avec une mode postromantique versée dans la résurgence de créatures nocturnes de tous genres.

Alice Crane, médecin légiste, est conduite malgré elle à découvrir l’existence de créatures qu’elle pensait de fiction. Cette découverte se double de sa propre mise en danger, d’un quiproquo qui la suivra tout au long du livre pour en faire une héroïne de hasard, comme c’est souvent le cas dans la littérature contemporaine. Heureusement pour elle, Alice Crane trouve un compagnon efficace dans la personne de James Flynn, agent de l’Organisation, structure secrète en charge de gérer les relations entre les différentes espèces. Car il faut bien protéger les humains, et s’assurer qu’une guerre entre mages et djinns, pour ne citer qu’eux, ne fasse pas un carnage parmi la population ‘civile’.

Anti-héroïne et vrai héros font une équipe souvent bancale pour découvrir, au gré des indices, quel complot se joue présentement chez les Corbusards, mais aussi les secrets des uns et des autres, y compris ceux des membres de l’Organisation, qui ne semble pas toujours si protectrice.

Tout ne brille pas d’originalité, c’est vrai. Mais enfin, l’originalité parfois échoue, tandis que la récurrence fonctionne. Car l’auteure se situe bien dans la récurrence plutôt que dans la reproduction. En particulier, son roman trouve sa singularité dans l’appel au film noir, tandis qu’Edencity, lieu de l’action, n’est pas sans rappeler la sombre Gotham. Voix française ajoutée au nouveau succès de la fantasy urbaine (on pense au grand succès d’Eoin Colfer avec Artemis Fowl), Alice Crane ne démérite nullement en proposant une intrigue resserrée et sans surenchère. Bars louches, appartements sombres, fêtes populaires dangereuses, quartiers à contourner, et un fantastique qui frôle avec les frontières du réalisme magique, la série de Naïma Zimmermann a un relent dix-neuviémiste de mystères urbains qui est loin de nous déplaire. D’autant plus que, s’il s’agit bien de vampires et autres créatures surnaturelles habituelles, l’auteure leur prête un traitement sensiblement différent, excluant (dans ce premier tome au moins) les affres romantiques dont sont affublés nombre de récits de ce type. Un très bon premier volume, en somme, qui mérite d‘être défendu dans un panorama de fantasy parfois confus.

Hemlock

Hemlock
Kathleen Peacock
La Martinière Jeunesse, 2013
Traduit de l’anglais par Nathalie Azoulai

Une épidémie de loups garous !

Par Maryse Vuillermet

hemlockUn mélange improbable d’ingrédients très classiques, qui ont fait leur preuve, mais le tout donne un premier roman de ce qui s’annonce déjà comme une série, somme toute, assez réussi.
Le roman commence par l’assassinat d’Amy, brillante lycéenne, par un grand loup-garou blanc. La ville a peur car c’est le troisième meurtre de la bête. Peu à peu, on s’aperçoit que les loups garous sont partout et pour cause, le SL, syndrome du loup-garou est une maladie qui s’attrape par griffure et morsure. Ceux qui sont contaminés en sont très malheureux, ils ne sont pas triomphants, ils sont honteux et désolés mais ne se contrôlent pas et ont besoin de sang. Par ailleurs, l’état, aidé par des milices, les Trakers, organise des chasses à l’homme féroces et les loups garous sont internés et maltraités dans des camps. L’originalité, dans ce cas, c’est que les Trakers sont les méchants et les loups garous et ceux qui les protègent, par amour de la nature et respect de la diversité, sont les gentils.
Donc, ce récit est à la fois une enquête policière sur ce crime, un roman d’épouvante sur une épidémie atroce, un roman politique car les autorités se servent de l’épidémie pour asseoir leur domination sur la ville, et bien entendu, c’est un roman d’amour ! Mackenzie, l’héroïne,  s’aperçoit qu’elle est aimée par Kyle, son meilleur ami et par Jason, l’amoureux d’Amy. Mais elle comprend peu à peu que tous, autour d’elle, cachent des secrets, des souffrances, Jason noie son chagrin dans l’alcool, Kyle se révèle être un loup-garou, sa meilleure amie protège son frère, le dernier à avoir vu vivante Amy. Alors, Mac décide de mener l’enquête et d’affronter les pires dangers, mais n’est-elle pas la fille d’un bandit qui l’a élevée dans les bas-fonds et la violence avant de l’abandonner?
Quelques invraisemblances et des personnages trop sommaires nuisent au plaisir de lecture, mais le mythe du loup-garou est le plus fort, l’ambiguïté des personnages, leur lutte contre leurs pulsions violentes, les scènes troublantes où le loup caresse l’adolescente rachètent les imperfections d’un premier roman.

Itawapa

Itawapa
Xavier-Laurent Petit

L ‘école des loisirs, 2013

Du pouvoir des images contre la déforestation

Par Anne-Marie Mercier

ItawapaXavier-Laurent Petit signe ici un roman proche de L’Attrape-rêves, où l’aventure exotique sert un propos écologique. Ici, le cadre est celui de la forêt amazonienne, et l’ennemi les entreprises qui chassent les indiens de leurs terres et détruisent la forêt, comme ceux que les indiens appellent les Termites, dans le film de John Boorman, La Forêt d’émeraude.

Mais comme dans son roman précédent, le texte ne se réduit pas à un propos écologique et militant. Il est porté par des personnages extraordinaires et attachants : le grand père irresponsable et alcoolique, devin et escroc, dont on sait qu’il cache quelque chose, le policier désœuvré en surpoids, passionné de photographie, la mère du héros, disparue à la recherche du dernier représentant d’une tribu, qu’elle nomme Ultimo, le « Dernier ».

Partant à la recherche de sa mère, la jeune Talia apprendra beaucoup de choses sur la forêt et la vie des indiens, tout en découvrant un secret de famille jusqu’ici bien caché, secret que le lecteur expérimenté aura en partie deviné grâce à un prologue en forme d’énigme. Ainsi l’auteur conduit plusieurs récits parallèles, celui du combat contre une multinationale, du pouvoir des images, du mystère de la disparition de la mère de Talia, de la rédemption de personnages enlisés dans une situation délétère, du sauvetage du dernier indien, et enfin de la reconstruction d’une histoire familiale.

Enquête au collège, L’intégrale 1

Enquête au collège, L’intégrale 1
Jean-Philippe Arroud-Vignod
Gallimard jeunesse, 2012

Littérature au collège

Par Anne-Marie Mercier

Enquête au collègeLe professeur a disparu, Enquête au collège, P. P. Cul-Vert détective privé… ces grands succès de littérature devenue « scolaire » tant elle a été prescrite par les enseignants de français désireux de faire aimer la lecture à leurs ouailles sont ici « classicisés » sous la forme d’une intégrale, une consécration, donc. Les dessins de Serge Bloch suffiraient à les attirer.

Il y a un charme désuet à ces récits : le langage des adolescents est un peu démodé, les relations avec l’institution sont, malgré quelques accrocs, plutôt harmonieuses, les amours parfaitement innocentes, et les intrigues se cantonnent dans un genre policier de bon aloi. C’est une littérature qui ne se prend pas au sérieux. Il en faut. Mais il faut aussi proposer, avec ces ouvrages certes, d’autres types d’ouvrages aux  collégiens, si l’on veut les amener à la « Littérature ».

Cela dit, le grand mérite de cette série à la française aura été, bien avant le succès de Harry Potter de faire goûter le genre du « college novel » (le terme « roman scolaire » désignant autre chose, qu’on me pardonne l’anglicisme) aux jeunes lecteurs francophones.

La littérature de jeunesse migrante

La littérature  de jeunesse migrante
Anne Schneider
L’Harmattan  2013

   Une belle synthèse

Par Maryse Vuillermet

 la litt de jeunesse migranteAnne Schneider nous livre sa thèse sur la littérature jeunesse migrante, son corpus compte 116 titres parus sur cinquante ans et fait la part belle à Azzouz Begag, Leila Seibar, Nozière. Il comporte des albums, des romans courts pour enfants, des romans 8/ 12 ans et des romans pour ados. Elle montre,  par une démonstration convaincante que c’est une littérature de voyage, d’exil, de migration donc une littérature en mouvement.

C’est aussi une littérature de résilience qui tente de guérir des traumatismes,  ceux de la guerre d’Algérie vue des deux côtés par les appelés du contingent, par les Algériens et même par les fils de Arkis, ceux de l’exil des pieds noirs et des émigrés. C’est aussi une littérature de reliance qui relie les mondes sans gommer les imaginaires nationaux. Elle relie les deux rives de la Méditerranée,  les espaces géographiques et culturels, mais aussi les littératures francophones et algériennes, beurs et françaises.

Elle n’est pas une survivance, elle est au contraire pleine de promesses, le nombre d’ouvrages a d’ailleurs doublé en dix ans et ne cesse de gagner en créativité. Elle apporte dans les classes ou elle est étudiée un regard neuf.

Max et Moritz avec Claque du bec et Cie

Max et Moritz avec Claque du bec et Cie (1865)
Wilhelm Busch

Adapté de l’allemand par Cavanna
L ‘école des loisirs, 2012

Garnements historiques

Par Anne-Marie Mercier

Max et MoritzClassique de la littérature illustrée pour la jeunesse, Max et Moritz risque cependant de déranger plus d’un lecteur adulte – ce n’est pas  si étonnant que ce soit Cavanna qui l’ait traduit. A ceux qui disent que la littérature contemporaine destinée aux enfants est trop noire et trop violente, on peut opposer ce livre, cocasse, excessif, où les garnements font de vraies bêtises, sont cruels avec les animaux comme avec les adultes et où les adultes entre eux ne sont guère meilleurs. Seule « consolation » pour les tenants de la morale, les méchants sont punis et de façon radicale, quasi « haché menu comme chair à pâtée », qu’ils soient enfants, adultes, ou animaux.

Dans ce monde sans pitié, les images sont acérées, dynamiques ; les personnages humains et animaux sont caricaturaux, le burlesque est affiché, il se fait style aussi bien littéraire que graphique.

Warp : l’assassin malgré lui

WARP, Livre I : L’Assassin malgré lui
Eoin Colfer

Traduit (anglais) par Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse, 2013

Le mystère des Londres

Par Matthieu Freyheit

WARP_1Chevie Savano, jeune agente du FBVI, est envoyée à Londres après avoir fait échouer une mission d’infiltration. Sa nouvelle mission ? Attendre, sans sortir, quelque chose ou quelqu’un qui, prévient-on, ne devrait pas arriver : loin d’être évident pour une jeune fille au tempérament plutôt explosif et à la personnalité piquante.

Riley, miséreux londonien de la fin du XIXe siècle et jeune adolescent, vit au service de son assassin-magicien de maître, l’infâme Garrick, en quête de véritable magie. Leur prochain coup comme mercenaires : un nouvel assassinat, que devra perpétrer Riley pour prouve sa ‘valeur’ auprès du maître. Au moment du meurtre, cependant, le jeune garçon hésite, avant que sa main, forcée, ne s’enfonce. Et que l’imprévu ne s’en mêle, projetant Riley, avec le corps de l’assassiné, dans un futur qui n’est autre que le présent de l’agente Savano.

Dès lors s’engage une longue et haletante (pour les personnages) course-poursuite, semée de meurtres, Chevie et Riley étant amenés à faire alliance contre le terrible magicien à leurs trousses. L’intérêt n’est pas là, mais plutôt dans les allers et retours entre deux époques, et dans l’imagination des possibilités offertes par ces voyages temporels, propres à comparer deux réalités urbaines. Par ailleurs, si le Londres contemporain est somme toute assez peu précisé, Eoin Colfer propose en revanche de restituer un Londres romantique des bas-fonds, fidèle (ou presque…) au portrait qu’en dresse Dominique Kalifa (Les Bas-fonds, 2013).

On se demande, toutefois, si tout le dispositif mis en place est bien utile. Les voyages temporels sont certes l’occasion de rappeler l’idée qu’il n’y a pas d’homme éternel, mais la problématique n’est que très légèrement soulevée. De fait, les situations sont souvent simplifiées par une multiplication d’effets qui agissent comme un semblant de complexité (Garrick fusionne par exemple avec un agent du XXIe siècle et intègre ainsi ses connaissances et compétences, brisant la nécessité de l’adaptation). L’emprunt générique au steampunk, devenu un peu trop globalisant pour fédérer ou générer une idée spécifique, semble donc lui aussi un peu gratuit.

Quant à Riley, sa présence manifeste le désir de l’auteur de proposer/propulser un personnage ‘à la Dickens’, auquel hommage est rendu, et fonctionne également (un peu ?) comme un argument marketing. Mais cela importe peu : on se réjouit, tout se même, d’acquérir un texte qui pourrait, justement, aider à conduire les élèves jusqu’à Oliver Twist. Là réside sans doute l’un des atouts (il y en a d’autres, quand même) du nouveau roman d’Eoin Colfer.

Enfin, le ton prêté à l’agente Chevie Savano restitue la nouvelle esthétique (mode) des héros adolescents à l’insolence mordante. Là encore, Eoin Colfer s’en sort bien, en montrant notamment, quand l’ironie tombe à plat, que l’humour nécessite une forme d’intelligence, et de maturité.

BZRK, 2 ( Révolution)

BZRK, 2 ( Révolution)
Michael Grant
Traduit (anglais, États-Unis) par Julien Ramel
Gallimard Jeunesse, 2013

Entomorphose

Par Matthieu Freyheit

BZRK, 2 ( Révolution)Le premier tome contenait quelques longueurs et pouvait faire redouter l’expansion de l’intrigue sur deux autres gros volumes. Il pêchait, aussi, par certains excès de langage – certains clichés – qui pouvaient alourdir l’ensemble, tandis que d’aucuns pouvaient être rebutés par la représentation dérangeante de ‘la viande’ dans laquelle descendent les héros. Malgré tout, le roman fonctionnait très bien, et la réflexion bio-technologique proposée par l’auteur mérite de l’attention, d’autant qu’elle demeure, parfois, relativement complexe pour des adolescents comme pour des adultes.

Le deuxième tome balaie nos appréhensions. L’intrigue lancée, ce volume se permet d’avancer sans relâche, nourri du talent de l’auteur pour créer des personnages parallèles, et parfois s’en débarrasser aussitôt. Complexe sans être compliqué, BZRK Révolution délivre avec une langue claire les motifs d’une pensée riche sur les usages technologiques, mais également sur le devenir de l’humain et le posthumain. Qu’est-ce qu’être humain ? Comment définir l’individu quand l’individu semble, a priori, se diviser en son propre sein ? Car Keats et Plath apprennent à se servir de leurs biobots respectifs, alter-egos entomorphés dont la perte les entraînerait dans une folie profonde.

Michael Grant échappe par ailleurs à bien des stéréotypes : l’intégration technologique ne signe peut-être pas un adieu au corps, mais trouve au contraire la voie d’un renouvellement de notre indivisibilité. L’axiologie, en revanche, est davantage marquée que dans le premier volume : les bons et les méchants se distinguent (parfois trop nettement pour les seconds), malgré quelques doutes et quelques hésitations qu’on aurait souhaités plus nombreux. Les jumeaux Armstrong, certes hideux dans le premier tome, deviennent franchement monstrueux. Quant au couple de héros, Sadie et Noah, alias Plath et Keats, ils prennent leur importance respective, tout en nageant dans la confusion de leur relation. Car dans cet univers de contrôle et de maillage des esprits, rien ne semble digne d’un total crédit : qui/que croire ? Les sentiments ressentis ont-ils été ‘préparés’ ? Se battre pour le libre arbitre, certes, mais le libre-arbitre existe-t-il seulement encore, ou le combat vient-il trop tard ?

L’aventure, quoique surreprésentée, n’arrive pas à son terme. Quelques revanches (espérées) sont prises, et la balance s’équilibre entre BZRK et Nexus Humanus, tandis que le nœud se resserre continuellement. Le posthumain, visiblement, n’a pas de repos. Et c’est tant mieux pour nous, lecteurs encore humains (pour le moment).

Colloque métamorphoses et rencontre avec l’illustratrice Sara

affiche metaNotre colloque approche (lundi 26 et mardi 27); il sera suivi le mercredi à 14h 30 d’une rencontre avec l’illustratrice Sara, organisée par la BUFM et le SCD de l’université Lyon1.logo bu

Impression

 

Demandez le programme:Métamorphoses-programme

Et inscrivez-vous (c’est gratuit):
http://bit.ly/1rrQ9j7

Espé, Amphi Louise Michel, 5 rue Anselme, Lyon 4e (en bus arrêt clos jouve du 13 et du 18, en métro, arrêt croix rousse et 10 mn de marche)

With courtesy of Dan Hillier for his picture “Luna”,
special thanks to him. Copyright © Dan Hillier
http://www.danhillier.com/flyersans

 

Merci à Sara pour l’image tirée des Métamorphoses (Actéon)